Voici ci-dessous un commentaire de Mat.
"Bonjour Léo, bonjour tou(te)s,
Puisque vous en êtes venus à parler de notre "propre" aikido, j'ai une question pour Léo : Léo, étant donné que ta pratique t'amène à parcourir d'autres sentiers que ceux se réclamant de Morihei
Ueshiba sensei, où places tu la limite dans ta propre pratique entre ce qui est aikido et ce qui ne l'est pas ?
Bien à vous !"
Mat. :-)
Photo Sébastien Chaventon
La difficile question sous-entendue est "qu'est ce que l'Aïkido?". J'essaierai de prendre le temps d'écrire un article posément sur
le sujet. En attendant j'ai mis quelques éléments de réflexion dans ma réponse.
"Aaahhh Mat,
Un petit message simple genre "bonjour j'espère que tu vas bien et à bientôt" m'aurait étonné de toi ;-) Toujours des questions intelligentes…
En fait personnellement il y a longtemps que je parle de "pratique". Je ne dis donc pas mon Aïkido mais plus modestement ma pratique.
La question de ce qui peut être appelé Aïkido est difficile car elle revient à en donner une définition. Cela nous expose alors à un grand nombre de questions…
-S'agit-il d'une "forme" technique, des gestes extérieurs, mais dans ce cas leur exécution peut être très variable selon les maîtres. Certains les réalisant en puissance tandis que d'autres
insisteraient sur le relâchement par exemple.
-S'agit-il d'une façon d'exécuter des mouvements qui pourrait à la limite être appliquée à n'importe quelle technique, donnant ainsi la possibilité de reprendre des techniques de Daïto ryu,
d'autres écoles pratiquées par Osenseï, voire d'en inventer.
-S'agit-il de principes spirituels, laissant là encore la possibilité de s'écarter du répertoire technique du fondateur.
-A quelle période de la pratique du fondateur doit-on lier l'Aïkido? Est-ce que les techniques qui datent d'avant l'emploi du terme Aïkido dans les années 40 peuvent être considérées comme de
l'Aïkido? Est-ce la pratique de ses dernières années, touchant à l'essentiel au point d'en être presque "métaphorique" qui doit être recherchée, ou doit-on revenir à un travail plus "technique"
datant du début des années 50?
-Et au-delà doit-on même se référer au fondateur? Plusieurs maîtres m'ont confié en privé qu'il n'était pas, ou plus leur référence… Un art évoluant il n'est pas inutile de se poser la
question.
Ueshiba Moriheï (photo Sébastien Chaventon :D)
Voilà quelques unes des questions qui rendent ma réponse très difficile.
Personnellement il m'est impossible de prendre Ueshiba pour référence car j'ai appris par l'expérience que ce que l'on voit en photos ou vidéos, et même en réel devant nos yeux, ne représente que
la partie émergée de l'iceberg. La sensation est le point essentiel. Que ressent-on face à tel maître, quand on se tient devant lui, quand on l'attaque, quand on le saisit, quand on reçoit sa
technique, etc… Ce n'est qu'ainsi que l'on peut vraiment comprendre ce qu'est la pratique d'une personne.
Ensuite j'ai subi les techniques d'une vingtaine d'élèves qui l'ont suivi intensément et ont régulièrement chuté pour lui. Aucun n'a ou n'avait une pratique similaire, que ce soit dans la forme
ou la sensation qu'elle donne ou donnait. Qui a tort? N'ont-ils pas tous préservé une partie de ce qu'ils ont reçu, certains privilégiant l'esprit, d'autres la forme et d'autres encore la manière
de la période à laquelle ils ont étudié ou de celle qui leur convenait le mieux parmi celles qu'ils ont connues?
Mon opinion personnelle quand à la préservation des formes est que Shioda senseï, Saïto senseï et Shimizu senseï sont les trois qui ont le plus fidèlement préservé les techniques d'une époque
donnée. Ils ont par contre peu insisté sur l'aspect spirituel qui a été plus préservé par des maîtres tels que Abe senseï, Sunadomari senseï ou Hikitsuchi senseï. Quand au contenu, la manière
d'exécuter, il m'est impossible d'en juger.
