Budo no Nayami

Nouvelle vidéo de Hino Akira senseï, seichusen, intention...

6 Mai 2009 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

J'avais déjà abordé certains exercices travaillés lors des stages de Hino senseï en septembre 08 ici et ici. Voici un extrait d'un DVD des cours qu'il donna lors du week-end.
(Le DVD n'est pas encore terminé et je donnerai toutes les informations nécessaires ici lorsqu'il le sera.)




La technique que l'on voit dans cette vidéo m'avait beaucoup intéressée pour le travail sur l'intention et le seichusen qu'elle permettait.

Ne pas réfléchir ou mushin, "l'esprit vide"
Au début de l'extrait Hino senseï explique qu'il ne faut pas réfléchir. Cela semble une évidence pour beaucoup mais de nombreux Aïkidoka ne font jamais cette expérience car la façon de pratiquer (l'étude de formes, très peu de travail libre et absence de combats) permet de l'éviter. En revanche des pratiquants de sports de combats expérimentent plus souvent cet état.
Dans le cas de cette technique, la pensée consciente empêche de sentir l'intention du partenaire. Bien sûr il sera toujours possible à une personne agile et dotée de bons réflexes d'éviter le coup. Mais le but de l'exercice ici est de bouger en saisissant l'intention du partenaire. Avoir une pensée consciente reviendrait en quelque sorte à vouloir écouter les paroles de quelqu'un en parlant en même temps.




Lorsque la main guide le corps
Dans la réalisation de cette technique Hino senseï insiste sur le fait de laisser la main guider le corps. En regardant la vidéo cela m'a rappelé certaines explications de Kono senseï où il démontrait que le corps était plus facilement mobilisé selon la direction que l'on donnait à tel ou tel doigt.
Voici quelques avantages que je vois au fait de laisser partir la main d'abord. N'ayant pas abordé ce sujet avec Hino senseï je ne sais si cela correspond à son intention.
-Cela aide à ne pas pousser dans le sol.
-Si la main reste centrée, le corps reste dans l'axe de l'attaque jusqu'à sa "disparition". L'attaquant ne modifie donc pas sa trajectoire, ou seulement pour éviter la main (j'y reviendrai plus tard).
-Cela permet d'attaquer où d'intercepter l'attaque.




Saisir l'intention
Lorsque deux combattants de haut niveau se font face, l'interception de l'intention devient un élément majeur du combat. En Daïto ryu et en Aïkido il semble que le travail des attaques arrières, qui ne s'effectuaient pas en commençant de face, ait notamment eu ce but. De nombreux épisodes relatent d'ailleurs les capacités des grands adeptes à saisir l'intention, que ce soit des personnages historiques tels que Tsukahara Bokuden ou qu'ils soient plus proches de nous tels que Ueshiba Moriheï. Chez les adeptes que j'ai rencontrés, Kuroda senseï et Hino senseï ont développé des capacités étonnantes dans ce domaine. J'avais été stupéfait lorsque Hino senseï sentait les attaques alors qu'il était en position de salut, face contre terre et ne voyant aucune partie du corps de l'attaquant.

Seichusen
Un autre point fondamental est le contrôle du seichusen, l'axe du corps. La définition de ce terme étant variable selon les écoles, considérons juste ici qu'il s'agit de la ligne qui sépare votre corps en deux. De face elle correspond normalement à votre colonne vertébrale. En hanmi (oui là aussi selon les écoles la définition varie…) ou de profil, il s'agit toujours de la ligne qui passe par le milieu de votre corps mais cela ne correspond plus à la colonne vertébrale.

Il ne me semble pas possible d'expliquer par les mots ce qui se transmet par l'expérience mais je vais tenter de donner quelques pistes.
L'interprétation classique voudrait que l'on considère que deux personnes debout sont aussi centrées l'une que l'autre. Pourtant même en position neutre, debout et de face, alors que l'on croit être droit, chacun a des tensions qui déséquilibrent son corps, même s'il est stable et que sa colonne est verticale. Le seichusen n'est alors pas correct. C'est une chose que l'on apprend à ressentir en soi et voir chez les autres.
Lorsqu'une personne a un meilleur seichusen que son adversaire il lui devient très facile d'agir, que cela soit pour couper, frapper ou effectuer une technique. En revanche, avec un mauvais seichusen, alors même que la forme semblera la même à un regard non averti, la technique ne fonctionnera pas ou se reposera sur la force, la vitesse, etc…
Le contrôle de son centre et de celui de l'adversaire est une notion fondamentale du combat entre adeptes. Il me semble d'ailleurs que c'est une des origines des mouvements de kissaki entre kendoka.

