Budo no Nayami

Aïkido, efficacité et voie spirituelle... ; commentaire de lecteur

5 Janvier 2017 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Bonjour Léo,


je viens de lire votre réponse à Sylvain et je dois dire que je suis assez surpris par votre réponse.

A vous lire on se demande bien quel intérêt on peut trouver à l’aïkido…

Je ne serai pas aussi négatif que vous concernant tous les points évoqués par sylvain. J’aimerais très rapidement vous faire part de mon expérience, peut-être cela modifiera un peu votre point de vue…

J’ai commencé l’aïkido à 14 ans et pendant 5 ans je me suis énormément donné. J’ai pratiqué jusqu’à 9 heures par semaine et j’ai obtenu mon shodan assez rapidement.

Mon professeur n’était pas très bon voire même assez mauvais mais il a su me donner quelques bases et il y avait dans ce club pas mal de passionnés comme moi. Ensemble nous sommes partis en stage, nous avons eu la chance dans les années 90 de croiser beaucoup de maitres aujourd’hui disparus (Maitre TAMURA, SUGANO, VDB, LEVOURCH, BG BATIER,..) et d’autres qui ont depuis fait leur chemin loin de la FFAB (Maitre VURAL, SHEWAN, RAJI,…) et puis aussi d’autres qui sont toujours là comme Maitre SUGA, PELLERIN… cette liste est loin d’être exhaustive.

J’ai eu la chance de croiser d’anciens élèves de Jean ZIN et Tadashi ABE, d’anciens élèves de SAITO, des karatékas, des Judokas et d’autres disciplines…

J’ai changé plusieurs fois de professeur lors de mes études universitaires.
J’ai eu la chance de discuter, d’échanger, de philosopher, de partir au Japon une fois en 2001… Je pense, même avec un professeur initial des plus moyen, avoir pu comprendre certains concepts et toucher du doigt l’aspect philosophique de l’Aikido en particulier grâce aux stages et aux échanges interclubs.

Concernant l’efficacité je crois qu’il faut réellement prendre un peu de distance et définir clairement le concept d’efficacité. De quoi parle t-on au juste ?? D’un combat face à un champion de MMA, d’un combat face à un 5eme dan de Karaté ? un combat face à un membre du MOSSAD instructeur de KRAV MAGA ? ou de se sortir d’une passe difficile dans le quotidien ??

En ce qui me concerne, depuis 20 ans, je pratique en pointillés (2 h/ semaine a mieux) J’ai une copine exigeante, 2 gosses de moins de 10 ans, un chat, un chien, une maison à bricoler et un boulot très prenant. J’ai 40 ans, un léger surpoids, je n’ai pas fait d’abdominaux depuis 10 ans et je suis incapable de courir 30 minutes sans suffoquer, je vis à la campagne dans un certain calme a priori…

Pour autant, durant ces 20 dernières années, un sdf a tenté une soirée d’hiver de me mettre un coup de rasoir au visage alors que je croisais sa route, 3 garçons énervés et alcoolisés ont essayé de me casser la figure en boite de nuit, 3 mecs costauds sont un jour entrés dans mon bureau pour me menacer physiquement, une autre fois un abruti a essayé de me mettre son poing dans la figure ... et je suis toujours là sans aucune égratignure avec la sensation d’avoir réussi à gérer ces situations complexes.

Sans l’aïkido je n’aurais pas réussi tout cela … cela m’a donné la maîtrise de mes émotions et de ma peur, des réflexes, la gestion de la distance et du timing, cela m’a appris où étaient les points vitaux et comment y accéder … bref je m’en suis sorti grâce à ma petite pratique. 
Alors c’est sûr que face à un type musclé, entrainé et déterminé je ne fais pas le poids mais bon je ne vis pas en Syrie, ni au Japon féodal, ni dans une banlieue du 9.3., je suis un père de famille à la campagne et bien heureux d’avoir fait de l’aïkido…

Aïkido, efficacité et voie spirituelle... ; commentaire de lecteur

Bonjour Julien,

Merci pour votre message.

"je viens de lire votre réponse à Sylvain et je dois dire que je suis assez surpris par votre réponse.

A vous lire on se demande bien quel intérêt on peut trouver à l’aïkido…

Je ne serai pas aussi négatif que vous concernant tous les points évoqués par sylvain. J’aimerais très rapidement vous faire part de mon expérience, peut-être cela modifiera un peu votre point de vue…"

Je regrette que vous ayez perçu mon post de façon négative :-) Loin de moi cette idée. Il se trouve simplement que j'apprécie l'Aïkido, et que malheureusement souvent ce qui est proposé ne rend pas justice à la discipline. Sylvain peut donc trouver tout ce qu'il cherche dans l'Aïkido, simplement cela ne court pas les rues. Mais comme tout ce qui est de qualité finalement. J'ai fait le choix de la franchise, me disant que s'il tombait sur un dojo décevant il ne mettrait ainsi pas cela sur le compte de la discipline, et que cela l'encouragerait à continuer ses recherches.