Alors est-ce que je fais de l'Aïkido?! Ma référence en Aïkido est Tamura senseï. S'il m'apparaît évident que sa pratique actuelle n'est pas celle d'Osenseï, au moins dans sa forme extérieure, il
me semble qu'il est indéniable qu'il est un de ses successeurs. Si l'on considère qu'il fait de l'Aïkido (ce n'est pas l'opinion de tout le monde), alors je crois pouvoir dire que je fais encore
de l'Aïkido car aujourd'hui ma pratique reste assez proche de la sienne même si je suis loin de connaître ses formes aussi bien que Mikaël Martin par exemple.
Par contre je comprends parfaitement qu'aux yeux de certains pratiquants je ne pratique pas de l'Aïkido. Pour être sincère… cela m'indiffère :D
Tamura Nobuyoshi
Lorsque je pratiquais le Kyokushinkaï j'avais l'impression de faire de l'Aïkido bien qu'évidemment les techniques aient été très différentes. Et mon frère avait le même sentiment. Chaque geste de
celui qui vit son Aïkido ne doit-il pas être de l'Aïkido? Sans me comparer avec Osenseï en aucune façon, ne faisait-il pas de l'Aïkido en levant sa tasse pour boire son thé? En tout cas pour moi
Kuroda senseï respecte ses principes dans chacun de ses gestes.
Il arrivera sans doute un moment où ma pratique s'éloignera de celle de maître Tamura soit techniquement soit dans l'esprit, voire les deux. Il me faudra alors me poser la question de
l'appellation de ma pratique.
Photo Sébastien Chaventon
Bon la réponse est très longue, probablement obscure et dépasse un peu le cadre de la question. Allez je réutilise mon excuse favorite, il est
5h du matin :D
Très amicalement,
Léo"
Par Léo Tamaki
16
Mardi 27 mai 2008
2
27
/05
/Mai
/2008
00:05
Il n'est de voie que celle suivit avec passion et renouveau de tous les instants .
L'aikido permet d' etre de suivre l'une de ces voies que chacun choisit .
Aucune voie ne peut etre la meme car chaque individu est different .
Toute voie est respectable tant que dans la liberté de celui qui la choisit , il respecte et n'atteint la ou les voies de la liberté des autres.
Cordialement
Yves NAERT
Cordialement,
Tamaki Léo
En lisant la questiant de Mat, le même shéma général de ta reponse tiltait dans ma tête ;-)...alors pour faire court (puisque tu la bien défini et répondu) c'est la pratique et la sensation au quotidien de celle-ci qui est importante et non "d'essayer" de suivre scrupuleusement le sentier/la voie d'un fondateur....car tout dans la nature est amené au changement (l'univers n'est il pas en constante évolution?)...
Amicalement,
Chris
Après vient une autre question, est-il important que la pratique d'un fondateur soit préservée par certains courants? Je dois avouer que je n'ai pas encore d'avis définitif sur la question.
Dans le passé les choses évoluaient bien sûr, mais sur un temps plus long. Les changements étaient donc plus "lissés" et intégrés naturellement à la pratique. Depuis le siècle dernier le monde vit dans un état d'accelération permanente à tous les niveaux. Les voies martiales ont du mal à échapper à cela et je crois qu'en général cela fait plus de dégats que de bienfaits. Je suis bien sur pour l'évolution mais pas dans n'importe quelles conditions. Aujourd'hui malheureusement la pluspart des changements/créations sont le fait de personnes qui ne me semblent pas aptes à les faire...
Amicalement,
Léo
Je me permettrais de fournir un avis personnel : le seul qui pratiquait l'aïkido du fondateur, c'est le fondateur lui-même. Chacun de ses élèves à essayé d'assimiler ce qui faisait cet aïkido, mais par le fait même que chacun est différent, leur pratique à tous est unique.
Malgré cela, je pense intéressant de garder comme référence ce qui nous reste aujourdh'ui de la pratique de Morihei Ueshiba, dans ses discours où ses vidéos. Référence documentaire s'entend, car aucune vidéo ne permet de saisir l'ensemble du contenu de ce qu'il pratiquait.
Malgré ces références, je suis dans l'expectative sur ce que pourrait être une définition de l'aïkido. J'aime cette citation de Butler, écrivain britannique : "définir, c'est entourer d'un mur de mots un terrain vague d'idées". En définissant ce qu'est l'aïkido, on se limite à notre propre interprétation , ou à celle d'un autre. Et on risque d'exclure les interprétations d'autrui.
