Budo no Nayami

Interview Léo Tamaki, "L'apôtre de la transformation martiale"

29 Juillet 2009 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Interviews

Léo Tamaki est l'un des collaborateurs réguliers de Dragon et beaucoup le connaissent au travers de ses colonnes et des interviews exceptionnelles qu'il a réalisées auprès des plus grands maîtres. Pourtant il est probable que peu d'entre vous sachent qu'il est aussi un des pratiquants les plus talentueux de sa génération. Léo sera le premier expert de la série de vidéos que j'ai décidé de produire à travers Art et Combat. A l'occasion de la sortie prochaine de ce DVD il a accepté de passer de l'autre côté du micro. Par Pierre-Yves Bénoliel.




Bonjour Léo peux-tu nous parler de ton parcours martial?
J'ai commencé à pratiquer le Judo vers l'âge de six ans. A l'adolescence je me suis ensuite tourné vers le Kung-fu, ça impressionnait plus les filles. (rires) Je suis ensuite passé par une forme de self-défense puis le Full-contact et le Karaté. J'ai finalement débuté l'Aïkido à vingt-et-un ans et le Shinbukan il y a quatre ans.

Cela fait presque trente ans de pratique!
(Rires) Oui dis comme cela ça peut paraître impressionnant. En réalité il y a eu une ou deux années sans, mais surtout, jusqu'à à peu près 18 ans c'était simplement une pratique de loisir. Au final cela fait un peu plus de vingt-cinq ans que je pratique avec disons une quinzaine d'années intensives.

On voit beaucoup de jeunes passer d'une pratique souple à une discipline dure. Des adolescents qui ont pratiqué l'Aïkido par exemple qui passent au Karaté, au Taekwondo ou au Jujitsu. Toi tu as fait la démarche inverse. Est-ce parce que le combat ne t'intéressait plus?
C'est vrai que le passage d'une pratique "externe", dure, à un travail plus souple se fait généralement lorsque les pratiquants prennent de l'âge et ne sont plus intéressés par l'aspect combat. Ca n'a pas été mon cas.
J'ai toujours apprécié le combat et j'aime toujours ça. Mais j'ai trouvé dans l'Aïkido puis le Shinbukan des pratiques souples qui m'ont parues plus efficaces. Au Japon on dit "Ju yoku go o sei suru", le souple vainc le dur. Cela dit il ne faut pas croire que la transition s'est faite aussi nettement, simplement en changeant de discipline. Lorsque j'ai débuté l'Aïkido je le pratiquais de façon très dure et ça a duré pendant presque dix ans. J'ai d'ailleurs pratiqué pendant un temps le Kyokushinkaï en parallèle au Japon au Hombu dojo. Il est difficile de lutter contre la testostérone lorsqu'on est jeune!




Il t'a donc fallu une dizaine d'années pour abandonner le combat.
Oh non, il m'arrive encore de combattre, même si ce n'est plus aussi fréquent que par le passé. Je suis encore en pleine formation dans ma pratique. J'ai donc besoin d'évaluer régulièrement l'intérêt de tel ou tel type de travail au travers de ses résultats. Je crois qu'arrive un moment où il n'est plus nécessaire de combattre. Mais je n'en suis pas encore là. Le problème est de ne pas combattre pour combattre, s'affronter pour le plaisir, pour satisfaire son égo. Le combat est un test, il ne doit pas être la base de la pratique. Ca a été mon cas pendant très longtemps.
L'essentiel de la pratique martiale telle que je la conçois est la modification de l'utilisation du corps. Et cela ne peut se faire qu'à travers un travail technique précis. Dès lors que l'on multiplie les combats on devient obnubilé par l'idée de la défaite ou de la victoire. Afin de vaincre on modifie la technique et le long travail sur le corps disparaît immédiatement.
Dans les disciplines obéissant à des règles telles que le Judo ou le Karaté sportifs, les compétiteurs modifient les techniques à l'extrême en veillant juste à ne pas sortir du cadre des règles. Finalement ces modifications se répandent dans la discipline d'origine qui perd peu à peu la richesse de son enseignement. Les changements sont opérés par des compétiteurs qui ne maîtrisent qu'une partie superficielle de la discipline et leur vision à court terme supprime tout ce qui ne produit des résultats qu'à long terme. Même si ces résultats sont beaucoup plus importants et efficaces.

Le combat est trop souvent un moyen de se rassurer, de flatter son égo et son désir de puissance, de domination. Dans les sports de combat c'est un rituel qui est très éloigné du combat de survie réel où les habitudes que l'on a travaillé à rendre spontanées dans un cadre sécurisé sont très dangereuses.

Peux-tu préciser ce que tu entends par là?
Imagine un champion de sport de combat qui s'est entrainé pendant dix ou quinze ans de façon intensive. Considère qu'il pratique une discipline pieds poings. Ses centaines ou milliers d'heures d'entraînement ne l'ont pas préparé à réagir à un coup de pied dans les parties car cela est interdit dans son sport. Lors d'une frappe au ventre il contracte ses abdominaux. Mais que se passe-t-il si au lieu d'un poing c'est un couteau qu'il reçoit? De même un pratiquant d'une discipline de lutte a l'habitude de prendre une garde où son visage est très proche de celui de son adversaire, où il a le bassin en arrière. Que se passe-t-il si son adversaire lui met un coup de tête?
Les réflexes que les athlètes de sport de combat développent sont liés à des préconceptions qui sont logiques au regard des règles de leur discipline et qui leur permettent d'être plus efficaces à l'intérieur de ce cadre. Mais les règles des sports de combat sont quelque chose d'effrayant dans le contexte du combat réel où les cibles et les techniques les plus importantes sont celles qui sont interdites en compétition. Je ne tiens pas à critiquer les champions qui ont un investissement énorme et sont quasiment imbattables dans leur domaine. Simplement cela ne représente qu'une partie, très limitée, de la pratique martiale.
On entend ou lit parfois des commentaires du type: "Oui mais maître X face à champion Y ne tiendrait pas deux secondes.". Mais c'est complètement stupide, cela revient à comparer des choses qui n'ont rien à voir. Est-ce que Rostropovitch pouvait faire plus de bruit que Metallica avec son violon? Probablement pas. Mais ce n'était pas non plus son but.
Un champion de sports de combat s'en tirera généralement bien dans un combat rituel, une petite "bagarre", car il pourra utiliser ses qualités physiques. Dans un ring et protégé par des règles il battra probablement même des membres des forces spéciales tels que les SAS ou les Spetsnaz. Mais il n'aura quasiment aucune chance de faire face à ces hommes rodé au combat à mort dans une lutte sans aucune règles. N'envisageons même pas le cas d'un combat au couteau…

