Présentation

Liens

Recommander

Réponses à des commentaires postés hiers sur le post "Loisir, dosage de l'entraînement et tradition vivante…"

Je pars dans quelques heures pour Paris donc je me permet encore de répondre en reprenant les textes d'origine plutôt que de rédiger un post complet.

Tout d'abord une réponse au commentaire de Virginie.

En lisant ce poste, on se demande à quel point c'est encore pertinent de s'investir entièrement dans une activité qui commence comme un loisir, dans un domaine sportif?

Cela dépend de tes objectifs. A l'évidence s'il s'agit de réussite sociale ce n'est pas la meilleure voie. Mais s'il s'agit de réalisation personnelle la question se pose... (pas à mon sens sur le sport mais pour la pratique d'une voie ou d'un art).

Je n'ai pas pratiqué très longtemps les arts martiaux, ma plus longue activité sportive ayant été la danse dont je voulais même faire mon métier. Aprés 11 ans de pratique, 2 entorses d'affilée au même genoux, rien de grave quand on sais qu'au bout de 10 de danse généralement on se casse le genoux, ce qui est courant dans le milieu!


undefined Rudolf Noureev


Ca n'a pas grand-chose à voir avec le but de ton post mais là encore je note l'utilisation inadaptée du corps. Je n'ai jamais pratiqué la danse mais je pensais que les danseurs n'abîmaient pas beaucoup leur corps. Après en avoir rencontré quelques uns et en avoir parlé avec Hino et Kono senseï qui fréquentent les meilleurs danseurs et chorégraphes contemporains j'ai appris qu'en fait ils utilisaient généralement leurs corps comme les sportifs… mal.

Pendant 2 mois pas de sport, pas de danse, rien. Et je me suis demandé, en dehors de la danse en quoi suis-je bonne? Qu'est-ce ce que je sais faire d'aussi bien?J'étais jeune, mais j'ai pris conscience que le sport seul même à un trés bon niveau, ne peut pas vous aider quand physiquement on ne suit plus. Il faut alors être capable de rebondir.

Peu importe d'être "bon" en quoi que ce soit à mon avis. Et si tu n'étais même pas bonne en danse peu importe. L'esprit de compétition est la base de notre société contemporaine mais il semble aujourd'hui acquis que cela n'amène pas les individus à se développer harmonieusement. La recherche d'excellence peut être un moteur si elle s'applique à nous-même sans esprit de compétition mais c'est si rare…
Quand au sport je suis d'accord avec toi, une fois le corps usé et abîmé il ne reste plus que les souvenirs d'ancien combattant que l'on ressort à tort et à travers. Mais la danse dans ce qu'elle a de plus pur est à mon avis très très éloigné du sport. Je la vois comme un art et un moyen d'expression qui élève l'individu. Si elle était pratiquée dans le respect du corps de la même façon que devraient l'être les voies martiales elle pourrait alors être pratiquée toute une vie…

Aujourd'hui pratiquer une activité sportive régulière et intensive me manque beaucoup, mais dans la société actuelle il me semble indispensable d'avoir d'autres savoir-faire reconnus socialement.

Là je ne te suis pas. Qu'importe d'être reconnu "socialement"? Je ne pense pas que nous devions vivre notre vie en fonction du regard des autres et des valeurs de la société. Chacun doit se forger une opinion propre et décider du sens qu'il veut donner à sa vie même si cela semble futile ou stérile aux yeux de la société.

J'ai un ami passionné de danse, qui passe tout son temps libre et investit tout son revenu pour sa passion, suivre les cours et les stages des meilleurs, participer à un maximum d'évènements... Suite à une blessure à la cheville, il a eu la même réflexion que moi, aussi je lui ai proposé un projet pour pallier au risque de ne plus pouvoir pratiquer de la même manière.

Sans diplôme, sans formation , sans véritable expérience professionnelle, tout son temps et toute son existence ayant été jusqu'à présent pour la danse. Sans la danse, sa vie n'a pas de sens et surtout peu de perspective d'avenir.



undefined Rudolf Noureev


Mais quel mal si sa vie est la danse ;-) Il en est ainsi de tous les véritables artistes. S'il ressent ce besoin impérieux au fond de lui-même qu'il le suive! En prenant tous les risques. Mais s'il a le moindre, le plus infime doute, alors qu'il fasse comme toi, cherche un projet professionnel sérieux qui tienne la route et éventuellement continue à pratiquer pendant ses loisirs.

