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Voici ci-dessous un commentaire de Mat.

"Bonjour Léo, bonjour tou(te)s,

Puisque vous en êtes venus à parler de notre "propre" aikido, j'ai une question pour Léo : Léo, étant donné que ta pratique t'amène à parcourir d'autres sentiers que ceux se réclamant de Morihei Ueshiba sensei, où places tu la limite dans ta propre pratique entre ce qui est aikido et ce qui ne l'est pas ?

Bien à vous !"

Mat. :-)



Photo Sébastien Chaventon


La difficile question sous-entendue est "qu'est ce que l'Aïkido?". J'essaierai de prendre le temps d'écrire un article posément sur le sujet. En attendant j'ai mis quelques éléments de réflexion dans ma réponse.


"Aaahhh Mat,
 
Un petit message simple genre "bonjour j'espère que tu vas bien et à bientôt" m'aurait étonné de toi ;-) Toujours des questions intelligentes…
 
En fait personnellement il y a longtemps que je parle de "pratique". Je ne dis donc pas mon Aïkido mais plus modestement ma pratique.
La question de ce qui peut être appelé Aïkido est difficile car elle revient à en donner une définition. Cela nous expose alors à un grand nombre de questions…
-S'agit-il d'une "forme" technique, des gestes extérieurs, mais dans ce cas leur exécution peut être très variable selon les maîtres. Certains les réalisant en puissance tandis que d'autres insisteraient sur le relâchement par exemple.
-S'agit-il d'une façon d'exécuter des mouvements qui pourrait à la limite être appliquée à n'importe quelle technique, donnant ainsi la possibilité de reprendre des techniques de Daïto ryu, d'autres écoles pratiquées par Osenseï, voire d'en inventer.
-S'agit-il de principes spirituels, laissant là encore la possibilité de s'écarter du répertoire technique du fondateur.
-A quelle période de la pratique du fondateur doit-on lier l'Aïkido? Est-ce que les techniques qui datent d'avant l'emploi du terme Aïkido dans les années 40 peuvent être considérées comme de l'Aïkido? Est-ce la pratique de ses dernières années, touchant à l'essentiel au point d'en être presque "métaphorique" qui doit être recherchée, ou doit-on revenir à un travail plus "technique" datant du début des années 50?
-Et au-delà doit-on même se référer au fondateur? Plusieurs maîtres m'ont confié en privé qu'il n'était pas, ou plus leur référence… Un art évoluant il n'est pas inutile de se poser la question.
 

Ueshiba Moriheï (photo Sébastien Chaventon :D)


Voilà quelques unes des questions qui rendent ma réponse très difficile.
 
Personnellement il m'est impossible de prendre Ueshiba pour référence car j'ai appris par l'expérience que ce que l'on voit en photos ou vidéos, et même en réel devant nos yeux, ne représente que la partie émergée de l'iceberg. La sensation est le point essentiel. Que ressent-on face à tel maître, quand on se tient devant lui, quand on l'attaque, quand on le saisit, quand on reçoit sa technique, etc… Ce n'est qu'ainsi que l'on peut vraiment comprendre ce qu'est la pratique d'une personne.
Ensuite j'ai subi les techniques d'une vingtaine d'élèves qui l'ont suivi intensément et ont régulièrement chuté pour lui. Aucun n'a ou n'avait une pratique similaire, que ce soit dans la forme ou la sensation qu'elle donne ou donnait. Qui a tort? N'ont-ils pas tous préservé une partie de ce qu'ils ont reçu, certains privilégiant l'esprit, d'autres la forme et d'autres encore la manière de la période à laquelle ils ont étudié ou de celle qui leur convenait le mieux parmi celles qu'ils ont connues?
 
Mon opinion personnelle quand à la préservation des formes est que Shioda senseï, Saïto senseï et Shimizu senseï sont les trois qui ont le plus fidèlement préservé les techniques d'une époque donnée. Ils ont par contre peu insisté sur l'aspect spirituel qui a été plus préservé par des maîtres tels que Abe senseï, Sunadomari senseï ou Hikitsuchi senseï. Quand au contenu, la manière d'exécuter, il m'est impossible d'en juger.
 
Alors est-ce que je fais de l'Aïkido?! Ma référence en Aïkido est Tamura senseï. S'il m'apparaît évident que sa pratique actuelle n'est pas celle d'Osenseï, au moins dans sa forme extérieure, il me semble qu'il est indéniable qu'il est un de ses successeurs. Si l'on considère qu'il fait de l'Aïkido (ce n'est pas l'opinion de tout le monde), alors je crois pouvoir dire que je fais encore de l'Aïkido car aujourd'hui ma pratique reste assez proche de la sienne même si je suis loin de connaître ses formes aussi bien que Mikaël Martin par exemple.
Par contre je comprends parfaitement qu'aux yeux de certains pratiquants je ne pratique pas de l'Aïkido. Pour être sincère… cela m'indiffère :D
 

Tamura Nobuyoshi


Lorsque je pratiquais le Kyokushinkaï j'avais l'impression de faire de l'Aïkido bien qu'évidemment les techniques aient été très différentes. Et mon frère avait le même sentiment. Chaque geste de celui qui vit son Aïkido ne doit-il pas être de l'Aïkido? Sans me comparer avec Osenseï en aucune façon, ne faisait-il pas de l'Aïkido en levant sa tasse pour boire son thé? En tout cas pour moi Kuroda senseï respecte ses principes dans chacun de ses gestes.
 

Il arrivera sans doute un moment où ma pratique s'éloignera de celle de maître Tamura soit techniquement soit dans l'esprit, voire les deux. Il me faudra alors me poser la question de l'appellation de ma pratique.
 

Photo Sébastien Chaventon


Bon la réponse est très longue, probablement obscure et dépasse un peu le cadre de la question. Allez je réutilise mon excuse favorite, il est 5h du matin :D
 
Très amicalement,
 
Léo"



Par Léo Tamaki - Ecrire un commentaire - Voir les 16 commentaires
Mardi 27 mai 2008 2 27 /05 /Mai /2008 00:05
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Commentaires

bonjour
Il  n'est de voie que celle suivit avec passion et renouveau de tous les instants .
L'aikido  permet d' etre de suivre l'une de ces voies que chacun choisit .
Aucune voie ne peut etre la meme car chaque individu est different  .
Toute voie est respectable tant que dans la liberté de celui qui la choisit , il respecte et n'atteint la ou les voies de la liberté des autres.
Cordialement
Yves NAERT
Commentaire n°1 posté par naert le 27/05/2008 à 00h39
Passion et esprit toujours vierge. Respect des pratiques de chacun. Tout à fait d'accord ;-)

Cordialement,

Tamaki Léo
 
Réponse de Léo Tamaki le 27/05/2008 à 09h45
Salut Léo,
En lisant la questiant de Mat, le même shéma général de ta reponse tiltait dans ma tête ;-)...alors pour faire court (puisque tu la bien défini et répondu) c'est la pratique et la sensation au quotidien de celle-ci qui est importante et non "d'essayer" de suivre scrupuleusement le sentier/la voie d'un fondateur....car tout dans la nature est amené au changement (l'univers n'est il pas en constante évolution?)...

Amicalement,
Chris 
Commentaire n°2 posté par ksiazkiewicz le 27/05/2008 à 08h48
Bonjour Chris,

Après vient une autre question, est-il important que la pratique d'un fondateur soit préservée par certains courants? Je dois avouer que je n'ai pas encore d'avis définitif sur la question.

Dans le passé les choses évoluaient bien sûr, mais sur un temps plus long. Les changements étaient donc plus "lissés" et intégrés naturellement à la pratique. Depuis le siècle dernier le monde vit dans un état d'accelération permanente à tous les niveaux. Les voies martiales ont du mal à échapper à cela et je crois qu'en général cela fait plus de dégats que de bienfaits. Je suis bien sur pour l'évolution mais pas dans n'importe quelles conditions. Aujourd'hui malheureusement la pluspart des changements/créations sont le fait de personnes qui ne me semblent pas aptes à les faire...