C'est un peu la différence que tu mentionnes souvent dans tes chroniques entre le bujutsu, le budo et le kakutogi. Peux-tu nous en parler?
Les bujutsu sont les techniques martiales traditionnelles. Ce sont les disciplines qui étaient pratiquées par les bushi, les guerriers japonais. Leur but est de détruire l'ennemi de la façon la plus rapide et la plus efficace. Il n'existe aucune limitation morale ou technique quand à la façon de le faire, la survie du pratiquant reposant sur la mise en application de son savoir.
Les budo sont les voies issues des bujutsu. Ils ont été créés entre la fin du 19ème siècle et le milieu du 20ème. Les plus célèbres et les plus pratiqués sont le Judo, le Kendo, le Karatédo et l'Aïkido. Leur but est l'éducation de l'homme aux niveaux physiques et spirituels. La pratique est un support dont la finalité destructrice est secondaire. Ce sont des disciplines avec une éthique forte qui délimite généralement leur panel technique.
Les kakutogi enfin, sont les sports de combat issus des budo. Ils comprennent les versions sportives des budo ainsi que des disciplines nouvelles telles que le Kick-boxing. Ce sont des loisirs sportifs nés du milieu du 20ème siècle à nos jours. Ils visent à permettre la confrontation de deux adversaires dans le cadre le plus égalitaire et sécurisé possible. En conséquence ils sont très normés et leur éventail technique est très limité.
Cette catégorisation correspond aux arts martiaux japonais mais les pratiques martiales dans leur globalité rentrent généralement plus ou moins dans une de ces catégories.




Les budo et les bujutsu ne sont-ils pas, au fond, d'essence similaire?

Cela dépend de ce que tu appelles leur essence. Il peut y avoir selon les disciplines et les écoles une grande similarité. Mais il faut bien comprendre qu'à la base les bujutsu ne comprenaient pas un enseignement moral même si, bien évidemment, le comportement du maître et des anciens était un enseignement en  lui-même. Les samouraïs étudiaient le confucianisme et les matières morales de façon séparées. Les techniques, bien que transmettant un enseignement théorique, se basaient sur des situations pragmatiques. L'élève apprenait par exemple à trucider un messager ou un invité par surprise. On lui apprenait à tromper, lancer du sable au visage de l'ennemi, etc… Il faut bien se souvenir que la probabilité qu'un pratiquant ait à se servir de son art pour défendre sa vie était extrêmement élevée. Parmi les maîtres du bujutsu certains, tels que Miyamoto, ont atteint un état d'éveil. Mais c'était une conséquence, non pas un but. A une époque où les défis et duels étaient fréquent un adepte n'était pas mesuré en terme de réalisation spirituelle mais au nombre d'ennemis défaits.
Les budo au contraire sont des méthodes d'éducation. Si certains de leurs maîtres se révélèrent des combattants redoutables, parfois même dans des situations de vie ou de mort, leur enseignement technique est souvent très éloigné de la réalité. Il suffit d'imaginer un pratiquant de Kyudo sur un champ de bataille pour comprendre l'écart qui peut exister entre une discipline à visée pratique tel que le bujutsu et le rituel des budo. Le bujutsu et le budo sont des pratiques cousines mais différentes. Toute comparaison entre elles est un peu biaisée parce que même si elles peuvent avoir des résultats similaires, c'est plus une exception que la règle et leurs buts sont très différents.

Qu'en est-il du Systema ou des méthodes de self-défense modernes et des arts martiaux artistiques?
Les arts martiaux artistiques peuvent être classés dans les kakutogi. La confrontation ne se fait pas par le combat mais par une évaluation de formes, comme en patinage artistique. Mais les compétitions de formes existent aussi en Karaté sportif par exemple.
Pour le Systema ou les méthodes de self-défense il est vrai qu'elles ne se classent pas facilement dans une des trois catégories. En fait ce type de travail est très minoritaire au Japon qui est un pays très sûr et où les gens ne vivent pas dans la crainte d'une agression. Les méthodes de self-défense dont l'un des principaux attraits est de pouvoir développer une capacité à se défendre rapidement ne présentent donc pas l'attrait qu'elles peuvent avoir en France ou aux Etats-Unis. Ceux qui cherchent à savoir se battre choisissent simplement une discipline issue d'un des trois groupes majeurs.
La classification bujutsu/budo/kakutogi est une simplification qui recèle quelques exceptions et des chercheurs comme Donn Draeger en ont d'ailleurs élaboré des beaucoup plus pointues. On pourrait classer le Systema et quelques méthodes de combat modernes comme des shin-bujutsu, techniques martiales modernes, et les méthodes de self-défense comme des goshinjutsu, techniques de self-défense.
Le problème des disciplines modernes est qu'il faut du temps pour séparer le bon grain de l'ivraie. Si le Systema fait indéniablement partie de la première catégorie et a largement fait ses preuves, ce n'est pas le cas de beaucoup de nouvelles disciplines qui malheureusement ne sont pas toujours éphémères.

Quelle est la différence entre un goshinjutsu et un shin-bujutsu?

