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Voici une discussion qui a eu lieu en partie dans les commentaires suite aux articles "Budo, l'attitude des maîtres au quotidien" et "Budo, l'attitude des maîtres au quotidien. Commentaires."
Elle concerne la comparaison entre maîtres d'art et maîtres d'arts martiaux puis le lien entre l'art et les arts martiaux. Pour plus de clarté j'ai repris certains extraits déjà publiés.

"J'ai fais des études d'art et en peinture un maître est souvent... mort déjà, maîtrise les techniques picturales mais peut être torturé, par exemple pas forcément équilibré et serein (cf Van Gogh, Picasso..)."
virginie


Dans la pratique martiale un maître mort, mais surtout que l'on n'a pas rencontré, ne peut, à mon avis, qu'être une référence idéalisée. Si ses écrits peuvent nous éclairer, son image nous motiver, et pour les plus récents, des films de lui nous donner une idée de son travail, cela ne peut remplacer la pratique avec un maître en chair et en os.
Quand au fait de ne pas être équilibré et serein, dans l'état actuel de ma réflexion, je dirai que pour la pratique martiale c'est alors d'un expert et non d'un maître dont nous parlons. Mais il n'y a aucun mal à suivre un expert tant qu'on ne le confond pas avec un maître.

"Je partage la vision que Virginie a du Maître en général (je me faisais une réflexion similaire sur le déséquilibre que manifestent/ont manifesté beaucoup de maîtres reconnus en diverses disciplines)."
Mat.


Je crois qu'il ne faut pas confondre les domaines. Celui qu'on appelle un maître dans le domaine des arts est jugé sur son œuvre artistique tandis qu'un maître de budo est jugé sur son achèvement personnel. Et si en effet beaucoup d'artistes étaient plus ou moins déséquilibrés, il ne faut pas en faire une généralité non plus et beaucoup furent des êtres équilibrés. On ne retient souvent que les images les plus romantiques des peintres torturés et il n'est pas non plus à exclure que cette image ait, dans certains cas, aidé à leur célébrité (involontairement).

"…en ce qui concerne les maîtres en peinture et arts martiaux, il ne faut pas confondre et mélanger les genres évidemment, mais on peut faire le parallèle et comparer, d'autant plus que les maîtres de Budo pratiquent souvent un art en annexe (calligraphie, musique..)."
virginie


Concernant les parallèles entre maîtres de peinture et d'arts martiaux je ne trouve toujours pas, personnellement, que cela soit très judicieux.

"Quant à Van Gogh ou Picasso, ils sont connus pour leurs talents et ont fait leurs preuves (concours gagnés, etc, commandes, maîtrise de leurs arts : gestes, dessin, couleurs) d'une manière aussi académique que modernes.
Leurs vies privés et anecdotiques sont souvent là pour faire parler les langues, conséquences de leurs célébrités et non pas la cause."
virginie


Je n'ai pas étudié l'art mais mon père est artiste peintre et j'ai grandi dans les musées et entourées de peintres. Les avis par exemple sur l'importance d'un Van Gogh sont très très divergents. Certains l'estiment comme, au moins, le plus grand peintre du vingtième siècle, tandis que d'autres estiment que, tout grand peintre qu'il soit, c'est aussi sa passion qui est célébrée. (Quand à ses preuves il n'a d'ailleurs à ma connaissance gagné aucun concours et vendu qu'une seule œuvre en dehors de sa famille.)
L'art est, plus que toute autre chose, subjectif. Les concours de peinture ne me semblent d'ailleurs pas, par exemple, d'un intérêt majeur… Comment détermine donc d'une personne qu'elle est "maître de peinture"? Bien sûr, aujourd'hui que la pratique ne peut être mise en action, je t'accorde que le problème se pose aussi dans les voies martiales. Mais c'est un autre sujet.

Quand au fait que des maîtres d'arts martiaux pratiquent ou aient pratiqué d'autres voies en annexe, dans le passé cela faisait tout simplement partie de l'éducation d'un samouraï. Aujourd'hui j'en connais peu qui le font, et de ceux qui le font, les productions sont loin de toujours être du niveau de leur pratique martiale :D N'est pas Musashi qui veut!


Peinture de Musashi


Au final mon point de vue est qu'un artiste reconnu n'a pas besoin d'être équilibré ni serein, tandis que c'est, à mon sens, la marque d'un maître. Je ne vois donc pas dans le cas présent où le parallèle peut s'inscrire.

