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Lorsque nous étions uchi-deshi il était impensable de pouvoir poser une question à Osenseï. Nous observions le plus attentivement possible, absorbions ses corrections et échangions nos points de vues entre nous. C'est comme cela que nous avons dû développer notre technique.


Tamura Nobuyoshi et Ueshiba Moriheï


Aujourd'hui un enseignement sans explications semble impensable. Et évidement cela n'a pas beaucoup de sens car compte tenu du temps de pratique limité cela peut difficilement donner des résultats satisfaisants. A une époque où chacun veut tout tout de suite, Osenseï s'il revenait se retrouverait rapidement dans un dojo vide…
Mais je crois aussi que le recours systématique à l'explication, notamment verbale, est une erreur. Car cela amène à croire que l'on sait alors que l'on a simplement compris avec notre tête. Hors le savoir-faire dans la pratique martiale doit court-circuiter la pensée consciente pour être efficace.


Court-circuiter la pensée consciente pour être efficace...
(photo René Bonnardel)


Aujourd'hui nous sommes dans une situation où le nombre de pratiquants est énorme et les temps de loisirs ne cessent d'augmenter. Toutefois les gens répartissent ce temps sur diverses activités (télé, famille, cinéma, etc…). Au contraire dans le passé les gens s'investissaient plus intensément et longuement dans une pratique. Il était donc possible de leur enseigner à la façon d'Osenseï.
Il n'y a bien entendu aucune solution miracle et j'essaie personnellement de limiter mes explications lorsque j'enseigne. De même je ne montre les mouvements que peu de fois, privilégiant la pratique directe pendant le cours, de façon à obliger les élèves à développer leur attention.


Privilégier la pratique directe


Je ne pose aussi quasiment jamais de questions. Retourner les questions que j'ai dans tous les sens m'apparraît bien plus bénéfique. Bien sûr essayer d'interpréter la moindre chose peut rapidement devenir maladif. Je me souviens il y a quelques années qu'avant le début d'un stage Tamura senseï est venu vers moi et m'a dit en souriant: "Tu es vraiment "classe" (kakko ii en japonais), le keïkogi te va vraiment bien."
Sur le moment j'ai souri bêtement, content de bien porter le dogi. Et immédiatement après je me suis dit que maître Tamura voulait sans doute me signifier que restais à la surface des choses, ou pire que je n'étais que dans l'apparence!
Au final je suppose que Tamura senseï a juste dit cela en passant histoire de faire la conversation. Sans doute parce qu'exceptionnellement j'étais rasé ;-)
Et sa remarque ne m'a pas traumatisé plus que cela. Mais je crois qu'il est important de se remettre en question en permanence et d'imaginer tout ce qu'un enseignement peut avoir de sous-entendu. Surtout lorsqu'il s'agit d'un enseignement traditionnel japonais reposant sur l'intuitif. Plus que de chercher intellectuellement tous les sens possibles je crois que cela signifie que l'on ne doit pas s'attacher à la surface des choses, s'arrêter au sens premier des mots…


Ne pas s'attacher à la surface des choses, ne pas s'arrêter au sens premier des mots…


Note: Je n'ai pas enregistré ces entretiens et les écris de mémoire. Il est donc possible que des erreurs se soient glissées dans ces retranscriptions mais j'ai pensé que l'intérêt des réponses dépassait le risque de mes erreurs. Je prie toutefois les lecteurs de ne prendre cela que comme une conversation rapportée qui pourrait nourrir des réflexions et non comme paroles d'évangiles.



Par Léo Tamaki - Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires
Mercredi 26 novembre 2008 3 26 /11 /Nov /2008 00:01
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Commentaires

Malheureusement, de nos jours les gens cherchent à avoir une explication sans comprendre par eux-même... Mais je pense que c'est aussi une évolution de la société, on est à une époque ou on peut tout trouver sur le net, tu te demande a quoi sert telle chose? paf! internet et tu trouveras une explication détaillée...

Les gens ont besoin d'un mode d'emploi pour la plupart des choses qu'ils font, et ne cherchent pas à comprendre par eux-même... ils regardent mais ne voient pas ce qu'on leur présente, ils entendent mais n'écoutent pas...

