Budo no Nayami

La marche dans la pratique des budo

20 Novembre 2008 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Novembre 2008

La marche est une des principales activités physiques de l'homme. Une de celles qu'il apprend le plus tôt et pratique tout au long de sa vie. C'est aussi pour moi un des exercices les plus importants de la pratique martiale.


Ueshiba Moriheï


Cela fait plusieurs années que je considère que la technique n'est qu'un outil mais que le but essentiel est transformer l'utilisation du corps. En ce sens l'objectif de polir une technique est important mais ne doit rester qu'une étape. C'est pourquoi de nombreuses disciplines intègrent d'ailleurs des exercices qui n'ont pas vocation à être des techniques de combat tels que le ritsuzen par exemple.
Des exercices tels que la marche recèlent une capacité à transformer notre utilisation du corps qui est bien souvent sous-estimée. Non seulement la marche est une activité quotidienne que l'on peut pratiquer même lorsqu'il arrive que l'on ne puisse se libérer pour aller pratiquer au dojo. Mais surtout il s'agit d'un exercice sollicitant tout le corps dans lequel il est possible de travailler des principes majeurs de la pratique martiale.

Je ne peux m'empêcher de sourire en pensant aux nombreuses "marches" que j'ai adoptées au fil du temps… Elles ont variées selon les disciplines que je pratiquais et ma compréhension. D'une recherche de stabilité et de puissance venant du sol lorsque je pratiquais le Karaté au développement de la mobilité lorsque je me suis mis à l'Aïkido, j'ai essayé énormément de façon de faire.
Marcher en gardant les hanches absolument de face, en mettant le hara en avant, légèrement penché en avant, en utilisant le déséquilibre, à la façon Namba mal comprise et exagérée, en tendant la jambe arrière à chaque pas, en ne posant jamais le talon, en variant la longueur de mes pas, etc, etc… Je devais vraiment offrir un spectacle étrange à un observateur attentif.


Enseignement de la marche par Kono Yoshinori


Aujourd'hui il m'arrive de travailler certaines formes mais je mets plus l'accent sur un travail de sensations. La légèreté, le centrage, la disponibilité, le relâchement, etc…
J'essaye toujours d'observer au maximum les maîtres que j'ai la chance de côtoyer, sur les tatamis mais aussi en dehors. Il est rare que leur marche trahisse leur niveau à un observateur n'ayant pas l'œil aiguisé. Ils ne font généralement rien de notable tout en respectant les principes qui guident leur pratique. L'un de ceux dont la marche m'a le plus impressionné est Kanazawa senseï. Un pas calme, mesuré et doux recelant une puissance maîtrisée. Le pas élégant d'un gentleman…


Observer les maîtres, Kuroda Tetsuzan


Beaucoup de maîtres passés et présents ont insisté sur l'importance de la marche. Ueshiba Moriheï, Tokitsu Kenji, Kono Yoshinori, etc… Tamura Nobuyoshi y porte aussi une attention toute particulière.
Un jour un groupe d'enseignants lui demanda combien de temps il pratiquait par jour. Il sourit et dit qu'il pratiquait en permanence. Que la plupart des gens additionnaient les heures sur le tatami comme des comptables mais que pour lui tout était l'occasion d'étude, de la marche au brossage de dents!


Hino Akira


Savoir que le fait d'arriver à se déplacer d'un point A à un point B suffit difficilement à dire que l'on marche est la première étape. Cela devrait être aussi évident que de reconnaître qu'il ne suffit pas d'appuyer sur les touches d'un piano pour faire de la musique. Ce point admis les richesses de l'étude de la marche peuvent être phénoménales.



