Budo no Nayami

Budo, l'attitude des maîtres au quotidien

17 Juin 2009 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Je parlais récemment du fossé entre un maître et ses élèves. C'est une question très compliquée qui touche à beaucoup de sujets, notamment le rôle du maître. Je partirai aujourd'hui de l'idée que le maître est une référence technique et l'exemple d'un être humain équilibré et réalisé. En ce sens il va plus loin qu'un expert technique mais ne doit pas pour autant être confondu avec un guide spirituel. S'il en fait office dans certains cas je considère qu'il s'agit d'un rôle supplémentaire qui va au-delà de ce que l'on est en droit d'attendre d'un maître d'arts martiaux.


Tamura Nobuyoshi


Si son rôle de référent technique est clair, celui de modèle l'est moins. Doit-il être l'image d'un homme sans tâches consacrant sa vie à la pratique dans l'austérité? Doit-il être un sage exhibant les attributs d'un état d'éveil supérieur?
Beaucoup de pratiquants au Japon comme en Occident tentent de se rapprocher de ce type d'idéal romanesque. Samouraïs modernes à la mine impassible ils s'investissent avec acharnement dans leur pratique et affichent parfois un dédain envers ceux qui abordent les choses sans partager la même dévotion et le même sérieux. Pourquoi pas…
Mais je crois que vouloir rentrer dans ce "kata" anachronique n'est pas nécessaire et peut même être contre-productif. Je crois qu'il est important de conserver un juste milieu en tout. L'exemple le plus important qu'un maître peut donner, au-delà de l'expert totalement immergé dans sa pratique, est celui d'un être humain équilibré. N'est-ce pas là le but principal de notre pratique?

Un être humain équilibré n'est pas un homme parfait. C'est quelqu'un qui travaille à s'améliorer en étant intégré et utile à la société. Quelqu'un qui possède des défauts mais n'en fait pas subir les conséquences aux autres. Quelqu'un qui assume le poids de ses actes.

Il est facile de jouer un rôle et cela peut être une étape nécessaire sur le cheminement, le carcan de l'image dont on cherche à se rapprocher nous permettant de nous investir plus pleinement. Mais un maître pour mériter ce titre doit avoir dépassé cette étape. Ayant accepté ses faiblesses et intégré ses paradoxes c'est simplement en étant lui-même qu'il sera le meilleur des exemples. Chacun à leur manière Kuroda Tetsuzan, Tamura Nobuyoshi, Kono Yoshinori, Hino Akira ou Okamoto Seïgo entre autres, sont l'image du maître…


Kuroda Tetsuzan


Tamura Nobuyoshi


Kono Yoshinori


Hino Akira


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Karil 22/03/2011 02:32



Merci Beaucoup pour cette réponse. Je viens de découvrir shu ha ri, donc, ça aide beaucoup mon esprit occidental. ;-)


 


Je ne pourrai malheureusement pas pas être à la nakama taikai, mais je vous souhaite un très bon moment, et une bonne participation pour nos amis japonais.


 


Amicalement.


 


Karil



Léo Tamaki 22/03/2011 02:33



Merci Karil ;-)


 


Amicalement,


 


Léo


 



Karil 21/03/2011 15:29



Cher Leo, 


merci pour ton appréciation, quoique je ne sais toujours pas si j'ai à peu près compris shu ha ri (ce sont de vrai questions,lol).


Je ne sais pas encore si c'est de la chance, le futur en décidera^^.


Je doit avouer que je m'attendais à une critique plus ferme, mais celle-ci ("deux relation diffèrent selon les protagonistes) me satisfait pleinement.


 


Une autre vue me faisait penser à ces processions de chenille, j'en ai observé une: il y avait deux chenilles à côté d'une ligne de 10 chenilles, menée par une grosse qui ne déviait pas de sa
route, quoique je lui mette devant. je les rapprochait. elles s'intégrèrent au groupe, puis voulurent se détacher, la première n'allant aparemment pas assez vite pour elles. celles de derrière
suivirent, et des 4 devant deux intégrèrent ce nouveau groupe. La grosse chenille devant se retrouva ainsi avec un seul compagnon. Je n'ai pas été voir si l'un des deux groupes se sera mieux
débrouillé que l'autre, malheureusement.