"Les férus d'art regardent en premier le tableau et après l'artiste.
En aïkido aussi, je regarde la technique en premier et le reste après."
virginie


Tu dis en Aïkido "regarder la technique en premier". J'ai personnellement rencontré des gens dont la technique n'était pas parfaite mais que je considère comme des maîtres. Et j'ai rencontré des adeptes à la technique phénoménale qui étaient des individus malsains. Alors que pour un artiste je regarderai l'œuvre, pour un maître je regarderai l'homme.

"Penses-tu que l'art martial peut être vu du côté artistique (le côté art et le côté martial)?"
virginie


Pourquoi pas. Malheureusement à l'heure actuelle ce qui est appelé "art martial artistique" est, pour moi, totalement dénué d'intérêt et généralement aussi éloigné de l'art que du martial.

Les origines latines du mot art signifient "habileté, métier, connaissance technique". C'est pour moi dans ce sens qu'il faut comprendre le mot "art" dans art martial et non comme quelque chose d'artistique. Les mots japonais que l'on traduit part "art martial" sont généralement budo et bujutsu, traduits littéralement cela donne en réalité "voie martiale" et "technique martiale". Aucune connotation artistique directe donc.
Si une technique "juste" peut être considérée belle, une technique belle n'est pas forcément juste du point de vue martial. Kono senseï et Hino senseï qui travaillent avec des danseurs, des musiciens, des acteurs… et leur trouvent des qualités certaines, m'ont plusieurs fois confiés qu'ils n'étaient pas plus doués que d'autres pour la pratique martiale. Leur capacité de travail est une aide, leur sensibilité éventuellement mais leur utilisation du corps laisse souvent à désirer selon le point de vue martial.


Hino senseï, maître de Budo et... batteur


"Je pense que la pratique d'un art en annexe peut enrichir la pratique de l'aïkido : rythme (musique), tempo, intensité, le sens de l'observation (la photo par exemple)."
virginie


Là aussi, pourquoi pas. Cela dit personnellement je considère que la pratique martiale, si elle nécessite par exemple de sentir le rythme du partenaire, nous amène souvent à le briser, même si cela est de manière douce. Toute activité source d'évolution personnelle peut avoir à ce titre un impact positif sur notre pratique. Mais je pense que cela est limité et la frontière est ténue entre "enrichir" et "parasiter". Les voies qui permettent le plus grand enrichissement de ce point de vue me semblent être le chado (la voie du thé), le zen, et, mais de façon un peu moins évidente, le shodo (la calligraphie).
Le risque toutefois avec toute activité annexe comme avec une activité professionnelle est de voir la pratique martiale trop fortement teintée. Les arts martiaux ont un fonctionnement propre, une culture et une logique qui leurs sont propres. Une intégration irréfléchie peut se faire à leur détriment.
Prenons par exemple le cas d'un kinésithérapeute. S'il cherche à comprendre certains mouvements d'après ce qu'il connaît il risque de passer à côté de certaines choses. J'ai plusieurs élèves kinés et osthéos. Lorsqu'ils ont rencontré certains maîtres que je fais venir ils ont découvert de nouvelles façons d'utiliser le corps. Et la plupart m'ont au contraire dit que c'est cela qui avait changé leur façon de travailler, plutôt que leur travail qui leur a permis d'être meilleur. Ils viennent l'esprit ouvert et ne sont pas limités par les frontières actuelles des connaissances de leur discipline. Les danseurs et autres musiciens qui viennent aux stages enrichissent aussi leurs pratiques en découvrant de nouvelles choses.


Enrichir sa pratique grâce à l'art martial


"Pour expliquer, lorsque je vois la technique, je vois déjà l'homme car les gestes trahissent la pensée. Plus facile pour Hino Akira très expressif corporellement dans son kata que pour une école traditionnelle où tout les gestes sont codifiés."
virginie


Si tu vois la pensée d'un maître dans ses gestes alors… il est à douter qu'il soit un maître. Sans doute peux-tu y déceler certaines qualités mais quand à l'intention…

"Pour Kono senseï, on peut voir sa rigueur et sa rapidité, sa concentration, l'esprit acéré."
virginie


Oui dans ce sens, déceler des qualités, pourquoi pas.



