Budo no Nayami

Entretien avec Kuroda senseï (2): interpréter un samouraï

19 Juillet 2009 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Entretiens

"Ma femme regardait Tenchijin et j'ai essayé de voir la série avec elle. Au bout d'un moment j'ai commencé à être agacé sans trop savoir pourquoi jusqu'à ce que je comprenne qu'il s'agissait des coiffures. Les acteurs principaux n'étaient pas coiffés à la mode traditionnelle comme leur rôle l'aurait exigé, mais avaient pour la plupart simplement leurs cheveux attachés en arrière. (rires)
Lorsque j'étais enfant les séries ou films historiques étaient tournées avec un souci de la reconstitution. Jusque dans les années 50 les femmes avaient les sourcils rasés, les dents noircies comme leur personnage le requérait. Puis petit à petit ce souci de précision a disparu jusqu'à ce qu'on en arrive à voir des séries historiques avec des coiffures contemporaines. C'est un peu la même chose que la différence entre "heta na keïko" (entraînement maladroit) et "dame na keïko" (entraînement incorrect). La question n'est même pas que les acteurs soient bons ou pas.
Je me souviens d'avoir vu Tsubaki Sanjuro à sa sortie. J'avais trouvé Mifune vraiment sale. (rires) Bien sûr maintenant on n'a plus du tout cette impression. Quoi qu'il en soit il y avait un vrai souci de reconstitution dans ce film et il se regarde très agréablement."





Mifune Toshiro dans Tsubaki Sanjuro


Note:
-Tenchijin est un taiga drama, une série télévisée qui dure une année. L'histoire se déroule au 16ème siècle et conte le destin de Naoe Kanetsugu, un vassal du célèbre seigneur Uesugi Kenshin.


Un fossé intergénérationnel
Les japonais ont énormément changé. Les différences entre les jeunes nippons et ceux d'il y a cinquante ans sont bien plus importantes que celle qui séparent les mêmes générations de français, que cela soit aux points de vue physique ou mental.
Sans aller jusqu'à la caricature, force est de constater que les jeunes hommes japonais pâlissent généralement de la comparaison avec leurs aînés. Ce qui n'est pas le cas des femmes. Souvent mince, presque malingre, les jeunes de l'archipel ont souvent une allure androgyne. Leur faire interpréter des rôles de samouraï est une gageure…

Il y a deux ans est sorti au Japon un remake de "Tsubaki Sanjuro", un excellent film de Kurosawa. J'ai tenté de le regarder dans l'avion lors d'un de mes retours en France mais, même en accéléré je ne suis pas parvenu au bout. Le jeu des acteurs n'était absolument pas à la hauteur, leur allure ne correspondait pas aux personnages qu'ils étaient censés incarner et les duels étaient pénibles à voir.
Il existe aujourd'hui très peu d'acteurs japonais ayant la carrure suffisante pour interpréter de façon convaincante des samouraï. Quoi que l'on pense du "Dernier samouraï", une de ses réussites fut de choisir judicieusement les acteurs japonais principaux, Watanabe Ken et Sanada Hiroyuki. Ce que ne réussirent ni les producteurs de Tenchijin ni du remake de Sanjuro…




Tsubaki Sanjuro, l'original...


... et le remake...

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Alexis 01/08/2009 10:33

Genki?En lisant l'article, un commentaire m'est venu en tête. Il est vrai qu'aujourd'hui, afin de rentabiliser et promouvoir des films (et faire du pognon!) les producteurs et réalisateurs choisissent des acteurs à "belle gueule", afin que les jeunes puissent s'y identifier, mais hélas au mépris de détails historiques importants. Je suis surpris aujourd'hui que des réalisateurs japonais, forts d'un passé historique glorieux, réalisent des films sans soucis des anachronismes.Il me semble (corrige moi si je me trompe!) que déjà bien avant la période d'Edo, les japonais se rasaient le front lors de leur passage de l'adolescence à l'âge adulte. C'est sûr que ce n'est pas ce qui se fait de plus "mode" de nos jours, mais pourtant un signe de matûrité voire de noblesse à cette époque; alors quand on voit un jeune héros avec une chevelure magnifique mais non rasée, on pourrait tiquer...Matane!