 


Deux réflexion en suivirent: la procession en ligne semble être liée à l'évolution (moins de risque de se faire marcher dessus), peut-on y voir une ressemblance martiale?. Et peut avant, tu
parlais de ces maitres s'étant retrouvés tous seuls car trouvés dépassés. Surement remarqué que par ceux ayant l'œil, que ça soit à la maison du japon, que dans des vestiaire. Qu'en penses-tu?


 


Daiki, la compagne de monsieur Tamura, l'ai-je appris hier dans un de ses livres, serait disciple de O-sensei, donc ici, nous ne pouvons parler de loups (même si j'adore les loups).



Léo Tamaki 22/03/2011 00:35



Cher Karil,


 


Shu ha ri sont des étapes qui peuvent être interprétées différemment comme nombre de concepts.


 


Quant à l'histoire des chenilles... on peut y voir beaucoup de choses. Selon notre état d'esprit, le sujet actuel de nos recherches, notre stade d'évolution... ce que l'on en saisira sera
différent.


 


Pour les maîtres ils sont en effet souvent difficiles à remarquer. Les gros bras n'en font pas partie...


 


Léo


 



Daiki 21/03/2011 14:04



Un bon exemple qui illustre le "marché dans les traces de..." :


La meute de Loups !


Bon par contre c'est toujours le couple leader qui s'accouple, les autres ont juste le droit ce chasser


(c'est pour alléger un peu le post ;) )



Léo Tamaki 21/03/2011 14:42



:-))))


 


Léo


 



Daiki 21/03/2011 13:54



Je dirais juste que j'adhère à cette vision...après 10h d'entrainement, rien ne vaut un bon grand n'importe quoi entre potes autour d'une bonne grande jarre d'alcool :)


Un copain me raconte un stage où le 1er jours les adeptes de "l'extreme bio" parlez huiles essentielles et danger des excès... le 5ème jours, ils buvaient tous de la vodka jusqu'à tard la nuit en
compagnie du Sensei :)


Philippe Delage me disait en parlant de Tiki: " tu sais on va tous aux toilettes quand on en a besoin ..."


OK ok ...



Léo Tamaki 21/03/2011 14:41



En effet après la concentration dans la pratique et la tension mentale et parfois physique, rien ne vaut un moment passé entre amis!


 


Léo


 



Karil 21/03/2011 12:31



Par rapport au dernier commentaire de Laurylan. J'ai eu une image qui m'est venue en tête.


Imaginez une route très enneigée, vous voulez, pour des raisons personnelles, et donc arce que vous avez un but à atteindre, l'emprunter, mais il y a trop de neige. Là vous voyez un homme fort
qui passe, et trace son chemin dans la neige. Il vous aperçoit et accepte de partager sa trace avec vous. vous vous placez alors dèrière lui, dans le chemin déjà fait. Il a une grande maitrise,
mais est humain, fait des erreurs, mais les assume, et la trace qu'il fait évolue en qualité. L'homme étant ce qu'il est, vous aprenez sa technique dèrière lui, avec l'avantage de pouvoir
continuer à avancer puisque vous êtes dans le chemin, que vous êtes donc obligés de suivre "aveulément"^^ est-ce l'état "shu"?


Petit à petit, vous semblez comprendre son art de déblayer. tout en restant dans ce chemin, au lieu de faire votre petite trace dans sa trace, vous essayez de petites trace dans la neige épaisse
des bords, tout en ne s'éloignant pas trop, revenant, recommançant. Vous découvrez alors des difficultés que vous n'imaginiez pas (racines, pierres), car l'homme les déblayait devant.est-ce "ha"?


Pour finir, vous voyez votre technique prête. elle est différente de celui que vous suiviez, mais pas tant, puisqu'elle est son incorporation par vous. prenant alors votre courage, ou votre envie
à deux pelles, vous creusez sur le côté, et faites votre propre chemin. vous ne voyez plus le dos de l'homme, mais êtes 3/4 dos. Il sourie car il est maintenant rassuré à l'idée que vous pourrez
atteindre votre maison sans qu'il se sente obligé de vous y emmener, et de là entrer dans votre intimité. est-ce "ri"?