J'apprécie finalement assez les définitions très larges et peu restrictives que Morihei Ueshiba donnait de son art. L'une d'elles en particulier va bien au-delà du faible nombre de mots qu'elle contient : "Aïkido est amour". Il y a beaucoup plus dans cette définition que ce qu'il y parait.
Merci pour ton message.
Je suis parfaitement d'accord avec toi, non seulement sur la limite d'une définition, mais aussi sur la définition qu'Osenseï lui-même donnait de son art.
J'avais écrit un article sur le sujet il y a longtemps:
http://www.tsubakijournal.com/article-6393120.html
Après pour la "référence" je ne suis pas certain de ce que tu veux dire. Doit-on à ton avis mesurer notre pratique à l'aune de la sienne pour en juger la validité, ou est-ce en termes historiques pour comprendre un point de départ?
Amicalement,
Léo
Re-bonjour Leo!
Décidemment ce sacré Aikido a fait, fait et fera encore couler beaucoup d'encre et brulera beaucoup de matières grises.
Qui a tort? Qui a raison? Ces géguerres incessantes entre je "respecte srupuleusement l'enseignement du fondateur; non c'est moi! non c'est moi!" sont réellement irraisonées et irraisonnables.
Qu'importe qui détient la réalité! Je l'avais déjà stipulé dans un commentaire. "L'important c'est le coeur"!
Evidemment il y a des principes techniques et spirituelles à respecter. Mais pour compléter, l'Aikido c'est certes l'Amour mais c'est également et SURTOUT l'Harmonie.
Cette Harmonie est accessible par n'importe quelles voies que l'on pratique et aux risques de choquer certains..... par n'importe quels autres arts martiaux. Et oui!
O'sensei était un géni du Budo! Une personne rare! Il a fait plus que créer, il a illuminé son art, synthétisé et transcendé le Budo car les principes d'Aiki existaient déjà dans le Koryu bien avant O'sensei et l'Aikido. Leo dis-moi si je me trompe mais j'imagine que Kuroda senseï applique les principes de l'Aiki/Harmonie dans ses techniques? Et son école date d'il ya déjà plusieurs siècles?
O'sensei doit être une référence pour nous indiquer la marche à suivre vers notre éveil mais fixer son attention sur tel ou tel aspect de la technique est-ce réellement nécessaire?
Alors pour stopper toutes tergiversations. "Où commence et où s'arrête l'Aikido" je réponderai: nulle part. Effectivement il y a des formes à respecter mais c'est uniquement sur un plan technique par contre L'Aiki n'a pas de frontière. je pense que notre vision des choses est obstrué par l'aspect palpable et visible de la gestuelle.
L'Aikido n'est PAS un art strictement codifié. Libre à chacun d'y prendre, d'y retenir et d'y appliquer son expérience des choses et de la vie. De le pratiquer et de le comprendre avec sa sensibilité. Si l'on respecte les règles fondamentales de l'univers (les seules immuables) alors nous faisons tous de l'Aiki.
Qu'en penses-tu Leo?
Amicalement
Concernant le fait de prendre Morihei Ueshiba comme référence, je reconnais que mon terme de "documentaire" est peu explicite, je vais essayer d'approfondir.
Le problème est insoluble : pour moi O Sensei a été le seul au monde à personnifier pleinement l'aikido, à en être l'incarnation. Il a créé un art que l'on apprécie à la fois pour ses principes spirituels et pour la matérialisation de ces principes dans un système "martial" (le terme est impropre, mais je n'ai pas mieux).
Il n'est plus là pour transmettre, mais nous avons le choix entre les multiples branches qui ont été créées par ses élèves. A mon sens, et malgré leur compétence évidente, nul de ses élèves n'a atteint la perfection que personnifiait le fondateur comme incarnation de l'aikido : il était l'aikido, et ses élèves ont essayé de capter un peu de ce qu'il était.
De même, nous ne pourrons être identiques à nos professeurs, ce qui est tout à fait normal, et nous ne pourrons avoir une pratique identique à celle du fondateur. Cependant, je pense qu'il est tout à fait possible de considérer les différents témoignages de l'art du fondateur (écrits, vidéos...) comme une source d'information qui nous permette de mettre en perspective ce que nous pratiquons aujourd'hui. Nous ne pourrons capter par les vidéos l'intégralité de son art, mais il n'empêche que ces vidéos contiennent des informations qui sont autant de pistes de reflexion et d'approfondissement, complémentaires à l'enseignement que l'on reçoit.
