Budo no Nayami

Ponctualité

21 Février 2009 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Février 2009

Le reigisaho, l'étiquette, n'est pas quelque chose d'immuable, tout du moins dans les faits. La ponctualité aujourd'hui proverbiale des japonais était par exemple une qualité totalement inconnue dans l'archipel jusque dans les années 30 où un retard d'une demi-heure qui choquait les occidentaux était considéré tout à fait normal.

Il semble qu'Osenseï ait aussi été assez nonchalant quand au respect des horaires. Apparemment maître Ueshiba était souvent en avance lorsqu'il avait à faire et finissait toujours en retard lorsqu'il enseignait comme le mentionne Suga senseï dans une de ses interviews.


Osenseï se mettait à l’occasion en colère.
Oui, il pouvait avoir des colères extraordinaires. Je me souviens que lorsque j’ai commencé l’Aïkido il venait au cours du matin et de l’après-midi. Celui de l’après-midi comme aujourd’hui avait lieu de 15h à 16h. Mais souvent Osenseï arrivait au milieu du cours et commençait un long discours entrecoupé de techniques. Et il ne regardait jamais l’heure. Aussi, régulièrement il dépassait la fin du cours à 16h. J’ai plusieurs fois été le témoin de scènes où un pratiquant esayait de partir discrètement. Bien sûr Osenseï le voyait toujours. Il rentrait alors dans des colères incroyables ! Les murs tremblaient littéralement. Il envoyait alors un uchi-deshi avec ordre de ramener l’élève.
J’étais jeune à l’époque et passionné par l’Aïkido. Je pensais toujours que l’uchi-deshi allait ramener l’élève fautif. Mais cela n’arrivait jamais. J’imagine très bien la scène maintenant avec l’uchi-deshi essayant de ramener un élève qui devait absolument partir pour une raison importante. Quelle situation !
Enfin il faut comprendre Osenseï aussi. L’Aïkido était sa vie et il essayait de nous transmettre au maximum ce qu’il pouvait. Ce qui était aussi extraordinaire avec lui c’est que sa colère cessait aussi rapidement qu’elle était arrivée et qu’il reprenait parfaitement calme son discours et ses démonstrations comme s’il ne s’était rien passé.



Ueshiba Moriheï


Les maîtres que j'ai rencontrés sont généralement ponctuels mais certains arrivent constamment en retard. Dans la culture occidentale et particulièrement française, basée sur l'égalité, il est difficile de comprendre que l'enseignant arrive en retard. Dans la tradition martiale japonaise on considère que le maître fait une faveur à l'élève. La gratitude que celui-ci lui prouve, notamment par le paiement des leçons, ne compense jamais la faveur qui lui est faite. On est alors bien loin d'une relation de clientèle. En ce sens, même en retard, le maître n'a jamais à se justifier (même s'il le fait généralement). Ellis Amdur explique clairement ce type de relation dans son excellent ouvrage "Traditions martiales".


Kuroda senseï
, la rigueur dans tous ses aspects

Maître Kuroda est quelqu'un de très scrupuleux. Aucun détail ne lui échappe et il porte un soin particulier à agir en gentleman. Il arrive toujours en avance au cours et fait aussi en sorte de libérer les lieux en avance. Afin de libérer la place pour les suivants lorsqu'il y en a, par principe s'il n'y en a pas.


Kuroda Tetsuzan (photo Sébastien Chaventon)


Tamura senseï

Maître Tamura arrive aussi très souvent en avance. En revanche, même si cela est plus rare aujourd'hui, il terminait régulièrement en retard. Je me souviens d'un cours qu'il donna au Japon lors du congrès de la FIA (Fédération Internationale d'Aïkido) en l'an 2000.
Tamura senseï donnait cours le dernier jour du congrès, le dimanche matin, juste avant le Doshu. La salle était remplie et, venus suivre son cours très simplement, parmi les élèves, se trouvaient les maîtres les plus célèbres de l'Aïkikaï. Yamada Yoshimitsu, Chiba Kazuo, Kanaï Mitsunari, Christian Tissier, Endo Seïshiro, Miyamoto Tsuruzo, etc…
Le cours se déroula de façon habituelle mis à part le fait qu'il dura plus que prévu… empiétant ainsi sur celui du Dohu. A la fin Tamura senseï raconta une anecdote. Quelques années plus tôt après un cours, un élève âgé qui avait suivi maître Ueshiba vint à sa rencontre. "Vous êtes exactement comme Osenseï" lui dit-il. Tamura senseï nous raconta qu'il se sentit flatté quand le vieil homme poursuivi: "Vous finissez toujours en retard!".

