Budo no Nayami

Une légende du Judo… invisible

24 Décembre 2008 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Décembre 2008

J'ai participé lors d'un de mes retours à Paris à une démonstration d'arts martiaux qui s'est déroulée à la Maison de la Culture et du Japon devant l'ambassadeur japonais et un parterre de personnalités du monde de l'art, de la finance, de la politique et… des arts martiaux.
La démonstration faisait partie d'un ensemble de manifestations célébrant les 150 ans des relations franco-japonaises. Malheureusement étant donné l'exigüité du lieu, seules quelques centaines de personnes invitées purent assister à cette démonstration qui bénéficiait de prestigieux sponsors. Cinq disciplines étaient représentées, le Shorinji Kempo, le naginata d'un ancien ryu dont malheureusement j'ai oublié le nom, le Kendo, le Kashima shin ryu et l'Aïkido.


Inaba senseï, Kashima shin ryu


Aosaka senseï démontra le Shorinji Kempo. Il fut ensuite suivit de la démonstration de naginata. Puis Yoshimura senseï pour le Kendo et Inaba senseï pour le Kashima. L'Aïkido enfin fut représenté par Antoine Soares et moi-même pour la FFAB, Christian Tissier pour la FFAAA et le Doshu qui, comme Inaba senseï, était venu spécialement du Japon (moi aussi mais mon billet ne m'a pas été payé, oubli administratif sans doute :D).


Ueshiba Moriteru, Aïkido Doshu


L'exercice était intéressant pour moi dans la mesure où cela faisait plusieurs années que je n'avais pas effectué de démonstrations et je ne savais pas comment ma pratique actuelle serait reçue. En outre j'étais curieux de voir comment je gèrerai la pression de pratiquer devant un parterre de personnalités mais aussi de maîtres célèbres tels qu'Alain Floquet ou… Tamura Nobuyoshi.
Finalement la démonstration se passa très bien et je dois dire que je réussis à ma grande satisfaction à être aussi calme que d'habitude. Yannick et Isseï me servirent de partenaires et tout se passa très naturellement et simplement.

Une réception était donnée après les démonstrations et j'eus l'agréable surprise de constater que mon travail fut apprécié car plusieurs maîtres vinrent gentiment m'en toucher un mot. Savourant en silence la satisfaction puérile d'avoir été remarqué, c'est par le plus grand hasard que j'ai vu un vieil homme traverser la réception, seul et invisible aux centaines d'invités qui roucoulaient du plaisir de se retrouver entre privilégiés. Appuyé sur une canne il fendait la foule d'un pas lent et incertain, mais porté par une dignité et une sérénité qui me frappèrent. Je venais de croiser Awazu Shozo.


Awazu Shozo


Awazu senseï est une des dernières légendes du Budo. Débutant le Judo à 10 ans il devient ceinture noire à 13 et 6ème dan à… 26. Il est aujourd'hui âgé de 85 ans.




Comme la réception me parut encore plus futile, comme je me sentis encore plus puéril. Passant sans être reconnu entre les groupes de hauts gradés de toutes disciplines qui lui tournaient le dos, Awazu senseï, impassible, ne se souciait aucunement de ne pas être reconnu. Au milieu de ce ballet de pantins il avait l'élégance du cœur des véritables budoka.
Vaguement honteux et mélancolique je me suis demandé quand, et si, je serai un jour aussi apaisé, indifférent aux mirages du monde et de la notoriété…




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RAMON Christian 24/01/2009 19:10

Nous du Judo Classique, sommes très touchés par votre hommage à AWAZU Shozo Sensei. Avec ausi la mise à l'écart des Maitres KAWASHI, MICHIGAMI (notre Professeur), HIRANO Ryosaku,toujours vivant, au Japon, auquel le Maitre TAMURA Nobuyoshi rends hommage à la page 69 de son très beau livre Aikido: Etiquette et Transmission, sont éffacés volontairement les traces du Grand Judo. Beaucoup ont oubliés comment le Me AWAZU jouait avec nous tous (équipe de france y compris) à un age avancé notamment en Né-Waza dans les années 70 à l'I.N.S. Le résultat de l'ingratitude est maintenant constatable....Il reste à ceux qui le veulent d'aller rencontrer ces Maitres du Judo de l'ombre pendant qu'il en est encore temps.Merci mille fois de le leur permettre.C.Ramon

Léo Tamaki 25/01/2009 09:24



Cher Mr Ramon,

Merci pour votre lecture et votre témoignage.