Pour ma part je pense que oui, pas pour en faire une doctrine et la seule vérité, mais comme socle qui permettrai à chacun de retrouver dans sa forme la plus brute le message originel. Avec le moins d'interprétation possible (c'est un autre débat, qui peut transmettre sans interpreté)!
Un peu comme lire Shakespeare dans le texte ou une traduction si bonne soit elle.
La pratique des techniques les plus proches possibles peut permettre à des pratiquants avancés de mettre en lumière d'autre partie du message de OSensei. Au même titre qu'un philosophe pourrait chercher dans de vieux livre pour développer des idées nouvelles.
Je penses que beaucoup de chose sont dites dans les techniques elles même, dans leur structure et dans leur forme. Choses qui peuvent ammené vers une vraie emancipation par rapport au modéle original, amis sans le perdre de vue.
Il est vraie qu'a notre époque les choses évolues très vite, pour s'adapter à tout et n'importe quoi. Chacun apporte sa pierre à l'édifice à tord ou à raison. Mais cette édifice repose quand même sur ce qui à été fondé par OSensei. Ca me fait penser à ce jeu ou on empile des pièces les unes sur les autres, si on s'éloigne trop de la base, tout s'écroule!
Bon j'arréte parce que je divague!!
A+
Bruno
Bonjour Bruno ;-)
Bien sûr comme tu l'écris il peut s'agir d'un socle auquel on pourrait se référer pour comprendre l'évolution de la discipline et c'est évidemment utile. Mais comme tu le dis la question est de savoir si cette transmission est correcte. C'est un autre débat comme tu l'indiques, mais nécessaire pour répondre à cette question. Car si la transmission correcte et intégrale était avérée, sans le moindre doute possible quand à la forme et surtout la façon d'éxécuter les techniques alors ce serait évidemment une richesse.
Mais je ne suis pas sûr que ce soit le cas… Les maîtres transmettent et ont transmis une partie de la pratique d'Osenseï. Mais y en a-t-il un qui ait transmis à la fois la forme (technique), le fond (manière de l'exécuter, de bouger son corps) et l'esprit (message philosophique ou religieux). Sans compter qu'il faut aussi savoir de quelle période on doit préserver la technique. Quand a commencé l'Aïkido? Ce qu'il faisait avant-guerre en était-il? Doit-on conserver les forme qu'il a changées? Doit-on transmettre la pratique presque "métaphorique" de la fin de sa vie?...
Donc en précisant, ce que je voulais dire est "Est-il important de s'attacher à transmettre une forme technique" (la forme) si le fond (manière de l'exécuter, de bouger son corps) et l'esprit (message philosophique ou religieux) en sont absents, où s'ils sont différents de ceux du Fondateur?"
Les techniques de l'Aïkido sont subtiles, intéressantes, etc… Elles sont sans doute révolutionnaires, ou sans doute simplement une énorme évolution. Sur cette question mon avis est d'ailleurs plutôt que le coté révolutionnaire est surtout dans l'esprit de l'Aïkido. Les techniques ont évidemment leur originalité mais ne sont sans doute pas éloignées du Daïto ryu au point qu'on puisse parler de révolution (au niveau gestuel s'entend), et elles sont aussi souvent présentes sous des formes plus ou moins proches dans d'autres disciplines.
Ce que j'aurai voulu c'est que l'essence, c'est-à-dire la façon de bouger "à l'intérieur", pas la forme extérieure soit préservée. Sans doute l'est-elle. Ou sans doute a-t-elle été perdue comme celle de Musashi semble avoir disparu avec lui.
Et au-delà, doit-on pratiquer le Daïto ryu pour comprendre ou faire évoluer l'Aïkido? Si non pourquoi devrait-on pratiquer la forme "originelle" de l'Aïkido, celle d'Osenseï, pour comprendre celle de notre enseignant ;-)
Bien sûr il est intéressant de comprendre le grec et le latin. Mais certains des plus grands écrivains de notre temps ne sont ni hélennistes ni latinistes…
Au final il est évident que la préservation des techniques représente un intérêt. Mais est-ce "important" dans le sens de fondamental, vital? Je ne suis toujours pas sûr :D
En revanche à 100% d'accord avec toi sur les pierres apportées à tort ou à raison L Espérons juste qu'elles disparaîtront d'elles-mêmes ;-)
Amicalement,
Léo
Une petite histoire qui peut sans doute contenter tout le monde ( la métaphore de l'éléphant ) :
Quatre hommes aveugles rencontrent un éléphant. L'un saisit sa jambe et en conclut qu'il s'agit d'un arbre. Le deuxième attrape sa queue et pense que c'est un fouet. Le troisième touche la trompe de l'éléphant et affirme que c'est un tuyau, et le quatrième tapote son flanc et décrète que c'est un mur.
