Budo no Nayami

道Do, michi (tao), par Suga Toshiro

15 Mars 2016 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Je vais aborder ici la notion de Do qui est essentielle à tous les pratiquants d'arts martiaux ainsi qu'à ceux qui suivent une voie traditionnelle. Mais avant de commencer je voudrais donner quelques précisions sur les kanjis.

 

"Do" par Ueshiba Moriheï

"Do" par Ueshiba Moriheï

les kanjis
Le japonais s'écrit à l'aide de trois types d'écritures, les katakanas, les hiraganas et les kanjis. Les deux premiers sont des syllabaires tandis que le dernier est composé de logogrammes qui se répartissent en idéogrammes et pictogrammes. On emploie toutefois généralement le terme idéogramme pour traduire le mot kanji, , écriture des Han.

Les japonais ont intégré le système d'écriture chinois entre le 5ème et le 7ème siècle. Et à partir du 9ème siècle le Japon enverra régulièrement des délégations principalement constituées de bonzes pour étudier la culture chinoise, notamment ses idéogrammes.
A partir du 10ème siècle les échanges entre les deux pays s'intensifieront jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent au début du 13ème. Durant toute cette période il eut environ une expédition tous les dix à vingt ans.
A cette époque la Chine était composée de treize régions entourées d'une quarantaine de royaumes barbares qui l'envahissaient régulièrement. Et la langue chinoise évoluait au fil de ces guerres et conquêtes successives. La prononciation et le sens des idéogrammes changeaient ainsi peu à peu et les délégations revenaient de leurs voyages d'études avec une compréhension différente des kanjis. Cela finit par créer une polémique au Japon qui finit par ne plus envoyer d'expédition.

Aujourd'hui la prononciation des kanjis se divise en onyomi, lecture par le son, ou kunyomi, lecture par le sens. Difficulté encore corsée par le fait que certains caractères ont conservé plusieurs lectures au fil des évolutions successives de la langue chinoise.
se lit donc "michi" en kunyomi, et "do" ou "to" en onyomi, prononciation chinoise ancienne japonisée de cet idéogramme que l'on prononce aujourd'hui "tao" ou "dao" en mandarin…

Do, analyse d'un caractère
Do est un kanji composé de deux clés. La partie de gauche représente un carrefour et un pied tandis que celle de droite représente des cheveux et un œil, donc une tête.
Il s'agit donc d'une personne réfléchissant au chemin à prendre à un croisement ou du chemin qu'a décidé de prendre quelqu'un. Et la lecture kunyomi, michi, confirme cette idée de voie, chemin. Toutefois il serait simpliste d'arrêter l'analyse ici car les kanjis ont souvent un sens beaucoup plus vaste et c'est particulièrement le cas de do.
 

道Do, michi (tao), par Suga Toshiro

 Do, analyse d'un concept
C'est Lao Tseu qui donnera un sens très fort au concept de do. Il emploiera ce terme pour désigner l'univers, le tout. Il explique que le tao n'a ni odeur ni mouvement visible mais qu'il est l'origine de tout. Dès lors le tao sera assimilé au ten, , le ciel.

Dans les premières lignes du Zhong Yong (Tchun Yan en japonais), l'un des Quatre livres classiques du confucianisme, Zi Si (Tsu Won) petit-fils de Confucius (Ko Shi) dit:


"La nature de l'homme est un décret du ciel
Suivre sa nature est la voie (do/tao)
Etudier la voie est l'éducation"


La notion de dieu personnalisé est quasiment absente dans la culture chinoise qui considère que notre nature d'homme et celle de l'univers ne font qu'un. Le problème deviendra alors de savoir si la nature de l'homme est fondamentalement bonne, mauvaise ou neutre…
Dans ce débat la thèse de Mencius deviendra fondamentale. Il défend le point de vue que l'homme est naturellement bon et que seules les circonstances l'empêchent de réaliser sa nature véritable. Dans un exemple célèbre il explique que lorsqu'un enfant tombe dans un puit même les pires criminels essayent instinctivement de le sauver.

Pendant longtemps en Asie l'éducation a été basée sur l'étude de principes moraux qui visait à amener l'homme à s'accorder aux parfaites lois de l'univers et l'étude des sciences telles que les mathématiques ne revêtait aucune importance. L'achèvement de l'homme résidait alors dans la connaissance de la voie. L'esprit même de Confucius pour qui un homme qui peut entendre le tao le matin peut mourir le soir…

 

道Do, michi (tao), par Suga Toshiro

Do, analyse d'une pratique
est généralement traduit par la voie de l'union des énergies. Mais je pense que ce sens est très limité. Pour moi l'Aïkido est l'union de son ki à celui de l'univers. La pratique devient alors un chemin pour atteindre au tao et réaliser sa véritable nature d'homme.

Osenseï n'a pas laissé d'indications claires sur le choix des caractères et sans doute mon interprétation est-elle éloignée de son intention d'origine. Mais ce dont je suis certain c'est que l'Aïkido lui avait permis de comprendre l'univers et de se réaliser en agissant en harmonie avec lui…

 

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