Aïkido, efficacité et voie spirituelle... ; commentaire de lecteur

"J’ai commencé l’aïkido à 14 ans et pendant 5 ans je me suis énormément donné. J’ai pratiqué jusqu’à 9 heures par semaine et j’ai obtenu mon shodan assez rapidement.

Mon professeur n’était pas très bon voire même assez mauvais mais il a su me donner quelques bases et il y avait dans ce club pas mal de passionnés comme moi. Ensemble nous sommes partis en stage, nous avons eu la chance dans les années 90 de croiser beaucoup de maitres aujourd’hui disparus (Maitre TAMURA, SUGANO, VDB, LEVOURCH, BG BATIER,..) et d’autres qui ont depuis fait leur chemin loin de la FFAB (Maitre VURAL, SHEWAN, RAJI,…) et puis aussi d’autres qui sont toujours là comme Maitre SUGA, PELLERIN… cette liste est loin d’être exhaustive.

J’ai eu la chance de croiser d’anciens élèves de Jean ZIN et Tadashi ABE, d’anciens élèves de SAITO, des karatékas, des Judokas et d’autres disciplines…

J’ai changé plusieurs fois de professeur lors de mes études universitaires.
J’ai eu la chance de discuter, d’échanger, de philosopher, de partir au Japon une fois en 2001…"

C'est un beau parcours de passionné.

Osenseï entouré d'uchi-deshis. De gauche à droite Kurita Yutaka, Shimizu Kenji, Saotome Mitsugi, Kanai Mitsunari, Toheï Akira, Ueshiba Kisshomaru, Maruyama Shuji, Watanabe Nobuyuki

Osenseï entouré d'uchi-deshis. De gauche à droite Kurita Yutaka, Shimizu Kenji, Saotome Mitsugi, Kanai Mitsunari, Toheï Akira, Ueshiba Kisshomaru, Maruyama Shuji, Watanabe Nobuyuki

"Je pense, même avec un professeur initial des plus moyen, avoir pu comprendre certains concepts et toucher du doigt l’aspect philosophique de l’Aikido en particulier grâce aux stages et aux échanges interclubs."

Il est indéniable que l'on peut, malgré un mauvais professeur, s'engager dans la discipline. Vous conviendrez toutefois que cela en rebute un certain nombre. Ne serait-il pas préférable d'avoir un peu moins d'enseignants pour se limiter à des gens ayant un minimum de compétence ? L'accès serait sans doute un peu moins facile, mais les abandons très probablement moins nombreux.

Le turn-over était il y a quelques années de plus de 50%. C'est à dire que d'une année sur l'autre, plus de la moitié des pratiquants abandonnaient. Alors que l'on peut imaginer qu'ils étaient motivés au départ, et avaient pour la majorité fait un peu de recherche sur ce dans quoi ils s'engageaient. Et ce type de pratiquants est généralement perdu pour l'Aïkido…

http://www.leotamaki.com/2015/09/chute-mondiale-de-l-interet-pour-l-aikido.html

http://www.leotamaki.com/2015/09/chute-mondiale-de-l-interet-pour-l-aikido.html

"Concernant l’efficacité je crois qu’il faut réellement prendre un peu de distance et définir clairement le concept d’efficacité. De quoi parle t-on au juste ?? D’un combat face à un champion de MMA, d’un combat face à un 5eme dan de Karaté ? un combat face à un membre du MOSSAD instructeur de KRAV MAGA ? ou de se sortir d’une passe difficile dans le quotidien ??

En ce qui me concerne, depuis 20 ans, je pratique en pointillés (2 h/ semaine a mieux) J’ai une copine exigeante, 2 gosses de moins de 10 ans, un chat, un chien, une maison à bricoler et un boulot très prenant. J’ai 40 ans, un léger surpoids, je n’ai pas fait d’abdominaux depuis 10 ans et je suis incapable de courir 30 minutes sans suffoquer, je vis à la campagne dans un certain calme a priori…

Pour autant, durant ces 20 dernières années, un sdf a tenté une soirée d’hiver de me mettre un coup de rasoir au visage alors que je croisais sa route, 3 garçons énervés et alcoolisés ont essayé de me casser la figure en boite de nuit, 3 mecs costauds sont un jour entrés dans mon bureau pour me menacer physiquement, une autre fois un abruti a essayé de me mettre son poing dans la figure ... et je suis toujours là sans aucune égratignure avec la sensation d’avoir réussi à gérer ces situations complexes.

Sans l’aïkido je n’aurais pas réussi tout cela … cela m’a donné la maîtrise de mes émotions et de ma peur, des réflexes, la gestion de la distance et du timing, cela m’a appris où étaient les points vitaux et comment y accéder … bref je m’en suis sorti grâce à ma petite pratique. 
Alors c’est sûr que face à un type musclé, entrainé et déterminé je ne fais pas le poids mais bon je ne vis pas en Syrie, ni au Japon féodal, ni dans une banlieue du 9.3., je suis un père de famille à la campagne et bien heureux d’avoir fait de l’aïkido…"

Voici ce que j'avais dis sur ce sujet dans ma réponse à Sylvain :

"L'efficacité de l'Aïkido est un sujet vaste et qui prête à polémique. Je n'aborderai pour répondre à ta question que l'angle de l'efficacité martiale de la discipline.