(Rires) La définition des choses est nécessaire pour en parler précisément mais elle nous amène parfois à trop rentrer dans le détail. Une des différences essentielles est que les self-défenses sont normalement créées et enseignées de façon à rester dans le cadre légal. Elles visent à se protéger d'agressions et non de tentatives de meurtres. Pour respecter la notion de proportionnalité, toutes les techniques létales sont donc logiquement bannies.
En revanche un shin-bujutsu est un système de combat moderne qui, comme les bujutsu traditionnels, vise à détruire son ennemi de la façon la plus radicale dans le minimum de temps. Bien sûr les versions enseignées au grand public sont édulcorées mais c'est l'essence de la discipline pour ceux qui la pratique dans le cadre d'un besoin réel.
Il y a aussi une différence notable au niveau de la pratique. Alors que la plupart des méthodes de self-défense modernes sont basées sur une utilisation du corps en tension, proche de ce que l'on trouve dans les kakutogi, sports de combat, le Systema de Vassiliev repose sur la souplesse et le relâchement comme dans les bujutsu authentiques. Si la première forme de travail peut être efficace, cela reste très limité par rapport à la seconde.
Les disciplines naissent en accord avec les besoins et l'esprit de l'époque dans laquelle elles sont créées. Aujourd'hui les adversaires que l'on pourra rencontrer dans une vie n'auront probablement qu'un savoir martial très limité. Les méthodes modernes de self-défense sont donc suffisantes et donnent des résultats satisfaisants dans un temps limité. Un bushi du 16ème siècle n'avait quasiment aucune chance de terminer sa vie sans affronter un autre guerrier et participer à plusieurs batailles. La présence de la mort comme éventualité était donc présente en permanence dans son esprit. Même si l'on suppose qu'il avait dépassé la peur de la mort, il lui restait le désir de servir son seigneur et d'amener la gloire sur le nom de ses ancêtres. Son investissement dans un art extrêmement sophistiqué était donc une évidence.
Les sports de combat et leur médiatisation correspondent aussi, malheureusement, à notre époque…




L'efficacité en combat repose donc à ton avis sur la modification de l'utilisation du corps?
Pas obligatoirement. Hino senseï est comme tu le sais un maître qui a beaucoup combattu, notamment dans la rue. Il a fait face à de nombreux adversaires armés de chaînes, couteaux, mais aussi armes à feu. Un soir nous regardions des vidéos d'arts martiaux chez moi et je lui en ai montré une d'un célèbre instructeur français de self-défense. Il a trouvé son travail très intéressant et m'a donné des explications passionnantes qui m'avaient échappées sur ce qu'il démontrait. Je lui ai alors demandé s'il pensait que cet homme avait modifié l'utilisation de son corps. Il m'a dit: "Pas du tout. Cette personne a beaucoup combattu et ça se voit. Ce qu'il enseigne est intéressant et efficace en combat mais il n'y a pas de modification de l'utilisation du corps.".

Les méthodes de modification de l'utilisation du corps nécessitent un investissement en temps et en intensité très important avant de donner des résultats. Prenons l'exemple de bushi qui s'entraînaient chaque jour pendant six heures. Au bout d'un an ils avaient cumulé plus de deux mille heures. Six mille en trois ans. Aujourd'hui un pratiquant assidu pratiquera environ trois heures par semaine. En enlevant les vacances et les jours fériés cela fera en gros cent-trente heures dans l'année. Il lui faudra près de cinquante ans pour pratiquer autant que le bushi en trois ans! Sans compter que le pratiquant actuel le fera généralement dans un esprit de détente alors qu'il s'agissait d'une question de vie ou de mort pour le bushi.
La modification de l'utilisation du corps est pour moi la clé de la plus grande efficacité. Mais elle nécessite un investissement important avant que le pratiquant puisse développer une efficacité en combat dessus. Les méthodes de self-défense travaillent en se basant sur l'utilisation du corps classique quotidienne des pratiquants et donnent de meilleurs résultats à court-terme.

Qu'est-ce que cette modification de l'utilisation du corps?

(Rires) LA question. Cela peut recouvrir des choses très différentes selon les écoles. L'enseignement de l'Aunkaï d'Akuzawa senseï est la plus extraordinaire méthode de développement, génération et réception de force que j'ai vue. Le travail du Shinbukan de Kuroda senseï développe le corps le plus souple et le plus sensible que j'ai rencontré. L'enseignement de chaque école reflète les conceptions du combat de son fondateur.
Fondamentalement on peut dire qu'il y a une modification de l'utilisation du corps à partir du moment où il devient capable de réaliser des choses de façon différente. Bien évidemment dans le contexte martial il faut que cela apporte un plus, à savoir une augmentation de l'efficacité en combat. De l'extérieur le geste d'un adepte pourra sembler similaire à celui d'un individu quelconque. Mais le travail interne sera totalement différent, de même que les effets de son mouvement. Il peut s'agir d'employer des muscles différents afin de réaliser le même geste, ou d'utiliser les mêmes muscles mais de façon différente. Les variations sont innombrables.

Cette modification du corps n'existe-t-elle que dans les disciplines martiales?
Beaucoup d'hommes confrontés à des situations de vie ou de mort ont modifié la façon d'utiliser leur corps, souvent sans en être conscient. Je parlais récemment avec un alpiniste de très haut niveau qui m'expliquait que son corps flottait. Et j'avais effectivement perçu chez lui une "légèreté" qui ne correspondait pas à son poids. Ukimi, le corps flottant est une théorie de l'école de Kuroda senseï. Il ne s'agit pas du même flottement et il n'est pas réalisé dans le même but mais dans les deux cas il y a modification.
La question n'est pas de savoir si l'homme peut arriver à utiliser son corps différemment et plus efficacement, il le peut. La question dans les traditions martiales concerne la transmissibilité d'un tel enseignement. Et les ryu avaient réussi à créer des méthodes permettant de modifier l'utilisation du corps de leurs adeptes.
La notion de vie ou de mort place l'être humain dans un état incroyable où celui qui arrive à dépasser sa peur devient capable de mobiliser des ressources extraordinaires. Les hommes qui ont vécu cette tension de mort tout au long de leur existence ont développé une science du corps sans équivalent dans l'histoire de l'humanité. Malgré leur investissement dans leurs disciplines les athlètes ne connaissent pas cet état. C'est pourquoi nombre d'entre eux viennent chercher chez Kono senseï ou Hino senseï un savoir plus fin que celui de leurs entraîneurs qui leur permettra d'améliorer leurs performances.