Tamura Nobuyoshi


En tant qu'élève

En tant qu'élève il est très important de faire le maximum pour pouvoir être disponible lorsque le maître est prêt. Cela signifie venir en avance et non pas pile à l'heure. Les maîtres Kuroda et Tamura débutent généralement leurs cours plus tôt et je considère qu'en agissant ainsi ils cherchent à enseigner aux élèves à être toujours prêts, prévoyants.

Une chose que je trouve particulièrement impolie est le fait que des élèves arrivent en retard au-delà du premier jour lors de stages. Que l'on ait mal calculé la première fois est regrettable. Mais que l'on répète son erreur les jours suivants est déplorable.
Je me souviens d'un stage d'enseignants de Tamura senseï durant lequel un pratiquant, comme beaucoup d'autres, arriva en retard. Il vint lentement poser ses armes puis s'assit un instant sur un banc. Lorsqu'un des CEN lui enjoignit de se joindre au cours il répondit "Oh oh, du calme, on n'est pas à un stage commando.". Comment, dès lors que les enseignants ne respectent pas l'étiquette, demander aux élèves de le faire…


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indigo 26/02/2009 11:17

Mm...ça me fait beaucuoup réfléchir...il est vrai qu'on a tendance à s'attendre à un grand maître pour apprendre une discipline: premièrement, un grand maître ne veut pas dire un maître parfait et deuxièmement, il vaut mieux être exigeant avec soi même avant d'aller chercher ailleurs, puisque nous somme tous humains et il n'y a que par cette manière que les hommes ne peuvent s'améliorer et s'évoluer que dans l'interaction et non pas dans une relation de "sens unique". Pourtant, ce n'est pas évident...j'avoue ne pas être moi- même quelqu'un de toujours ponctuel. Pourtant, je me bats pour ce défaut car je considère qu'il peut complètement changer ma vie. La ponctualité est liée au gain de confiance des autres vers soi car c'est une forme de respect vers eux. De tradition japonaise, la poncualité fait partie des étiquettes essentielles de la vie, comme tu le dis, telles que parler en regardant les yeux de la personne en face de soi, se mettre dans une position humble ("kôbe wo tareru": pencher la tête) lorsqu'on reçoit un enseignement...etc. Malheureusement, cette bonne habitude commence à se perdre au Japon. Sans doute à cause de la vie moderne où on se précipite à seulement gérer la vie et à ne plus faire un retour sur soi ou possible tout simplement, la personne n'a pas eu de chance de s'en aprecevoir...en tous les cas, à force, on devient arrogant. Une telle attitude d'un nain qui connaît peu ou qui a peu d'expérience et qui est là pour recevoir une discipline d'un maître (qu'il a choisit lui même) est lamentable...comme l'histoire de ce pratiquant, qui, au lieu de se poser des questions -car quelqu'un lui a offert l'opportunité en faisant un remarque, de se défendre et faire la leçon à celle-ci. Enfin, tous ces remarqes ne sont que pour que je me rappelle "des principes" de la vie et  que je les intègre en moi pour ne pas les oublier. Merci infiniment Léo, de nous avoir donnée cette occasion de méditer!!

Léo Tamaki 27/02/2009 10:23



Bonjour Indigo,

Tout à fait, un grand maître n'est pas toujours un saint. Loin de là ;-) Et sans doute est-ce un de ses principaux enseignements.

Effectivement l'étiquette évolue dans les faits, et c'est notamment aussi le cas au Japon où, même si les formes persistent encore beaucoup, elles se dégradent et perdent surtout leur contenu
essentiel, une intention réelle.

Amicalement,

Léo



Georges 24/02/2009 23:33

Salut Léo,Je suis coupable (rarement), d'arriver en retard. Ce n'est pas voulu bien au contraire.Nous sommes dans une société de consommation et par ce fait le client a tout les droits 'du moins c'est cequ'il pense).Je ne t'apprends rien en te disant qu'on remarque ceux qui viennent au dojo pour essayer d'apprendre quelque chose et ceux que croivent que c'est un dû.Hélas de nos jours, il faut des 2.A bientôtGeorges

Léo Tamaki 25/02/2009 06:26



Salut Georges,

Hélas étrange mélange nécessaire à la survie des dojo...