Par Léo Tamaki - Ecrire un commentaire - Voir les 16 commentaires
Jeudi 25 juin 2009 4 25 /06 /2009 00:01
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Commentaires

Cher Léo,
Merci de tes précisions, notamment sur l'inadéquation de la traduction "arts martiaux". J'observe que cela engendre toujours des malentendus ou des confusions, à cause de la présence du mot "art".
Un des travers que j'ai pu observer, à mon très très humble niveau, est d'être trop attaché aux aspects "esthétiques" d'un budo (un beau geste etc) et d'oublier que toute cette beauté a pour origine la martialité. En me répétant, je trouve très beau la présence physique de Kuroda Senseï, même dans une chose aussi simple mais profonde que le "reishiki" (je précise que je n'ai fait que visonner une vidéo sur le Web). Et cela est justement très martial, voilà qui est paradoxal !!!
Il y a des principes que partagent les voies martiales et certains arts non japonais (comme la danse par exmple) : l'importance du centre, la verticalité. J'ai fait cette observation en admirant les gestes d'un danseur étoile lors d'un ballet.
Mais comme tu le soulignes à l'aide des propos de Kono Senseï et Hino Senseï, il y a divergence sur l'utilisation du corps. Un danseur par exemple a son bassin placé très haut et bien que n'ayant ni recours à la vrille offre beaucoup d'ouverture si on a un "regard martial", ses gestes sont réalisés "pour la beauté du geste". Très souvent beaucoup de grands artistes peuvent se résumer à leur oeuvre et peuvent être des très mauvais modèles d'achèvement personnel car consumés par leur art. Mais ceci est un avis forcément subjectif que j'ai du fait d'avoir saisi intuitivement que les budos et/ou les bujutsu (vu d'aujourd'hui) représentent un chemin vers la maîtrise de soi, la connaissance de ses limites pour aller vers une plus profonde humanité.
Commentaire n°1 posté par Jean-Claude le 25/06/2009 à 10h41
Cher Jean-Claude,

Le japonais étant une langue relativement imprécise il est difficile de la traduire. Les idéogrammes qui composent les mots ont une richesse de significations et de connotations que ne possèdent pas les mots précis de la plupart des autres langues.

La beauté du reïshiki de Kuroda senseï tient selon moi à la qualité de ses gestes. Il me dit d'ailleurs un jour au sujet du reïshiki que si certains actuellement connaissaient les formes, ils bougeaient d'une façon telle que cela était pénible à voir. Autrement dit la forme privilégiée sur le fond…

Concernant la danse j'ai vu récemment une affiche qui m'a interpelée. Mon amie m'a expliquée qu'il s'agissait du plus célèbre danseur étoile contemporain (j'ai malheureusement oublié son nom L ). Il y a donc effectivement des points communs. Mais comme tu le soulignes les objectifs étant différents leurs gestes ne sont généralement pas efficients du point de vue martial.

Amicalement,

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 25/06/2009 à 11h22
bonjour léo,

si j'ai bien compris,(je l'avais compris bien avant en fait), il ne faut jamais être catégorique et savoir tout remettre en question au bon moment, et ce malgré le charisme ou l'excellence technique de telle ou telle personne.

au faut, c'est décidé, je passe à l'aikidô l'an prochain.
je tournais en rond dans mon club de ju jutsu mais j'ai mis un moment à m'en rendre compte.
comme quoi, la remise en question...

have a nice day.
Commentaire n°2 posté par olry le 25/06/2009 à 11h15
Bonjour Olry,

Je crois en effet que les certitudes sont l'ennemi de la progression. On prend certaines choses sur lesquelles on s'appuie comme postulat pour travailler mais il faut avoir le courage de ne pas les considérer comme immuables.

Très bonne route sur le chemin de l'Aïkido. N'oublie pas que c'est l'enseignant qui fait la discipline. Son choix est donc primordial.

Bonne journée,

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 25/06/2009 à 11h27

Bonjour,
En fait tu trouves que nous mélangeons les genres et qu'il ne faut pas confondre Art et Budo, finalement. C'est vrai que le nom Art Martial est peut être peu explicite.
Bonne journée/nuit.
Virginie

Commentaire n°3 posté par virginie le 25/06/2009 à 11h39
Bonjour,

Oui, je pense qu'il y a confusion dûe à une traduction dont le sens n'est pas évident.

Bonne journée,

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 25/06/2009 à 11h52
Cher Leo,

Concernant le japonais et le flou, il paraîtrait que le malgache (ma langue maternelle) présente la même caractéristique.
J'ai été imprécis sur Kuroda Senseï et tu m'as bien corrigé. J'ai senti/vu/perçu une qualité dans ses gestes: qualité de présence, de sens. Il est pleinement présent dans le reishiki. D'où probablement sa remarque sur le fait que quand certains effectuent un salut, ce peut être pénible à voir. Par exemple, le fait de présenter son cou ou de lever ses fesses, plus subtile l'absence totale de vigilance dans l'attitude. Si, si j'ai déjà vu ça même par des gradés (type 2ème, 3ème dan) dans le cours d'aikido qui précède mes cours de kenjutsu (où je suis élève bien sûr ;-)).
Concernant le danseur étoile, je suggèrerai Manuel Legris, par exemple (http://www.manuel-legris.com). Il arrête bientôt sa carrière de danseur pour devenir directeur de ballet à Vienne. Maintenant, ce n'est pas forcément lui.