Cordialement,

Tamaki Léo



Steph 30/12/2008 10:56

Merci Léo pour cette longue réponse vraiment précise. Tu devrais peut-être un jour publier un recueil des commentaires et de tes réponses afin que celà ne se perde pas...il y a vraiment des écrits intéressants...D'ailleurs, j'en garde quelques-uns ;o))Et il est vrai que cette question mériterait un débat bcp plus large...Bonne année à toi et merci pour tout

Léo Tamaki 31/12/2008 07:02



Salut Stéphane ;-)

Plus le blog grandit moins j'ai le courage de me plonger dans son passé :D

Je pense que j'aborderai de noouveau le sujet en effet car beaucoup de gens m'en ont parlé en privé par le passé.

Très bonne année à toi et merci pour tout!

Léo



Steph 30/12/2008 00:31

En suite au post d'Ivan et de cette histoire que je trouve incroyable, il est vrai que pas mal de gens n'ont pas l'expérience du combat mais nous vivons à une autre époque qu'il y a qqes années. Je me souviens de notre ami Daniel que tu as vu lors du stage en Belgique, eh bien il allait dans les bars mal famés tester son aikido dans son jeune temps....Et j'en parlais pas plus tard que  tout à l'heure avec celui qui fut mon enseignant, Pierre, de 1990 à 1994 et qui m'a fait le grand plaisir d'être là ce soir sur notre tatami. L'Aïkido a bien changé ces dernières années, il y a moins de confrontations, est-ce bien ou un mal? A chacun de juger...En ce temps, ce n'était que clés très appuyées et projections "viriles"...Arrivé à mon grand âge, je préfère la méthode qui laisse un corps intact ;o) Concernant les 1er dan enseignants, il y a des gens très valables à ce niveau mais il est vrai que les gens se lancent un peu vite (je suis mal placé pour parler car j'ai commencé à donner cours en étant 1er kyu ;o)...maintenant faut-il avoir fait une école de rixe ou les forces spéciales?? Celà me laisse perplexe...et puis il y a ceux qui ont cotoyé le combat, le vrai (pas celui des tatamis) et qui n'en parlent...jamais...

Léo Tamaki 30/12/2008 05:55



Bonjour Stéphane,

Je n'aurai pas dû aborder un sujet aussi important de façon si lapidaire ;-)

Les habitants des pays industrialisés, particulièrement en Europe et au Japon, vivent dans un monde où la violence physique semble être plus rare. A condition que l'on évite les quartiers mal
famés il est effectivement assez improbable de se retrouver mêlé à une rixe et c'est très bien ainsi.

La question de savoir si un pratiquant d'arts martiaux doit avoir combattu est très compliquée et je réaborderai sans aucun doute le sujet de façon plus approfondie ultérieurement. Brièvement je
crois que l'on peut faire une distinction entre un artiste martial et un pratiquant d'arts martiaux. Tout pratiquant sait naturellement s'il pratique les arts martiaux où s'il est un artiste
martial, comme s'il est un tennisman ou s'il joue au tennis, un pilote ou qu'il conduit.
Ainsi, mais sans que ce soit une règle absolue, alors qu'il n'y a aucune nécessité pour qu'un pratiquant combatte ou ait combattu, la question se pose pour l'enseignant qui serait plus
spontanément classé come artiste martial. Maintenant il faut bien entendu prendre en compte la distinction entre le bujutsu à vocation pratique et le budo à vocation éducative…

Dans la mesure où l'enseignant est clair sur le fait qu'il enseigne une méthode d'éducation inspirée des techniques martiales dont le but est l'éducation, il n'y a alors aucun souci. Mais que se
passe-t-il s'il doit un jour assumer un discours martial sur l'efficacité ou la martialité alors qu'il n'a jamais combattu… Et la situation n'est pas si rare, bien que l'Aïkido soit relativement
épargné car dédaigné par les autres disciplines martiales.
La première question que je me suis posée lorsque j'ai eu l'opportunité d'enseigner était de savoir si je pourrai assumer si disons, un pratiquant de boxe thaïe, venait me défier. C'était pour
moi l'essentiel dans la conception que j'avais de ma pratique où la cohérence et l'efficience martiale étaient les socles sur lesquels devaient se développer l'individu.