Au bout du compte, vous avez suivi sa trace, mais êtes resté vous-même. vous êtes resté derrière lui, mais vous l'accompagnez dans sa voie, et son désir que son chemin serve. Il n'était pas
parfait, n'aura jamais eu le même chemin que vous (toujours dans un autre point au niveau du commencement, de la découverte de sa trace, du but personnel, et de sa position dans l'espace temps
(je fait des maths, oui...)). Le fait de l'avoir choisi, et qu'il ait décidé de se mettre à votre porté aura gradement influé sur l'atteinte de votre but, la manière et le temps mis pour
l'atteindre, ce que vous aurez vécu, le fait que votre but soit resté le même etc. Est-ce un maître?


Si oui, alors, le respect que vous aurez eu pour lui, même sans jamais l'avoir appelé formellement "maître", cera celui du disciple, non? Et même si on vous dit que vous l'avez dépassé, vous
gardez toujours devant vous l'image de ce dos vous ayant permi d'avancer, et vous répondez que vous le voyez toujours devant, pourtant. Est-ce la la relation dont tu voudrait parler?


Un déblayeur à la petite pelle voyant un dos musclé loin devant lui.



Léo Tamaki 21/03/2011 12:42



Cher Karil,


 


Merci pour cette magnifique métaphore...


Deux relations ne sont jamais les mêmes et dépendent des protagonistes mais ce que tu évoques me semble une vision très intéressante.


 


Jaff a de la chance d'avoir quelqu'un d'aussi inspiré dans son dos avec ses pelles ;-)


 


Amicalement,


 


Léo


 



benoit 23/06/2009 17:17

Bonjour Léo,  effectivement je trouverais déplorable qu'un élève aille semer le désordre car animé/souffrant  d'un désir de se mettre en avant. Le concept "remise en cause" impliquant par définition recul et prudence, comme tu l'as bien souligné, il est clair que j'excluais ce genre de cas déplorables, tout comme je ne voulais pas non plus soulever des cas dans lesquels une "remise en cause" mal gérée ou mal canalisée créérait des rivalités entre les gens si jamais son vrai moteur n'était pas une émulation mutuelle et acceptée par tous. Mais à te lire tu avais visiblement compris la ou je voulais en venir. Bien reflechir à quelle forme doivent/peuvent prendre ces "remises en causes" et bien reflechir à leur pourquoi me semble en effet être le premier pas à accomplir avec prudence, en effet. Mais, quoi qu'il en soit,   le minimum me semble être que l'enseignant veille à ne pas écraser ou devaloriser les élèves, et c'est pour cela que je trouve ça bien quand un enseignant montre  aux gens qu'il est impossible de toujours tout savoir. A lire la globalité du sujet et des réactions diverses , j'ai comme l'impression que le principal point pouvant causer des incompréhensions est la possible confusion entre autoritarisme et autorité/respect naturel (ou alors "acceptation des codes" si jamais le mot "autorité" fait froncer des sourcils, sachant qu'"accepter" ne veut pas dire "se soumettre betement"). Je trouve ça très bien que tu rapelles qu'en occident assez souvent on sacralise un peu vite le mot "maitre" et qu'on le transpose un peu trop facilement sur "sensei", question de décalage culturel? (le japon traditionnel me semblant  en certains points moins "individualiste"...) Pour ce qui est de l'occident je crois que les gens ont sans doute trop souvent en tête des images du moyen âge ou de la renaissance , avec des concepts comme "maitre d'armes", "maitre fauconnier", "maitre artisan" etc.... et j'ai la sensation, à tort ou a raison que l'on assimile souvent ça, consciemment ou non à l'"écuyer" que l'on juge souvent soumis (exemple très caricatural : l'écuyer jacqouille la fripouille au cinema) , mais au fond le plus autoritaire était il le "noble seigneur" ou le "maitre d'armes" qui était le salarié du seigneur??? (au japon j'imagine que cette différence entre les enseignants et la noblesse devait être un peu la même? non? )Ce qui doit probablement gêner dans le mot "maitre": la confusion avec l'origine latine, qui elle en revanche signifie assez clairement " celui qui domine les autres", je me trompe ou non? voila du moins mes hypothèsesamicalementBenoit