Tu parles de la pratique en termes d'efficacité martiale, de modification de l'utilisation du corps. L'aspect spirituel ne t'intéresse-t-il pas?
Les voies martiales sont pour moi une méthode d'éducation du cœur, du corps et de l'esprit. Pour beaucoup le budo est une pratique issue des bujutsu mais qui s'en est éloigné dans la pratique. Mais à mon sens le budo doit être plus que le bujutsu dans le sens où il devrait intégrer celui-ci tout en y ajoutant une composante éthique. Je comprends que pour certains l'aspect martial ne soit pas important dans la quête de développement personnel qu'ils ont entreprise. Mais pourquoi alors s'embarrasser d'un décorum martial superflu? Il existe beaucoup de méthodes de développement comme le Yoga qui ne font pas référence au monde martial et qui sont autant sinon plus efficaces. J'ai choisi la pratique martiale parce que c'est un univers que j'aime. Pour moi il est important de garder la cohérence martiale si nous désirons atteindre les résultats que nous cherchons par cette voie. Le budo que j'essaie d'enseigner contient donc l'aspect martial issu du bujutsu, mais il est important et nécessaire d'y ajouter une dimension éthique.

Comment cela se traduit-il? Enseignes-tu cela par la parole, en citant des maîtres par exemple?
Non, généralement pas. Effectivement si je devais le faire je le ferai en citant des maîtres car je suis sincèrement loin de toute réalisation spirituelle. Je crois que la pratique de l'Aïkido contient en elle l'enseignement d'Osenseï. C'est cela qui fait sa grandeur et son génie. C'est un message universel parce qu'il est au-delà des mots. Il n'a pas besoin d'être verbalisé pour être compris.
Les techniques de l'Aïkido sont des métaphores. Le conflit qu'elles simulent est résolu par une technique martiale mais dont le cœur est la compassion. L'activité physique donne lieu à une transformation spirituelle. Celui qui passe son temps à bloquer des tsuki et à y répondre par un tsuki évoluera différemment de celui qui les esquive et redirige son adversaire avant de le contrôler avec douceur. En Aïkido chaque technique se termine normalement par la préservation de celui qui l'applique mais aussi de celui qui la reçoit, même s'il est contrôlé.
Bien sûr martialement parlant le message de Ueshiba est une utopie! Mais elle est de celles qui changent le monde. Je crois que son héritage est aussi important que ceux que nous ont légués Gandhi ou Martin Luther King. Sans doute même plus car elle se passe d'explications.
Le pratiquant lambda qui vient s'inscrire dans un dojo d'Aïkido y vient généralement pour des raisons assez triviales. Il cherche à se détendre, se remettre en forme, apprendre à se défendre, etc… Petit à petit et sans qu'il s'en rende compte la pratique le changera. De façon relativement superficielle en améliorant sa santé, en le distrayant, mais surtout au plus profond de lui-même. Cours après cours il fait face à des attaques et apprend à y répondre par la non-opposition. Entraînement après entraînement il applique des techniques empreintes de compassion face aux attaques qu'il subit. C'est tout naturellement que ce comportement déteindra sur chaque acte de sa vie quotidienne, faisant de lui un homme qui développe son potentiel en intégrant une éthique humaniste.
J'ai toujours considéré que les budo, et plus particulièrement l'Aïkido, étaient les pratiques martiales qui devraient être les plus répandues. Nous n'avons jamais autant eu besoin de méthodes d'éducation efficaces qu'aujourd'hui où règnent l'argent et l'individualisme. Le respect de soi et des autres qui sont la base des budo est une valeur en voie d'extinction…

Pourquoi considères-tu que le message de Ueshiba est une utopie?

Parce que préserver son adversaire est quelque chose de très difficile. Il faut avoir un niveau bien supérieur au sien pour le faire sans danger. Il est bien plus facile de détruire son adversaire. Il est d'ailleurs significatif que ce type de pratique se développe surtout dans les pays "sûrs" dans les catégories de population les moins susceptibles de subir des agressions. Mais encore une fois c'est la plus belle des utopies. Celle qui parfait l'être humain. Et celui qui cherche l'efficacité la trouvera aisément dans l'Aïkido s'il sait lire entre les lignes… Les racines du bujutsu sont encore très proches.




Tu es japonais de par ton père. Tu parles japonais et vis au Japon. Crois-tu qu'il est important de connaître la culture du pays d'origine de la pratique que l'on a choisie?
C'est une question très compliquée… Comme je le disais l'Aïkido est universel et se suffit à lui-même. Il se passe de mots et il n'est donc pas nécessaire de parler japonais ou d'étudier le Shinto. Par contre il est indispensable de remettre les disciplines que l'on pratique dans leur contexte si on veut en obtenir l'efficacité. Non pas dans le contexte culturel au sens où on l'entend habituellement, mais le contexte du quotidien.
Une discipline traditionnelle pratiquée avec le corps utilisé de façon moderne ne peut donner naissance qu'à une efficacité très limitée. Les méthodes martiales traditionnelles japonaises sont basées sur une utilisation du corps qui est fondamentalement différente de celle d'aujourd'hui. Comme l'explique Kono senseï les japonais d'antan avaient une marche homolatérale. C'est-à-dire qu'ils avançaient la jambe et le bras du même côté simultanément et que leur colonne vertébrale ne vrillait pas par rapport au bassin. Par ailleurs ils marchaient sur l'avant du pied, le talon étant sorti de leurs zoori ou setta. Aujourd'hui tout le monde, même au Japon, marche de façon controlatérale en attaquant le sol avec le talon. Les résultats ne peuvent évidemment être les mêmes s'ils sont basés sur des fondements radicalement différents.

Faut-il alors marcher comme les japonais du passé?
(Rires) Le danger est de tomber dans les extrêmes. Il n'est pas nécessaire de singer les samouraïs pour pratiquer les arts martiaux. Mais effectivement, marcher sans vriller la colonne, même en gardant simplement le torse de face, peut amener de nombreux changements au niveau de la pratique. De même que ne pas frapper le sol avec le talon, à défaut de marcher sur l'avant du pied.
La marche est l'activité physique  fondamentale de l'homme. Sa maîtrise est le premier pas vers la modification de l'utilisation de votre corps. On dit d'ailleurs que l'homme a acquis son humanité lorsqu'il a adopté la position debout. Chacun, même le plus occupé d'entre nous, marche quotidiennement. Il ne tient qu'à chacun de transformer ce temps passé notamment à se rendre à son lieu de travail en pratique martiale. D'abord par le travail sur la forme, ensuite sur la sensation. Les qualités telles que centrage, disponibilité, relâchement peuvent être développées très efficacement. Aujourd'hui les gens pensent savoir marcher parce qu'ils arrivent à aller d'un point A à un point B. Cela revient à dire que l'on sait faire de la musique parce que l'on arrive à faire du bruit en appuyant sur les touches d'un piano.