Développer son seichusen est un point fondamental de la pratique du Shinbukan, mais je crois que cette notion devait être présente dans la plupart des koryu, même si elle prenait un autre nom ou des formes légèrement différentes. C'est un travail qui me semble très rare actuellement ou abordé de façon assez grossière.




Un passage de l'interview de Kuroda senseï où il aborde le seichusen:

Vous expliquez souvent que ceux qui ne peuvent pas voir ne voient pas. Qu'entendez-vous par là?

Quelle que soit le domaine un oeil exercé voit des choses que la plupart des gens ne voient pas. Il ne s'agit pas de choses mesurables qui sont faciles à voir et qui peuvent être contrefaites, mais de l'essence des choses. Du regard qui permet de voir au-delà des apparences souvent trompeuses et de voir même recouvert de boue le véritable trésor.
Dans le domaine des arts martiaux il n'est pas nécessaire par exemple d'être un pratiquant pour reconnaître de telles choses et Nishioka senseï, le maître de Shodo, voit parfaitement le seichusen alors qu'il reste invisible au commun des gens, même pratiquants.
Après avoir vu la vidéo où je pratique le bo il m'a dit: "Je voyais quelque chose de bizarre en la regardant mais je n'arrivait pas à savoir quoi jusqu'à ce que je vois que tout votre corps était en permanence caché par le bo."
La technique consiste effectivement à être en permanence protégé mais il ne s'agit pas d'être réellement derrière le bo dont le diamètre ne peut absolument pas cacher la largeur du corps même de profil. Mais il voyait et comprenait la technique. Si on parle de ça avec une personne qui ne possède pas cette vision elle répondra juste: "Evidemment on vous voit!"

(N.d.T. : -Shodo = calligraphie.)


Différence de sensibilité
Pour en revenir à la technique de Hino senseï, son seichusen est tel que lorsqu'il effectue son mouvement, un pratiquant ayant développé un certain degré de sensibilité esquivera son geste en déviant son attaque. Lorsqu'il démontre la technique sur des personnes n'ayant pas encore cette sensibilité, Hino senseï dévie très légèrement son mouvement. Tokitsu senseï disait dans un de ses ouvrages quelque chose comme, "celui qui ne peut sentir sera frappé" (ou coupé).




L'essentiel est invisible
Le passage à partir de 2,44 est aussi très intéressant. Il révèle bien à quel point alors même que le geste extérieur semble en tout point similaire, la différence de sensation de l'attaquant. Je crois qu'il s'agit là d'un point fondamental. L'essentiel est invisible et ne peut qu'être ressenti. On voit d'ailleurs qu'à la fin de sa coupe sur l'élève, l'attaquant est stable. Lorsqu'il attaque Hino senseï il termine déséquilibré.

Saisir l'intention, suite
A partir de 3,19 senseï explique un point très important, qu'il a démontré chez Brahim Si Guesmi comme je le mentionne plus haut, il ne faut pas saisir avec le regard. Il faut saisir l'intention. C'est une capacité qui lorsqu'elle est développée donne aux spectateurs une impression de faux. Alors qu'une réaction est compréhensible, le fait de saisir l'intention et d'agir à ce moment donne l'impression que le maître a anticipé… Comme à 4,40.
Mais comme le dit l'adage, "Le propre du véritable Aïkido est d'avoir l'air faux."

Notre mouvement est le résultat de celui de l'adversaire
A 3,55 Hino senseï explique que ce n'est pas nous qui devons bouger, mais que "nous sommes mus" par l'action du partenaire. Une idée que l'on peut rapprocher de l'esprit d'Osenseï, notre mouvement n'est que le résultat de l'action de l'attaquant…


Hino senseï sera à Paris pour un stage exceptionnel les 16 et 17 mai.





