Budo no Nayami

Vivre l'Aïkido avec le Covid

8 Octobre 2020 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

La fine tige se fraie lentement un chemin… à l'intérieur de ma tête ! "Agréable" surprise, la sensation est finalement bien plus déplaisante que douloureuse. Comme des millions à travers le globe je viens de passer mon premier test PCR.

 

L'impact du Covid sur les stages et cours d'arts martiaux

Une personne sur x mille est touchée, avec x chances de ceci, et y de cela. Chaque jour les chiffres s'égrènent, en inquiétant outre mesure certains, banalisant le danger pour beaucoup d'autres. Naturellement la population à risque est généralement la plus prudente, mais si elle reste silencieuse car il n'est pas de bon ton de se montrer inquiet, une majorité est très circonspecte.

Cela a évidemment impacté la fréquentation aux cours et stages d'arts martiaux. Si il y a peu la ministre des Sports évoquait une baisse attendue de 20 à 30% des licenciés, les nouvelles restrictions peuvent faire craindre une perte moyenne de pratiquants encore plus importante.

 

Un record de baisse dans les recherches sur Aïkido jamais atteint entre mars et août,

et le plus faible mois de septembre jamais enregistré

 

La position du Kishinkaï

Les décisions des dirigeants du monde entier face au Covid se sont faites dans l'urgence, avec des réajustements réguliers en fonction de l'évolution des savoirs et de la situation. Naturellement il y eut des erreurs, ici ou ailleurs, de portée plus ou moins dramatique. Et il y en aura encore.

Tout le monde au Kishinkaï a évidemment un avis sur la pertinence des mesures. Insuffisantes, démesurées, inadaptées, chacun en fonction de son vécu et sa situation a un regard unique qui se respecte. Nous avons toutefois immédiatement fait le choix de demander à tous nos adhérents de respecter à minima les règles édictées par les élus. Chacun était libre d'en faire plus, mais nous n'en ferions pas moins.

 

 

Pour ne rien vous cacher beaucoup d'entre nous étaient, et sont peu inquiets à titre personnel. Mais la première chose est que nous avons souhaité respecter les règles du vivre ensemble et de la démocratie. Quand bien même beaucoup dépendent d'élus qui n'étaient pas leur choix.

La seconde est qu'en discutant entre enseignants, nous avons découverts que :

  • Beaucoup d'entre nous avaient été touchés directement ou à travers des proches, parfois très brutalement.
  • De nombreux pratiquants exerçant une profession médicale ou paramédicale nous font régulièrement remonter des informations de toute première main.
  • Nous avons aussi été sensibilisés aux dommages indirects, liés non aux dégâts du Covid, mais à des soins limités, repoussés, avec parfois des conséquences tragiques.

 

Notre respect des règles n'a pas toujours été dénué d'incompréhension face aux choix, de révolte même, mais pour les raisons évoquées ci-dessus nous avons préservé cette ligne. Même quand elle a des conséquences brutales comme aujourd'hui pour les dojos ne pouvant avoir d'activité malgré la faible contamination du milieu sportif.

 

Photo Noémie Guillois

 

La grande loterie du Covid

Lorsque la pratique a pu avoir lieu en plein air je l'ai reprise immédiatement.

Lorsque les salles ont pu rouvrir, j'ai recommencé mes cours en plein été.

Mi-août, premier stage, le KishinTaïkaï d'Albi qui réussit l'exploit de réunir 75 participants venus de cinq nations. Puis stage de rentrée à Paris, suivi de Paliseul en Belgique, Nantes, Herblay, Albi, et enfin Valence le week-end dernier. Un planning compliqué à mettre en place en raison des situations fluctuantes, mais des enseignants motivés et désireux de proposer des moments de pratique privilégiés aux pratiquants ont rendu tous ces évènements possibles. Et la réponse était plus que positive, avec des stages accusant parfois une très légère baisse, mais souvent une audience plus large que d'habitude soulignant le besoin de pratique.