Amicalement,

Jean-Claude
Commentaire n°4 posté par Jean-Claude le 25/06/2009 à 12h10
Cher Jean-Claude,

Il y a en effet la forme extérieure du geste comme tu le soulignes, mais aussi la qualité du geste. Enfin on rentre là dans du très difficilement explicable par l'écrit pour moi ;-)
Quand aux gradés qui saluent incorrectement dans la forme, sans même parler du fond, cela va bien plus loin que le 3ème dan :D
Concernant le danseur il s'agit d'un russe mais franchement je serai incapable de confirmer son nom.

Amicalement,

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 25/06/2009 à 22h31

Bonjour. je ne pouvais rester indifférent à cet article puisque ma vocation professionnelle est de lier les arts martiaux aux arts plastiques et réciproquement. Tout d'abord en réaction à Virginie, citant les grandes figures de l'art occidental. Les références citées sont souvent synonymes d'un syndrome presque sociétal ; depuis Leonard de Vinci, la création plastique s’est vue attribuée un caractère pathologique, soupape de la folie, suite à l’extrême sensibilité des auteurs. l'artiste est fauché, maudit, déséquilibré... En Asie, il serait ermite, muet, impassible... Les grandes figures ont, tout comme les grands maitres, générées des clichés que les spécialistes et pratiquants ne peuvent colporter, et encore moins limiter les domaines évoqués à ceux-ci.

Ce qui est intéressant, c'est plutôt de comparer les points communs, et il y en a un ; les maitres de budo comme de peinture ont parlé, écrit, ou on les a écoutés. Le souffle, la vacuité, l'unité, la gestion du corps sont autant de sujets abordés par les uns comme par les autres. Le fait est que la genèse de la pratique trouve, à partir d'un certain niveau, une connivence certaine entre les disciplines.
Quelques peintres occidentaux l'ont exploité ; Yves Klein, Soulages, Matisse ou plus récemment Fabienne Verdier par exemple. Mais les annales de l'art occidental regorgent de références, et dans le budo du 17eme siècle, effectivement, nous trouvons les racines d'une pratique qui se devait d'être affinée grâce à la pluridisciplinarité. En l’occurrence, nous avons un exemple concret actuel, en la personne de maître Akeji ou encore Pascal Krieger. Bien sur, il s’agit de ne pas travailler n’importe quoi si l’on veut progresser ; si la source est la même, certains fleuves ne se croiseront jamais.

L’équilibre et la vertu se retrouvent à mon sens dans la pratique, dans le faire. Les tableaux de Van Gogh sont magistralement composés ; l’équilibre entre matière, sujet, tonales etc, improvisés qui plus est lors de la composition ne peuvent laisser le spectateur indifférent devant une telle force immobile, qui vous remue l’intérieur. N’est ce pas une qualité que l’on retrouve chez les maitres de budo ? J’entends par là que l’efficacité, la profondeur du maître nous laisse parfois un sentiment particulier devant les moments éphémères de démonstrations, lorsque il nous montre la pratique. Nous partageons avec l’homme ces moments là, aussi.

Je trouve très juste les distinctions que vous proposez dans votre article, car elles sont très fines. L’art, à mon sens, qu’il soit martial ou plastique, ne se limite pas à susciter l’émotion ; il utilise ce qui fais de nous des êtres humains pour nous permettre le dialogue, corporel ou plastique.

Le caractère plastique du corps lui-même, utilisé comme matière, est depuis les années 60, et notamment avec l’œuvre de Klein (également judoka de haut niveau) utilisé jusque dans la danse ou la musique, car il retourne désormais de la performance. Cette « catégorie » artistique, qui regroupe toute utilisation corporelle dans un but artistique regroupe de fait les arts martiaux. Les budokas sont donc des performers, des artistes plasticiens générant une œuvre éphémère par l’adjonction entre leurs corps et leur esprit. Les plasticiens sont des budokas, faisant du vide une force visible pour évoquer l’impalpable.

Chu Ta, grand peintre chinois du 17eme également, nous disait ceci ; « je parle avec ma main, tu écoutes avec tes yeux, et nous nous retrouvons, n’est ce pas, en un seul sourire… » Le budoka y verra évidemment le Mitori Geiko, observer avec l’intensité de tout son être – pour générer ce qui écoute en nous.