Tu insistes en permanence sur un travail en relâchement et en souplesse et il semble que tu as presque banni le travail en tension. Pourquoi?
Tout simplement parce que le travail en tension n'est pas efficace dans le cadre d'un combat réel et face à quelqu'un de plus fort que soi. Il n'est pas non plus efficace dans un combat sportif mais cela porte moins à conséquence. Le travail en tension est efficace dans certains domaines tels que la course de vitesse, l'haltérophilie et de nombreux autres sports. En combat il ne fonctionne que face à des personnes plus faibles physiquement et/ou techniquement. Ce n'est pas grave pour des sportifs dont la défaite ne signifie pas la mort. En revanche on comprend que les adeptes du passé ou quelqu'un comme l'expert de Systema et vétéran des Spetsnaz Vladimir Vassiliev qui a connu les champs de bataille, l'aient depuis longtemps abandonné.




Alors que Ueshiba était considéré par ses pairs comme un combattant extraordinaire l'Aïkido est aujourd'hui critiqué en raison de son manque de réalisme. N'y a-t-il pas là un véritable malaise?
Absolument. L'Aïkido est surtout critiqué en raison de ses attaques irréalistes. Et c'est justifié. Si l'attaque est incorrecte la réponse est sans intérêt puisqu'elle se fonde sur un postulat faux. Par contre la critique est souvent mal dirigée. Généralement ce sont les formes des attaques, les frappes à mains ouvertes ou les saisies, qui sont critiquées. Hors ces attaques correctement réalisées sont très efficaces. Le problème vient en réalité de leur exécution.
Si les frappes des pratiquants d'Aïkido font rire ceux de Karaté ce n'est pas par leur forme car ils utilisent aussi les attaques à mains ouvertes. Simplement les frappes sont faites en s'exposant et à une distance incorrecte, les saisies sont réalisées à partir de positions vulnérables, etc… Mais surtout, toutes ces attaques sont faites en tension. La tension rend le geste visible, lent, totalement inefficace. Sans compter qu'on rentre alors dans un monde de compétition de force.
Les saisies figées en force sont une autre spécificité ridicule de l'Aïkido. Une saisie en force ne permet pas de sentir ce qui se passe dans le corps du partenaire. Elle ne permet de contrôler qu'un segment infime de son adversaire et en aucun cas de l'empêcher de frapper. Elle ralentira aussi tout mouvement de celui qui l'exécute. C'est une façon d'attaquer qui s'est développé peu à peu sur la base d'une incompréhension et qui n'existe dans aucune autre discipline. La non-compétitivité de l'Aïkido est une de ses richesses. Mais en dehors d'un enseignement clair et précis elle donne lieu à des dérives de ce type. Celui qui cherche une cohérence martiale doit comprendre que s'il avait à se battre, ce type de réaction serait suicidaire.
Si on étudie aussi notre discipline dans son contexte d'origine il est évident que toutes les saisies du kimono devaient être légères. Un kimono est un vêtement très délicat qui était décousu avant d'être rangé. L'unique couture qui retenait la manche à la veste se déchire à la moindre utilisation de force. Une saisie légère comme celles de Tamura senseï ou Kuroda senseï leur permet de sentir, contrôler et annuler le moindre geste de l'adversaire.

La technique ne peut-elle permettre de compenser un écart de force?
Si, mais de façon limitée. Simplifions avec une parabole mathématique où le vainqueur est celui qui a la plus haute valeur absolue. Si j'oppose ma force de 5 à celle de 7 de mon adversaire je perds. Si la technique me permet d'ajouter 3, je gagne. Imagine maintenant que j'ai une force de 2 et mon ennemi une force de 8. Même en additionnant les 3 de la technique mon 5 est insuffisant et je termine au cimetière. Si je n'oppose pas ma force de 2 ou 5 à l'adversaire mais le relâchement, il n'y a aucune limite. C'est le secret de l'efficacité martiale. C'est ce qui permet aux maîtres âgés de se défaire avec aisance de jeunes adversaires vigoureux. C'est l'enseignement du Tao Te King, "le faible vainc le fort, le souple vainc le dur".
Toute technique reposant sur des angles et des leviers est un travail de recherche d'efficacité relative. La véritable technique martiale est une recherche d'absolue. Bien sûr ce sont des grands mots et de belles théories. Mais il y a un enseignement concret derrière.

Lors d'une agression ou d'un combat le corps rentre en tension. Ne vaudrait-il pas mieux apprendre à agir à partir de là?
La tension naît de la peur. Elle provoque non seulement une contraction de nombreux muscles inutiles, mais aussi de nombreuses fibres inutiles dans les muscles dont nous avons besoin.
Notre corps et notre esprit sont liés. Il existe un aller/retour permanent entre eux et tout changement d'état chez l'un a une conséquence immédiate sur l'autre. Imagine que quelque chose t'effraie soudainement. C'est une réaction de ton esprit qui se traduit instantanément par une réaction de ton corps. Généralement une tension de tout le corps dans un geste de protection ou de repoussement, au pire de paralysie. Ta respiration s'accélère et devient saccadée. Tu t'essouffles très rapidement, tu as les jambes qui tremblent et tu n'arrives plus à réfléchir correctement. Tu tombes très vite dans un cycle infernal où la peur entretient la peur.
Dans les méthodes de self-défense modernes qui ont pour but de donner à un quidam quelques moyens de réponse dans un temps limité il vaut probablement mieux ne pas chercher la complication et utiliser les réponses habituelles du corps quitte à n'aboutir qu'à une efficacité "limitée". Mais une efficacité limitée n'est pas suffisante pour celui qui met régulièrement sa vie en jeu. C'est pourquoi les bujutsu amenaient le pratiquant à modifier les réactions de peur instinctives qui sont contreproductives face à un adversaire expérimenté. Il faut apprivoiser la peur afin de conserver le corps relâché.
Mais la raison essentielle pour laquelle je pense que le travail de relâchement est important est que c'est celui qui modifie profondément notre esprit. De même que la peur créée la tension, le relâchement amène le calme et la sérénité. Nous vivons dans un monde où les agressions sont moins physiques mais ne sont pas pour autant moins nombreuses. Apprendre à se relâcher sur le tatami amènera un changement profond dans le comportement même du pratiquant, dans sa façon de faire face au stress au quotidien. C'est probablement là le plus grand bénéfice de la pratique.