Bras et jambes homolatéraux sont liés dans les pratiques martiales traditionnelles japonaises
(photos Sébastien Chaventon)



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Eric Chéry 16/10/2013 21:23


Merci pour ces conseils Léo ;)

Léo Tamaki 17/10/2013 00:56



Merci pour la lecture ;-)


 


Léo


 



Eric Chéry 16/10/2013 10:31


Observer sont corps pendant la marche, nous amène à discipliner ce dernier dans son utilisation et donc nous permet d'adopter cette même rigueur dans notre pratique martiale...et pourquoi ne pas
y associer une respiration adaptée?, notre respiration est elle même souvent le reflet de nos émotions et donc perturbée au quotidien par les évènements de notre société tumulteuse... Merci pour
cet article interressant Léo ;)

Léo Tamaki 16/10/2013 13:10



Bonjour Eric,


 


Une respiration troublée est en effet le symptôme d'un esprit agité. On peut alors travailler dessus, mais aussi se concentrer sur sa marche ou toute autre chose, et/ou régler la cause de
l'agitation ;-)


 


Merci pour la lecture,


 


Léo


 



Isa 25/11/2008 21:48

Ouaips!! mais tu n'as pas eu le droit à des collègues pratiquant l'Aïkido qui t'attaque par surprise avec un manche à balai pour tester ta dextérité ou réactivité, ou te prendre pour cobaye pour tenter d'appliquer les enseignements de Isseï!! Ah c'était le bon vieux temps!! Heu merci Isseï lol!!

Léo Tamaki 28/11/2008 02:25



Ca sent le vécu.





;-)





Léo






Ben. 24/11/2008 23:45

ah ...
Bienvenue au club pour  le coup du bus.... on se sent moins seul d'un coup.... -)
En revanche sur sol inégal ou accidenté, pas encore vraiment essayé.
Et le "plongeon " en "chute avant" dans l'eau de la piscine (mais attention avec suffisamment d'eau....) , ça aussi doit être assez répandu parmi les pratiquants,  non?
amicalement
Benoit

Léo Tamaki 28/11/2008 02:24



Euh.. pas trop non :D


Ca impressionne pas assez les filles ;-)





Léo






Eric 24/11/2008 22:10

 Ok ca me va, si j'ai l'occasion j'y manquerait pas ! :-)
 Ca me fait penser à un article que je lisais dernièrement dans ovni ou bonzour je sais plus, un francais très connaisseur du japon qui racontait les mésaventures de certains francais venus découvrir le japon, et s’en faisant une image idyllique. Partoutde belles japonaises en fleur jouant du shamisen dans un environnement poétique très zen, finalement le doux réveur incapable de se guider dans la jungle urbaine sans guide ne parlant pas un mot, devenu à moitié dingue, finissait par atterrir dans un bar des bas fonds de shinjuku avec une prostituée philippine sur ses genoux, mais ça c’est une autre histoire comme dirait l’autre… ;-))
ça me va… pour le verre naturellement ;-p

Léo Tamaki 28/11/2008 02:22



Hmm là les fantasmes étaient très gros :D


Aujourd'hui les fantasmes les plus courants pour les pratiquants concernent le niveau moyen qu'ils imaginent très élevé au Japon. Et c'est la porte ouverte à de grandes désillusions...


En revanche effectivement ça fini souvent dans un bar à Shinjuku :D


Kabukicho plus précisément...





Amicalement,





Léo






Eric 24/11/2008 00:09


Non en fait j'utilise le clavier de mon amie, maintenant j'ai repris mon clavier francais et je suis quand même plus à l'aise !!
En attendant, le japon ce sera probablement pour l'année à venir, date non arrêtée, j'ai hâte tellement de chose à voir ... et en si peu de temps, le côté hyper moderne du japon et plus calme de la campagne dans le kansai, il faudra forcèment faire l'impasse sur certaines choses...mon esprit est déja ailleurs :-)

Léo Tamaki 24/11/2008 16:16



Ha ha je comprends ;-)





Bon pour le Japon tu auras déjà ton guide mais fais moi signe qu'on prenne un verre ensemble dans un quartier mal famé...