Bien à vous

Yon

Commentaire n°5 posté par Yon le 25/06/2009 à 13h33
Bonjour Yon,

Concernant les clichés je suis parfaitement d'accord avec toi.

Bien entendu il y a des points communs. Et il n'est pas inintéressant de s'y intéresser, bien au contraire.

Concernant Yves Klein, s'il ne fait aucun doute qu'il fut passionné par le Judo, son accomplissement dans cette discipline est sujet à caution. Sa lutte pour obtenir des grades au Japon, puis pour les faire reconnaître en France et en Espagne, ses prises probables d'amphétamines… le rangent plus à mes yeux du côté du sportif que du maître de Budo. Sans que cela n'enlève rien à son œuvre.

Certains peintres utilisent sans doute leur corps de façon admirable. Je n'en ai pas encore rencontré. Quand aux artistes directement physiques comme les danseurs, j'en ai rencontré qui m'ont stupéfait par leur travail du corps. Mais pas un dont je me suis dit, si j'étudie avec lui ma pratique martiale en sera améliorée directement. Encore une fois aujourd'hui ce sont William Forsythe et Carolyn Carlson qui vont chercher Hino Akira et Kono Yoshinori. Pas l'inverse.

J'ai abordé le sujet de la calligraphie et de la cérémonie du thé avec plusieurs maîtres, Shimizu, Kuroda, Hino, Kono… Avec Hino et Kono j'ai aussi parlé de danse et de musique. Hino est musicien. Lors du master tout il nous a dit que si la musique lui avait sans doute permis de mieux comprendre certaines choses, et vice-versa, ce n'était pas fondamental. Quand aux autres ils n'ont pas de pratique artistique et, pour résumer, leur opinion est que cela n'a pas de lien direct.
J'avais été surpris la première fois que j'avais entendu cela. Le temps passant j'ai rencontré le même type d'avis et rencontré des artistes qui venaient chez ces maîtres pour approfondir ou développer leur connaissance du corps. J'ai compris que leur talent, que n'avaient pas les maîtres (excepté Hino), étaient dans l'expression.

Dans le passé, comme je l'évoquais, les samouraïs aisés étudiaient aussi les arts. Ce n'était pas le cas de tous car beaucoup cultivaient aussi dans les champs. De plus il n'existe aucun écrit majeur démontrant le lien entre art et pratique martiale. Parmi les maîtres célèbres certains tels Yamaoka Tesshu ou Miyamoto Musashi sont aussi connus pour leurs réalisations artistiques. Mais ils sont plus l'exception que la règle. Il suffit de chercher qui parmi les grands maîtres d'aujourd'hui produit des œuvres artistiques pour le vérifier.

Bien entendu on peut considérer que la pratique de ces maîtres est de l'art. Je trouve moi-même de la beauté dans un geste juste. Mais aussi dans la nature. Tout est-il donc de l'art? Si c'est le cas alors les budo comme le reste en sont.

Personnellement je ne considère pas en tout cas que les artistes martiaux soient des "performers". Pas plus que des moines par exemple. Certains le sont mais ce sont des exceptions. La pratique martiale à mes yeux est une ascèse.
De même dire que les plasticiens sont des "budoka" ne me semble pas juste. Car s'il se dégage une force d'une œuvre artistique je n'y vois pas le lien avec la martialité.

Je crains de passer pour un bagarreur bêtement terre à terre alors que j'ai le plus grand respect pour l'art. Sans doute est-ce cela qui me pousse à vouloir faire la distinction. Malgré les passerelles qui peuvent exister.

Cordialement,

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 25/06/2009 à 23h31
En 2004, au Grand Palais, à Paris, se tenait une exposition de peintures chinoises "Montagnes célestes". La contemplation d'un rouleau de 9m76 (oui, il n'y a pas d'erreur) peint par Wu Wei (1459-1509), "Le Grand Fleuve à perte de vue", m'a plongé dans une méditation qui dure encore. Univers immense, omniprésent, traces minuscules de la présence humaine (silhouettes si petites, frêles embarcations, habitats minuscules...). La perfection du budo n'est-elle pas là, dans cette immersion dans la puissance de l'univers et l'effacement de l'ego ? Pardonnez-moi si je vous semble fumeux et prétentieux. Ceci n'est qu'une impression fugitive, mais si forte.  
Commentaire n°6 posté par jean-claude defaux le 25/06/2009 à 15h09
Merci d'avoir partagé ce moment qui vous a touché. J'ai peu l'occasion de voir de peinture chinoise mais je vais très souvent voir et avec beaucoup de plaisir de la peinture traditionnelle japonaise et des estampes.