 

 

Au final, sept stages eurent lieu sans le moindre cas de Covid. Jusqu'à cette semaine. L'organisateur Germain Chamot et moi-même avons appris qu'un participant a été testé positif au Covid. Immédiatement, Germain s'est empressé de contacter chacun, car si probablement aucun pratiquant ne répond à la description exacte d'un cas contact, nous en sommes tous un dans les grandes lignes.

Nous nous sommes donc mis en quarantaine et avons invité chacun à faire de même en leur indiquant les précautions et démarches à suivre. J'ai même déjà fait un test de dépistage ce matin (5 jours après la contamination la chance d'avoir un faux positif est de 5%).

C'est ainsi, le Covid est une loterie. Les stages sans incidents sont la règle, mais la menace n'est pas encore écartée.

 

Les leçons de l'incident

Rien ne pouvait permettre de prévenir ce qui s'est passé le week-end dernier. Chacun a obéi aux règles préconisées, et certains pratiquants ont même gardé leur masque durant tout le week-end. Du gel avait été mis à disposition à l'arrivée par Germain, et il avait en outre pris certaines mesures supplémentaires telles que de vaporiser des produits pour désinfecter le lieu de pratique.

Nous attendons encore de savoir si qui que ce soit sera testé positif à la suite de ce week-end, mais j'en tire d'ores et déjà plusieurs réflexions. La première est que plus le temps passe sans que l'on soit touché, plus notre sentiment d'invulnérabilité se développe. C'est un trait psychologique bien documenté, qui explique notamment comment la population londonienne continua à vaquer à ses occupations sous le tapis de bombes allemandes durant la seconde guerre mondiale. Trait que l'on peut observer chaque jour actuellement en Irak et dans trop d'autres pays. Jusqu'au jour où l'on est touché.

La seconde est que si à titre personnel je pense qu'il faut rester strict et prudent, le risque est toutefois très mesuré, tant en termes d'occurrence que de conséquences individuelles. Cela doit bien entendu être pondéré de façon réfléchie par chacun en fonction de son état et son environnement.

 

 

Preuve d'awase

La quarantaine d'une semaine après contact avec un cas confirmé ne me permet malheureusement pas de donner le stage prévu cette semaine à Brest. Que chacun sache qu'une alternative a été mise en place, avec Tanguy Le Vourc'h qui animera le stage. Son niveau excellent et sa pédagogie attentive et bienveillante sont tels que je sais que les pratiquants ne perdront pas au change.

J'évoquais cette semaine la notion d'awase, cette harmonisation fondamentale dans la pratique de l'Aïkido, mais qui n'a que bien peu de valeur si elle ne sait s'exprimer dans notre quotidien. Le Covid a des conséquences, dont les indirectes si difficiles à mesurer ne sont pas les moindres. Mon sentiment est qu'il faut toutefois apprendre à vivre avec en restant vigilant. Partout où cela est autorisé, et dans le respect des consignes locales, je continuerai à pratiquer et partager. Et, lorsqu'un imprévu surviendra comme cette semaine, nous prendrons toujours les mesures nécessaires.

Apprendre à vivre avec l'autre, apprendre à vivre  avec le danger, n'est-ce pas là le chemin de l'Aïkido ?

 

 

P.S. Le texte ci-dessus présente les choix du Kishinkaï et les miens face au Covid. Il n'est pas une invitation au débat, ni une demande d'informations. Les enseignants de l'école et moi-même avons eu tout le temps de discuter, faire nos recherches, etc. Nous respectons les choix de chacun, et invitons ceux qui ne partagent pas les nôtres à faire de même.

Je vous saurai gré de ne pas commenter ce texte qui n'a que vocation à présenter notre position, ni sur le blog ni sur Facebook. De nombreux espaces d'échanges sont disponibles pour cela. Merci.

 

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