J'ai aussi comme Daniel multiplié les rixes à une époque, dans et hors dojo et cela m'a apporté une expérience irremplaçable. Mais il est évident que c'est une expérience qui n'est sans doute pas
indispensable et qui ne doit être vécue que par une infime partie des pratiquants car cela recèle de nombreux dangers et c'est en grande partie grâce à la chance que j'en suis sorti relativement
indemne.

En revanche cela n'implique EN AUCUN CAS de pratiquer en force ou durement comme tu as pu le constater dans la façon dont je tiens à ce que les gens travaillent. Les maîtres les plus efficaces
que je connais sont ceux qui pratiquent le plus souplement. Même si certains sont passés pas des périodes dures. Mais ce n'est pas le cas de tous et ceux pour qui ça l'a été prient généralement,
en vain, leurs élèves de ne pas tomber dans les mêmes erreurs qu'eux…
La recherche d'efficacité et la pratique du combat ne doivent donc en aucun cas se faire au détriment de la santé. Jamais.
Même en ayant bêtement pour unique objectif une efficacité en combat, il est évident que tout corps abimé est moins efficace.

Concernant l'enseignement je crains qu'à de très rares exceptions un premier dan, malgré toute sa bonne volonté, ne puisse être un enseignant correct. Tout simplement parce que cela correspond à
avoir juste fini d'apprendre l'alphabet. Même pas à lire, encore moins écrire, sans parler de faire de la littérature. Et personne ne confierait l'enseignement du CP (1ère classe primaire) à un
élève de CE1 (seconde classe), même en excluant la question de la maturité.
Il est impensable au Japon d'enseigner avant le quatrième dan. Et très peu s'y risquent même en ayant atteint ce niveau. Probablement moins de 10%.
Sans aller jusque là je crois qu'il est important que la technique soit réellement intégrée avant de l'enseigner.

Dans le passé les dojo yaburi, défi au dojo, n'étaient pas rares. Cela dissuadait les enseignants qui n'avaient pas l'expérience suffisante d'enseigner. Iimura senseï nous disait un jour à Asobu
et moi que dans le passé les 1er dan d'Aïkido étaient nettement supérieurs aux 1er dan de Judo ou de Karaté mais qu'aujourd'hui ils n'avaient plus aucune chance. Sans rentrer dans une
compétitivité puérile, cela ne peut manquer de soulever certaines questions concernant l'évolution de la pratique…

Enfin, comme tu le mentionnes, ceux qui ont combattu pour leur vie se gardent bien de s'en vanter. C'est une expérience qui rend forcément humble, à mille lieues des sportifs martiaux qui se
pavanent après avoir fait quelques combats protégés par un encadrement strict. Mais c'est là un tout autre débat…

Voilà, juste quelques réflexions pour préciser ma pensée que je développerai sûrement… l'année prochaine ;-)

Très bonne année!

Léo




SeB 28/12/2008 12:45

merci pour ce bel article.

Léo Tamaki 29/12/2008 20:40



Merci pour la lecture ;-)