Sans aucun doute certaines œuvres nous laissent entrevoir la réalisation de leurs auteurs. L'éveil qu'ils ont atteint est tout à fait comparable à celui qu'atteignent des religieux ou des adeptes du budo.

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 25/06/2009 à 23h40
salut,

En ce qui me  concerne la comparaison entre artistes martiaux et artistes peintres (ou sculpteurs ou autres hein) ne me semble pas forcement très pertinente. En effet, le processus créatif (puisqu'on parle d'artiste) me paraît être different, je crois que j'aurai du mal à l'expliquer précisement mais, si j'ai bien compris l'article, je rejoins ce que dit Léo à savoir que le mot art est à prendre, dans le cas des arts martiaux, dans le sens de faire. Ceci dit Artisan Martial ça en jette clairement moins qu'Artiste Martial . Les deux ont pour bases des techniques qui sont peu à peu dépassées (du moins j'imagine?) mais le peintre crée (pour les cruciverbistes, il sort du néant) le "combattant" applique; même si le terme est un peu brutal je trouve.
Après faire un lien entre arts martiaux et arts tout-courts semble interessant (j'aimerai par exemple savoir si les maîtres ont un "coup d'oeil", un peu comme Musashi dans l'oeuvre de Yoshikawa par exemple).
Après, compte tenu de mon niveau d'achèvement, je dois dire que je ne sais que penser de cette reflexion, elle évoluera sûrement avec les années...

tant qu'j'y suis, puisque c'est mon premier commentaire (YOUPIII) j'en profite pour te remercier Léo pour tout ces articles et, grâce à eux, tout ce que tu m'as fait découvrir (me suis permis de te tutoyer: j'me sens pas encore assez vieux pour vouvoyer les gens sur internet, puis ça ajoute une touche cordiale et bucolique)
voila donc un grand merci (c:

cordialement.
Commentaire n°7 posté par hadrien le 25/06/2009 à 16h20
Bonjour Hadrien,

Je crois que c'est Tokitsu senseï qui a proposé le mot "adepte". Je le trouve tout à fait adapté.

L'artiste crée, l'adepte applique si je te suis. C'est une simplification brutale comme tu le dis mais que je trouve assez juste. Même si évidemment l'adepte martial du plus haut niveau laisse les gestes jaillir spontanément et dépasse, comme tu le dis, la base technique.

Les artistes ont-ils un coup d'œil? C'est une réponse bateau mais cela varie énormément.

Merci pour ta lecture et au plaisir de te revoir un jour proche.

Amicalement,

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 25/06/2009 à 23h46
Pour rajouter ma fraise (j'aime bien), nous avons oublié de parler de la Création, origine de tout art.
L'artiste peintre, par exemple, crée évidement, avec son propre style (connaissance de soi-même, maîtrise des différentes techniques, faire le vide effectivement, se battre avec la toile, parfois corps à corps, pardon corps à toile, utilisation du modèle vivant comme partenaire de création et même utilisation de son corps comme instrument...)
L'aïkidoka à un haut niveau technique possède son propre style et utilise les techniques à l'infini, en improvisant-s'adaptant au partenaire, donc en créant le mouvement issu de la relation des deux pratiquants (interaction-création en réponse).
Effectivement je suis d'accord pour Klein, judoka de bon niveau, pour les performances aussi rapprochés des démonstrations d'aïkido.
Pour moi, le maîtres d'aïkido démontrent leur art, sans enlever la qualité martiale, le budo et l'éfficacité des prises.
Mais peut-être, Léo, tu n'aimes pas la peinture (tu préfères la danse, ou Elvis Presley ?)
Biz.
Pour le regard du maître, voir le regard perçant de Picasso, très connu.
Commentaire n°8 posté par virginie le 25/06/2009 à 18h33
Bien entendu la liberté et la spontanéité sont des qualités que doivent posséder artistes et adeptes. Mais la liberté et la spontanéité développées par l'artiste sont-elles transposables dans la pratique martiale? Je suis loin d'en être certain.

Concernant Klein, comme je le disais plus haut son haut niveau semble discutable pour le moins.

J'adore au contraire la peinture. C'est d'ailleurs la forme d'art que je préfère.