L'homme sage leur dit : " Vous avez tous raison. "
Les uchi deshi qui ont cotoyé O'Sensei ont peut-être attrapé en fonction de leur équation personnelle et leur sensibilité certaines choses qu'ils considèrent comme l'essentiel.
Finalement, ce qui fait l'intérêt de l'art en général n'est-ce pas la pluralité d'expression en partant bien sûr de bases et repères communs?
A ses débuts, dans un autre registre, Picasso réalisait des œuvres réalistes dans un style académique puis il s'est ensuite singularisé.
Une question que l'on peut se poser également : Ce qui fait aujourd'hui d'O'Sensei un budoka de génie est-ce le fait qu'il est synthétisé un ensemble de techniques pour fonder l'Aïkido ou qu'il est sublimé toutes les disciplines qu'il a étudié pour instaurer un dialogue à partir d'une situation de conflit?
Une modeste contribution dans le sens de Léo que je ne connais pas mais dont je trouve les articles très intéressants :)
PS : Merci de m'avoir fait découvrir Kuroda Sensei; je me fais une idée dorénavant de ce que l'on entend par fulgurance!
A part ça la saison d'Aiki arrive à sa fin bientôt et l'année prochaine je change de club non sans regret car les personnes que j'y ai cotoyées mon beaucoup apporté au niveau technique et moral et je tiens à leur rendre hommage ici et ensuite à la fin de l'année pour mon pot de départ :-))
Mais pour ma recherche personelle je vais avoir besoin de plus d'heures de pratique par semaine que ces uniques 3h en club.
Je vais donc pratiquer le Iai (muso shinden ryu bien entendu) et l'aikido 6h/semaine (c'est déjà mieux :-)). Dans ce dojo Chrsitophe Marie y enseigne et je voulais savoir si tu le connaissais car il suit beaucoup l'enseignement de Tamura sensei et se déplace tous les ans au stage à Lesneven et il me semble que toi aussi?
Si tu as le temps de me répondre.
Domo Arigato
Je pense que personne ne l'égalera, mais il ne s'agit pas d'un jugement de valeur : l'aïkido était sa création, son art à lui, issu de son propre parcours et adapté à son physique et ses capacités. Pour aller à l'extrême, je dirais que l'aïkido est mort avec lui. Je ne pense pas qu'un art martial soit un système immuable transmissible de manière absolument identique de génération en génération, comme on se transmettrait un livre par exemple. En ce sens, je pense que le seul qui pratiquait l'aïkido, c'était son fondateur. Tous ses élèves ont pratiqué leur propre interprétation de l'aïkido, et non une copie conforme.
Bonsoir à Léo, bonsoir à tou(te)s
Je vois que ma petite question innocente ;-) fais du chemin, merci à Léo de nous permettre d’échanger sur ce sujet au travers de ce billet. Je vais développer un peu à partir des commentaires puisque nous y sommes … n’hésitez pas à me rentrer dans le lard si je vous ai mal compris ou si ça ne vous plaît pas.
Qu'est-ce que l'aikido ?
"Aïkido est amour"
Que cet amour contienne "harmonie", "compassion", ou autres termes assimilés, il n'en reste pas moins que dire cela ne fait pas avancer le shmilblik ;-) ! Donc non seulement il faut prendre conscience de ce que ça veut dire, mais il reste ensuite à le traduire en acte. (Comme disait ma grand-mère : "L'enfer est pavé de bonnes intentions")
Qu’est-ce que ça veut dire ?
"[...] je dirai que l'Aïki d'Osenseï est surtout un principe philosophique d'harmonisation alors qu'il s'agit de principes techniques précis en Daïto-ryu par exemple […]"
Si j’ai bien compris, en Daïto-ryu ou autres écoles de bujutsu le principe aïki ne désigne que la capacité à harmoniser son action à celle de l’adversaire, l’intention première étant de sauver la peau de quelqu’un (soi même, son clan, le plus souvent son seigneur (?), du moins les siens), ce qui impliquait la plupart du temps de précipiter le retour dudit adversaire à l’état de poussière.