Léo Tamaki 02/08/2009 15:32



Je ne suis pas certain que les libetés historiques soient récentes si on prend le cinéma dans sa globalité mais cela semble presque être la règle aujourd'hui. Il est vrai qu'au Japon il y a eu
des réalisateurs très soucieux de "réalisme" historique tels que Kurosawa et qu'il ne semble plus y en avoir. Mais cela ne fait sans doute que répondre aux attentes du public qui s'en
contrefiche...

Léo



Arnaud 22/07/2009 09:53

Premier commentaire aussi, même si je garde un oeil sur ce site de temps en temps (un très bon site, félicitation :-) )Après avoir lu l'article et vu les deux vidéos je me suis rappelé d'une notion: le media framing. Plus simplement, la façon dont un public réagit à une information dépend très fortement de la façon dont l'auteur le présente. Le lien avec votre article est qu'avant de regarder la deuxième vidéo, je me suis dis que sa qualité serait automatiquement inférieure à celle du film de Kurosawa. Je ne peux m'empêcher de me demander si j'aurais eu la même réaction si j'avais regardé le remake en premier, puis le trailer de l'original et enfin lu l'article.Enfin bref, merci beaucoup pour tous vos articles. C'est toujours un régal de les lire (que ce soit sur ce site ou dans Dragon Magazine/Arts et COmbats)

Léo Tamaki 28/07/2009 21:50



Merci pour la lecture ;-)

En effet tout dépend de la façon dont une information est présentée. Mais cela va au-delà des média car toute communication est une manipulation, consciente ou non ;-)

Cordialement,

Léo



matthew 21/07/2009 13:24

meme si je regarde les films en vo,  je cherche généralement les titres en francais...cela dit, bon été, et bonne rochelle (d'ou ce post est écrit si je ne me trompe pas).

Léo Tamaki 28/07/2009 20:24



Merci et bon été à toi :D

Léo



david 20/07/2009 18:07

C'est un remake? Je dirais plutôt une parodie! ;)Concernant le dernier samourai que j'ai plutôt apprécié et je trouve qu'il essaye de retranscrire assez fidèlement les idées du bushido et du budo.C'est la première fois que j'écris un commentaire sur votre site Léo et j'en profite pour vous dire Bravo et Merci car j'adore vos propos et votre manière de les exprimer.Question: faites vous des stages en Alsace?Sincères salutations.

Léo Tamaki 28/07/2009 17:12



J'écrirai prochainement sur "Le dernier samouraï" car ce film a eu un impact intéressant au Japon. Personnellement j'avais surtout apprécié la première moitié du film.

Concernant l'Alsace je m'y rendrai... quand on m'y invitera :D

Merci pour votre lecture.

Sincères salutatons,

Léo



Jean-Claude 20/07/2009 10:32

Cher Léo,Je n'ai pas vu les films que tu cites mais étant fan de Kurosawa Akira, je vais inscrire "Tsubaki Sanjuro" dans la liste des DVD pour ma "DVD-thèque idéale".Quant au "Dernier Samouraï" ton avis est intéressant car bien que le film ne m'ait pas fait vibrer, j'ai trouvé très convaincant la prestation de Watanabe Ken et de Sanada Hiroyuki. Si tu ne l'as pas encore fait, je te conseille vivement "Lettres d'Iwo Jima". Ce qui m'a marqué dans ce film c'est que son personnage (le général Kuribayashi) représente de manière authentique (de mon humble point de vue, bien sûr) les "véritables valeurs aristocratiques" d'un samouraï. A savoir de l'humilité à être au service de son pays, de ses soldats et de sa famille. Et en plus un véritable amour pour sa famille, ses soldats et son pays. A mon sens, l'un ne va pas sans l'autre.Grâce à ce personnage, on est bien loin de la caricature du bushido comme outil de propagande des désirs impérialistes des dirigeants qui mèneront le Japon et les japonais à l'humiliation en 1945.Encore une fois, ce n'est que mon humble avis.Bonne été à toi et profite bien de(s) stage(s) en France ou ailleurs.Amicalement,Jean-Claude

Léo Tamaki 28/07/2009 17:10



Cher Jean-Claude,

"Sanjuro" est un film que tu ne regretteras pas, j'en suis certain ;-)

J'ai vu "Lettres d'Iwo Jima" que j'avais en effet bien apprécié. Une oeuvre sobre sur un sujet si difficile.

Bon été!

Amicalement,

Léo