Il est indéniable que l'Aïkido pratiqué aujourd'hui n'est pas, dans la très large majorité des cas, efficace en combat. Et cela que ce soit pour la self-défense, le combat sportif, et bien évidemment celui de survie sur un champ de bataille par exemple. En cherchant beaucoup, tu pourras toutefois trouver de rares enseignants ayant les connaissances permettant de développer une efficacité combative. Cela nécessite toutefois un gros investissement que très peu d'élèves sont prêts à fournir.

Si je comprends ton questionnement sur l'efficacité en self-défense, il faut bien mettre les choses en perspective. Est-ce une chose dont tu as besoin ? Si oui, alors il y a sans doute des méthodes spécifiquement orientées vers cela qui seront plus faciles d'accès car les professeurs d'Aïkido ayant ce savoir sont rares. Si non, alors il suffit que l'enseignement soit cohérent. C'est à dire qu'on ne te vende pas de chorégraphies irréalistes en te les faisant passer pour des techniques guerrières ultimes !"

Oui l'Aïkido a servi à un certain nombre de personnes. Mais, d'après mon expérience TOUT A FAIT subjective, j'ai rencontré bien plus de pratiquants, et un certain nombre d'enseignants dont des hauts-gradés, qui sont sortis vaincus d'altercations/agressions/combats. Ce n'est pas le cas de tous j'en conviens, et vous en êtes la preuve.

Il se trouve simplement que si un pratiquant a un objectif d'efficacité spécifique (self-défense, sport de combat ou autre), il y a probablement des disciplines plus à même d'y répondre.

L'Aïkido est au cœur de ma pratique. J'ai pour cette discipline un respect et une affection à nulle autre pareille. Oui l'Aïkido peut améliorer la santé, donner une efficacité martiale, et amener chacun à se développer de façon harmonieuse. Il faut toutefois bien admettre que tous les enseignants ne sont pas tous intéressés par chaque aspect de la discipline, et que les niveaux sont très variables. Fort de ces informations, je crois qu'un nouveau pratiquant sera plus à même de creuser pour trouver un enseignant qui lui convient. Les abandons seront moins nombreux, et il y aura moins de risques que l'on mette une déception sur le compte de la discipline. Tout bénéfice pour l'Aïkido en somme :-)

Aïkido, efficacité et voie spirituelle... ; commentaire de lecteur

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Aurore 12/01/2017 12:40

Etant à la fois enseignante d'Aïkido et instructeur de self défense, j'ai un "multi" regard sur la défense personnelle. Comme le dit Léo il ne faut pas se leurrer, pour la majorité des professeurs, l'enseignement d'un art martial japonais n'a pas pour priorité l'auto défense dans les conditions actuelles, même si la martialité reste le fil conducteur de la construction technique. Les clés telles que kotegaeshi, ikkyo etc se retrouvent dans beaucoup d'autres disciplines de combat ainsi qu'en self défense (il n'y a pas 50 manières de plier une articulation dans le mauvais sens, finalement). Mais "l'enrobage" et l'état d'esprit est radicalement différent. On l'oublie souvent mais la première technique qu'on apprend en self c'est…. fuir. Puis : désamorcer. Et enfin seulement en cas de nécessité : combattre. A ce stade, l'Aïkido propose des principes tout à fait valables : esquive, rapidité des déplacements, vigilance, exploitation des angles morts, clés, avec plus d'exhaustivité que d'autres arts martiaux basés uniquement sur la frappe ou sur une distance de travail corps à corps. Le vocabulaire technique est très riche en Aïkido, mais ce qui sort en situation de stress est très basique, le cerveau se mettant en mode "survie" (reptilien) et non "réflexion intellectuelle" (cortex).

Pour l'avoir testé, passer comme en condition "dojo" des techniques purement martiales sur quelqu'un habillé en civil, avec une doudoune, un sac sur le dos, en étant soi-même encombré d'un sac, d'escarpins et de deux gamins, ça se complique. C'est là que l'enseignement de la self défense, discipline à part qui n'obéit qu'aux règles du Code Pénal et non à des règles sportives, prend son sens. On apprend à anticiper, à utiliser son sac à main justement, à défendre un tiers, à gérer son stress et à alerter, en plus de toute une partie théorique liée aux analyses d'agression, à la typologie des agresseurs etc. Ce n'est plus du tout un travail de technique martiale, et si c'est ce qu'on recherche, comme dit Léo il y a plus rapide et plus adapté que se lancer sur la voie d'un Budo. Tout ne gardant en tête que rien ne vous rendra invincible… il s'agit juste d'augmenter vos chances ! Et puis il y a la personnalité de base : certains sauront se défendre sans avoir jamais rien appris, et d'autres malgré des ceintures noires dans plusieurs disciplines se feront aplatir. L'apprentissage permet d'optimiser tout cela.

Léo Tamaki 12/01/2017 16:37

Merci pour le partage de ton expérience Aurore :-)

Léo