Tout cela est bien dommage, mais certains (je pense à Isseï dont j'ai été au cours hier soir) présente les choses comme toi, pratique directe, peu d'explication... ce qui je trouve est beaucoup plus intéressant, car les mots ne permettent pas de retranscrire le ressentit, rien de tel que de subir une technique pour mieux la comprendre. Enfin après c'est mon avis... étant habitué depuis longtemps à être pris comme cobaye par mes deux frères :D ma vision est certainement biaisée... mais j'ai pu apprendre beaucoup de choses de cette façon.

Cependant il me semble invraisemblable qu'un tel type d'enseignement se généralise à notre époque, car d'un coté il faut bien que les professeurs puissent vivre de leur art et ne rebute pas les élèves, et d'autre part, il faudrait que les professeurs changent leur façon d'enseigner... ce qui ne me semble pas gagné...

PS: je crois qu'on à tous les trois un problème avec le rasoir...

Commentaire n°1 posté par Tamaki Genjiro le 26/11/2008 à 13h08
Ah oui, le net… tout à portée de main en un clic. Des explications souvent superficielles mais qui donnent l'impression du savoir alors même qu'en matière de pratique martiale l'essentiel est du domaine du savoir-faire.

Effectivement l'essentiel est de recevoir la technique pour la comprendre, disons même mieux, l'intégrer.

Problème avec le rasoir? Bah oui, il ne rase pas tout seul :-(

Salut p'tit Cobaye ;-)

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 28/11/2008 à 02h20

Salut Leo!

Eh oui que veux-tu? Les gens ont la langue bien pendue à notre époque. Il préfère perdre leur énergie en longues et parfois vaines explications ("masturbation intellectuelle" comme disait mon prof de philo) plutôt que l'utiliser en pratique (même s'il faut un peu de communication verbale qui peut aider à la pratique et fabriquer un lien social, mais jamais au détriment de la pratique).

Il m'arrive bien souvent de demander à mes partenaires d'arrêter de parler. A mes supérieurs quand je cherche la technique je m'entête plus à essayer et ré-essayer encore plutôt que d'écouter leurs divagations verbales "tu devrais faire plus comme-ci ou comme-ça parce que ceci va faire celà et celà va faire ceci..." et souvent au moins gradés je leur dit "tais-toi et pratique". Je peux peut-être passer pour un rustre mais déjà  que les entrainements dans une semaine ne sont pas légions alors j'aime mieux mettre ces peu d'heures à profit.

Parce que l'aikido véhicule de profonde valeur teintée de mystique, il y a une atmosphère d'intellectualisation tout autour que je trouve un peu déplacée voire "puante". Trop parce qu'ils pratiquent un peu l'aiki se permettent de grandes divagations cérébrales y melant la société, la politisation et l'ésotérisme plutôt que s'attacher à suivre la Voie le plus simplement possible sans élécubrations.

Bon allez je me calme parce que je commence à partir en live :-). Je suis encore au bureau et j'ai eu une journée gavante. Je suis en train de lacher mes nerfs là et quand je suis comme ça je deviens réact contre le politiquement correct et le bien-pensant lol

Amicalement cher Leo, mes amitiés aussi à tes frères

P.S: moi aussi je suis faché avec le rasoir. Avec moi Gilette ne risque pas de faire fortune. Un conseil de brokers n'achetez pas d'action chez eux   :-) 

Commentaire n°2 posté par Shotokan le 26/11/2008 à 17h55
Salut Shotokan,

Concernant les explications ce sont d'ailleurs ceux qui devraient le moins en donner qui s'épanchent le plus…
Au Japon il est de tradition de ne rien expliquer avant que l'on ne nous l'ai demandé de façon insistante et répétée. La pratique est un trésor qu'il ne convient pas de divulguer aux quatre vents pour se faire briller. Mais cette tradition aussi à tendance à se perdre.

Quand aux divagations philosophico-religieuses elles sont malheureusement très fréquentes dans une discipline dont trop de pratiquants se cachent derrière elle pour justifier leur incompétence.

Amicalement,

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 28/11/2008 à 02h29

esrt ce vraiment une spécificité des arts martiaux tradditionnels que de devoir parvenir "par soi même " à une connaissance. Je suiis prof de maths, et je retiens de ma carrière universitaire coimeze de mon exprience d'enseignant que le role d'un enseignant est de permettre à ses élèves de construire un savoir... plutot que de le transmettre.