Laurylyan 22/06/2009 01:08

Bonsoir Léo,Je te lis régulièrement, mais malheureusement pas bien souvent le temps de te répondre...Aujourd'hui cependant je me dois de réagir à ton article.L'un de tes paragraphes m'a surprise, choquée et fait froncer les à la fois (tu peux y rajouter la moue en plus). Voici le paragraphe en question :"Un être humain équilibré n'est pas un homme parfait. C'est quelqu'un qui travaille à s'améliorer en étant intégré et utile à la société. Quelqu'un qui possède des défauts mais n'en fait pas subir les conséquences aux autres. Quelqu'un qui assume le poids de ses actes."Je suis entièrement d'accord avec la première phrase :-)Par contre la 2ème... " C'est quelqu'un qui travaille à s'améliorer en étant intégré et utile à la société." Misère! Nous vivons dans une société qui ne pousse en aucune manière à la réalisation de l'individu et au contraire lui mets des bâtons dans les roues autant que possible concernant la réalisation du soi.La dynamique sociale d'aujourd'hui est d'être utilisé par la Société ou de l'utiliser.Pour ce qui est de la 3ème phrase : "Quelqu'un qui possède des défauts mais n'en fait pas subir les conséquences aux autres." Heu... Nous avons tous des défauts et parmi ces défauts il en est que l'on ne peut pas ne pas imposer aux autres. Ils font partie de nous, de qui nous sommes. Je ne dis pas que l'on ne peut pas changer à force d'effort et de travail sur soi, simplement que certains de ces défauts font qui nous sommes car participent à notre personnalité...Pour ce qui est de la dernière phrase : "Quelqu'un qui assume le poids de ses actes" N'est pas là la définition de l'Adulte ?Pour ce qui est la relation de Maître à élève... Personnellement je "parle" plus de la relation de Maître à Disciple. Et celui qui m'apporte la définition de ce type de relation qui me correspond le plus est Jean-Yves Leloup lorsqu'il écrit : "Marcher derrière quelqu'un, le suivre, c'est d'une certaine façon se dispenser d'être soi-même, démissionner de son Je véritable, se laisser penser et agir par un autre, se cacher derrière lui."Lorsque je me choisis un Maître, que cela concerne un budo ou une voie purement spirituelle, je n'ai jamais "suivi" mais toujours "marché avec". Et je pense que c'est là aussi que l'on prend la mesure d'un Maître: au nombre de personnes qui "accompagnent" et non qui "suivent".Graf Dürckheim comparaît aussi cette relation à une pompe à essence ;-) "Vous allez auprès d'elle pour vous recharger en combustible. Une fois "rempli", ce n'est paps pour que vous tourniez autour de la pompe, mais pour que vous continuiez votre propre chemin!"Et surtout un Maître n'est pas à mes yeux l'image parfaite du but à atteindre. Il est juste un humain qui a un peu d'avance sur le chemin et de qui j'ai l'opportunité d'apprendre sur mon propre chemin.Bon... C'est un peu long... Mais je sais rarement faire "court" ;-)

Léo Tamaki 22/06/2009 02:50



Bonsoir Laurylyan,

Merci pour ta lecture régulière.

Je regrette que quelques phrases que j'ai pu écrire aient provoquées chez toi une telle réaction ;-) Je vais te préciser ma pensée. Sans doute cela adoucira ta réaction. Sinon qu'il suffise de
penser qu'il ne s'agit que d'une opinion bien inoffensive d'un budoka parmi tant d'autres.

"Par contre la 2ème... " C'est quelqu'un qui travaille à s'améliorer en étant intégré et utile à la société." Misère! Nous vivons dans une société qui ne pousse en aucune manière à la
réalisation de l'individu et au contraire lui mets des bâtons dans les roues autant que possible concernant la réalisation du soi.
La dynamique sociale d'aujourd'hui est d'être utilisé par la Société ou de l'utiliser."

Mon propos ne visait pas une société en particulière mais la société des hommes dans l'absolu comme dans un idéal grec. Bien que j'ai du mal à imaginer une alternative viable tant je suis
pessimiste quand à la nature humaine, je n'apprécie aucunement le fonctionnement de la société actuelle.

"Pour ce qui est de la 3ème phrase : "Quelqu'un qui possède des défauts mais n'en fait pas subir les conséquences aux autres." Heu... Nous avons tous des défauts et parmi ces défauts il en est
que l'on ne peut pas ne pas imposer aux autres. Ils font partie de nous, de qui nous sommes. Je ne dis pas que l'on ne peut pas changer à force d'effort et de travail sur soi, simplement que
certains de ces défauts font qui nous sommes car participent à notre personnalité..."