Bises,

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 25/06/2009 à 23h54
Vos post sont très intéressants à lire, tant du point de vue des artistes qui se sont exprimés, que des pratiquant d'arts martiaux (et de Léo bien sûr). Vous avez certainement lu dans le livre des 5 roues (un certain Miyamoto Musashi...) ce samouraï de légende parlait de la très grande importance de l'art en parallèle du budo. Entrainer son corps dans une voie martiale est certainement la raison de bcp d'entre nous, mais il insiste sur le fait que cela ne suffit pas, il faut aussi s'ouvrir à d'autres voies comme les arts. L'art est crucial pour le budoka: s'il s'engage aussi à travailler une forme d'art, il ouvre son esprit à un enseignement complémentaire, voire salutaire. Faites des arts-martiaux, et lorsque la muse vous taquine, écrivez des poèmes, glissez un pinceau sur une toile, chantez, etc... Et persévérez!
Commentaire n°9 posté par Alexis le 25/06/2009 à 18h52
Merci pour votre lecture.

La difficulté des écrits de Musashi est qu'ils sont matières à de nombreuses interprétations en japonais. Et généralement les traductions n'en offrent qu'une.
Le meilleur ouvrage le concernant est celui de Tokitsu senseï que j'avais lu il y a plusieurs années.

Musashi avait atteint une telle maîtrise de la voie martiale qu'il arrivait à l'appliquer à tout. A-t-il appliqué ce qu'il a vu comme pratique artistique dans sa pratique? J'en doute. Il dit par ailleurs que sa pratique lui a permis de n'avoir de maîtres dans aucuns domaines.

On lui prête aussi cette phrase:
Il y a de nombreuses voies: confucianisme, bouddhisme, voie de l'élégance, agriculture, ou danse. Ces choses ne font pas partie de la voie du guerrier.

Le budo est une voie. Comme toute voie il se suffit à lui-même. Ce fut d'ailleurs la conclusion de Yamaoka Tesshu qui poursuivit pourtant ardemment sa pratique du zen avant d'en arriver à cette réflexion.

Pratiquer un art est très bien. Cela peut évidemment vous apporter beaucoup. Dans ce cas je conseille toutefois de se pencher vers les voies japonaises qui ont une parenté plus facilement compréhensible telles que la calligraphie ou la cérémonie du thé.
Mais ce n'est pas indispensable.

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 26/06/2009 à 00h11

Bonjour / Bonsoir Leo,
J'ai lu ton post avec attention ainsi que les commentaires. Je considere les arts martiaux comme un outil de survie. Quand on pratique Tanto dori, on joue pas, on va se faire poignarder faut assurer :) alors faire place a la creativite, pourquoi pas... mais au fond l'esthetique on s'en fiche un peu non? Les commandos quand ils pratiquent le combat a mains nues, ils font pas dans la dentelle d'ou le geste qui se doit d'etre juste...
L'art dans sa globalite n'a a mon avis pas le meme souci, le but est different. Si les deux convergent c'est a mon avis pour un but, un motif different tel que l'accomplissement personnel...
Bon tu sais quoi, je suis tellement claque que j'arrive pas a taper correctement et puis on arrete pas de recevoir des textos qui sont des blagues sur la mort de Michael Jackson. A ces anglais ils sont terribles mais certaines blagues sont franchement droles, ca fait meme pas une heure qu'il est mort et ils s'y mettent deja... Bon j'ai pas fait avancer le schmilblique mais encore merci pour ton altruisme.

Commentaire n°10 posté par SeB le 26/06/2009 à 01h08
Bonjour Seb,

J'espère que les arts martiaux vont au-delà de l'outil de survie. Mais effectivement la cohérence martiale doit rester le fondement de la pratique.

Quand à l'esthétique elle ne doit pas être recherchée mais simplement être une conséquence.

Comme tu le dis le point de convergence se situe dans l'accomplissement personnel.

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 28/06/2009 à 05h01
Bonjour Léo,

Je me permet une petite intervention sans prétention. Ma femme a suivi un parcours d'artiste et nous avons pu comparer nos progressions.

Pour moi, le point de rencontre principal entre art et "art martial" est justement ce cheminement, cette manière d'avancer sur une voie sans fin et d'apprendre et progresser à chaque pas, de se remettre en question en permanence pour aller toujours plus loin.
Commentaire n°11 posté par DG le 26/06/2009 à 10h42
Bonjour DG,

Mais tes interventions sont toujours sans prétention à ce que je sache ;-)

Je suis tout à fait d'accord avec toi, l'art et de la pratique martiale partagent le fait d'être des voies.

Amicalement,

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 28/06/2009 à 05h03
Bonjour Léo,

sujet passionnant, merci de développer ! :-)

Je ne suis pas d'accord avec la confusion que tu fais entre la dichotomie jutsu / do et l'interpénétration du jutsu et du do dans les arts martiaux.

Pour moi l'outil = "jutsu" est bien évidemment au service de l'objectif = "do".