Tu as rencontré de nombreux maîtres. Quels sont ceux qui t'ont le plus impressionnés?

Oh là c'est une très mauvaise question, tu tiens à ce que je me fasse massacrer? (Rires) Chaque interview a été une rencontre. Maintenant il est évident que certains m'ont touché plus que d'autres. Au niveau de la pratique ce sont les maîtres Tamura, Kuroda, Hino et Akuzawa qui m'ont le plus impressionnés. Au niveau humain Shimizu senseï est pour moi celui qui incarne le plus l'idéal du budoka.
C'est très difficile de répondre à ta question parce que comme tu m'avais donné carte blanche je n'ai interviewé que des gens qui m'intéressaient à la base. Sans vouloir dire comme à "l'école des fans" que tout le monde a gagné, je peux dire sincèrement que chaque maître que j'ai présenté m'a touché.

Peux-tu nous parler un peu du DVD qui est en train d'être finalisé?
Il s'agit d'un travail sur le tanto qui se décompose en trois parties. Les techniques y sont présentées sous trois formes. Tout d'abord les formes classiques qui peuvent être présentées par exemple lors des passages de grades. Ensuite les formes de type bujutsu, avec les variations dans le mouvement mais surtout dans la façon d'utiliser le corps pour les exécuter. Enfin les formes appliquées à la self-défense, le goshinjutsu.

Un mot pour terminer?
Les voies martiales sont multiples et peuvent nous apporter beaucoup. Mais pour cela il est important de savoir ce que l'on cherche et de ne pas s'illusionner sur sa pratique. Pour moi elles sont une incroyable méthode d'auto-éducation et m'on permises d'évoluer physiquement et mentalement.
Aujourd'hui le cinéma et la télé forment les bases de la représentation de l'efficacité qui est très éloignée de la réalité. Le travail en relâchement est la base d'une transformation du corps et de l'esprit. C'est grâce à ce type de pratique que l'adepte non seulement acquerra la plus grande efficacité martiale, mais surtout une transformation profonde et positive de son être qui l'amèneront à une meilleure qualité de vie.




Photos couleurs de Frédérick Carnet, photos noir et blanc de Hélène Rasse, excepté première photo, droits réservés.

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Morgane 04/03/2011 15:38



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apprentissage                                                                                         
Respect, Ouverture.


Voici un haïku que j'ai composé, qui j'espère, résume bien l'Aïkido.



Léo Tamaki 04/03/2011 16:18



Tu as mis le doigt sur des notions essentielles dans ton haïku.


Bravo et bonne continuation ;-)


 


Léo


 



Collenne 07/04/2010 17:33



Merci pour ces mots qui ont une véritable raisonnance de bon sens.



Léo Tamaki 08/04/2010 01:48



Merci!


 


Léo


 



Christophe M. 17/09/2009 00:25

Bonsoir Léo :) Ton enseignement me touche encore au coeur... Merci.de l'aikido au zen, du zen à l'aikido ;-) Christophe

Léo Tamaki 17/09/2009 17:22



Bonjour Christophe,

Merci pour ces quelques mots.

Bonne route sur la Voie,

Léo



benoit 21/08/2009 20:08

Bonjour Léo, j'avais bien aimé l'image avec le score en force ,  le score en technicité et leur rapport.... Tu parles aussi de la self, alors justement: voulais tu dire en fait que certains des éléments de la self seraient relativement souvent du domaine du "truc et astuces"? ou alors est ce qu'en interprétant comme ça je déforme ton propos? ( pour le coté "truc et astuces" je parle ici de certains éléments de la self qui me semblent être de ce domaine là, et non de toute la self)amicalementBenoit

Léo Tamaki 23/08/2009 10:25



Bonjour Benoît,

A vrai dire je ne pensais pas en termes de score comme dans un contexte de rôliste même si à postériori je vois bien le rapport :D

Il y a des vendeurs de "trucs et astuces" dans tous les domaines. Cela satisfait les pratiquants qui ont l'impression de comprendre à peu de frais. Cela ne reste malheureusement que très
superficiel. Il y a en self des gens très compétents. Comme de véritables charlatans.

Amicalement,

Léo



david 12/08/2009 23:40

Bonjour Léo.En relisant le Gorin-no-Sho de Musashi, je suis tombé sur un paragraphe qui m'a fait penser au passage de cette interview où vous expliquez la façon d'utiliser son corps en marchant :"Il n y a pas de différence entre marcher et courir à la bataille et marcher et courir ds la vie quotidienne, si ce n'est la vitesse. La précision des mouvements du corps dépend totalement de la manière de se tenir. les pieds transportent le corps et le corps commande au pied. Marchez fermement en posant le talon en premier sur le sol, puis déroulez le pied jusqu'à la plante des pieds. Entrainez-vous juqu'à ce que vous ayez l'impression de vous déplacer sans bouger. N'utilisez pas plusieurs types de pas, sauts, glissements ou sautillements.Le combat est un aspect de votre vie si vous avez choisi la voie duguerrier. Ne changez pas d'attitude. (...)Les anciens nous conseillaient de marcher à la manière du Yin et du Yan. Que nous faisons un pas en avant, en arrière ou sur le côté , le 2ème pied doit être pris en compte comme faisant partie intégrante du tout. Lorsque vous attaquez en avançant le pied droit ou lorsque vous attaquez en reculant le pied gauche, l'idée est de déplacer le corps et non juste le pîed.Un déplacement de pied incertain pous vous ammener à trébucher et perturber votre équilibre. Cela fait perdre au guerrier tout son aplomb.il vous faut pratiquer les techniques des 2 côtés du corps. De cette façon, vous ne serez pas tenter de fonctionner ds une seule direction, ce qui serait absurde et limiterait votre technique. Ne soyez pas gaucher ou droitier. devenez les ddeux en pratiquant les mouvements ds toutes les directions."Je pense que ça rejoint ce que vous vouliez dire non?