La chance sourit parfois à certain, mais il me semble trop dangereux de ne pas prévoir d'issue de secours.

La chance de quoi?... Réussir, devenir célèbre, gagner de l'argent?

Je crois qu'il est très important de faire la différence entre une pratique de loisir, qui n'a absolument rien de critiquable, et une pratique où l'on investit sa vie.
Un pratiquant qui investit sa vie est comme un artiste (véritable, pas quelqu'un qui cherche à être une star…). Peu lui importent les conséquences, il sait que sa vie est courte et il ne veut mais surtout PEUT pas faire de compromis sur ce à quoi il la dédie. Il n'y a ni calculs ni projets d'avenirs pour quelqu'un qui vit de cette manière.
C'est risqué. Très risqué. Et beaucoup d'artistes, comme Van Gogh (pour ne citer qu'un de ceux qui sont reconnus aujourd'hui mais combien ne le seront jamais), ont fini dans la misère. Combien de shugyosha (pratiquant itinérant travaillant sur son art dans un esprit ascétique) sont morts anonymement. Et cela sans réel but que de se réaliser car le niveau martial cessa de servir à l'élévation sociale au Japon début 1600. Pourtant des générations de budoka considéraient que leur recherche valait de risquer leur vie… Aujourd'hui bien sûr la mort ne guette pas le pratiquant. Il n'est menacé que par l'absence de "carrière". Mais dans notre société cela semble être une peur de plus en plus ancrée…
Que serait devenu l'Aïkido si tous ces jeunes inconscients, Tamura, Tada, Toheï... avaient pensé à une carrière?

Je pense que celui qui a cette force en lui qui le pousse à pratiquer (danse, voies martiales, arts…) ne regarde pas en arrière, se moque des considérations matérielles, et tant mieux pour lui ;-) Nous vivons dans un monde calculateur submergé par la peur et omnubilé par la réussite. Je crois que nos parents étaient loins d'être aussi frileux et que jusqu'à la fin des années soixante-dix beaucoup plus de gens se consacraient "gratuitement" (sans espoir de réussite autre que le plaisir de faire) à leurs rêves… Mais je dis peut-être ça parce que c'est l'époque où j'ai grandi entouré d'artistes à Montmartre :D (mon père est artiste peintre).

Tout cela ne concerne encore une fois que celui qui a une voix irrésistible au fond de lui et il y a là une différence fondamentale même avec le plus grand des passionnés. Je me souviens que Jacques Bardet avait très fortement déconseillé à un pratiquant de s'engager dans la voie professionnelle de l'Aïkido, bien que celui-ci ait été extrèmement motivé. Il était très déçu lorsqu'il est venu m'en parler. Finalement il est rentré dans une carrière plus classique dans laquelle il a rencontré le succès et aujourd'hui il est un pratiquant heureux qui s'investit énormément pendant ses loisirs, donnant des cours et participant à de nombreux stages.

Qu'en pensez-vous ?

Bah je viens de le dire :D

Virginie


Ensuite une (petite) réponse à Chrystelle.

Une réponse brève et un peu "irimi" à ton message...

L'aïkido nous permet de développer la souplesse, la flexibilité. Autrement dit, on nous enseigne à passer d'une jambe sur l'autre, à être mobile et à s'adapter.

Tout le monde a rencontré dans sa pratique de l'aïkido de "loisirs" une blessure ou fatigue physique quelconque. C'est aussi un bon moment pour s'interroger sur le vide, et voir s'il peut être créatif et "déboucher" sur autre chose.

Je résume prosaïquement : on ne met pas tous ses oeufs dans le même panier, et quand on ne peut plus monter sur le tatami on va se consoler en faisant des longueurs à la pistache.

Traditionnellement on continue à aller au dojo pour apprendre en regardant. C'est ce qu'on appelle "mitori geiko", entraînement en regardant. ;-)

Chrystelle



Et pour finir une réponse à Isa.