Mais peu importe la traduction plus ou moins littérale que je fais de ces deux mots japonais. Ce qui importe c'est la définition du mot "maître" et la personnalité de ceux qu'on peut qualifier comme tel.

Un maître, ça maîtrise, non ?

Celui qui maîtrise l'outil est déjà un maître. Que tu l'appelles "expert" n'y changera rien :D. La maîtrise d'un outil est quelque chose de plus facile à objectiver en tous cas que la maîtrise dans une ou l'autre voie, surtout lorsqu'il s'agit de "réalisation personnelle" !

Effectivement, celui qui semble être "avancé" sur une voie peut aussi être appelé un maître. C'est d'autant plus vrai lorsque l'avancée sur cette voie a nécessité la maîtrise préalable des divers outils de progression. Mais ce n'est qu'un autre niveau de maîtrise, voire une maîtrise dans un domaine différent.

D'ailleurs s'agissant de "réalisation personnelle", les "voies" sont aussi multiples que les individus. Toutes n'interprètent pas l'équilibre de la même façon que celle que tu nous présentes. C'est ce que j'ai essayé de traduire dans ma réponse à Ivan.

Vu sous cet angle, je comprend que ta définition du maître est sur le fond un aveu de ta part sur ce qui constitue pour toi la réalisation personnelle ;-).

Bien à toi, amicalement.

Mat.
Commentaire n°12 posté par Mat. :-) le 26/06/2009 à 12h09
Réponse ici.

Amicalement,

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 30/06/2009 à 09h27

Vu sous cet angle, je comprend que ta définition du maître est sur le fond un aveu de ta part sur ce qui constitue pour toi la réalisation personnelle ;-).

... dans le cadre du budo, bien entendu ;-) (désolé de l'imprécision) ...

Commentaire n°13 posté par Mat. :-) le 26/06/2009 à 12h12
Réponse ici.

Amicalement ;-)

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 30/06/2009 à 09h27
en ce qui concerne la voie du thé, je préfère celle du café : kawa.
Bises, Virginie
Commentaire n°14 posté par virginie le 26/06/2009 à 22h30
Ah les goûts et les couleurs ;-)

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 28/06/2009 à 05h22
Bonjour Léo,

A propos de peintres utilisant leur corps de façon admirable,  j'ai été trés touchée par celui-ci que j'ai eu la chance de voir à l'oeuvre à Paris il y a quelques mois...Admirable, dans le sens  où le corps est véritablement habité.
http://www.youtube.com/watch?v=A5JpSm4a8Qc&feature=channel_page
Commentaire n°15 posté par Elisabeth le 27/06/2009 à 10h23
Bonjour Elisabeth,

Merci pour le lien. J'ai été voir ensuite son site internet.
Je ne suis pas spécialement touché par sa peinture mais il semble en tout cas vivre intensément son acte.

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 28/06/2009 à 04h53
Personellement, j'écris, et je pense qu'il y a un point commun entre l'art martial et l'art qui, quel qu'il soit, n'est pas martial: on ne réalisé les choses correctement que lorsque l'on en arrive à un niveau de concentration qui fait qu'on "n'est" plus là. les seules choses que je juge correctes dans ce que j'ai écrit sont celles écrites dans ces périodes d'"absences". Ou l'on s'oublie, en fait, on cesse de filtrer l'information, après, ça ne dis rien sur le niveau, mais en tant qu'école de discipline, je pense que ça se rejoint. Et puis on enregistre les perturbations, leur provenance, et plus on y travaille, mieux ça marche. En fait, les deux libères, et d'une certaine façon, stabilise, je pense qu'il y a un lien entre tous les arts, si ils sont pratiqués avec l'attention que l'art mérites: l'art en soi n'est qu'un moyen de se réaliser. Du moins, c'est ainsi que je le vois. 
Commentaire n°16 posté par Martin le 01/07/2009 à 14h46
Bien entendu il est possible de créer ainsi. Mais je ne sais pas si cela est un point de vue général dans l'art occidental. C'est une façon de voir qui me semble relativement récente et qui ne me semble pas avoir été abordée par beaucoup. Des gens tels que Picasso ou Dali qui étaient des monstres d'égo s'oubliaient-ils? Sans doute, difficile à dire.
De même, voir l'art comme un moyen de se réaliser me semble être un point de vue plutôt récent dans l'art occidental ou l'oeuvre me semble avoir été plus importante que le cheminement de l'artiste en tant qu'homme.

Quoi qu'il en soit bonne pratiques, martiale et artistique!

Léo
Réponse de Léo Tamaki le 02/07/2009 à 05h51

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