Amicalement,

Léo



benoitreveur 24/02/2009 22:31

C'est vrai qu'a des cours orientés "jitsu" j'ai déjà vu pas d'échauffement, et je crois pas qu'on ait le temps de dire à son agresseur dans la rue "bon attends je dois m'échauffer avant". -)En revanche , dans le cas précis d'une bagarre, ça ma l'air de marcher encore différement, non? amicalementbenoit

benoi 23/02/2009 18:13

bonjour Léo, oui curieux cette histoire: le gars en arrivant il avait pas salué le sensei donnant le cours pour attendre qu'il lui fasse discretement signe de se joindre au cours? C'est sur c'est genant  celui qui arrive en retard et qui se met alors à "raconter sa vie" en plein cours..... Donc si je te comprends bien, un maitre ou alors un ponctuel/fiable, tu lui envoies un message (ecrit ou vocal peu importe) tu le reconnais au fait qu'il se donnera la peine de repondre rapidement? Pour ma part c'est vrai que je juge impoli les gens ayant l'habitude de ne pas repondre, pas meme par une reponse negative ( dire "non" c'est-  pourtant simple et on leur demande pas de "'raconter leurs vie" pour autant)  et quand on contacte certains experts , on n'obtient pas chez tous une réponse. Je trouve ça plus agréable l enseignant qui deborde un peu sur l'heure de fin: toujours plus agréable que celui qui part souvent 15 minutes avant la fin  "parceque tu comprends il est surbooké" (ou alors qui quitte tout le temps le tapis en plein cours) le prof ou le maitre qui arrive en avance  dis tu? alors la c'est à mes yeux du grand luxe ça... la ou j'aime pas arriver en retard: ca peut donner  a ceux qui me conaissent pas , l'impression d'un manque d'interet, mais aussi et surtout parceque si on prend le "train en route" on est pas chaud au même degré que les autres et je trouve que ce genre de situation est un des meilleurs moyens de se blesser , ( l echauffement étant generalement plus "sommaire" quand on arrive en retard) bon j'arrete de "raconter ma vie" -) enfin voila mon avisamicalementBenoit

Léo Tamaki 24/02/2009 06:57



Je n'irai pas jusqu'à dire que la ponctualité est la marque des maîtres, car le terme est déjà vague, mais c'est en tout cas une marque de savoir-vivre.

Quand à l'échauffement, eh bien une telle chose n'existait pas dans les techniques martiales traditionnelles. Elle n'est nécessaire que dès lors que l'on rentre dans une pratique
"sportive"...

Amicalement,

Léo



Steph 22/02/2009 19:10

Bonjour Léo,J'aime bcp cet article , les anecdotes qui en découlent et les idées que je soutiens aisément ;o)). Pour ma modeste part, je ne supporte absolument pas d'être en retard, celà est parfois maladif et il m'arrive d'être une heure avant le cours, pas seulement pour mettre les tatamis (tu le sais par ailleurs) mais aussi pour procéder à un nettoyage du corps que j'estime indipensable et être déjà dans l'instant.Il m'est arrivé (une ou deux fois) d'être en retard aux stages (par la faute du chauffeur ou de la circulation...) et j'en ai réellement été malade. Il n'empêche, rares sont les personnes arrivant bien à l'avance pour se préparer comme si des milliards de choses pouvaient accabler les êtres au point de les empêcher de quitter leur "chez soi"....Amitiés.Ps : bon stage avec Alain Lapierre ce We, une très belle approche...

Léo Tamaki 24/02/2009 06:59



Bonjour Stéphane,

Ah je ne suis pas étonné par ce que tu me dis :D

Content que le stage avec Alain se soit bien passé, tu me raconteras.

Amicalement,

Léo



Antoine 21/02/2009 00:37

Bonjour Léo,Parce que les gens attendent un retour immediat à leur comportement, bien souvent il ne respectent certains principes que lorsque cela les arranges. C'est un fait de plus en plus courant: on prend ce qui nous plaît et/ou nous arrange en laissant le reste. Peut être faudrait-il revoir la définition du terme "principe"...Antoine

Léo Tamaki 21/02/2009 05:19



Tout à fait d'accord avec toi Antoine. Malheureusement...

Léo