Toutes les blessures ne viennent pas du sport!! Tendinites, déplacement du bassin, des vertèbres, et blocage des cervicales dûs au travail de façon chronique. Certes j'ai un très bon ostéo mais j'ai sacrifié ma pratique de l'Aïkido momentanément. Elle me permettait de me recentrer, me canaliser, m'épanouir pleinement, gérer le stress professionnel intense, ne pas tomber malade,...

C'est fort vrai. On impute beaucoup à la pratique des blessures qui peuvent aussi être dues aux très mauvaises positions que les gens adoptent tout au long de la journée, au travail mais aussi chez eux.

Comme vous Virginie, j'ai énormément pratiquer la danse dont en compétition (9 ans), gymnastique, natation, squash, arts martiaux divers (heu oui ça ne se voit pas à ma physionomie mdr). Cela me permettait de retrouver mes énergies, la félicité et la force de surmonter les défis! Un catalyseur!

Malheureusemnt, à un certain moment il faut se dire que le corps a ses limites même si le mental dit l'inverse. Pour exemples: pratiquer la danse avec ligament croisé déchiré, faire des stages d'Aïkido avec les pieds bandés presque en sang, et une tendinite. Mais c'est pour mieux recommencer après, avec une vision et pratique différentes. Même si le corps ne peut pratiquer l'esprit oui ;-)


Là par contre je ne suis pas vraiment d'accord. D'une part les limites sont très relatives et le corps est capable de choses "incroyables". Pour ne citer qu'un fait très banal, jusqu'à l'ère Meïji au Japon la tournée quotidienne d'un postier était d'environ 200 km…
Pour le sport je suis d'accord, il est inutile voir stupide de pratiquer blessé. Par contre c'est l'opposé de la pratique martiale. Je pense qu'idéalement on doit venir pratiquer même blessé. Dans le cas des bujutsu, techniques martiales, il est évident qu'il faut être capable de pratiquer quelles que soient les circonstances. Dans celui des budo, voies martiales, il importe de travailler son esprit. Dans tous les cas cela doit se faire en s'adaptant, pas en aggravant son état. Ce type de travail ne convient donc évidemment pas avant d'avoir un certain niveau.
Personnellement j'ai très souvent pratiqué blessé et cela m'a beaucoup apporté. Une autre chose dans ce type de pratique est qu'il ne faut pas que cela soit un fardeau pour vos partenaires. Venir pour dire "Fais attention là j'ai…" est inutile. Dans ce cas mieux vaut pratiquer mitori geiko ou rester chez soi.

Bon week end

Cordialement

Isa



Bon j'ai écrit rapidement et j'effacerai sans doute tout ça à l'aterrissage.

C'est vraiment agréable d'avoir autant de lectrices ;-)
Et merci pour les échanges d'opinion dans la douceur…

Bon allez je file, l'avion ne va pas m'attendre!

Pour finir le texte d'une vieille chanson de Jean-Jacques Goldman au sujet très proche…


Etre Le Premier

Ca a été très long mais il y est arrivé
Il fait le compte de ce qu'il y a laissé
Beaucoup plus que des plumes, des morceaux entiers
Et certains disent même un peu d'identité

Pourtant, elle est en lui cette force immobile
Qui le pousse en avant, l'empêche de dormir
Toujours vers l'effort à côté des plaisirs
Jusqu'à l'obséder par cet unique mobile

Pour être le premier
Pour arriver là-haut, tout au bout de l'échelle
Comme ces aigles noirs qui dominent le ciel
Pour être le premier
Pour goûter le vertige des hautes altitudes
Le goût particulier des grandes solitudes
Pour être le premier

Elle était innocence, douceur et jolie
De ces amours immenses où l'on blottit sa vie
Mais d'une âme trop simple pour comprendre un peu
Que l'on puisse désirer mieux que d'être heureux

On dit qu'il a la chance mais qu'il n'a plus d'amis
Mais moi je sais qu'au moins, il est bien avec lui
Comme s'il avait le choix ou cette liberté
Quand on a cette voix qui vous dit d'avancer

Pour être le premier...



Par Léo Tamaki - Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Samedi 1 mars 2008 6 01 /03 /Mars /2008 19:53
Retour à l'accueil

Commentaires Récents

Rechercher

Syndication

  • Flux RSS des articles
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés