Budo no Nayami

Nana korobi ya oki; tomber sept fois, se relever huit !

2 Février 2021 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Lors du premier confinement, le défunt magazine Aikido Journal m'a demandé de répondre à une série de questions qui furent posées à un groupe d'enseignants. Je n'imaginais pas à l'époque que, près d'un an plus tard, nous serions dans la situation qui est la nôtre aujourd'hui. Paradoxalement, je dirai quasiment la même chose si je recevais ces questions aujourd'hui, à l'exception de la méditation que j'ai repris de façon régulière.

 

Effet pratique de l’épidémie et des mesures qui sont prises sur vous en tant qu’enseignant et sur vos élèves ?

Lorsque j’ai pour la première fois entendu parler du Covid, je n’ai pas pris la chose au sérieux. Fin janvier les informations étaient plus inquiétantes, mais peu imaginaient encore que le monde entier allait être frappé de plein fouet et j’ai continué mes activités. C’est peu avant le confinement, tardivement, que j’ai pris la mesure de l’ampleur de la crise, et que nous avons adopté une posture ferme avec le Kishinkaï, en faveur des mesures de prudence et du strict respect des efforts demandés.

Un expert en arts martiaux n’a pas de compétence particulière pour émettre un avis sur une situation sanitaire. Quelle que soit sa virtuosité martiale, elle ne se traduit par aucune connaissance en épidémiologie. Il semble alors raisonnable de s’en remettre à ce qui fait le plus consensus dans la communauté scientifique.

 

 

Habitant dans un « petit » appartement à Paris, je dois avouer que j’ai hésité à partir à la campagne, et même à l’étranger, en Corée ou Thaïlande qui étaient alors accessibles. J’ai finalement pris la décision de rester à Paris, car il m’a semblé important d’être exemplaire en cette situation. Il faut savoir prendre conscience que l’on est un point de repère, parmi d’autres, notamment en situation de crise. C’est pourquoi j’ai décidé de rester chez moi, malgré l’inconfort relatif.

Concernant les élèves, la situation est variée. Un certain nombre s’est isolé en province, et d’autres sont restés à Paris. Je pense qu’il ne faut pas juger des décisions de chacun sans connaître leur situation précise, et je respecte ainsi les choix de tous dans la mesure du raisonnable. Il me semble ainsi tout à fait acceptable qu’un couple avec deux enfants qui a la possibilité de quitter un 40m2 à Paris pour un peu plus d’espace l’ai fait lorsque cela était autorisé. En revanche ne pas respecter les consignes et se retrouver à 20 pour un barbecue me semble parfaitement irresponsable.

 

Et l’effet psychologique ?

Il a été amusant de s’observer. Comme beaucoup je suppose, je suis passé par de l’amusement, de la lassitude, de la frustration, de l’abattement, avant de trouver un équilibre probablement précaire.

Une des choses qui m’a le plus frustré est d’être limité dans les possibilités d’entraînement, sans savoir précisément pour combien de temps. J’ai bien sûr continué à pratiquer, mais j’ai été surpris que ces éléments me touchent de cette façon. C’est un point de lâcher-prise sur lequel je dois évoluer.

Pour les pratiquants avec qui je suis resté en contact, l’effet a été variable, mais globalement bien supporté.

 

Poursuivez-vous une pratique solo (aïkitaïso, suburi, kata de sabre et de jo) ?

J’ai continué à pratiquer une à deux heures par jour. J’ai travaillé en parallèle le physique et la technique. Au niveau physique je me suis concentré sur la mobilité et la flexibilité, avec un entretien minimum de la force et l’endurance. Au niveau technique j’ai travaillé seul dans le vide, les frappes, les techniques, mais surtout évidemment les armes.

Profitez-vous de l’absence d’activité sur le tatami pour approfondir d’autres aspects de l’aïkido (lectures, méditation…) ?

Cela fait un certain temps que j’arrive à nourrir mon évolution martiale d’éléments issus d’autres univers. Le confinement m’a naturellement permis de passer plus de temps à lire, écouter de la musique, écrire, etc.

Paradoxalement je n’ai quasiment pas pratiqué la méditation. En temps normal je suis en déplacement 220 jours par an dans le monde pour enseigner l’Aïkido. La méditation est donc une hygiène indispensable pour moi. Là, dans l’immobilité imposée, le simple fait de pratiquer en conscience m’a suffi.

 

Quelles réflexions cette situation vous inspire-t-elle ?

Il n’y a en Aïkido, quasiment aucun professionnel free-lance comme moi. Mais pour nous, l’impact financier a été très brutal. D’un point de vue matériel, il y a donc des évolutions que je dois accélérer pour me prémunir d’une telle situation.

De façon plus globale, j’ai été surpris de voir l’universalité de la force des réactions à travers le monde. Il y a 50 ans, la vie d’un homme n’avait pas la même valeur à travers le globe. Je ne parle pas de l’aspect financier, mais du rapport de chacun à la mort. Aujourd’hui, de Calcutta à Tombouctou, de Paris à Tokyo, la vie humaine et la santé sont devenues les valeurs ultimes. C’est très intéressant de voir qu’au-delà du vernis culturel, certaines valeurs sont à ce point mondialisées.

De même, et il ne faut SURTOUT PAS que cela serve d’excuse pour ne pas agir au quotidien, on a pu observer que les grandes entités que l’on se plaît souvent à critiquer, états et entreprises, étaient encore capables d’agir relativement efficacement en cas de nécessité. Oui on peut être plus prévoyant, oui on peut faire mieux, oui il y a eu des erreurs. Mais dans l’ensemble, l’humanité et le monde qu’elle a créé se sont révélés beaucoup plus résilients et unis que l’on aurait pu le supposer. C’est une raison supplémentaire pour chacun d’être positif, de tirer les leçons de cette crise à titre individuel et général, et continuer à avancer.

 

On dit au Japon « Tomber sept fois, se relever huit. » Après avoir fait le dos rond ensemble, c’est le moment de nous relever !

七転び八起き

« Sept fois à terre, huit fois debout »

 

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