A+





Léo






Eric 23/11/2008 14:57

Merci pour ce petit recadrage historique qui permet d'eclairer un peu plus ma lanterne merci a toi et a bientot ciao !
PS desole pour les accents je suis un clavier japonais et c est l horreur ;-))

Léo Tamaki 23/11/2008 15:42



Oh, merci à toi de me faire réfléchir ;-)


Clavier japonais? Tu es au Japon?





Amicalement,





Léo






Eric 22/11/2008 01:55


Il est vrai que dans une position de face on expose gravement nos centres vitaux à une attaque mortelle surtout avec arme.
Si une une attaque imprévue surgit, l'expression "prévoir l'imprévisible" prend ici tout son sens, la position de face est celle que l'on adopte naturellement dans la vie de tout les jours, non ?
 
La corrélation entre hanche de face et attaque martiale n'est pas forcèment dénuée de sens, l'essentiel étant de ne pas transmettre d'informations à un assaillant.
Prendre une position hanmi me semble on ne peut plus raisonnable mais c'est là il me semble un paradigme de la pratique martiale, ou les choses ne sont pas si clairement définie l'un ne rejetant aucunement l'autre, en judo Kano disait qu'auplus haut niveau tout doit partir de la position shizen tai, non ? 
Mais je m'écarte un peu de la marche namba c'est un autre sujet c'est vrai :-)
Eric pratiquant d'aikido ;-)
Amicalement

Léo Tamaki 22/11/2008 22:15



Salut Eric,

Hmm la question devient un peu difficile ;-)

Effectivement si une attaque est TOTALEMENT imprévue elle arrivera de face, mais aussi de dos et sans que l'on s'y attende. Dans ce cas, deux choix. Soit on est l'un des rares très très grands
maîtres et l'on sent l'attaque venir et vu notre niveau on arrive à y faire face, - probablement même relativement facilement - , soit on est coupé.
En fait la réalité sera toujours, sauf cas exceptionnel, très éloignée de ce que l'on travaille en kata. Les situations comptent trop de variables pour que l'on puisse en travailler ne serait-ce
qu'une infime portion utile. Mais le kata est là pour nous apprendre à modifier l'utilisation du corps et pour que, spontanément nous bougions correctement. Entre autres en ne nous exposant
pas.
http://www.tsubakijournal.com/article-7119743.html
De plus, par la suite, mais je n'aime pas décrire ce qui ne peut qu'être ressenti, une personne de face pourra avoir une posture aussi fermée qu'une personne de profil… Mais ce ne peut qu'être le
résultat d'un long travail.

La position hanche de face peut évidemment être travaillée mais elle ne l'était pas, ou de façon plus qu'anecdotique, à l'époque où les pratiques martiales étaient nécessaires à la survie. Il
s'agit d'un luxe que les bushis faisant face à des sabres d'un mètre ne pouvaient se permettre. C'est une position qui n'est pas non plus travaillée dans les écoles sérieuses de combat au couteau
ou d'escrime. Aujourd'hui nous pouvons faire nombre de suppositions dans un jeu intellectuel mais ce n'était pas le cas par le passé. Il faut bien comprendre que chaque détail était étudié de
façon à augmenter ses chances de survie. De la façon de marcher à celle de porter le kimono, fermer sa ceinture, etc… Sans aucun doute des adeptes ont essayé de s'entraîner de face. Si cela n'a
pas été retenu je crois qu'il s'agit d'une leçon dont nous pouvons profiter.

Bien entendu le fait de ne transmettre aucune information est aussi essentiel. Mais cela est bien plus difficile et long. La posture correcte en revanche peut et doit être travaillée dès le
départ.

La position hanmi est en effet une base fondamentale et existe dans la plupart (toutes?) des écoles traditionnelles. En revanche le même nom cache de nombreuses interprétations différentes
présentant plus ou moins de différences.

