La marche est une des principales activités physiques de l'homme. Une de celles qu'il apprend le plus tôt
et pratique tout au long de sa vie. C'est aussi pour moi un des exercices les plus importants de la pratique martiale.
Ueshiba Moriheï
Cela fait plusieurs années que je considère que la technique n'est qu'un outil mais que le but essentiel
est transformer l'utilisation du corps. En ce sens l'objectif de polir une technique est important mais ne doit rester qu'une étape. C'est pourquoi de nombreuses disciplines intègrent
d'ailleurs des exercices qui n'ont pas vocation à être des techniques de combat tels que le ritsuzen par exemple.
Des exercices tels que la marche recèlent une capacité à transformer notre utilisation du corps qui est
bien souvent sous-estimée. Non seulement la marche est une activité quotidienne que l'on peut pratiquer même lorsqu'il arrive que l'on ne puisse se libérer pour aller pratiquer au dojo. Mais
surtout il s'agit d'un exercice sollicitant tout le corps dans lequel il est possible de travailler des principes majeurs de la pratique martiale.
Je ne peux m'empêcher de sourire en pensant aux nombreuses "marches" que j'ai adoptées au fil du temps…
Elles ont variées selon les disciplines que je pratiquais et ma compréhension. D'une recherche de stabilité et de puissance venant du sol lorsque je pratiquais le Karaté au développement de la
mobilité lorsque je me suis mis à l'Aïkido, j'ai essayé énormément de façon de faire.
Marcher en gardant les hanches absolument de face, en mettant le hara en avant, légèrement penché en avant,
en utilisant le déséquilibre, à la façon Namba mal comprise et exagérée, en tendant la jambe arrière à chaque pas, en ne posant jamais le talon, en variant la longueur de mes pas, etc, etc… Je
devais vraiment offrir un spectacle étrange à un observateur attentif.
Enseignement de la marche par Kono
Yoshinori
Aujourd'hui il m'arrive de travailler certaines formes mais je mets plus l'accent sur un travail de
sensations. La légèreté, le centrage, la disponibilité, le relâchement, etc…
J'essaye toujours d'observer au maximum les maîtres que j'ai la chance de côtoyer, sur les tatamis mais
aussi en dehors. Il est rare que leur marche trahisse leur niveau à un observateur n'ayant pas l'œil aiguisé. Ils ne font généralement rien de notable tout en respectant les principes qui
guident leur pratique. L'un de ceux dont la marche m'a le plus impressionné est Kanazawa senseï. Un pas calme, mesuré et doux recelant une puissance maîtrisée. Le pas élégant d'un
gentleman…
Observer les maîtres, Kuroda Tetsuzan
Beaucoup de maîtres passés et présents ont insisté sur l'importance de la marche. Ueshiba Moriheï, Tokitsu
Kenji, Kono Yoshinori, etc… Tamura Nobuyoshi y porte aussi une attention toute particulière.
Un jour un groupe d'enseignants lui demanda combien de temps il pratiquait par jour. Il sourit et dit qu'il
pratiquait en permanence. Que la plupart des gens additionnaient les heures sur le tatami comme des comptables mais que pour lui tout était l'occasion d'étude, de la marche au brossage de
dents!
Hino Akira
Savoir que le fait d'arriver à se déplacer d'un point A à un point B suffit difficilement à dire que l'on
marche est la première étape. Cela devrait être aussi évident que de reconnaître qu'il ne suffit pas d'appuyer sur les touches d'un piano pour faire de la musique. Ce point admis les richesses
de l'étude de la marche peuvent être phénoménales.
Bras et jambes homolatéraux sont liés dans les pratiques
martiales traditionnelles japonaises
(photos Sébastien Chaventon)
Par Léo Tamaki
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Jeudi 20 novembre 2008
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20
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