Tandis qu’en aïkido, aïki désignerait la capacité à ne faire qu’un avec l’univers. Ce qui ne nous avance pas beaucoup quant à sa définition :D.
Si je reviens à la légende, je retiens que : dans le contexte historique tendu du début du siècle dernier, partant du constat que la mise au point de techniques d’affrontement toujours plus efficaces à réduire l’adversaire en miettes était impuissante à remplir sa fonction première - à savoir sauver la peau des plus « valeureux », Morihei Ueshiba (parmi d’autres) a décidé d’adapter les outils à sa disposition afin de sortir de cette impasse. Il a du entrevoir le moyen d’inclure dans sa manière de combattre, une tactique permettant d’empêcher que les forces en présence ne s’autodétruisent. Dans cette conception on peut supposer que l’intention de départ est toujours la même (sauver les siens), mais qu’elle ne passe plus par la recherche systématique de la destruction de l’adversaire.
Il a souhaité finalement appeler cette recherche « aïkido », et ses outils étaient : sa profonde connaissance de la culture shinto, une bonne maîtrise dans quelques écoles de bujutsu, un don certain pour l’utilisation du principe aïki.
Aujourd’hui nous vivons une époque différente, nous avons une culture différente, nous avons des dons différents, et pourtant nos problèmes sont toujours les mêmes à différentes échelles : les situations conflictuelles restent légions, et la destruction réciproque n’est pas absente de nos paysages contemporains.
C’est pourquoi d'une manière très générale, l’apprentissage de la tactique mise au point par OS peut nous permettre de trouver des solutions dans nos propres situations de conflit. D’où la question de sa transmission.
Comment le mettre en pratique ?
"Que l'harmonie fasse partie de tous les arts martiaux me semble par contre un raccourci. [...] je crois que cela n'est nulle part aussi évident qu'en Aïkido, et surtout que l'Aïkido le traduit beaucoup plus en termes techniques."
C’est là pour moi le coeur du sujet.
Si la technique sert de support de transmission visant à la mise en acte de l'intention, je me demande alors si toute technique ne permettant pas de "traduire" la volonté d’être-capable-de-ne-pas-détruire-l’adversaire est encore de l’aïkido.
Est-ce que du coup l'aspect "réaliste" de l'aïkido ne prend pas un sérieux coup dans le paletot si on le cantonne à cette vision des choses ? Je ne sais pas. Mais si la technique résiste au filtre du réalisme, c’est à mon avis sur cette base déontologique que la recherche technique peut :
1- permettre de retrouver la façon de bouger à laquelle souhaitait parvenir le fondateur,
2- s’étendre à des domaines martiaux inaccessibles à OS,
3- trouver son interprétation dans d’autres domaines que le cadre de l’affrontement physique.
"Je penses que beaucoup de chose sont dites dans les techniques elles même, dans leur structure et dans leur forme."
Alors se pose effectivement la question de la fidélité de leur transmission. Comme les techniques n’ont jamais été figées par le fondateur lui-même, les tentatives de ses élèves débouchant sur des formes/structures contradictoires peuvent être interprétées à tort ou à raison comme trahissant le message d’origine.
Est-ce que la technique suffit à traduire l’idée ?
"Je ne pense pas qu'un art martial soit un système immuable transmissible de manière absolument identique de génération en génération, comme on se transmettrait un livre par exemple. En ce sens, je pense que le seul qui pratiquait l'aïkido, c'était son fondateur. Tous ses élèves ont pratiqué leur propre interprétation de l'aïkido, et non une copie conforme. "
Je ne pense pas qu’un livre raconte la même chose pour tout le monde, encore moins après une traduction, et qui plus est si c’est un livre imprégné de l’atmosphère d’une époque révolue. Mais il transmet certaines choses mieux qu’un dessin ou une musique et réciproquement.
Il s’agit le cas échéant de retrouver par d’autres livres, d’autres supports, le message essentiel que souhaitait transmettre l’auteur au travers du livre.
En arts martiaux c’est pareil, non ?
"Par ailleurs il faut bien noter que les koryu comme le Shinbukan Kuroda ryugi n'intègrent généralement pas l'idée de compassion et préservation de l'adversaire. Il s'agit de techniques destinées à détruire le plus rapidement possible et se terminant généralement par la mort de l'adversaire. On est très loin des budo modernes et particulièrement de l'Aïkido."