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louis-batiste nauwelaerts 18/07/2014 16:56


Très intéressant comme approche. Je trouve, mais ca n'engage que moi, que cette idée du "non-pensé" fait echo au principe du" wúwéi"que l'on retrouve dans le taoïsme.


Amicalement Louis-Batiste

olry 09/05/2009 19:40

bonjour léo,auriez-vous déjà lu "le sabre de vie" par yagyu munenori?livre où le fait de sentir le sentiment de l'adversaire est développé.c'est à cela que cela que cet article me fait penser.de plus mon enseignant de ju jutsu nous répète sans cesse,(j'ai eu l'occasion de l'expérimenter aussi bien à l'entrainement qu'en situation de combat réel)que le moment où l'attaquant agit est le même moment où nous devons répondre.la "non-pensée" comme le dit le jeune samurai à tom cruise dans le "dernier samurai"...à bientôt.paix

Léo Tamaki 18/05/2009 12:19



Bonjour Olry,

J'ai déjà lu ces ouvrages en effet. Quand à savoir quand il faut agir... c'est un point fondamental mais dont les interprétations peuvent être différentes selon les maîtres.

Très bonne pratique,

Léo



SeB 08/05/2009 00:27

Oui c'est vrai mes questions sont un peu obscures :D desole. En revanche tu as plus ou moins repondu aux miennes. Pour le reste je vais cogiter et pratiquer, on verra ce qu'il en est!Merci en tout cas pour ton temps et ton partage.Amicalement,SeB

Léo Tamaki 08/05/2009 17:09



Pas de quoi ;-)

Amicalement,

Léo



SeB 07/05/2009 20:11

Bonjour Leo,alors je ne sais pas si cette idee de Seichusen correspond a une utilisation du corps telle que la technique d'Alexandre (Alexander Technique en anglais...) la definit. En gros cette technique vise a reequilibrer le corps que plus de 90% des gens dans notre societe moderne (occidentale) utilisent mal.Par exemple se lever d'une chaise. La plupart des gens se levent en utlisant leur muscles. L'Alexander Technique (AT) enseigne a se lever sans effort, dans l'idee que me lever n'est entravee par aucune contrainte physique. Dans les activites quotidiennes il y aurait donc une grande deperdition d'energie, de contrainte articulaires... qui font que notre adopte une mauvaise posture ceci que l'on soit debout, assis, couche ou pourquoi pas dans les arts martiaux. Je suis bien conscient de parler de quelque chose qui soit peut-etre totalement different de ce dont tu parles dans ton article mais ma question est celle-ci: se peut-il que cette notion de posture correcte ne soit pas simplement liee a une utilisation optimale du corps dans la vie quotidienne? Ou est-ce un apprentissage propre aux differents koryu par extension? Je suis desole si ma question semble idiote mais dans mon esprit je dirais qu'en fait cette utilisation du corps est semblable.L'AT (que j'etudie) enseigne cette utilisation du corps. J'ai vu un grand athlete apprendre a se tenir debout correctement. Bon je dois y aller, c'etait juste une reflexion...Merci!

Léo Tamaki 07/05/2009 20:50



Bonjour Seb,

Je ne connais aps la méthode Alexander (je viens juste de faire un tour sur le net pour regarder de quoi il s'agissait). Kuroda senseï en parle brièvement dans son interview. Bien que cela ne soit pas la source, il semble qu'il y ait des points de correspondance. Cela dit il ne
parle pas là du Seichusen mais de la conscience du geste.

90% utilisent mal leur corps? Hmm je trouve le chiffre optimiste :D

Ne connaissant pas la méthode Alexander je ne peux pas trop évoquer les similitudes ou les différences.
Une différence que je suppose toutefois exister et qui me semble importante est la finalité du travail. Si la méthode Alexander peut sans aucun doute servir à un pratiquant martial, c'est de
façon indirecte. Au contraire dans la formation des koryu c'est de façon indirecte que l'apprentissage du corps et des techniques destinés à être martialement efficaces, amènera un bien-être dans
la vie de tous les jours.

