Budo no Nayami

Aïte, tori et uke, l'AUTRE en Aïkido

29 Septembre 2020 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu, #STAGES

Attaquant, partenaire, ennemi, ami, adversaire… Le mot que l'on emploie pour nommer l' "autre" est riche d'implications. En Aïkido, si le Fondateur semblait utiliser régulièrement le terme teki, ennemi, ce sont les termes aïte, tori et uke que l'on emploie généralement aujourd'hui. Voici un texte de Toshiro Suga qui se penche sur les caractères utilisés pour écrire ces termes, et leurs origines.

 

 

Aïte

Ce mot fréquemment utilisé en Aïkido est composé de deux kanjis ou caractères chinois. Le premier, « aï », est homophone du « aï » de l’Aïkido mais son sens est bien différent. Pour comprendre sa signification nous allons étudier les caractères le composant.

« Aï » est un kanji lui-même composé de deux caractères distincts, ceux de l’œil et de l’arbre. L’œil représente une personne observant un arbre. L’idée qui est transmise ici est celle de deux entités se faisant face et étant distinctes. L’idéogramme transmet donc l’idée de l’autre mais aussi celle d’opposition, d’ennemi ou d’adversaire.

 

 

Le second caractère « te » est très connu. Il est utilisé dans de nombreux termes d’Aïkido tels que kataTE dori de même que dans KaraTE. Il représente la main. De même que l’œil symbolise l’humain dans sa totalité la main est elle aussi l’image d’un être dans son entièreté.

Dans toutes les cultures du monde la main a d’ailleurs un statut très particulier. Ainsi en Europe on demandait traditionnellement la MAIN de la personne que l’on souhaitait épouser. Cette main représentait alors de la même manière qu’en japonais l’être dans sa totalité.

Dans le terme aïte que nous étudions la main prend toutefois un autre sens. Elle est le membre qui tient l’arme et représente par extension l’arme elle-même. Aïte devient alors l’adversaire armé qui nous fait face.

 

 

Le terme aïte seul est peu utilisé au Japon et lorsqu’il est employé il est généralement associé à d’autres termes qui le précisent. On trouve ainsi par exemple keiko-aïte, le partenaire d’entraînement. En se popularisant le terme aïte a perdu de sa force d’origine et est devenu graduellement le symbole d’un partenaire plus que d’un ennemi, rejoignant peut-être en cela le message de l’Aïkido…

 

Tori

À leur origine se trouvent les mots torite et ukete qui étaient probablement plus usités lors de l’époque Meïji.

Tori est composé de deux kanjis symbolisant la main et l’oreille. Au temps des guerres féodales un guerrier était récompensé en fonction du nombre d’adversaires abattus sur le champ de bataille. Ceux-ci étaient généralement comptabilisés par le nombre d’oreilles coupées que présentait le bushi…

Le kanji utilisé pour tori se prononce normalement toru et signifie prendre. Lorsqu’un kanji est associé à un autre pour former un mot composé sa prononciation change. Toru auquel on a adjoint le caractère « te » que nous avons vu plus haut ne se prononce plus donc ToruTe mais ToriTe simplifié en tori à l’usage.

 

 

Uke

Uke enfin représente deux mains qui se transmettent un élément dans son intégralité, comme lorsqu’on fait passer des pièces d’une main à l’autre avec l’idée qu’il n’y a ni perte ni chute. Le terme transmet donc l’idée de recevoir.

 

 

Tori est donc celui qui « prend » le corps de l’autre et exécute la technique et uke est celui qui « reçoit » la technique. Uke ne chute donc pas simplement et n’est pas le vaincu. Il y a une notion d’échange où, sans perte, les deux partenaires travaillent ensemble, tout autant dans le rôle de tori, que dans celui de uke qui est trop souvent négligé. L’étude des kanjis nous amène à redécouvrir un aspect totalement concret de notre travail et j’espère que vous y penserez la prochaine fois que vous serez uke sur le tatami.

 

Les kanjis ont des origines parfois obscures et diverses, et leurs interprétations souvent multiples et occasionnellement contradictoires fait l’objet de nombreux ouvrages spécialisés. Ils sont ici présentés selon l’angle martial qui est souvent méconnu, et plus particulièrement celui lié à l’Aïkido.

 

Aïte, tori et uke dans le Kishinkaï

Si j'ai spontanément suivi l'exemple de la majorité de mes enseignants en utilisant les mots tori et uke, je suis aujourd'hui de plus en plus enclin à employer aïte. Ce terme permet de ne plus définir celui qui reçoit la technique dans une position qui est trop souvent passive. Pour que le travail ait un intérêt, aïte doit à minima être notre égal. Ce n'est qu'ainsi qu'il pourra faire office de miroir, et nous permettre de progresser. Voici quelques lignes que j'avais écrite sur le sujet il y a huit ans déjà, en évoquant maître Tamura dans ce rôle :

 

 

Kagami, le miroir

Le miroir, kagami, est avec le joyau et l'épée un des trois trésors de la religion Shinto. Sa symbolique religieuse se double d'une signification spirituelle et technique. Lorsqu'il nous saisissait Tamura senseï ne faisait rien d'autre que nous tendre un miroir. Miroir aussi impitoyable que sa saisie était légère et où toute trace de tension, de désir, créait immédiatement une réaction. Tamura senseï, impassible, nous renvoyait simplement face à nos manques, nos imperfections. Image souvent difficile à accepter et action que certains, n'en percevant pas la finalité, qualifiaient parfois de tricherie.

Tamura senseï ne venait pas mesurer la justesse de la forme mais son fond. L'imitation parfaite de ses gestes dans leur angle et leur distance, ne suffisait en aucun cas à ce qu'il vous laisse passer si tant est qu'il restait la moindre once de tension. Et la puissance et la rapidité ne changeaient rien à la donne tant leur utilisation rend les actions facilement perceptibles.

 

Je passe beaucoup de temps durant mes cours et les stages, à donner de l'épaisseur à aïte. Faire en sorte qu'avant de recevoir éventuellement, il donne quelque chose. Que jamais il ne soit victime. Un point que nous aborderons à Valence chez Germain Chamot cette semaine.

 

 

Léo Tamaki à Valence, 3 et 4 octobre 2020

 

Horaires

Samedi 3, de 10h00 à 12h30, et de 14h30 à 16h30

Dimanche 4, de 10h00 à 12h30

 

Lieu

Gymnase du COSEC

Avenue de la Comète

26000 Valence

 

Tarifs

Stage complet 55€

2 cours 40€

1 cours 25€

 

Contact

germainchamot@gmail.com

 

Stage ouvert à tous les pratiquants d'arts martiaux, tous groupes, et tous niveaux.

 

 

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Jongbloed Christian 29/09/2020 12:31

Excellent article sensei, c'est la main qui tue disent les policiers et c'est pas faux. Pour moi l' entraînement doit être viril, il n'y a que comme ça que l'esprit et le corps comprend