Amicalement,

Léo

 
Réponse de Léo Tamaki le 27/05/2008 à 09h51
Bonjour Léo,

Je me permettrais de fournir un avis personnel : le seul qui pratiquait l'aïkido du fondateur, c'est le fondateur lui-même. Chacun de ses élèves à essayé d'assimiler ce qui faisait cet aïkido, mais par le fait même que chacun est différent, leur pratique à tous est unique.

Malgré cela, je pense intéressant de garder comme référence ce qui nous reste aujourdh'ui de la pratique de Morihei Ueshiba, dans ses discours où ses vidéos. Référence documentaire s'entend, car aucune vidéo ne permet de saisir l'ensemble du contenu de ce qu'il pratiquait.

Malgré ces références, je suis dans l'expectative sur ce que pourrait être une définition de l'aïkido. J'aime cette citation de Butler, écrivain britannique : "définir, c'est entourer d'un mur de mots un terrain vague d'idées". En définissant ce qu'est l'aïkido, on se limite à notre propre interprétation , ou à celle d'un autre. Et on risque d'exclure les interprétations d'autrui.

J'apprécie finalement assez les définitions très larges et peu restrictives que Morihei Ueshiba donnait de son art. L'une d'elles en particulier va bien au-delà du faible nombre de mots qu'elle contient : "Aïkido est amour". Il y a beaucoup plus dans cette définition que ce qu'il y parait.
Commentaire n°3 posté par DG le 27/05/2008 à 10h36
Bonjour DG,

Merci pour ton message.

Je suis parfaitement d'accord avec toi, non seulement sur la limite d'une définition, mais aussi sur la définition qu'Osenseï lui-même donnait de son art.
J'avais écrit un article sur le sujet il y a longtemps:
http://www.tsubakijournal.com/article-6393120.html

Après pour la "référence" je ne suis pas certain de ce que tu veux dire. Doit-on à ton avis mesurer notre pratique à l'aune de la sienne pour en juger la validité, ou est-ce en termes historiques pour comprendre un point de départ?

Amicalement,

Léo 
 
Réponse de Léo Tamaki le 27/05/2008 à 10h47

Re-bonjour Leo!

Décidemment ce sacré Aikido a fait, fait et fera encore couler beaucoup d'encre et brulera beaucoup de matières grises.

Qui a tort? Qui a raison? Ces géguerres incessantes entre je "respecte srupuleusement l'enseignement du fondateur; non c'est moi! non c'est moi!" sont réellement irraisonées et irraisonnables.

Qu'importe qui détient la réalité! Je l'avais déjà stipulé dans un commentaire. "L'important c'est le coeur"!

Evidemment il y a des principes techniques et spirituelles à respecter. Mais pour compléter, l'Aikido c'est certes l'Amour mais c'est également et SURTOUT l'Harmonie.

Cette Harmonie est accessible par n'importe quelles voies que l'on pratique et aux risques de choquer certains..... par n'importe quels autres arts martiaux. Et oui!

O'sensei était un géni du Budo! Une personne rare! Il a fait plus que créer, il a illuminé son art, synthétisé et transcendé le Budo car les principes d'Aiki existaient déjà dans le Koryu bien avant O'sensei et l'Aikido. Leo dis-moi si je me trompe mais j'imagine que Kuroda senseï applique les principes de l'Aiki/Harmonie dans ses techniques? Et son école date d'il ya déjà plusieurs siècles?

O'sensei doit être une référence pour nous indiquer la marche à suivre vers notre éveil mais fixer son attention sur tel ou tel aspect de la technique est-ce réellement nécessaire?

Alors pour stopper toutes tergiversations. "Où commence et où s'arrête l'Aikido" je réponderai: nulle part. Effectivement il y a des formes à respecter mais c'est uniquement sur un plan technique par contre L'Aiki n'a pas de frontière. je pense que notre vision des choses est obstrué par l'aspect palpable et visible de la gestuelle.

L'Aikido n'est PAS un art strictement codifié. Libre à chacun d'y prendre, d'y retenir et d'y appliquer son expérience des choses et de la vie. De le pratiquer et de le comprendre avec sa sensibilité. Si l'on respecte les règles fondamentales de l'univers (les seules immuables) alors nous faisons tous de l'Aiki.

Qu'en penses-tu Leo?

Amicalement

Commentaire n°4 posté par Shotokan le 27/05/2008 à 13h24
Cher Shotokan,
 
Merci pour ton message.
 
L'Aïkido est en effet une des disciplines qui fait couler le plus d'encre. Il suffit de voir le nombre de sites ou livres proportionnellement au nombre de pratiquants et de comparer avec le Karaté ou le Judo pour s'en rendre compte. Et sans doute sa philosophie en est-elle une raison.
 
Concernant les "guerres" il y a effectivement celles qui ont lieu entre ceux qui croient respecter mieux ou plus que les autres la technique, mais aussi entre ceux qui pensent qu'une copie conforme est la seule voie et ceux qui veulent faire évoluer très vite la discipline, ceux qui considèrent que l'aspect spirituel doit être enseigné et ceux qui pensent qu'il est inclus dans la pratique physique, ceux qui pensent que l'étude des armes est essentielle et ceux qui pensent qu'elle est annexe, etc…
Tu vois que les pratiquants de cette voie harmonieuse trouveront toujours le moyen de se quereller ;-)
 
Considérant l'amour il s'agit d'un terme qui a un sens plus vaste que celui qu'on lui donne généralement en occident. Il inclut totalement et je dirai même surtout la notion d'harmonie.
Que l'harmonie fasse partie de tous les arts martiaux me semble par contre un raccourci. Il est certain que les techniques martiales qui se sont transformées en voies (bujutsu en budo), insistent sur cet enseignement moral. Mais je crois que cela n'est nulle part aussi évident qu'en Aïkido, et surtout que l'Aïkido le traduit beaucoup plus en termes techniques.
 
Ensuite concernant les principes Aïki… On touche là une question de spécialiste ;-)
S'il est clair que Osenseï n'est pas l'inventeur de ce terme, il est clairement celui qui l'a popularisé. Maintenant que voulait-il dire à travers lui?... Ses élèves directs que j'ai rencontré en ont tous des interprétations différentes. De même que les maîtres de Daïto-ryu que j'ai interviewé.
Personnellement et sans m'être penché très précisément sur la question je dirai que l'Aïki d'Osenseï est surtout un principe philosophique d'harmonisation alors qu'il s'agit de principes techniques précis en Daïto-ryu par exemple (même s'ils sont différents selon les enseignants… tu me suis? :D). Bien sûr Osenseï maîtrisait probablement ce que les maîtres de Daïto-ryu font sous le terme Aïki mais il désirait je crois surtout en extraire et transmettre le sens spirituel.
 
L'Aïki en Aïkido est en effet très lié à l'idée d'harmonie. Ce n'est par contre pas le cas en Daïto-ryu chez les maîtres que j'ai rencontrés. Disons qu'ils peuvent s'harmoniser dans le sens de "fondre" leur technique dans celle de l'attaquant. Mais cela s'exprime au final dans un contrôle qui est loin de la douceur que l'on imagine généralement (mais aussi de la brutalité).
 
Pour Kuroda senseï il n'y a pas d'oppositions de force mais un geste peut aller à l'encontre de celui de l'adversaire. C'est difficile à explique par écrit malheureusement. Disons que ne pas s'opposer ne veut pas dire que l'on évite ou esquive obligatoirement… Désolé je n'arrive pas à être plus clair que cela.
 
Par ailleurs il faut bien noter que les koryu comme le Shinbukan Kuroda ryugi n'intègrent généralement pas l'idée de compassion et préservation de l'adversaire. Il s'agit de techniques destinées à détruire le plus rapidement possible et se terminant généralement par la mort de l'adversaire. On est très loin des budo modernes et particulièrement de l'Aïkido. Attention je ne veux pas rentrer ici dans un débat stérile sur l'efficacité en combat, etc… Je précise juste sur quelles intentions reposent globalement ces deux courants de pratique.
 
