Budo no Nayami

Kime, extériorisation de puissance en Karaté, Aïkido…

15 Octobre 2016 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu, #Vidéos

Il ne faut pas marquer l'arrêt d'une technique, sous forme de kimé.

Pourquoi ? Parce qu'il faut éviter de se figer lors d'exécution technique.

Tokitsu Kenji

Voici une brève vidéo de Tokitsu Kenji, où il aborde la notion de kime très présente en Karaté, en se référant notamment à l'utilisation du sabre.

Notez que Tokitsu senseï possède une expérience conséquente en Kenjutsu, qu'il a entre autres étudié chez Kuroda senseï. Son ouvrage sur Musashi saura convaincre les plus dubitatifs.

Extériorisation de puissance en Karaté et Aïkido

Un pratiquant exécute un geste magnifique. Ample, rapide, il s'arrête dans un moment de tension fulgurant !

Cette description colle malheureusement à ce que l'on peut voir dans nombre de dojos de Karaté et… d'Aïkido, Iaïdo, etc. Comme l'explique clairement maître Tokitsu, cette impression de force démonstrative est appréciée par les spectateurs. Malheureusement il ne s'agit que… d'une impression. Une expression qui peut être justifiée dans le cadre d'une démonstration adressée majoritairement à des pratiquants peu expérimentés et des non-pratiquants. Mais qui va à l'encontre de toute logique martiale, et expose celui qui l'exécute à une sanction aussi brutale que la situation dans laquelle il est engagé est sérieuse.

Kime, extériorisation de puissance en Karaté, Aïkido…

Kime en Aïkido ?

Hormis dans des noms tels que ude kime nage, ou hiji kime osae, le terme kime n'est généralement pas utilisé en Aïkido. Il y a en revanche une forte propension à théâtraliser la pratique, et mimer un kime erroné similaire à celui du "mauvais" Karaté. Notons encore une fois que j'exclue ici les experts qui, dans toute discipline, adaptent la pratique à la situation, notamment une démonstration. Je considère que le souci n'est présent que lorsque ce type de travail devient la base, et plus encore lorsque l'on prétend que des formes incluant ce type d'arrêts sont effectives.

Si Tokitsu senseï explique le problème qui se pose en Karaté par l'absence d'adversaire dans une grande partie du travail, la situation est différente en Aïkido. Ici, le problème est dû à des attaques qui n'en ont que le nom. Les ukes qui attaquent de façon caricaturale en faisant des appels et en terminant avec des postures rigides, sont les plus grands responsables des lacunes des toris. Le problème n'est donc pas l'absence d'adversaire, mais la présence de mauvais attaquants. Dans un cas comme dans l'autre, cela aboutit à une dégradation technique…

Kime, extériorisation de puissance en Karaté, Aïkido…

S'inspirer du Karaté, Judo, Kendo… en Aïkido

Venant d'autres horizons, et ayant toujours continué à pratiquer d'autres écoles en parallèle de l'Aïkido, il serait évidemment bien mal venu de ma part de critiquer les emprunts à d'autres disciplines. Osenseï fut d'ailleurs le premier en Aïkido à s'être nourri de ce qu'il rencontrait sur son chemin. Cela peut toutefois poser problème lorsque la qualité de la source est discutable.

L'Aïkido est pauvre en théories. Si maître Ueshiba fut plus que disert sur certains sujets, il semble qu'il ne s'étendait pas en discours techniques. La tentation est alors grande, tant pour enrichir la discipline que décrire son fonctionnement, de s'inspirer de notions issues du Judo, du Karaté etc… Je ne m'étendrai pas ici sur tous les risques que cela implique. Dans le cas présent, le problème est le mime et l'intégration de pratiques et notions erronées. Par exemple lorsque le kime caricatural que l'on rencontre trop souvent en Karaté ou Iaïdo est adopté… Lorsque les pratiquants d'Aïkido ponctuent leurs techniques d'arrêts visibles même aux néophytes. Lorsque la maladie technique qui consiste à se figer se propage.

Kime, extériorisation de puissance en Karaté, Aïkido…

Démontrer génère des erreurs

Une des difficultés qui se pose aux enseignants, est le fait que démontrer en décomposant génère naturellement des arrêts. C'est inhérent à ce choix pédagogique. A titre personnel je fais généralement le choix de présenter, et souvent travailler, un geste d'abord complet. Lorsque je souhaite améliorer un élément je décide ensuite, soit de montrer très lentement le mouvement, soit de le stopper totalement, pour ne travailler que sur le point choisi. J'essaie toujours de faire attention à ne pas faire pratiquer un geste avec des arrêts, même si je me surprends encore parfois à le faire, car c'est une chose que nous imprimons dans notre système nerveux et dont il est très difficile de se débarrasser.

Kime, extériorisation de puissance en Karaté, Aïkido…

La recherche d'efficacité n'est pas celle de l'expression du dynamisme

Un des paradoxes auxquels les enseignants se trouvent confrontés, est que ce qui attire généralement les élèves est l'inverse de ce qui est efficace. Les scènes de combat de films, et les démonstrations grands publics sont des illusions. Elles sont destinées à un contexte particulier, et ne représentent en rien la réalité d'un combat. Même si… de plus en plus de personnes s'affrontent ainsi car ils agissent sous l'influence de ce qu'ils ont vu XD Nous sommes en tout cas très loin du travail qui permettrait à quelqu'un de faire face à un adversaire physiquement supérieur et/ou martialement compétent.

Il ne faut pas marquer l'arrêt d'une technique, sous forme de kimé.
Pourquoi ? Parce qu'il faut éviter de se figer lors d'exécution technique.

Tokitsu Kenji

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