La pratique est aussi pour des matières "intellectuelles" la seule manière de creer une connaissance vivante. on pourrait meme s'étendre sur la technique qui répétée au cours de nombreux exercices apparament répétitifs doit donner naissance à une certaine intuition, sans lui laisser la place pusique l'entrainement doit se maintenir tout au long de la vie (idéalement). En maths ça "vient de la tête", en Arts martiaux non, mais finalement sur les autres points, on peut trouver des similitudes. Y compris sur la différence entre enseignant et maitre...

µCela dit, la place de l'oral ne se justifie t elle que par le manque de temps? ou par la volonté d'amener le plus grand nombre à une pratique?


Merci en tous cas encore pour ces reflexuions.

ps je n'ai pas encore trouvé de ste analogue à Budo no nayami sur les arts martiaux chinois. Je continue de chercher.

ps2, si je peux me permettre, et puisqu'on parle de pratique, y a til des parisiens ayant participé à l'un des stages, de Hino ou de  Akuzawa et qui auraient de tems en temps quelques heures?


Commentaire n°3 posté par m berrebi le 27/11/2008 à 14h28
Bien sûr le chemin vers la connaissance comporte de nombreuses similitudes selon les voies que l'on emprunte. Cela dit si des parallèles peuvent se faire par rapport au processus sur le plan des idées, la mise en application concrète, dans le cas de la pratique martiale, est quelque chose de très particulier.
J'ai observé des gens venus pratiquer ayant un niveau remarquable dans des domaines aussi divers que les sciences, les arts ou le sport, et qui se retrouvaient perdus. Mais cela est positif je crois. Le danger est de venir en appréhendant la pratique à travers son métier ou ses autres passions. Des médecins par exemple qui essaient d'interpréter par rapport à ce qu'ils connaissent. Les visions du corps ne sont pas les mêmes et cela n'aboutit généralement qu'à des simplifications. On est loin de la tasse vide…

Mais je m'éloigne de ton post. Bref tout à fait d'accord, il faut enseigner à apprendre mais je crois qu'il est aussi important de transmettre quelque chose de concret. Sinon le pratiquant apprendra à simplement à refaire le même chemin, lui-même, sans profiter de l'expérience de ses prédécesseurs. Cela rejoint une discussion sur la transmission.

Quand à la place de l'oral… Hmm je crois réellement que dans les arts martiaux japonais sa place est totalement anecdotique et son utilisation ouvre malheureusement la porte à des erreurs et des interprétations intellectuelles. Mais c'est l'époque qui veut cela. On veut "comprendre" et vite. Effectivement pour celui qui peut se permettre le luxe d'avoir peu d'élèves cela devient inutile.

Merci en tout cas pour l'ouverture sur un domaine qui m'est totalement étranger.

Amicalement,

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 28/11/2008 à 02h45
Il y a de nombreuses années, j'ai participé à un stage avec Tamura Sensei et n'ai jamais oublié ce qu'il nous a montré. En revanche, je ne me souviens pas s'il a dit quelque chose.
Commentaire n°4 posté par minimifa le 27/11/2008 à 22h33
Alors tu as probablement gardé l'essentiel...

Tamaki Léo

Réponse de Léo Tamaki le 28/11/2008 à 02h45

Bonjour à tous.

Ce que je préfère presque dans le blog de Léo, ce sont les commentaires. :) Je commence par ça maintenant avant même de lire l'article.

Il y en a certains qui devraient en être privés tellement ils n'intéressent personne et sont pathétiques (petit clin d'oeil ah ah!! ;)) 

Je ne parle pas des fautes d'orthographe franchement abusées..

Donc Shotokan, tu te seras reconnu... si tu pouvais arrêter d'écrire... malheureusement tu n'es pas le seul.. 

Mais toi, tu es mon préféré du moment :)





Commentaire n°5 posté par The Killer le 28/11/2008 à 22h10

Avent de te contenter d'être un Killer. Tu devrait te contenter d'être intérressant.