Quand à savoir s'il faut se fixer ou non sur l'aspect technique c'est une question qui se pose à chacun d'entre nous. Y a-t-il des choses que l'on doit considérer comme immuables? Si oui lesquelles? Et pourquoi? A chacun d'y répondre pour soi sans croire que sa réponse est la seule valable et qu'il faille l'imposer au reste du monde…
 
Amicalement,
 
Léo
 
Réponse de Léo Tamaki le 27/05/2008 à 16h23
Merci pour l'article, il va tout à fait dans le sens de ce que j'essayais d'exprimer.

Concernant le fait de prendre Morihei Ueshiba comme référence, je reconnais que mon terme de "documentaire" est peu explicite, je vais essayer d'approfondir.

Le problème est insoluble : pour moi O Sensei a été le seul au monde à personnifier pleinement l'aikido, à en être l'incarnation. Il a créé un art que l'on apprécie à la fois pour ses principes spirituels et pour la matérialisation de ces principes dans un système "martial" (le terme est impropre, mais je n'ai pas mieux).

Il n'est plus là pour transmettre, mais nous avons le choix entre les multiples branches qui ont été créées par ses élèves. A mon sens, et malgré leur compétence évidente, nul de ses élèves n'a atteint la perfection que personnifiait le fondateur comme incarnation de l'aikido : il était l'aikido, et ses élèves ont essayé de capter un peu de ce qu'il était.

De même, nous ne pourrons être identiques à nos professeurs, ce qui est tout à fait normal, et nous ne pourrons avoir une pratique identique à celle du fondateur. Cependant, je pense qu'il est tout à fait possible de considérer les différents témoignages de l'art du fondateur (écrits, vidéos...) comme une source d'information qui nous permette de mettre en perspective ce que nous pratiquons aujourd'hui. Nous ne pourrons capter par les vidéos l'intégralité de son art, mais il n'empêche que ces vidéos contiennent des informations qui sont autant de pistes de reflexion et d'approfondissement, complémentaires à l'enseignement que l'on reçoit.
Commentaire n°5 posté par DG le 27/05/2008 à 13h49
Merci DG.
 
Par contre excuse-moi mais je ne suis toujours pas sûr de savoir si tu penses qu'il faut essayer de reproduire les formes techniques d'Osenseï à travers les documents qui nous restent ou pas. Tu dis que les documents nous permettent de mettre en perspective et approfondir, mais est-ce dans le sens où ils nous permettent de "corriger" notre pratique, où plutôt comme une compréhension de l'origine de notre travail?
 
Par ailleurs quand tu dis qu'Osenseï a été le seul à personnifier pleinement l'Aïkido sous-entends-tu que personne ne l'égalera ou simplement, comme tu le développes un peu, que personne ne l'a égalé jusqu'à aujourd'hui?
 
Excuse-moi mais je cherche juste à savoir ce que tu en penses.
 
Léo
Réponse de Léo Tamaki le 27/05/2008 à 17h14
"Après vient une autre question, est-il important que la pratique d'un fondateur soit préservée par certains courants? Je dois avouer que je n'ai pas encore d'avis définitif sur la question."

Pour ma part je pense que oui, pas pour en faire une doctrine et la seule vérité, mais comme socle qui permettrai à chacun de retrouver dans sa forme la plus brute le message originel. Avec le moins d'interprétation possible (c'est un autre débat, qui peut transmettre sans interpreté)!

Un peu comme lire Shakespeare dans le texte ou une traduction si bonne soit elle.

La pratique des techniques les plus proches possibles peut permettre à des pratiquants avancés de mettre en lumière d'autre partie du message de OSensei. Au même titre qu'un philosophe pourrait chercher dans de vieux livre pour développer des idées nouvelles.

Je penses que beaucoup de chose sont dites dans les techniques elles même, dans leur structure et dans leur forme. Choses qui peuvent ammené vers une vraie emancipation par rapport au modéle original, amis sans le perdre de vue.

Il est vraie qu'a notre époque les choses évolues très vite, pour s'adapter à tout et n'importe quoi. Chacun apporte sa pierre à l'édifice à tord ou à raison. Mais cette édifice repose quand même sur ce qui à été fondé par OSensei. Ca me fait penser à ce jeu ou on empile des pièces les unes sur les autres, si on s'éloigne trop de la base, tout s'écroule!

Bon j'arréte parce que je divague!!

A+

Bruno



Commentaire n°6 posté par Bruno le 27/05/2008 à 15h17

Bonjour Bruno ;-)

Bien sûr comme tu l'écris il peut s'agir d'un socle auquel on pourrait se référer pour comprendre l'évolution de la discipline et c'est évidemment utile. Mais comme tu le dis la question est de savoir si cette transmission est correcte. C'est un autre débat comme tu l'indiques, mais nécessaire pour répondre à cette question. Car si la transmission correcte et intégrale était avérée, sans le moindre doute possible quand à la forme et surtout la façon d'éxécuter les techniques alors ce serait évidemment une richesse.

Mais je ne suis pas sûr que ce soit le cas… Les maîtres transmettent et ont transmis une partie de la pratique d'Osenseï. Mais y en a-t-il un qui ait transmis à la fois la forme (technique), le fond (manière de l'exécuter, de bouger son corps) et l'esprit (message philosophique ou religieux). Sans compter qu'il faut aussi savoir de quelle période on doit préserver la technique. Quand a commencé l'Aïkido? Ce qu'il faisait avant-guerre en était-il? Doit-on conserver les forme qu'il a changées? Doit-on transmettre la pratique presque "métaphorique" de la fin de sa vie?...

Donc en précisant, ce que je voulais dire est "Est-il important de s'attacher à transmettre une forme technique" (la forme) si le fond (manière de l'exécuter, de bouger son corps) et l'esprit (message philosophique ou religieux) en sont absents, où s'ils sont différents de ceux du Fondateur?"

Les techniques de l'Aïkido sont subtiles, intéressantes, etc… Elles sont sans doute révolutionnaires, ou sans doute simplement une énorme évolution. Sur cette question mon avis est d'ailleurs plutôt que le coté révolutionnaire est surtout dans l'esprit de l'Aïkido. Les techniques ont évidemment leur originalité mais ne sont sans doute pas éloignées du Daïto ryu au point qu'on puisse parler de révolution (au niveau gestuel s'entend), et elles sont aussi souvent présentes sous des formes plus ou moins proches dans d'autres disciplines.

Ce que j'aurai voulu c'est que l'essence, c'est-à-dire la façon de bouger "à l'intérieur", pas la forme extérieure soit préservée. Sans doute l'est-elle. Ou sans doute a-t-elle été perdue comme celle de Musashi semble avoir disparu avec lui.

Et au-delà, doit-on pratiquer le Daïto ryu pour comprendre ou faire évoluer l'Aïkido? Si non pourquoi devrait-on pratiquer la forme "originelle" de l'Aïkido, celle d'Osenseï, pour comprendre celle de notre enseignant ;-)

Bien sûr il est intéressant de comprendre le grec et le latin. Mais certains des plus grands écrivains de notre temps ne sont ni hélennistes ni latinistes…
Au final il est évident que la préservation des techniques représente un intérêt. Mais est-ce "important" dans le sens de fondamental, vital? Je ne suis toujours pas sûr :D

En revanche à 100% d'accord avec toi sur les pierres apportées à tort ou à raison L Espérons juste qu'elles disparaîtront d'elles-mêmes ;-) 

Amicalement,

Léo

Réponse de Léo Tamaki le 27/05/2008 à 18h31
Bonjour à tous,

Une petite histoire qui peut sans doute contenter tout le monde ( la métaphore de l'éléphant ) :

Quatre hommes aveugles rencontrent un éléphant. L'un saisit sa jambe et en conclut qu'il s'agit d'un arbre. Le deuxième attrape sa queue et pense que c'est un fouet. Le troisième touche la trompe de l'éléphant et affirme que c'est un tuyau, et le quatrième tapote son flanc et décrète que c'est un mur.
L'homme sage leur dit : " Vous avez tous raison. "

Les uchi deshi qui ont cotoyé O'Sensei ont peut-être attrapé en fonction de leur équation personnelle et leur sensibilité certaines choses qu'ils considèrent comme l'essentiel.

Finalement, ce qui fait l'intérêt de l'art en général n'est-ce pas la pluralité d'expression en partant bien sûr de bases et repères communs?

A ses débuts, dans un autre registre, Picasso réalisait des œuvres réalistes dans un style académique puis il s'est ensuite singularisé.

Une question que l'on peut se poser également : Ce qui fait aujourd'hui d'O'Sensei un budoka de génie est-ce le fait qu'il est synthétisé un ensemble de techniques pour fonder l'Aïkido ou qu'il est sublimé toutes les disciplines qu'il a étudié pour instaurer un dialogue à partir d'une situation de conflit?


Une modeste contribution dans le sens de Léo que je ne connais pas mais dont je trouve les articles très intéressants :)

PS : Merci de m'avoir fait découvrir Kuroda Sensei; je me fais une idée dorénavant de ce que l'on entend par fulgurance!






Commentaire n°7 posté par Sylvain le 27/05/2008 à 17h03
Bonjour Sylvain,
 
Merci pour ton message.
 
Ah oui toujours un bon exemple cette histoire de sagesse. Comme le jardin zen du Ryoan-ji le symbolise, on ne peut appréhender la "totalité"…
 
Effectivement les successeurs d'Osenseï n'ont pu recevoir qu'en fonction de leurs "talents". Et par la suite il est logique de supposer qu'ils ont développé ce qui leur convenait/plaisait le mieux.
 
Quand à la pluralité elle peut être richesse si elle n'est pas dispersion sans intérêt. Mais il est difficile de fixer une limite… et impossible de la faire appliquer ;-)
 
Quand à Osenseï je ne crois pas qu'on puisse dire qu'il ait synthétisé. Au moins réinventé ;-)
Par contre je crois effectivement que son génie est d'avoir su sublimer l'art martial. Il n'est sans doute pas le seul mais aucun n'a réussi aussi bien que lui.
 
Léo
Réponse de Léo Tamaki le 27/05/2008 à 20h45
Merci Leo pour ces eclaircissements. C'est toujours un réel plaisir d'avoir tes avis et de pouvoir en discuter avec toi.

A part ça la saison d'Aiki arrive à sa fin bientôt et l'année prochaine je change de club non sans regret car les personnes que j'y ai cotoyées mon beaucoup apporté au niveau technique et moral et je tiens à leur rendre hommage ici et ensuite à la fin de l'année pour mon pot de départ  :-))

Mais pour ma recherche personelle je vais avoir besoin de plus d'heures de pratique par semaine que ces uniques 3h en club.

Je vais donc pratiquer le Iai (muso shinden ryu bien entendu) et l'aikido 6h/semaine (c'est déjà mieux :-)). Dans ce dojo Chrsitophe Marie y enseigne et je voulais savoir si tu le connaissais car il suit beaucoup l'enseignement de Tamura sensei et se déplace tous les ans au stage à Lesneven et il me semble que toi aussi?

Si tu as le temps de me répondre.

Domo Arigato
Commentaire n°8 posté par Shotokan le 27/05/2008 à 17h42
C'est un plaisir.
 
Un changement de dojo n'est jamais facile si on y a appris beaucoup et encore plus en bonne compagnie…
 
Je ne sais pas si je connaîs Christophe Marie. Sans doute de visage. Par contre j'ai fait plusieurs fois Lesneven mais pas chaque année.
 
Amicalement,
 
Léo
Réponse de Léo Tamaki le 27/05/2008 à 21h36
Tu dis que les documents nous permettent de mettre en perspective et approfondir, mais est-ce dans le sens où ils nous permettent de "corriger" notre pratique, où plutôt comme une compréhension de l'origine de notre travail?

Un peu de tout ça, en fait. Quand je regarde les photos et vidéos d'O Sensei, c'est avec en tête un questionnement du type "Et lui, comment faisait-il ? Pourquoi faisait-il comme ça ?", questionnement naturel pour quelqu'un qui cherche, non ?

Par ailleurs quand tu dis qu'Osenseï a été le seul à personnifier pleinement l'Aïkido sous-entends-tu que personne ne l'égalera ou simplement, comme tu le développes un peu, que personne ne l'a égalé jusqu'à aujourd'hui?
Je pense que personne ne l'égalera, mais il ne s'agit pas d'un jugement de valeur : l'aïkido était sa création, son art à lui, issu de son propre parcours et adapté à son physique et ses capacités. Pour aller à l'extrême, je dirais que l'aïkido est mort avec lui. Je ne pense pas qu'un art martial soit un système immuable transmissible de manière absolument identique de génération en génération, comme on se transmettrait un livre par exemple. En ce sens, je pense que le seul qui pratiquait l'aïkido, c'était son fondateur. Tous ses élèves ont pratiqué leur propre interprétation de l'aïkido, et non une copie conforme.
Commentaire n°9 posté par DG le 28/05/2008 à 10h03
Merci pour tes réponses DG. Là je comprends parfaitement ce que tu voulais dire ;-)
 
Personnellement je reste sceptique sur le fait "d'égaler" ou pas. Il a créé une voie, montré un chemin. Celui qui suis ce chemin sans mettre ses pieds à l'endroit exact où il les a mis n'est-il pas aussi sur la voie? Je pense qu'il a créé plus qu'un art "adapté à son physique et ses capacités".
 
Je dirai plus que l'Aïkido est né avec lui. Sa pratique personnelle de l'Aïkido a bien sûr disparue, là je suis d'accord avec toi. Mais pas le chemin qu'il nous a proposé et que ses élèves ont suivi à leur façon. Pratiquer sa propre interprétation ne signifie par contre pas pour moi que l'on ne pratique pas l'Aïkido ;-)
 
Je te suis aussi sur le fait qu'un art ne se transmet pas de façon immuable. En revanche il y a des systèmes où la transmission est très précise et les changement involontaires minimes. L'Aïkido, pour moi, n'a jamais été clairement défini techniquement. (C'est d'ailleurs le point de départ de la conversation :D) C'est sa force. Et sa faiblesse…
 
Pour finir je ne crois pas que l'Aïkido soit un livre. Une façon d'écrire à la limite si on veut rester dans ce thème pour faire une comparaison. Et avec cette façon chacun peut écrire avec ses capacités.
 
Amicalement,
 
Léo
Réponse de Léo Tamaki le 28/05/2008 à 20h06

Bonsoir à Léo, bonsoir à tou(te)s


Je vois que ma petite question innocente ;-) fais du chemin, merci à Léo de nous permettre d’échanger sur ce sujet au travers de ce billet. Je vais développer un peu à partir des commentaires puisque nous y sommes … n’hésitez pas à me rentrer dans le lard si je vous ai mal compris ou si ça ne vous plaît pas.


 

Qu'est-ce que l'aikido ?

"Aïkido est amour"

Que cet amour contienne "harmonie", "compassion", ou autres termes assimilés, il n'en reste pas moins que dire cela ne fait pas avancer le shmilblik ;-) ! Donc non seulement il faut prendre conscience de ce que ça veut dire, mais il reste ensuite à le traduire en acte. (Comme disait ma grand-mère : "L'enfer est pavé de bonnes intentions")


Qu’est-ce que ça veut dire ?


"[...] je dirai que l'Aïki d'Osenseï est surtout un principe philosophique d'harmonisation alors qu'il s'agit de principes techniques précis en Daïto-ryu par exemple […]"


Si j’ai bien compris, en Daïto-ryu ou autres écoles de bujutsu le principe aïki ne désigne que la capacité à harmoniser son action à celle de l’adversaire, l’intention première étant de sauver la peau de quelqu’un (soi même, son clan, le plus souvent son seigneur (?), du moins les siens), ce qui impliquait la plupart du temps de précipiter le retour dudit adversaire à l’état de poussière.


Tandis qu’en aïkido, aïki désignerait la capacité à ne faire qu’un avec l’univers. Ce qui ne nous avance pas beaucoup quant à sa définition :D.

Si je reviens à la légende, je retiens que : dans le contexte historique tendu du début du siècle dernier, partant du constat que la mise au point de techniques d’affrontement toujours plus efficaces à réduire l’adversaire en miettes était impuissante à remplir sa fonction première - à savoir sauver la peau des plus « valeureux », Morihei Ueshiba (parmi d’autres) a décidé d’adapter les outils à sa disposition afin de sortir de cette impasse. Il a du entrevoir le moyen d’inclure dans sa manière de combattre, une tactique permettant d’empêcher que les forces en présence ne s’autodétruisent
. Dans cette conception on peut supposer que l’intention de départ est toujours la même (sauver les siens), mais qu’elle ne passe plus par la recherche systématique de la destruction de l’adversaire.

Il a souhaité finalement appeler cette recherche « aïkido », et ses outils étaient : sa profonde connaissance de la culture shinto, une bonne maîtrise dans quelques écoles de bujutsu, un don certain pour l’utilisation du principe aïki.


Aujourd’hui nous vivons une époque différente, nous avons une culture différente, nous avons des dons différents, et pourtant nos problèmes sont toujours les mêmes à différentes échelles : les situations conflictuelles restent légions, et la destruction réciproque n’est pas absente de nos paysages contemporains.


C’est pourquoi d'une manière très générale, l’apprentissage de la tactique mise au point par OS peut nous permettre de trouver des solutions dans nos propres situations de conflit. D’où la question de sa transmission.


 

Comment le mettre en pratique ?


"Que l'harmonie fasse partie de tous les arts martiaux me semble par contre un raccourci. [...] je crois que cela n'est nulle part aussi évident qu'en Aïkido, et surtout que l'Aïkido le traduit beaucoup plus en termes techniques."


C’est là pour moi le coeur du sujet.

Si la technique sert de support de transmission visant à la mise en acte de l'intention, je me demande alors si toute technique ne permettant pas de "traduire" la volonté d’être-capable-de-ne-pas-détruire-l’adversaire est encore de l’aïkido.


Est-ce que du coup l'aspect "réaliste" de l'aïkido ne prend pas un sérieux coup dans le paletot si on le cantonne à cette vision des choses ? Je ne sais pas. Mais si la technique résiste au filtre du réalisme, c’est à mon avis sur cette base déontologique que la recherche technique peut :

1- permettre de retrouver la façon de bouger à laquelle souhaitait parvenir le fondateur,

2- s’étendre à des domaines martiaux inaccessibles à OS,

3- trouver son interprétation dans d’autres domaines que le cadre de l’affrontement physique.

"
Je penses que beaucoup de chose sont dites dans les techniques elles même, dans leur structure et dans leur forme."


Alors se pose effectivement la question de la fidélité de leur transmission. Comme les techniques n’ont jamais été figées par le fondateur lui-même, les tentatives de ses élèves débouchant sur des formes/structures contradictoires peuvent être interprétées à tort ou à raison comme trahissant le message d’origine.


 

Est-ce que la technique suffit à traduire l’idée ?


"
Je ne pense pas qu'un art martial soit un système immuable transmissible de manière absolument identique de génération en génération, comme on se transmettrait un livre par exemple. En ce sens, je pense que le seul qui pratiquait l'aïkido, c'était son fondateur. Tous ses élèves ont pratiqué leur propre interprétation de l'aïkido, et non une copie conforme. "


Je ne pense pas qu’un livre raconte la même chose pour tout le monde, encore moins après une traduction, et qui plus est si c’est un livre imprégné de l’atmosphère d’une époque révolue. Mais il transmet certaines choses mieux qu’un dessin ou une musique et réciproquement.


Il s’agit le cas échéant de retrouver par d’autres livres, d’autres supports, le message essentiel que souhaitait transmettre l’auteur au travers du livre.


En arts martiaux c’est pareil, non ?


"Par ailleurs il faut bien noter que les koryu comme le Shinbukan Kuroda ryugi n'intègrent généralement pas l'idée de compassion et préservation de l'adversaire. Il s'agit de techniques destinées à détruire le plus rapidement possible et se terminant généralement par la mort de l'adversaire. On est très loin des budo modernes et particulièrement de l'Aïkido."

C'est entre autre là où je voulais en venir avec ma question concernant la vision que tu as de ta pratique Léo ;-). J’ai bien noté que cette pratique te permet - sous la direction d’un grand professeur, d’acquérir notamment une perception et une capacité d’initiative que tu n’as pas eu l’occasion de trouver ailleurs. Il me semble que c’est une démarche qui - s’agissant de l’aïkido, peut rentrer dans le cadre de ce que je réponds à DG ci-dessus concernant la possibilité de compléter les insuffisances d’une traduction par un autre support de transmission.


Cependant, est-ce qu’une pratique si différente dans les mobiles ne risque pas de t’amener à t’enfermer dans des formes qui ne sont pas compatibles avec ce que tu juges conforme à l’esprit de l’aïkido ?



Sinon  je suis content que tu ailles bien, et je te souhaite que ça continue ;-).


Te remerciant pour le temps que tu nous consacres, bien à toi et à tes lecteur(trice)s


A bientôt,


Mat.

Commentaire n°10 posté par Mat. le 28/05/2008 à 18h05
Bonsoir Mat.,
 
Bon à ce rythme là je ne suis pas prêt d'écrire mes articles pour Dragon :D
 
Mais le sujet en vaut la peine et comme je ne m'étais jamais penché dessus c'est très intéressant. Les différentes contributions m'ont bien fait réfléchir. Merci à tous.
 
Qu'est-ce que l'aikido ?
"Aïkido est amour"
Que cet amour contienne "harmonie", "compassion", ou autres termes assimilés, il n'en reste pas moins que dire cela ne fait pas avancer le shmilblik ;-) ! Donc non seulement il faut prendre conscience de ce que ça veut dire, mais il reste ensuite à le traduire en acte. (Comme disait ma grand-mère : "L'enfer est pavé de bonnes intentions")
 
Bah ça fait quand même un peu avancer :D
 
Pour moi l'essentiel du message de l'Aïkido est la compassion. Maintenant effectivement traduire cela en actes est la question. C'est là qu'Osenseï peut (doit?) servir d'exemple, et c'est la constante de sa démarche je crois.
 
Qu’est-ce que ça veut dire ?
"[...] je dirai que l'Aïki d'Osenseï est surtout un principe philosophique d'harmonisation alors qu'il s'agit de principes techniques précis en Daïto-ryu par exemple […]"
Si j’ai bien compris, en Daïto-ryu ou autres écoles de bujutsu le principe aïki ne désigne que la capacité à harmoniser son action à celle de l’adversaire, l’intention première étant de sauver la peau de quelqu’un (soi même, son clan, le plus souvent son seigneur (?), du moins les siens), ce qui impliquait la plupart du temps de précipiter le retour dudit adversaire à l’état de poussière.
Tandis qu’en aïkido, aïki désignerait la capacité à ne faire qu’un avec l’univers. Ce qui ne nous avance pas beaucoup quant à sa définition :D.
 
Concernant le Daïto ryu d'abord, mon opinion personnelle est qu'il s'agit d'une création de Takeda Sokaku (mais pas de rien évidemment…). Je ne développerai pas plus maintenant mais l'interview de Katsuyuki Kondo qui paraîtra dans le prochain Dragon et les montagnes de documents qu'il m'a montrés me font pencher pour cette idée. (Bien que ce ne soit pas son opinion, où en tout cas qu'il ne l'exprime pas clairement.)
Cela pour dire que cet un art qui fut créé peu de temps avant l'Aïkido. En revanche je crois qu'on doit clairement ranger le Daïto ryu dans la catégorie des bujutsu. Rien que par le fait que son créateur fut un authentique samouraï, contrairement aux créateurs des budo (sans que cela ne leur enlève rien).
 
Attention je n'ai jamais dit que l'Aïki d'Osenseï consistait "à ne faire qu’un avec l’univers". J'ai dit qu'à mon avis "l'Aïki d'Osenseï est surtout un principe philosophique d'harmonisation". Le principe spirituel peut s'exprimer de façon ésotérique, comme il le faisait, mais traduit simplement je crois que l'essence est la compassion. C'est réducteur et son message était plus vaste que cela mais c'est un élément primordial.
 
Si je reviens à la légende, je retiens que : dans le contexte historique tendu du début du siècle dernier, partant du constat que la mise au point de techniques d’affrontement toujours plus efficaces à réduire l’adversaire en miettes était impuissante à remplir sa fonction première - à savoir sauver la peau des plus « valeureux », Morihei Ueshiba (parmi d’autres) a décidé d’adapter les outils à sa disposition afin de sortir de cette impasse. Il a du entrevoir le moyen d’inclure dans sa manière de combattre, une tactique permettant d’empêcher que les forces en présence ne s’autodétruisent. Dans cette conception on peut supposer que l’intention de départ est toujours la même (sauver les siens), mais qu’elle ne passe plus par la recherche systématique de la destruction de l’adversaire.
 
Je crois que c'est une vision réductrice ;-)
 
Le contexte du début du siècle est finalement celui d'une société civile pacifiée. Le constat est probablement plus que les techniques d'affrontement ne sont pas utiles. Mais leur pratique peut éduquer l'homme, et de manière métaphorique en les transformant comme il l'a fait, guidé par ses conceptions religieuses et philosophiques, démontrer l'inutilité de l'opposition.
L' "efficacité" martiale était semble-t-il secondaire comme en attestent ses discussions avec Mochizuki senseï. En revanche cela ne signifie pas qu'il tolérait des aberrations techniques.
Une pratique logique donc mais sans recherche "poussée" dans l'adaptation au combat, pour transmettre de façon cohérente un voie d'éducation issue des techniques martiales du passé.
 
Il a souhaité finalement appeler cette recherche « aïkido », et ses outils étaient : sa profonde connaissance de la culture shinto, une bonne maîtrise dans quelques écoles de bujutsu, un don certain pour l’utilisation du principe aïki.
Aujourd’hui nous vivons une époque différente, nous avons une culture différente, nous avons des dons différents, et pourtant nos problèmes sont toujours les mêmes à différentes échelles : les situations conflictuelles restent légions, et la destruction réciproque n’est pas absente de nos paysages contemporains.
C’est pourquoi d'une manière très générale, l’apprentissage de la tactique mise au point par OS peut nous permettre de trouver des solutions dans nos propres situations de conflit. D’où la question de sa transmission.
 
L'Aïkido permet en effet d'extraire des principes de gestion/résolution de conflit mais je ne crois pas non plus qu'on puisse réduire le message d'Osenseï à une "tactique". Je crois qu'il voyait de façon beaucoup plus large, que son art nous enseigne sans que l'on s'en rende compte une éthique et des principes philosophiques très profonds.
 
Comment le mettre en pratique ?
"Que l'harmonie fasse partie de tous les arts martiaux me semble par contre un raccourci. [...] je crois que cela n'est nulle part aussi évident qu'en Aïkido, et surtout que l'Aïkido le traduit beaucoup plus en termes techniques."
C’est là pour moi le coeur du sujet.
Si la technique sert de support de transmission visant à la mise en acte de l'intention, je me demande alors si toute technique ne permettant pas de "traduire" la volonté d’être-capable-de-ne-pas-détruire-l’adversaire est encore de l’aïkido.
 
Tout à fait d'accord et l'article que j'avais écrit à ce sujet dans TsubakiJournal disait cela en substance. (http://www.tsubakijournal.com/article-6393120.html)
Je le terminais par:
"La compassion est peut-être finalement la caractéristique commune aux techniques de la Voie crée par Ueshiba Moriheï car son absence interdit à tout mouvement, aussi efficace soit-il, d'être considéré comme de l'Aïkido..."
 
Est-ce que du coup l'aspect "réaliste" de l'aïkido ne prend pas un sérieux coup dans le paletot si on le cantonne à cette vision des choses ? Je ne sais pas.
 
Ha ha, tu as bien fait de mettre "réaliste" entre guillemets ;-)
Qu'est ce qui est réaliste? Voilà une autre chose à définir…
 
Je supposerai que tu veux dire ici "applicable" en combat. Là encore cela me fait penser à la discussion entre Osenseï et Mochizuki senseï. Pratiquant émérite il avait déjà trouvé des limites à l'application "tel quel" de l'Aïkido, contre des attaques de Boxe Française si je me souviens bien.
Si l'on veut pratiquer l'Aïkido effectivement la recherche doit selon moi s'appuyer sur l'éthique du fondateur et sa philosophie. En ce sens le "Real Aïkido" (sans rentrer dans le débat de sa valeur technique) n'est pour moi pas de l'Aïkido.
 
Mais si la technique résiste au filtre du réalisme, c’est à mon avis sur cette base déontologique que la recherche technique peut :
1- permettre de retrouver la façon de bouger à laquelle souhaitait parvenir le fondateur,
2- s’étendre à des domaines martiaux inaccessibles à OS,
3- trouver son interprétation dans d’autres domaines que le cadre de l’affrontement physique.
 
1 Quand à retrouver la façon de bouger du fondateur, seuls ceux qui ont pratiqué avec lui le peuvent. Les autres ne peuvent qu'imiter la forme extérieure. Sans doute intéressant mais totalement différent dans l'essence.
2 Osenseï comme je le disais voyait plus large qu'une technique de combat. S'il a visiblement été un chercheur passionné dans sa jeunesse, la maturité lui a fait considérer cette recherche comme limitée. Il a fait de la pratique un moyen et non plus un but. Contrairement aux bujutsu qui n'étaient d'aucune utilité si ils n'étaient pas efficaces.
3 Oui il faut que l'on "soit" Aïki. Pas que l'on fasse de l'Aïkido. A mon sens la pratique "juste" (définir ça prendrait encore des pages mais disons juste qu'une pratique type "Real Aïkido" par exemple ne me paraît pas "juste" dans l'optique du fondateur), provoque ces changements en nous. Après rien n'empêche, au contraire, de réfléchir concrètement à leurs applications diverses. Mais il ne faut pas que cela prenne le pas sur la pratique ;-)
 
"Je penses que beaucoup de chose sont dites dans les techniques elles même, dans leur structure et dans leur forme."
Alors se pose effectivement la question de la fidélité de leur transmission. Comme les techniques n’ont jamais été figées par le fondateur lui-même, les tentatives de ses élèves débouchant sur des formes/structures contradictoires peuvent être interprétées à tort ou à raison comme trahissant le message d’origine.
 
Là j'ai mis longtemps à voir duquel de mes messages venait la citation. Pour finir par m'apercevoir que c'était une citation de Bruno :D
Ah la mégalomanie, quel temps ça peut faire perdre!
 
Pour qu'une technique trahisse le message d'Aïkido je dirai qu'il faut qu'il y ait derrière un esprit "destructeur", qui en fait alors une régression. Dans un travail systématique comme il a l'air d'être effectué en Real Aïkido je crois que c'est le cas le plus "basique".
Ensuite il y a la question de logique martiale. Si les techniques ne sont plus destinées à être appliquées cela ne signifie pas pour autant que l'on puisse faire n'importe quoi. Sinon on rentre droit dans les arts martiaux artistiques :-(
Nous avons choisi une voie "martiale". Le support doit donc rester "cohérent" pour qu'il nous "transforme". Sinon autant choisir une voie comme le Yoga qui apporte sans doute autant.
 
Après la question des interprétations de la "mécanique" de l'Aïkido ne me semble pas primordiale.
 
Est-ce que la technique suffit à traduire l’idée ?
"Je ne pense pas qu'un art martial soit un système immuable transmissible de manière absolument identique de génération en génération, comme on se transmettrait un livre par exemple. En ce sens, je pense que le seul qui pratiquait l'aïkido, c'était son fondateur. Tous ses élèves ont pratiqué leur propre interprétation de l'aïkido, et non une copie conforme. "
 
Bon là j'ai vu tout de suite que c'était pas de moi :D
 
Je ne pense pas qu’un livre raconte la même chose pour tout le monde, encore moins après une traduction, et qui plus est si c’est un livre imprégné de l’atmosphère d’une époque révolue. Mais il transmet certaines choses mieux qu’un dessin ou une musique et réciproquement.
Il s’agit le cas échéant de retrouver par d’autres livres, d’autres supports, le message essentiel que souhaitait transmettre l’auteur au travers du livre.
En arts martiaux c’est pareil, non ?
 
J'ai déjà répondu au message de DG en disant que ce qu'Osenseï a créé est à mon sens plus une façon d'écrire qu'un livre. Je préciserai encore un peu en prenant plutôt l'exemple de la musique qui est plus parlant.
On peut dire qu'Osenseï a écrit des morceaux (techniques), mais surtout il a créé un nouveau style de musique. On peut vouloir simplement jouer les morceaux qu'il a écrits et c'est très bien, où en créer d'autres, je n'y vois pas réellement d'objection. On peut essayer de jouer ses morceaux à sa manière, où les interpréter à sa propre façon (comme l'ont fait, plus ou moins, volontairement ou pas, je crois tous ses élèves), et c'est très bien aussi.
 
"Par ailleurs il faut bien noter que les koryu comme le Shinbukan Kuroda ryugi n'intègrent généralement pas l'idée de compassion et préservation de l'adversaire. Il s'agit de techniques destinées à détruire le plus rapidement possible et se terminant généralement par la mort de l'adversaire. On est très loin des budo modernes et particulièrement de l'Aïkido."
C'est entre autre là où je voulais en venir avec ma question concernant la vision que tu as de ta pratique Léo ;-). J’ai bien noté que cette pratique te permet - sous la direction d’un grand professeur, d’acquérir notamment une perception et une capacité d’initiative que tu n’as pas eu l’occasion de trouver ailleurs. Il me semble que c’est une démarche qui - s’agissant de l’aïkido, peut rentrer dans le cadre de ce que je réponds à DG ci-dessus concernant la possibilité de compléter les insuffisances d’une traduction par un autre support de transmission.
 
Aaah, la vraie question enfin dévoilée ;-)
 
Je ne crois pas que l'Aïkido soit incomplet. En tant que budo.
En tant que système de self-défense, sport de combat ou bujutsu il l'est sans aucun doute. Mais en tant que budo il est pour moi le plus grand. C'est le plus abouti dans le sens où il éduque l'homme dans une perspective humaniste en incluant sa philosophie dans le cœur même de ses techniques. Ce qui n'est pas le cas du Karaté ou du Kendo par exemple, qui s'ils sont de formidables moyens d'éducation, n'ont pas su transmettre la compassion à travers leur répertoire technique.
 
Concernant ce que j'ai pu trouver hors de l'Aïkido, cela ne signifie pas que ça n'y existe pas. Simplement je n'avais pas su le voir… En tout cas concernant la perception et la capacité d'initiative. Car c'est au cœur de l'enseignement de Tamura senseï. Seulement je n'en avais perçu que l'aspect superficiel.
Après j'ai trouvé d'autres choses hors de l'Aïkido mais là non plus ça ne signifie pas qu'elles n'y existent pas. Simplement que je ne les y ai pas rencontrées ou que je n'ai pas su les voir…
 
Cependant, est-ce qu’une pratique si différente dans les mobiles ne risque pas de t’amener à t’enfermer dans des formes qui ne sont pas compatibles avec ce que tu juges conforme à l’esprit de l’aïkido ?
 
Autant je comprends l'intérêt de respecter très précisément des formes quand elles sont liées à des principes précis et que cela a été conservé (comme dans le Shinbukan à mon sens), autant la forme en soi n'a pas d'importance et n'est aucunement limitative pour moi.
Il s'agit d'un support riche d'enseignements s'ils ont été préservés dont l'étude peut-être passionnante. Mais ce qui m'intéresse au fond c'est le cœur de l'enseignement, les principes.
 
Comme je le disais dans mon premier post (bien lointain :-(), je parle personnellement de "pratique". Mais le fond spirituel de cette pratique est pour moi l'Aïkido. A mon sens je fais donc de l'Aïkido.
Guidé par l'esprit de l'Aïkido et en m'appuyant sur ses formes techniques (principalement celles que j'ai reçues de Tamura senseï, mais aussi des autres enseignants que j'ai rencontrés), qui sont sans doute parfois éloignées extérieurement de celles d'Osenseï, je poursuis ma recherche qui est celle de la transformation de l'utilisation de notre cœur, notre corps et notre esprit. Une méthode d'auto éducation basée sur un support martial.
 
Sinon  je suis content que tu ailles bien, et je te souhaite que ça continue ;-).
Te remerciant pour le temps que tu nous consacres, bien à toi et à tes lecteur(trice)s
A bientôt,
Mat.
 
J'espère que tu vas bien aussi :D
 
Merci pour la lecture et ces échanges qui me forcent à réfléchir et prendre du recul.
 
Ah, et comme il est déjà 5h du mat ici… vous connaissez mon excuse? ;-)
 
Amicalement,

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 28/05/2008 à 22h00
Cette question de la transmission et de l'identité de la pratique avec celle du fondateur d'un art martial est comme je l'ai dit sans réponse : Qu'est-ce qui nous permet de croire que les kata de Katori Shinto Ryu sont identiques à la pratique de son fondateur au XVe siècle ?

Quand je regarde les vidéos des élèves de Morihei Ueshiba, puis celles de ses élèves, même les plus proches, je vois invariablement des différences. quand je vois l'évolution de la pratique de ses élèves, tous ont évolué. Même M. Saito avait dans les années 80 une pratique très différente de celle qu'il pouvait montrer dans ses vidéos des années 60.

Est-ce un mal ? Je ne pense pas. Car pour moi quand on suit un professeur, c'est ce que lui-même peut nous transmettre qui compte, plus que l'étiquette de son école. Si la seule raison pour laquelle on suit un professeur est son pedigree, sa filiation, je pense que l'on passe à côté de l'essentiel.

Pour moi choisir un professeur, c'est adhérer à la vision qu'il a de sa pratique et tenter d'assimiler ce qu'il a à nous transmettre, quelle que soit l'étiquette.
Commentaire n°11 posté par DG le 28/05/2008 à 19h11
En effet la question de la véritable similarité est insoluble. Les edensho peuvent simplement nous donner une indication sur une "ressemblance".
 
Je suis aussi parfaitement d'accord avec ton analyse sur la pratique des élèves du Fondateur. Et avec le fait que l'on suit un enseignant pour ce qu'il peut nous apporter et non sa filiation…
Bien que celle-ci puisse apporter des indications.
 
Léo
Réponse de Léo Tamaki le 28/05/2008 à 22h18
Merci Léo, ... j'allais bien et ... je vais encore mieux après ta dernière réponse. J'ai encore des questions, mais je vais les garder pour plus tard ;-). Bon courage et bonne inspiration pour tes articles, à bientôt.

Mat.
Commentaire n°12 posté par Mat. le 28/05/2008 à 22h51
Bonsoir Mat.,

N'hésite pas pour les questions. Sincèrement ça me fait réfléchir.
Maintenant c'est sûr que si c'est un autre sujet aussi profond je n'aurai plus qu'à publier les échanges dans Dragon parce que j'aurai pas le temps d'écrire les articles :D

A bientôt,

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 28/05/2008 à 23h00
L'aïkido, c'est "hanmi" et "awase".
合気道の意味は半身と合わせ。
Commentaire n°13 posté par nico_home le 01/06/2008 à 15h48
Hmm, le problème des définitions je dirai, à l'emporte pièce, c'est qu'autant elles peuvent être accrocheuses, autant elles font peu avancer le problème...
De qui est cette définition et de quelle source est la citation?

Léo 
Réponse de Léo Tamaki le 02/06/2008 à 18h38
@Nico_home : c'est un peu court jeune "home" ;-)

"Hanmi" ça semble à la fois flou (toutes les écoles n'ont pas la même version de ce qu'est la forme hanmi") et hyper restricitf.
Qu'il y ait un lien entre la posture hanmi et le principe de non-opposition qu'elle sous-tend par 1/ les schémas de déplacement qu'elle permet 2/ la stratégie de prise de risque de l'attaquant, soit (et encore cela doit bien mériter quelques approfondissements et débats). Mais de là à dire que tout est contenu là dedans ... : ? D'autant qu'en live OS était toujours en mouvement, donc pour vérifier ces postures hanmi, il faut se lever de bon heure, ne crois tu pas ?

Et "awase" est-ce vraiment propre à l'aïkido ? A haut niveau, dans tous les arts martiaux il y a cette notion d'harmonisation dans l'espace-temps aux mouvements du supposé adversaire. A moins qu'"awase" ne contienne l'idée de compassion ou du moins de limiter la destruction, mais j'en doute.
Commentaire n°14 posté par Mat. le 02/06/2008 à 13h07
Oui, un peu court, même sentiment.

Hanmi est effectivement présent dans de nombreuses écoles martiales, même si ça ne recouvre pas toujours exactement la même chose. De même pour awase, aïki, ju, etc...

Léo 
Réponse de Léo Tamaki le 02/06/2008 à 18h53
C'est une citation de mon professeur, et la partie en japonais c'est de moi mais je viens de m'appercevoir qu'il me manque la copule de fin de phrase ... bakadayo.
Je vais essayer de développer un peu hanmi et awase.

L'apparition du hanmi représente le moment où le fondateur a voulu se séparer des anciennes techniques de son maître. Je crois que l'on voit apparaitre les premières formes en hanmi dans la vidéo de 1938. C'est peut-être un peu symbolique mais le fait de passer d'une postion de profile vers une posture de trois-quart a permis de poser de nouvelles fondations visant à développer ses techniques futurs.

Pour le awase, il faut que j'y réfléchisse encore. Mais même si l'on peut retrouver des concepts similaires dans d'autres budo, je pense qu'il est à la base de l'aïkido. Est-ce que les dernières vidéos de Osensei nous montre le principe awase poussé à son paroxisme ou est-ce seulement une mystification avec de gentils ukes?

Pour finir, je dirais que hanmi représente la forme physique "grossière" tandis que awase les principes supérieurs de l'intuition et du mental.

Désolé pour ces courtes réflexions à l'emporte pièce.
Nicolas.
Commentaire n°15 posté par nico_home le 02/06/2008 à 19h22
Bonjour Nicolas,

Merci pour les précisions.

Pour être très sincère je ne suis pas du tout un spécialiste de l'évolution de l'Aïkido. J'ai rencontré, observé et pratiqué avec plusieurs maîtres de Daïto-ryu et selon, hanmi pouvait être présent ou pas. Je pense notamment à Kondo Katsuyuki senseï qui a des positions parfois similaires. En revanche il y a très peu de sorties de la ligne d'attaque. Encore une fois malheureusement je ne connaîs pas assez l'évolution qui a eu lieu entre ces disciplines pour avancer quoi que ce soit de définitif.

Concernant awase, je suis parfaitement d'accord, son importance ne me semble aussi importante dans aucune autre discipline que je connaisse.

Enfin au sujet des dernières vidéos c'est un sujet difficile car à moins d'avoir senti ce qui se passait en étant en face de lui, on ne peut faire que des suppositions. J'essaierai de donner mon avis dans un article ultérieur.

Merci,

Léo Tamaki
 
Réponse de Léo Tamaki le 03/06/2008 à 17h22
Monsieur,
J'ai lu avec un grand intêret plusieurs de vos articles dont celui ci qui a retenu toute mon attention.
Beaucoup de pratiquants se posent encore des questions quand à une véritable pratique de l'aikido, identique à celle du fondateur.
Il semblerait que pour certain les techniques d'avant ou d'après guerre soient une référence, un critère de pratique et si ce n'est pas les techniques ce serait alors la recherche d'un maître qui aurait le mieux compris l'enseignement du fondateur...
Il me semble important de vous faire part d'un point vu de mes recherches peu méconnu probablement mais qui mérite réflexion. Il me semble que l'aikido commence avec les dernières années de la vie du fondateur où il arriva lui-même à une minutieuse analyse :à donner des éclaircissements, précisions et directions sur sa pratique et en laissant aussi son oeuvre inachevée.
Lui même disait qu'il n'était qu'un débutant à 80 ans !
Beaucoup de pratiquants ont un sincère recherche, d'autres se contentent de reproduire et certains manifestent un fort égo en disant ceci ou cela ...
Une de mes conclusion est que nous savons trop de choses mentalement.
Je ne veux rien dévaloriser, ni la connaissance des pratiquants, des professeurs et des maîtres mais une véritable pratique ne peut être comprise par le mental et vous le savez bien.
Ce qui importe est d'essayer de ne plus accéder à la connaissance mentale, de ne plus savoir, ce qu'il faut faire ou ne pas faire mais laisser le "ki" de l'univers se manifester à travers chacun de nos actes.
Programme difficile à concevoir je vous l'accorde.
La sensation sera notre guide.
Que certains disent que maître Ueshiba ne soit plus une référence ou bien qu'il soit dépassé au niveau même des techniques de l'aikido, je tiens à vous faire partager que sa propre technique, était le Vide lui-même et que, de ce vide pouvait naître de nombreuses techniques et manifestation du Divin. Il n'a d'ailleurs jamais été dépassé dans cet art. Personne n'est arrivé à cet état de fusion avec l'Univers.
Maître Ueshiba ,n'a jamais été ou très peu suivi dans ce domaine car pour la majorité des pratiquants ce monde intérieur qu'il essayait de nous faire partager, parassait inacessible à notre mental et conception de la pratique.
Beaucoup de maître, lorsqu'ils étaient jeunes pratiquaient au côté du fondateur, en disant que seul le combat les intéressaient.
La pratique de maître Ueshiba peut paraître irréaliste pour notre conception et notre éducation mais il a répété de nombreuses fois que l'aikido n'a pas été crée par lui-même mais qu'il est l'oeuvre du Divin, du kototama, de la science des sons, d el'énergie de la vie elle même...
C'est par une purification sur son être et ses cinq sens, par une pratique ascétique que le fondateur a incarné à travers son corps cet art.
Doit commencer par maîtriser les techniques pour manifester le véritable aikido? ou apprendre a nous purifier comme il l'a conseillé?
Je vous laisse le soin d'y réfléchir...





Commentaire n°16 posté par Mikhaël le 07/10/2008 à 23h01
Cher Mikhaël,

Merci pour votre lecture et votre message.

La pratique de l'Aïkido est vaste. La raison pour laquelle on la choisit, la forme sous laquelle on a décidé de l'étudier sont des choix personnels. En ce sens si les méthodes sont conformes aux objectifs...

Concernant le trop grande importance du mental c'est effectivement un problème. Malheureusement les méthodes pour dépasser cela ne sont pas toujours évidentes à appréhender, surtout sans sortir d'un schéma de pensée occidental. Un problème compliqué en somme qui ne peut trouver de solution que dans la pratique.

Cordialement,

Tamaki Léo
Réponse de Léo Tamaki le 08/10/2008 à 15h14

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