C'est un choix. D'une part les défauts et les qualités sont des choses relatives qui varient selon les sociétés et les époques. Nous avons donc tous effectivement des défauts aux yeux de
quelqu'un. Toutefois l'idée est que nous ne fassions pas subir les conséquences de ce que nous considérons comme des défauts aux autres.
Les défauts nous définissent-ils? Ou est-ce le fait de les accepter? Ou de faire en sorte qu'ils ne fassent pas souffrir autrui? Si l'on pousse un peu la question on arrive à "que sommes-nous?",
"qu'est ce qui nous définit?".
Personnellement j'ai de nombreux défauts. Je lutte contre certains, notamment ceux qui peuvent faire souffrir les autres. Si cela change qui je suis de les voir disparaître j'estime que c'est
pour le mieux.

"Pour ce qui est de la dernière phrase : "Quelqu'un qui assume le poids de ses actes" N'est pas là la définition de l'Adulte ?"
Quelle est la définition d'un adulte… Cela dépend du domaine concerné. Est-ce un âge biologique? Une attitude? Il serait souhaitable en effet qu'assumer le poids de ses actes soit une des
caractéristiques de l'état adulte. Mais je crains que nous ne devions alors considérer vivre au milieu d'un énorme troupeau d'adolescents attardés ;-)

"Pour ce qui est la relation de Maître à élève... Personnellement je "parle" plus de la relation de Maître à Disciple. Et celui qui m'apporte la définition de ce type de relation qui me
correspond le plus est Jean-Yves Leloup lorsqu'il écrit :
Marcher derrière quelqu'un, le suivre, c'est d'une certaine façon se dispenser d'être soi-même, démissionner de son Je véritable, se laisser penser et agir par un autre, se cacher derrière
lui."
Un disciple et un élève sont deux choses totalement différentes et à ne pas confondre. L'investissement n'est pas comparable de même que le cheminement.
Je ne connaissais pas Jean-Yves Leloup. J'ai été voir son site et lire quelques uns de ses écrits. Je dois dire que je n'ai pas été particulièrement séduit. Quand à la phrase de lui que tu cites,
je ne sais qu'en penser car son contexte peut en changer la portée. Je dirai toutefois que dans la tradition japonaise "se dispenser d'être soi-même" est une étape de l'étude, du shu ha ri. C'est
quelque chose de très très difficile que de s'oublier… Mais il ne s'agit que d'une étape. Etape que la plupart des occidentaux mais même des contemporains japonais ne peuvent concevoir sans
sourire ou s'indigner.

"Lorsque je me choisis un Maître, que cela concerne un budo ou une voie purement spirituelle, je n'ai jamais "suivi" mais toujours "marché avec". Et je pense que c'est là aussi que l'on prend
la mesure d'un Maître: au nombre de personnes qui "accompagnent" et non qui "suivent"."
Personnellement, et je te prie de ne pas le prendre mal, je considère cette façon de penser très orgueilleuse. Elle est en tout cas à l'opposé de la tradition japonaise. Culture ou d'ailleurs il
n'y a jamais d'égalité. Quelqu'un étant toujours au-dessus ou en-dessous on peut aussi considérer qu'il est devant ou derrière ;-) Cela dit marcher derrière quelqu'un ne signifie pas que ce
moment d'étude ne nous permettra pas de nous éloigner par la suite et de trouver notre propre chemin. C'est une étape.

"Graf Dürckheim comparaît aussi cette relation à une pompe à essence ;-) "Vous allez auprès d'elle pour vous recharger en combustible. Une fois "rempli", ce n'est pas pour que vous tourniez
autour de la pompe, mais pour que vous continuiez votre propre chemin!""
N'est-ce pas une vision utilitaire, presque "parasite"?

"Et surtout un Maître n'est pas à mes yeux l'image parfaite du but à atteindre. Il est juste un humain qui a un peu d'avance sur le chemin et de qui j'ai l'opportunité d'apprendre sur mon
propre chemin."
Mais s'il a un peu d'avance alors tu marches derrière non? :D
Quand à savoir si le maître est l'image de la perfection, cela n'est naturellement pas le cas en occident où l'on considère que seul Dieu est parfait. En revanche au Japon on considère que la
perfection est atteignable par l'homme. Il me semble que Tokitsu senseï avait abordé ce sujet dans un de ses ouvrages.