Quand au paradigme martial… Normalement le paradigme est un modèle cohérent aux bases définies. Et c'est parfaitement le cas dans les bujutsu où il s'agit de survie dans un combat à mort sans
règles. Ca l'est moins dans les budo dans le sens où, selon la discipline et même selon les maîtres, la façon de voir peut énormément varier. Certains budo sont restés proches de l'esprit du
bujutsu, mais force est de constater que ce n'est pas le cas de la plupart. Et ce n'est en aucun cas une critique dans la mesure où les objectifs sont différents.
http://www.tsubakijournal.com/article-3776376.html
http://www.tsubakijournal.com/article-18834617.html

Finalement au sujet de Kano il faut prendre en compte plusieurs points. S'il est indéniable qu'il acquit un haut niveau, il est difficile de savoir réellement ce à quoi cela correspondait. Ses
années de formation furent courtes et il fut surtout respecté en tant qu'éducateur et n'a jamais, contrairement à Ueshiba par exemple, était cité par d'autres maîtres comme l'un ou le plus grand
des experts de son temps. De plus, dans les deux écoles, Kito ryu et Tenjin shinyo ryu, qu'il étudia l'accent était mis sur le combat à mains nues, le travail contre arme ne représentant qu'une
petite partie de l'enseignement, probablement réservée aux élèves avancés. Enfin s'il dit qu'au plus haut niveau tout doit partir de la position shizen taï, parle-t-il du plus haut niveau en Judo
ou quelque soit la discipline? Avant d'arriver à ce plus haut niveau ne doit-on pas passer par des années de formation dans d'autres postures?

Comme tu le dis nous nous sommes toutefois écarté de la marche :D

Amicalement,

Léo




will 21/11/2008 02:07

Bonsoir !
Merci Léo de nous avoir communiqué tes pensées sur ce sujet. Tes impressions complètent ce que tu tentais de nous expliquer en stage. A propos du commentaire d'Eric, j'ai eu l'occasion d'observer des personnes s'entrainer au Iai en faisant des pas identiques à ceux du théatre Nô.. J'imagine que Matsuura sensei et peut être d'autre faisaient de même , non ?

Léo Tamaki 21/11/2008 21:39



Will... Excuse-moi je ne sais plus à quel stage nous nous sommes vus.





Je ne connais pas bien Matsuura senseï donc je ne peux pas parler de sa pratique. En revanche comme je le disais à Eric la position hanche de face n'est généralement pas utilisée dans les
bujutsu. Elle l'est par contre beaucoup dans les budo. Donc en iaïdo c'est posible et probable, mais pas à ma connaissance en iaïjutsu. En tout cas absolument pas dans la majorité des écoles.





Amicalement,





Léo






Eric 20/11/2008 23:01


Salut,
J'ai eu l'occasion de pratiquer ce type de marche lors d'un stage avec Matsuura sensei, jeune expert de l'école des deux sabres de musashi pratiquant d'aikijustsu et également expert du théatre no, les hanches restent de face, ils me semble que l'on trouve ce type de marche dans les écoles d'armes traditionnelles désormais? quelle en est la raison ? peut être que je me trompe ? d'ou la question de sa pertinence par rapport à la pratique martiale, j'ai quelques idées à ce sujet :-)
A+

Léo Tamaki 21/11/2008 21:37



Salut Eric,





J'ai été voir un spectacle de No il y a quelques années et j'avais aussi été sidéré par la qualité de la marche des acteurs.


Il est vrai que des samouraïs de haute condition pratiquaient aussi le No.





Il y a des choses qui peuvent être prises dans le No c'est certain, notamment au niveau du travail sur le corps. En revanche est-ce que cela a un lien direct avec les arts martiaux? Je ne crois
pas.


Dans les arts martiaux traditionnels les hanches ne doivent jamais être de face car c'est la position où on est le plus vulnérable.


D'ailleurs on ne peux pas dire qu'on trouve quelque chose dans les écoles d'arts amrtiaux traditionnelles "désormais" ;-) Ca doit y être depuis longtemps.





On peut sans aucun doute trouver des avantages à cette position dans la pratique martiale mais je crois qu'ils sont bien trop faibles pour avoir été retenus généralement. En revanche je suis
intéressé par les déductions et idées que tu as sur le sujet.





Amicalement,





Léo