Léo



Ivan 25/12/2008 22:40

Léo, tu commences franchement à graviter dans le haut du panier des arts martiaux. Quelles expériences ! Quelles rencontres ! A propos d'humilité, un jour que je trainais dans le sud de la Chine, dans le pire quartier (putes, voleurs et vrais bandits) de Sanya au sud de l'île de Hainan, j'avais été invité à manger chez un caïd de la pègre locale qui me reçut très gentiment. Il vivait dans une cabane vide, avec juste un lit et un poste radio, mais il avait un chauffeur, un cuisinier et un bodyguard. Tous pratiquants de Kung-Fu (je n'ai hélàs pas compris le style, mais style du Sud, très ramassé).Après quelques bouteilles de bières, je décide en rigolant de faire une passe avec son garde du corps, sur un chemin de rizière. Au premier coup, je me fais repousser de trois mètres. Au deuxième j'étais le cul dans la rizière. Tout le monde se marre, moi aussi bien qu'un peu vexé de n'avoir pas pu toucher mon partenaire. Je lui dit alors qu'il pourrait enseigner, qu'il est très fort (ce qui n'étais pas une blague). Réponse effaré de l'intéressé : "non, je ne peux pas. Mon maître me tuerai et cela ne fait qu'à peine 30 ans que j'étudie."J'ai gardé cela dans ma tête et depuis, je bosse.A bientôt.

Léo Tamaki 29/12/2008 20:08



Ha ha, je ne fais que côtoyer crois moi ;-)

Je me rappelle que tu m'avais raconté cette histoire que je trouve excellente à Bruxelles. On est loin de tous les "wannabe" qui veulent enseigner dès le premier dan et le BF en poche.
Heureusement pour eux, les rixes sont interdites!

A bientôt,

Léo



Steph 25/12/2008 12:36

Bonjour Léo, Un post respirant vraiment l'humilité...Joyeux noel.Stéphane

Léo Tamaki 25/12/2008 12:43



Bonjour Stéphane,

Une très belle leçon pour moi en tout cas. Comme quoi les plus grands enseignements se passent de paroles.

Merci Awazu senseï.

Et Joyeux Noël à toi,

Léo



Fu 24/12/2008 18:36

Joyeux Noël, Leo san... Grosses grosses bises. France

Léo Tamaki 25/12/2008 10:16


Joyeux Noël à toi France ;-)

Léo


Scott 24/12/2008 13:19

Salut LeoHow did you get involved with this demonstration?? Am i allowed to ask?Joyeuv Noel et Bonne Annee a toi, issei et Genjiro.  J'espere que je te vois sur les tatamis a 2009....A bientot, Scott 

Léo Tamaki 25/12/2008 10:52



Salut Scott!

Well it seems Tamura sensei asked specifically for me to demonstrate. I guess he thought I look good in "gi" ;-)

Happy holydays and hope to see you soon,

Léo




Shotokan 24/12/2008 09:26

Bonjour Leo!Cette manifestaiton devait être extrèmement intéressante.Bel hommage rendu à ce maitre de judo dont je ne connaissais aucunement l'existence.J'ai une petite anecdote: Un soir où en attendant le cours je m'entrainais dans mon coin au ken, quand notre doyen du club (65 ans, Guy est une personne admirable, toujours en forme avec le sourire il fut formé par Kobayashi sensei) vient me dire bonjour. Je lui parle de mon désir effréné de toujours m'entrainer, de rechercher sans arrêt, de voir d'autres horizons (d'où mon envie l'année prochaine d'étudier en parallèle de l'Aiki, le Iai-do et ken-jutsu). Admiratif de ma conduite je lui précise que j'ai toujours souhaité devenir un budoka complet et accompli, de trouver ma forme en synthétisant mes pratiques des Budo. Il a eu cette phrase très gentille et digne d'une personne qui a déjà vécu de longues expériences et consacré sa vie à l'Aikido "Tu le seras un jour". J'ai de suite compris qu'en disant celà il sous-entendait que quoi que nous ayons fait, faisons ou ferons tant que l'assiduité et l'esprit est présent dans ce que nous faisons nous toucherons un jour notre but.Courage Leo dans ta pratique et avec le temps, le Temps n'aura plus d'intéret et glissera comme l'eau sur les plumes d'un canard. Guy en est un superbe exemple que j'admire.Joyeux Noel à toi!

Léo Tamaki 25/12/2008 10:16


Bonjour Shotokan,

Tu as de la chance d'avoir un pratiquant aussi avancé à tes côtés. Et il a de la chance d'avoir quelqu'un qui soit prêt à accueillir son expérience comme toi.

Joyeux Noël!

Amicalement,

Léo