J'espère ne pas t'avoir fait dresser les cheveux sur la tête avec ces quelques précisions. Je suis loin d'être un philosophe et mes connaissances dans le domaine de la spiritualité sont très
limitées. Particulièrement sur ce sujet ma réflexion est encore très jeune.

Léo



benoit 21/06/2009 14:14

 
Bonjour Léo,
 
 
Je n’ai pas la prétention de vouloir traiter de tous les divers cas possibles, mais en effet je trouve moi aussi qu’assez souvent on tombe sur des groupes de gens qui imposent aux autres une certaine dureté et une certaine rigueur,  mais dans ce lot là il me semble y avoir assez souvent du « faites ce que je dis mais faites pas ce que je fais ».
Inversement je trouve qu’il existe de rares cas de gens s’entraînant durement et sérieusement, mais qui n’iraient jamais imposer aux autres la rigueur qu’ils s’imposent à eux-mêmes, pour moi ce sont eux « les meilleurs ».
 Car je crois que ça me mène a rien de bon de « pousser » des pratiquants ou de leur mâcher le travail à leur place…
 
 
Je ne connais pas les enseignants dont tu parles dans tes sujets , donc je parle ici de façon générale.
En tous cas Je crois  qu’il faut vraiment se méfier de ceux qui s’enorgeuillissent des flatteries et s’y attachent, j’ai généralement cru constater que ces enseignants là ont comme un penchant pour le favoritisme (dans ce genre de systèmes, malheur a celui qui est un peu «à part » et qui bosse  dur mais sans « failloter « pour autant :  les « fayots » me semblant généralement faussement élitistes et feront généralement tout pour « faire le ménage » autour d’eux parmi les élèves ne voulant pas « rentrer dans la cour des flatteurs et des soumis », du moins à ce que j’ai vu à ce jour) …
 
 Alors que je crois avoir remarqué  que les vrais « maitres » sont justement ceux qui font tout pour détruire l’admiration éperdue ou l’image de maitre que les gens aiment leur donner, et qui acceptent au moins certaines formes de remise en cause de la part des élèves. (très important pour moi ce dernier point tout comme de montrer que personne ne peut toujours « tout savoir »).
 
En gros et en caricaturant volontairement, pour moi on peut appeller un enseignant » maitre lucien » parce que dans les journaux on est bien obligé, mais dans le cours je crois que c’est bon signe et plus sain de voir que les élèves l’apellent « lucien « ou « monsieur »  tout court…Et je crois qu’il vaut mieux fuir si jamais les sempai demanderaient de « se prosterner  avec déférence devant le grand  maitre Lucien » . ( si j’ai choisi le nom  « lucien «  c’est pour le coté caricatural et pour dédramatiser, évidemment…) bon tu me diras sans doute que le « syndrome du faux prophète » est un problème ayant existé en tout lieux et époques. 
 
Pour le reste, je crois que se créer un « monde de samourai » ne peut être qu’une sorte de bouée temporairepour apprendre à nager, éventuellement sur le court terme (et encore), mais dangereuse sans doute si on la garde à long terme : pour moi la « martialité » est quelque chose de volontairement pas facile à percevoir par un œil exterieur et n’est pas exclusivement renfermée sur elle même.
Il m’est arrivé de trouver « martiaux », après test, des gens qui avaient une réputation de doux reveurs et  qui faisaient tout pour cacher leurs réels talents martiaux.
 
Pour le cheminement spirituel, il me semble que ca reste quelque chose de très personnel et reflexif/évolutif, et je ne crois pas qu’ils s’agisse d’adhérer dogmatiquement à des « principes ».  Je crois comme toi que c’est mieux de voir un enseignant « équilibré » dans la mesure ou il connaît ses limites , celles de son domaine, sans pour autant qu’on cherche à le copier intégralement ( ça m’a l’air classique le coup des élèves qui vont jusqu'à copier le « look » ou les « manières » de leur enseignant) .
 
