Budo no Nayami

Devenir son enseignant

9 Mars 2017 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Un grand nombre de pratiquants suit mon enseignement de par le monde. Certains de façon occasionnelle, une ou deux fois par an, d'autres chaque mois, jusqu'à ceux qui viennent habiter à Paris pour pouvoir se plonger dans le Kishinkaï Aïkido. Je respecte bien entendu les choix de chacun, portés par l'intérêt qu'ils portent à ma pratique, l'importance de mon enseignement dans la construction de leur Aïkido, leurs situations familiales et professionnelles, etc. Parmi tous ces élèves, l'un d'entre eux, Arnaud Lejeune, occupe une place à part.

 

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Tout donner sans compter

Six ans. Six ans que j'ai rencontré Arnaud et qu'il a décidé de suivre mon enseignement. Enthousiaste dès le premier instant, il s'est jeté à corps perdu dans la pratique. Ne comptant ni son temps ni son argent ni son énergie, il est venu pratiquer à mes côtés aux quatre coins du monde. Quelle chance se diront certains, quel idiot se diront d'autres. La réalité est qu'Arnaud s'est donné les moyens, a fait des efforts et des sacrifices pour quelque chose qui avait de la valeur pour lui. Et que l'on partage ou pas les aspirations de quelqu'un, j'ai toujours été ému et impressionné par l'audace de ceux qui ont le courage de tout donner pour suivre leurs rêves.

 

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J'ai eu plusieurs fois l'occasion de rencontrer des pratiquants qui m'ont expliqué qu'ils étaient trop vieux pour jouer au disciple. Que ce type de relation était anachronique, qu'il venait d'une autre culture, etc. Hmm.

Je repense alors à ce célèbre forgeron japonais qui redevint humblement le disciple d'un nouveau maître à quarante ans passés car il admirait ses œuvres. Une relation si différente de notre culture ? N'y a t il pas une parenté évidente avec le compagnonnage ? Et quand bien même serait-ce une coutume étrangère, n'est-ce pas une des richesses de l'Aïkido que de découvrir une nouvelle forme d'interaction, d'être capable de s'immerger dans une "nouvelle" tradition ? Quant à l'anachronisme, s'il est vrai que les engagements forts ne sont pas monnaie courante aujourd'hui, n'en ont-ils pas d'autant plus de valeur ? Un choix doit-il se faire à l'aune de la mode et des courants de pensées majoritaires ?

Pour ma part j'avoue n'avoir jamais été un bon disciple. Et ce n'est pas quelque chose dont je suis fier. C'est simplement un de mes travers. J'essaie tout du moins d'être une bonne main gauche. Arnaud en revanche, plus qu'un élève, est un disciple de premier ordre. Les sens aux aguets il observe tout ce que je fais sur, mais aussi hors tatamis. Au point que cela en devient parfois le sujet de plaisanteries qu'il prend avec le sourire et auxquelles il ne prend réellement garde.

Mais est-ce pertinent de savoir quels livres je lis, et d'écouter les musiques qui m'accompagnent ? Si cela n'est en rien une nécessité, je suis persuadé que ces éléments peuvent permettre d'avoir une image plus globale, une vision plus riche. Car ce que l'on exprime sur le tatami a des racines multiples dont beaucoup sont extérieures. Et son attention constante porte indéniablement ses fruits tant ses progrès comme ceux de ses élèves, sont évidents et constants.

 

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Suis-je un bon modèle ?

Lorsque l'on est au centre d'une telle attention, il est naturel de se demander si l'on en est digne. Si ce n'est le cas, à nous de travailler pour l'être. Quant au disciple, la question importe peu. Certains se rendent compte après quelques années que l'objet de leur étude est limité, trop humain, pas assez ceci. Au final l'essentiel est que cela ait permis de s'oublier, que l'exemple parfois idéalisé nous ait amené à nous dépasser. Les limitations du maître ont essentiellement des conséquences pour lui. L'élève continuera son cheminement en étudiant quelqu'un d'autre, en travaillant sur lui-même.

 

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Fierté et respect

Lorsque je vois l'évolution d'Arnaud et les obstacles qu'il a surmontés, j'éprouve fierté et respect. Absorbant de tout son être, réservant ses questions à ce que ses réflexions et observations n'ont pu démêler, il a su imiter sans caricaturer, s'approprier sans trahir. Il est lui-même, et sans s'en rendre compte est devenu un exemple à suivre.

 

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