Je suis désolé car je ne suis pas sûr de répondre clairement à tes questions mais elles m'ont parues un peu obscures ;-)

Concernant les athlètes, ils sont en général si spécialisé qu'en exagérant à peine on peut dire que leur pratique les handicape presque en dehors de leur discipline.

Amicalement,

Léo



hervé 07/05/2009 19:57

Merci beaucoup pour t'a réponse très constructive. Pour les sensations que j'ai décrit, j'ai utilisé l'image car cela me semblait plus facile ainsi, je ne parlais que par rapport à ma pratique.Pour ce qui est d'une pratique légère ou pas, je ne me suis jamais demandé si je travaillais d'une façon ou d'une autre... alors pour pouvoir expériementer ce dont tu parles il faut d'abord que je sache ce que tu entends par là. Donc effectivement, impossible à décrir sans avoir pratiqué ensemble (au pire je serais là dimanche).Je fonds, je fonds... Oui effectivement, c'est mieux de rester debout, il y a une tention, je n'avais même pas pensé une seconde à ça.Hum, si tu as une vielle balance, je suis preneur !!!

Léo Tamaki 07/05/2009 20:42



Oh mais tu as bien fait d'utiliser l'image ;-)

Instinctivement certaines personnes travaillent de façon "légère". Mais c'est en général minoritaire.
Je ne pense pas que nous aurons le temps de parler de ça en détail dimanche malheureusement. Mais j'espère que nous aurons d'autres occasions.

Amicalement,

Léo



Stephan 07/05/2009 19:52

Salut ! de bons articles en général ! pourquoi ne pas venir faire un tour sur mon site d'arts martiaux & sports de combat : www.fightingspirit.ch Venir faire un tour et pourquoi pas participer un peu au site à bientot !

hervé 07/05/2009 13:40

Merci pour les pistes de travail. Un observation intéressante peut-être: quand on est debout en position normal sans bouger le pied, si seichusen se met en place, les muscles du corps ne se tendent plus pour contrebalancer les mini pertes d'équilibre en avant et en arrière que les personnes non entrainées ont... Le corps est détendu, une impression de vide.Peut-être que je me trompe...

Léo Tamaki 07/05/2009 19:08


Seichusen est une notion qui diffère selon les écoles. Selon par exemple que l'on privilégie l'enracinement ou la légèreté le travail en sera déjà très affecté. Il peut amener dans les deux cas à
une pratique martialement efficace mais l'entraînement sera différent.

Je vais faire une brève tentative de réponse en admettant que tu parles d'un travail orienté vers la légèreté car c'est l'impression que me donne le fait que tu parles de la sensation de "vide".
J'aurai supposé le contraire si tu parlais de sensation de "plein".

Tout d'abord il faut faire attention à ne pas prendre les images, qui sont censées aider à conserver la sensation ressentie durant l'enseignement, au pied de la lettre. Quand un maître dit "ne
mettez pas de force", "enlevez la force" ou "relâchez", si tu prends cela au pied de la lettre tu t'affaisseras comme une chiffe molle :D Les instructions ne sont donc réellement valables qu'après
avoir expérimenté ce que le maître cherche à transmettre.

Dans ton exemple, mais je me trompe peut-être, je crois comprendre que tu veux dire que si on est relâché et que l'on a trouvé son seichusen, il n'y aura plus de contraction musculaires parasites?
Si c'est cela, je le crois en effet. En revanche dans cette position il est bien entendu qu'il n'y a pas absence de contraction musculaire, mais que la tension de tous les muscles nécessaires à la
conservation de la posture est réduite au strict minimum.
Dans une optique martiale il est aussi important de conserver une infime tension dans les muscles nécessaires aux mouvements que tu veux garder l'opportunité de réaliser… Trop souvent les
pratiquants "relâchent trop". Leurs mouvements deviennent alors très facilement visibles.

Un exercice intéressant si tu as un pèse personne ancien avec une aiguille, consiste à essayer d'être dessus en conservant l'aiguille immobile.
Une piste de travail pour toi, si tu cherches à pratiquer "léger", essaye de conserver une contraction de l'ensemble du corps proche de 0. Mais pas à 0…

Bon je ne continue pas plus car comme je l'ai déjà écrit je pense que les discussions techniques sans pratique commune préalable sont propices aux malentendus.

Amicalement,

Léo