C'est entre autre là où je voulais en venir avec ma question concernant la vision que tu as de ta pratique Léo ;-). J’ai bien noté que cette pratique te permet - sous la direction d’un grand professeur, d’acquérir notamment une perception et une capacité d’initiative que tu n’as pas eu l’occasion de trouver ailleurs. Il me semble que c’est une démarche qui - s’agissant de l’aïkido, peut rentrer dans le cadre de ce que je réponds à DG ci-dessus concernant la possibilité de compléter les insuffisances d’une traduction par un autre support de transmission.
Cependant, est-ce qu’une pratique si différente dans les mobiles ne risque pas de t’amener à t’enfermer dans des formes qui ne sont pas compatibles avec ce que tu juges conforme à l’esprit de l’aïkido ?
…
Sinon je suis content que tu ailles bien, et je te souhaite que ça continue ;-).
Te remerciant pour le temps que tu nous consacres, bien à toi et à tes lecteur(trice)s
A bientôt,
Mat.
Léo
Quand je regarde les vidéos des élèves de Morihei Ueshiba, puis celles de ses élèves, même les plus proches, je vois invariablement des différences. quand je vois l'évolution de la pratique de ses élèves, tous ont évolué. Même M. Saito avait dans les années 80 une pratique très différente de celle qu'il pouvait montrer dans ses vidéos des années 60.
Est-ce un mal ? Je ne pense pas. Car pour moi quand on suit un professeur, c'est ce que lui-même peut nous transmettre qui compte, plus que l'étiquette de son école. Si la seule raison pour laquelle on suit un professeur est son pedigree, sa filiation, je pense que l'on passe à côté de l'essentiel.
Pour moi choisir un professeur, c'est adhérer à la vision qu'il a de sa pratique et tenter d'assimiler ce qu'il a à nous transmettre, quelle que soit l'étiquette.
Mat.
Maintenant c'est sûr que si c'est un autre sujet aussi profond je n'aurai plus qu'à publier les échanges dans Dragon parce que j'aurai pas le temps d'écrire les articles :D
A bientôt,
Léo
合気道の意味は半身と合わせ。
De qui est cette définition et de quelle source est la citation?
Léo
"Hanmi" ça semble à la fois flou (toutes les écoles n'ont pas la même version de ce qu'est la forme hanmi") et hyper restricitf.
Qu'il y ait un lien entre la posture hanmi et le principe de non-opposition qu'elle sous-tend par 1/ les schémas de déplacement qu'elle permet 2/ la stratégie de prise de risque de l'attaquant, soit (et encore cela doit bien mériter quelques approfondissements et débats). Mais de là à dire que tout est contenu là dedans ... : ? D'autant qu'en live OS était toujours en mouvement, donc pour vérifier ces postures hanmi, il faut se lever de bon heure, ne crois tu pas ?
Et "awase" est-ce vraiment propre à l'aïkido ? A haut niveau, dans tous les arts martiaux il y a cette notion d'harmonisation dans l'espace-temps aux mouvements du supposé adversaire. A moins qu'"awase" ne contienne l'idée de compassion ou du moins de limiter la destruction, mais j'en doute.
Hanmi est effectivement présent dans de nombreuses écoles martiales, même si ça ne recouvre pas toujours exactement la même chose. De même pour awase, aïki, ju, etc...
Léo
Je vais essayer de développer un peu hanmi et awase.
L'apparition du hanmi représente le moment où le fondateur a voulu se séparer des anciennes techniques de son maître. Je crois que l'on voit apparaitre les premières formes en hanmi dans la vidéo de 1938. C'est peut-être un peu symbolique mais le fait de passer d'une postion de profile vers une posture de trois-quart a permis de poser de nouvelles fondations visant à développer ses techniques futurs.
Pour le awase, il faut que j'y réfléchisse encore. Mais même si l'on peut retrouver des concepts similaires dans d'autres budo, je pense qu'il est à la base de l'aïkido. Est-ce que les dernières vidéos de Osensei nous montre le principe awase poussé à son paroxisme ou est-ce seulement une mystification avec de gentils ukes?
Pour finir, je dirais que hanmi représente la forme physique "grossière" tandis que awase les principes supérieurs de l'intuition et du mental.
Désolé pour ces courtes réflexions à l'emporte pièce.
Nicolas.
Merci pour les précisions.
Pour être très sincère je ne suis pas du tout un spécialiste de l'évolution de l'Aïkido. J'ai rencontré, observé et pratiqué avec plusieurs maîtres de Daïto-ryu et selon, hanmi pouvait être présent ou pas. Je pense notamment à Kondo Katsuyuki senseï qui a des positions parfois similaires. En revanche il y a très peu de sorties de la ligne d'attaque. Encore une fois malheureusement je ne connaîs pas assez l'évolution qui a eu lieu entre ces disciplines pour avancer quoi que ce soit de définitif.
Concernant awase, je suis parfaitement d'accord, son importance ne me semble aussi importante dans aucune autre discipline que je connaisse.
Enfin au sujet des dernières vidéos c'est un sujet difficile car à moins d'avoir senti ce qui se passait en étant en face de lui, on ne peut faire que des suppositions. J'essaierai de donner mon avis dans un article ultérieur.
Merci,
Léo Tamaki
J'ai lu avec un grand intêret plusieurs de vos articles dont celui ci qui a retenu toute mon attention.
Beaucoup de pratiquants se posent encore des questions quand à une véritable pratique de l'aikido, identique à celle du fondateur.
Il semblerait que pour certain les techniques d'avant ou d'après guerre soient une référence, un critère de pratique et si ce n'est pas les techniques ce serait alors la recherche d'un maître qui aurait le mieux compris l'enseignement du fondateur...
Il me semble important de vous faire part d'un point vu de mes recherches peu méconnu probablement mais qui mérite réflexion. Il me semble que l'aikido commence avec les dernières années de la vie du fondateur où il arriva lui-même à une minutieuse analyse :à donner des éclaircissements, précisions et directions sur sa pratique et en laissant aussi son oeuvre inachevée.
Lui même disait qu'il n'était qu'un débutant à 80 ans !
Beaucoup de pratiquants ont un sincère recherche, d'autres se contentent de reproduire et certains manifestent un fort égo en disant ceci ou cela ...
Une de mes conclusion est que nous savons trop de choses mentalement.
Je ne veux rien dévaloriser, ni la connaissance des pratiquants, des professeurs et des maîtres mais une véritable pratique ne peut être comprise par le mental et vous le savez bien.
Ce qui importe est d'essayer de ne plus accéder à la connaissance mentale, de ne plus savoir, ce qu'il faut faire ou ne pas faire mais laisser le "ki" de l'univers se manifester à travers chacun de nos actes.
Programme difficile à concevoir je vous l'accorde.
La sensation sera notre guide.
Que certains disent que maître Ueshiba ne soit plus une référence ou bien qu'il soit dépassé au niveau même des techniques de l'aikido, je tiens à vous faire partager que sa propre technique, était le Vide lui-même et que, de ce vide pouvait naître de nombreuses techniques et manifestation du Divin. Il n'a d'ailleurs jamais été dépassé dans cet art. Personne n'est arrivé à cet état de fusion avec l'Univers.
Maître Ueshiba ,n'a jamais été ou très peu suivi dans ce domaine car pour la majorité des pratiquants ce monde intérieur qu'il essayait de nous faire partager, parassait inacessible à notre mental et conception de la pratique.
Beaucoup de maître, lorsqu'ils étaient jeunes pratiquaient au côté du fondateur, en disant que seul le combat les intéressaient.
La pratique de maître Ueshiba peut paraître irréaliste pour notre conception et notre éducation mais il a répété de nombreuses fois que l'aikido n'a pas été crée par lui-même mais qu'il est l'oeuvre du Divin, du kototama, de la science des sons, d el'énergie de la vie elle même...
C'est par une purification sur son être et ses cinq sens, par une pratique ascétique que le fondateur a incarné à travers son corps cet art.
Doit commencer par maîtriser les techniques pour manifester le véritable aikido? ou apprendre a nous purifier comme il l'a conseillé?
Je vous laisse le soin d'y réfléchir...
Merci pour votre lecture et votre message.
La pratique de l'Aïkido est vaste. La raison pour laquelle on la choisit, la forme sous laquelle on a décidé de l'étudier sont des choix personnels. En ce sens si les méthodes sont conformes aux objectifs...
Concernant le trop grande importance du mental c'est effectivement un problème. Malheureusement les méthodes pour dépasser cela ne sont pas toujours évidentes à appréhender, surtout sans sortir d'un schéma de pensée occidental. Un problème compliqué en somme qui ne peut trouver de solution que dans la pratique.
Cordialement,
Tamaki Léo