Léo Tamaki 13/08/2009 06:07



Bonjour David,

Tout d'abord malgré mon égo démesuré je ne saurai sérieusement comparer mon opinion à celle de Miyamoto Musashi ;-)

Le texte que vous avez eu la gentillesse de citer est très intéressant car Musashi est l'un des rares maîtres ayant connu batailles et duels à avoir laissé des écrits contenant aussi des pistes
techniques.

La façon de marcher que décrit Musashi ressemble beaucoup à celle de Hino senseï. Elle est en revanche différente de celles de Kono senseï par exemple qui n'attaque pas le sol par le talon mais
en posant l'ensemble du pied. D'autres maîtres commencent par poser l'avant du pied. Je ne crois pas qu'il y ait UNE manière absolue. Il convient à chacun de suivre l'enseignement de son école et
de son maître ainsi que, à partir d'un certain niveau, d'expérimenter soi-même. La marche adoptée sera fonction de l'utilisation du corps et des stratégies prônées par l'école, le tout formant un
ensemble cohérent.

Merci pour ce passage intéressant qui contient une multitude d'enseignements.

Léo



Emmanuelle 03/08/2009 19:14

Juste Ciel!!!!:-))) C'est fort à propos:-)))!!!! Je n'avais pas du tout songé aux sectes! Mais en effet, les gourous vivent plutôt bien!!! En même temps, sur le marché de la spiritualité, ils ont plutôt le vent en poupe, ce serait dommage de se priver! ...:-( MAis je ne pense pas que les sectes soient motivées par une quelconque religion! elles n'ont pas même cette "excuse" si je puis dire, d'ête illuminées!Alors me voilà rassurée sur ta destinée Léo:-)Tu vois, je suis même gentille quelquefois:-)Bonne soiréeEmmanuelle

Léo Tamaki 04/08/2009 06:31



Ah les charlatans ne manqueront jamais...

;-)

Léo



Emmanuelle 02/08/2009 18:21

Léo, je te souhaite un tout autre destin que certains "créateurs" de nouvelle religion:-(((( On ne peut pas dire que leur carrière, souvent courte au demeurant, ait été jalonnée de douceurs et encore moins de dollars...:-DDD Heuhhh, moi je trouve que certains "pros des tatamis" s'en sortent plutôt pas mal question rémunération...Si le nombre de dans pouvait être proportionnel au respect de l'éthique martiale... malheureusement...je ne crois pas que ce soit le cas...Et l'appât du gain comme celui de la notoriété remplacent au fur et à mesure la voie pure...et l'apauvrissement guette..mais pas nécessairement celui du portefeuille...Bon, sur cette note acide, je suis malgré tout certaine, ou veux l'être, que la vigilance et la conscience ont toujours raison de tout alors...:-)))bon dimancheEmmanuelle

Léo Tamaki 03/08/2009 18:45



Ah il est vrai que certains prophètes tels Jésus ont eu une vie terrestre courte mais d'autres comme Mahomet en ont eu une longue ;-)
Et au Japon les créateurs de sectes vivent généralement longtemps et confortablement :D
Enfin ne t'inquiète pas, ce n'est pas dans mes objectifs et encore moins dans mes capacités!

Léo



GALLAND Régis 02/08/2009 11:52

bravo pour cette excellent interview Léo et bon courage pour ta série de vidéos !!régis

Léo Tamaki 02/08/2009 15:28



Merci Régis.
Pour la vidéo j'en suis au point mort, je reprendrai à partir de l'automne ;-)

Amicalement,

Léo



Laurylyan 31/07/2009 01:14

Bonsoir Léo Excuse-moi de me montrer un peu plus légère que le ton très sérieux qui prévaut, mais... là j'ai besoin d'un peu de légèreté face à lacouche de pommade !"L'apôtre de la transformation" ? Vraiment ? On va bientôt te retrouver aux côtés d'Elvis et de Michael ? Ou bien ce sera l'eau en saké ? Je ne dénigre ou ne mésestime en rien ton travail, au contraire même ! J'admire énormément certains choix que tu sembles avoir fait (seulement le semblant de vue par un coin de la lucarne de ta pratique).C'est seulement que le ton général de cette interview me semble (à moi hein ! juste à moi ! je ne parle que de mon ressenti ) un peu... comment dire... docte ?Enfin... tu vois ce que je veux dire... Enfin... j'espère que tu vois... 

Léo Tamaki 31/07/2009 01:25



Bonsoir Laurylyan,

Ah l'eau en saké, quel pouvoir magnifique ce serait :D

Bon pour le titre tu sais il faut bien que Pierre-Yves Bénoliel vende son magazine. En général c'est plutôt dans le genre "le maître du sabre" ou "le dernier samouraï". Je suppose que j'étais
trop jeune pour "le maître de la transformation martiale". ;-)
Enfin ça m'ouvre les portes de la création d'une nouvelle religion, c'est bien plus rémunérateur que la pratique martiale! :-))))))))

Léo



alex 30/07/2009 14:14

"Si on étudie aussi notre discipline dans son contexte d'origine il est évident que toutes les saisies du kimono devaient être légères. Un kimono est un vêtement très délicat qui était décousu avant d'être rangé. L'unique couture qui retenait la manche à la veste se déchire à la moindre utilisation de force."Bonjour, Dans son contexte d'origine, l'aikido se pratiquait deja en keikogi et non en kimono.Cela c'est si l'on parle du vetement lui même.Dans son contexte martial, il est issu en grande partie du daito ryu qui se pratique de maière rude dans les premiers niveaux.Dans les 2 cas le contexte d'origine ne plaide pas en faveur d'un touché subtil au travers d'une chemise de soie 