Je trouve ca très bien que tu expliques le dinstinguo à faire entre cheminement en arts martiaux et cheminement spirituel qui ne sont pas toujours forcément liés. En cela j’ai bien aimé, par exemple,  les subtiles réponses très claires d’Akuzawa Minoru sur les questions de ki et de philosophie dans ton interview que tu avais faite avec lui.
 

Léo Tamaki 21/06/2009 21:12



En effet il est très délicat de juger jusqu'où il est bon de pousser les élèves. Et ceux qui en ont fait le plus jouent rarement au chef de guerre.
 
Si la flatterie est relativement décelable si l'on possède une once de recul, ce qui l'est moins est la différence de comportement qu'une personne peut avoir. Les maîtres sont entourés de
beaucoup de leurs élèves qui sont aussi professeurs. S'ils peuvent avoir un comportement juste en tant qu'élèves, ce n'est pas obligatoirement le cas lorsqu'ils sont enseignants. Il existe de
nombreux écueils, le plus évident étant de vouloir reproduire la relation que l'on a avec son maître alors que l'on n'est pas encore maître soi-même…

Si effectivement un maître se doit d'éviter les démonstrations excessives, sa remise en cause est un sujet très délicat. Il est important que l'élève se questionne, garde un certain recul. Mais
les formes que peuvent prendre la remise en cause me semblent limitées par le niveau de l'élève qui risque de se couper dans sa progression. Il n'y a pas de solution miracle mais il convient de
rester prudent car une trop grande volonté de remise en cause est aussi une évidente marque d'égo.

Le problème quand à l'appellation "maître" est que cela est souvent utilisé pour traduire le mot senseï alors que celui-ci est assez anodin dans l'archipel. Un professeur sera appelé senseï,
qu'il soit expert ou maître. Il n'y a donc pas cette difficulté au Japon. En tout cas il y est inconcevable d'appeler l'enseignant autrement, qe ce soit monsieur ou Lucien.

Le monde samouraï est en effet motivant pour certains lorsqu'ils rentrent dans la pratique martiale. Pourquoi pas tant que l'on en sort ;-)

Léo




Eric 21/06/2009 01:28

La vocation première des Maitres d'AM (avec un petit ou un grand M ?) n'est pas d'être des guides spirituels, toutefois cela soulève une question relative au "do" qui se veut différent du jutsu.Brièvement le do est une voie d'accomplissement de l'être (donc dans sa totalité) là où le jutsu n'est qu'un art (si j'ose m'exprimer ainsi) avec pour fin en soi la technique, aussi génial et efficace soit-elle avec les indéniables qualités mentales, psycho-physiques qu'il apporte.Comment différencier nettement un do d'un jutsu si ce n'est par l'aspect spirituel que le "do" prétend apporter, et ce non pas uniquement sur un plan de l'évolution de la technique à travers l'histoire.Qu'est-ce qui peut amener un (M)aitre à changer son art (jutsu) en voie (do) ?N'est-ce pas tout simplement lié à une évolution de la société, ou de l'humanité ?Certes j'en conviens les arts martiaux ne sont pas la voie idéale, la plus direct pour l'élévation de soi, il y'a effectivement des voies beaucoup plus directs et sûres, mais cela n'enlève pas le problème de la signification du "do" 

Léo Tamaki 21/06/2009 20:54



Réponse ici.

Amicalement,

Léo



Mat. 19/06/2009 22:32

Ivan,Je ne pense pas que la voie "du milieu" soit la meilleure.C'est "facile" à posteriori de parler de voie du milieu quand un objectif a été atteint, ou quand le recul nous permet l'analyse. Mais n'est-ce pas une vision biaisée de la réalité ?Et qui est on pour discerner où se trouve le milieu ? A mon sens on trouve là un exemple typique de ce que Léo appelle dans d'autre articles les limites mentales qui nous empêchent de nous dépasser.Je crois que chacun trace son propre chemin en fonction de ses capacités, certains contournent les obstacles, d'autres s'appuient dessus, et d'autres encores les renversent. Les voies emprutables sont trop diverses en tous cas pour parler de voie du milieu. D'autant que rien ne nous assure que l'objectif ultime est jamais atteint.Certains savent se maintenir à flot dans le courant de la vie, tandis que d'autres sont implacablement ramenés vers les profondeurs. En ce cas peu importe qu'on touche le fond, non ? Si c'est pour mieux rebondir !Bien à vous,Mat.