C'étais ma réponse et je ne souhaites pas polémiqué sur le blog de Léo ou de tels propos n'on pas leurs places

Au revoir et à jamais j'espère

P.S: As-tu remarqué toutes ces belles fautes d'ortographe faites pour égayer ta journée? :-)

Commentaire n°6 posté par shotokan le 01/12/2008 à 09h35


Léo
Réponse de Léo Tamaki le 01/12/2008 à 09h39

"Quand aux divagations philosophico-religieuses elles sont malheureusement très fréquentes dans une discipline dont trop de pratiquants se cachent derrière elle pour justifier leur incompétence."

Léo, le premier à avoir passé son temps à fournir des explications "philosophico-religieuses" pendant ses cours s'appelait Morihei Ueshiba, n'est-ce pas ? Doit-on pour autant dire qu'il s'en servait pour "justifier son incompétence" ?

Certaines critiques me semblent un peu trop faciles.


Commentaire n°7 posté par DG le 02/12/2008 à 12h59
"Léo, le premier à avoir passé son temps à fournir des explications "philosophico-religieuses" pendant ses cours s'appelait Morihei Ueshiba, n'est-ce pas ? Doit-on pour autant dire qu'il s'en servait pour "justifier son incompétence" ?
Certaines critiques me semblent un peu trop faciles."

Je ne critique en aucun cas le fait de donner des enseignements philosophiques et/ou religieux bien entendu. C'est d'ailleurs l'esprit de la discipline qui me touche le plus, bien au-delà des techniques, et j'en parle brièvement ici.

En revanche je maintiens ce que je disais. Dans le contexte:

"Concernant les explications ce sont d'ailleurs ceux qui devraient le moins en donner qui s'épanchent le plus…
Au Japon il est de tradition de ne rien expliquer avant que l'on ne nous l'ai demandé de façon insistante et répétée. La pratique est un trésor qu'il ne convient pas de divulguer aux quatre vents pour se faire briller. Mais cette tradition aussi à tendance à se perdre.

Quand aux divagations philosophico-religieuses elles sont malheureusement très fréquentes dans une discipline dont trop de pratiquants se cachent derrière elle pour justifier leur incompétence."

Que celui qui maîtrise l'enseignement spirituel de l'Aïkido discoure dessus comme le faisait Hikitsuchi senseï ou actuellement Sasaki senseï et Sunadomari senseï et Abe senseï, est non seulement normal, mais c'est aussi une chance inestimable que de pouvoir recevoir leurs enseignements.
En revanche, comme les conseils et explications, ce sont souvent les gens le moins aptes à en parler qui le font le plus, sur fond de mode bobo new-age, pour économiser la sueur de la pratique.

Amicalement,

Léo

Réponse de Léo Tamaki le 02/12/2008 à 17h51
voici une video de tamura sensei de 1984
http://fr.youtube.com/watch?v=rK_C6uGEquQ&feature=related

et puis une autre, qui me semble bien plus récente

http://fr.youtube.com/watch?v=Bpz4Zrjt7Bk&feature=PlayList&p=DCF0D2EB96B637B3&index=0&playnext=1

dans la premiere on perçoit une tension certaine qui est (du moins il me semble) totalement absente.

on le perçoit bien dans le travail avec armes.
pourriez vous me dire si je me trompe?
en tout cas je trouve la comparaison intéressante puisqu'il s'agit de comparer un maître avec lui-même.

paix...
Commentaire n°8 posté par olry le 18/12/2008 à 15h06
Bonjour Olry,

Les deux intéressantes vidéos que tu a postées ne sont pas aussi eéloignées l'une de l'autre dans le temps dans la mesure où seulement dix ans les séparent. On perçoit pourtant déjà une évolution remarquable dans la pratique de Tamura senseï, évolution qui s'est encore accentuée et continue encore à l'heure actuelle chez cet infatigable chercheur. Et cette recherche va évidemment dans le sens de l'économie du geste et de la suppression de toute tension.

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 19/12/2008 à 12h54
bonjour léo,

donc c'est bien ce que j'avais perçu. merci pour les précisions ainsi que pour vos encouragements!

paix...
Commentaire n°9 posté par olry le 20/12/2008 à 09h11
C'est bien naturel ;-)

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 22/12/2008 à 08h43

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