Léo Tamaki 31/07/2009 01:08



Bonjour Alex,

Le keïkogi, vulgairement appelé kimono, est la tenue de pratique de la majorité des voies martiales japonaises. Elle est devenue à ce point emblématique qu'elle est, avec la ceinture noire, le
symbole le plus connu des arts martiaux. Son utilisation est toutefois récente dans l'histoire des traditions martiales japonaises puisque sa paternité est généralement attribuée à Kano Jigoro à
la fin du 19ème siècle. Son utilisation commença à se généraliser dès l'ère Meïji et la plupart des traditions martiales l'adoptèrent, à l'instar du système de grades que Kano senseï avait aussi
développé. Jusqu'à cette époque les pratiquants d'arts martiaux s'entrainaient dans leurs habits du quotidien, kimono et hakama, avec toutes les variétés que cela pouvait impliquer, mais surtout
une fragilité notable.

Malheureusement l'adoption d'une tenue différente a modifié la pratique dans un phénomène similaire à celui de l'utilisation du shinaï en Kendo. Si ses premiers utilisateurs qui avaient une
connaissance de l'utilisation d'un bokken et d'un sabre l'utilisaient avec le même esprit, ce ne fut pas, de loin, le cas de la majorité de leurs successeurs. En Judo on peut encore voir des
vidéos de Kano senseï pratiquant des katas de Kito ryu en kimono. Bien qu'il s'agisse d'une école où l'on étudie principalement le combat en armures, il est flagrant de voir la légèreté des
saisies. De même dans les vidéos de Mifune Kyuzo, l'un des plus grands maîtres du Judo. Ce sont deux cas où, malheureusement, l'adoption de nouveau matériel a été source d'appauvrissement et/ou
de confusion.

L'Aïkido s'est en effet pratiqué en keïkogi dès ses débuts. Toutefois il existe de nombreuses vidéos où l'on voit Osenseï en démonstration en kimono. Qui plus est en kimono de cérémonie, fin,
élégant… et très fragile. Lors de démonstrations de nombreuses écoles traditionnelles continuent d'ailleurs à présenter leur travail en tenue de cérémonie, comme par exemple Kuroda senseï lors de
sa venue à la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels. N'oublions pas que ces démonstrations avaient et on encore souvent lieu dans des temples. Elles consistaient donc à présenter aux dieux
l'essence de la pratique et non un succédané.
Le keïkogi n'est ni plus ni moins qu'une tenue utilitaire, de la même façon que le jogging qui remplace souvent les habits de ville dans les cours de self défense. Dans le cas de l'utilisation du
jogging le danger revient à faire des mouvements aux amplitudes rendues difficiles par une tenue "classique". Dans le cas du keïkogi… à saisir fort.
N'oublions pas aussi que certaines techniques en Aïkido ont une forme liée à celle du kimono, notamment celles que l'on exécute sur sode dori, saisie de la manche. Les keïkogi ayant des manches
proches du corps, contrairement aux kimonos, il est important de faire attention à ne pas les saisir près du bras, empêchant ainsi le travail qu'implique cette attaque, à savoir bouger à
l'intérieur sans déranger. Si toute la manche est saisie le travail est modifié et s'apparente alors à la saisie du coude, hiji dori.

Quand au contexte martial, s'il est indéniable que le Daïto ryu constitue la base principale de l'Aïkido, je ne suis pas certain que la pratique rude soit un passage obligé. Ce n'est en tout cas
pas le cas dans toutes les écoles.
Il n'existe malheureusement pas de documents nous permettant de connaître l'art de Takeda Sokaku. Grâce aux quelques photos de lui qui nous sont parvenues on peut toutefois constater qu'il
pratiquait la plupart du temps en kimono et non keïkogi. Keïkogi qui constitue une arme pour l'attaquant et non celui qui le porte. Compte tenu de l'état d'esprit qui semble avoir été celui de
Sokaku on imagine mal qu'il ait adopté de façon régulière une telle tenue. Kondo Katsuyuki qui possède la plupart de ses effets personnels n'a aucun keïkogi lui ayant appartenu. En revanche il en
possède de son fils, Tokimune, et de l'amiral Takeshita Isamu. Ces tenues sont d'ailleurs exposées dans son dojo.

Il est vrai qu'aujourd'hui la vision que le grand public a du Daïto ryu est celle d'un style solide, carré, voire dur. Est-ce l'essence de cette discipline? Je ne le crois pas.
Takeda Tokimune a semble-t-il hérité de son père, même si cela était amoindri, un caractère méfiant. Kondo Katsuyuki, son successeur, raconte souvent les mystifications qui existaient dans son
enseignement. S'il s'en défend je pense qu'il mystifie aussi le public en présentant un style d'abord "simple" et "rude" et perpétue ainsi la tradition de l'enseignement de l'école.
Mon opinion est que l'essence du Daïto ryu repose sur un travail souple comme le présentait Horikawa Kodo où son successeur Okamoto Seïgo.

Pour continuer dans le contexte martial, il est évident qu'une saisie, particulièrement du keïkogi et aussi forte soit-elle, ne permet en aucun cas d'immobiliser quelqu'un. Par ailleurs la
sensibilité de l'attaquant sera inversement proportionnelle à la tension de l'attaquant. La saisie qui aurait dû lui permettre de sentir les gestes de son adversaire afin de les contrer/annuler
ne lui est alors plus d'aucune utilité. Par contre celui-ci sentira instantanément le moindre changement dans la saisie. Dans une perspective martiale où l'on cherche à rendre nos gestes
indécelables/invisibles, il s'agit d'une erreur fondamentale. Enfin une saisie forte/en tension ralentit toute action que voudrait entreprendre son exécuteur, que ce soit une frappe ou une
projection.

Bien entendu un toucher subtil semble moins efficace. C'est pourtant tout le contraire. L'Aïkido et la plupart des Jujutsu sont très liés au sabre. La saisie est la même, légère et subtile. Il ne
sert pas plus d'essorer le keïkogi ou le poignet de son adversaire que la tsuka de son sabre…

Léo