Budo no Nayami

Entretien avec Hino senseï (1): Budo, Bujutsu, Kakutogi

4 Octobre 2009 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Entretiens

Quelle est la différence entre les Budos, Bujutsus et Kakutogis?
Les Bujutsus et les Budos sont assez proches. Techniquement, même si dans les faits ils ne sont pas toujours semblables, ils n'ont aucune raison d'être différents. En revanche leur esprit l'est.

Le Bujutsu est lié à l'esprit de vaincre, à la victoire. Son étude a pour but de nous permettre de survivre en vainquant notre adversaire. Le Budo est une Voie. C'est un chemin de réflexion sur la vie qui va au-delà des concepts de victoire ou de défaite, même si leur pratique doit nous permettre de survivre en cas d'affrontement.

Les Kakutogis quand à eux sont des sports. Ce sont des affrontements régis par des règles dont le but est bien évidemment de gagner. C'est le monde du kachi/make (la victoire et la défaite). Les Kakutogis sont le monde du désir. C'est une activité que l'on fait pour soi. On veut devenir fort. On veut gagner les bagarres. Ils renforcent l'égo des vainqueurs.

Les Bujutsus et les Kakutogis sont différents techniquement mais ils gardent le côté enfantin du désir. Les Budos sont plus adultes dans le sens où ils ont dépassé ce clivage.


Budo, dépasser le côté enfantin du désir... (photo Jean-Baptiste Rosello)


Les techniques des Budo/Bujutsu sont donc différentes de celles de Kakutogi?

Oui, elles sont différentes. Les Kakutogi se pratiquent dans un cadre réglementé. Il y a des fautes, des pénalités, dans un cadre prédéfini. Les Budos/Bujutsus servent à protéger la vie dans le monde "réel". Tout y est donc permis.
En Judo quand on a réussi à projeter son adversaire on marque Ippon et c'est terminé. Mais cela ne se termine pas là dans le Bujutsu. Dans la "réalité" si on n'est pas tué on peut s'enfuir, réattaquer…


Est-ce que l'utilisation du corps est différente?

Les règles modifient l'utilisation du corps. C'est un peu comme l'athlétisme. Les champions du 100m s'entraînent pour gagner sur cette distance, ceux du marathon pour gagner sur la leur. Le résultat est totalement différent.
On pourrait croire que cela se ressemble car ils courent dans les deux cas, mais, les règles étant différentes, ils font des choses différentes. Et l'utilisation du corps est modifiée.



Budo (photo Jean-Baptiste Rosello)


Des mots employés de façon interchangeable… mais qui désignent des choses différentes
Au Japon il peut arriver qu'on emploie indifféremment dans une conversation les mots Budo, Bujutsu et parfois même Kakutogi. Le contexte permet de savoir à quel type de pratique on se réfère. Pourtant, dès lors que l'on pose la question de façon précise, on s'aperçoit que les pratiques présentent des différences marquées, même si les conceptions et définitions peuvent légèrement varier selon les maîtres.


Budo/Bujutsu
Selon l'aspect étudié les Budos et Bujutsus présentent des ressemblances ou des différences. D'après Hino senseï il n'y a pas de raison fondamentale pour que ces pratiques présentent des différences techniques. Je nuancerai toutefois du fait que les Budo présentent souvent un aspect "moral". La technique sert à préserver la vie. L'esprit est défensif et on n'y apprend pas à attaquer par surprise en saluant ou servant le saké par exemple, comme cela peut être le cas dans les Koryus. Cela n'empêchant nullement de prendre l'initiative en attaquant ou en amenant à attaquer.
Par ailleurs les Budos ayant un versant sportif comme le Kendo ou le Judo, outre les limitations morales, ont encore restreint leur panel technique pour des raisons de simplicité et/ou de sécurité.

Ces limitations sont cohérentes avec l'objectif de ces pratiques et ne présument pas d'un quelconque niveau d'efficacité éventuel.


Hino senseï donnera un stage du 8 au 16 novembre à Paris et fera une démonstration exceptionnelle à la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels 09 (NAMT09).




Note: Je n'ai pas enregistré ces entretiens et les écrits de mémoire. Il est donc possible que des erreurs se soient glissées dans ces retranscriptions mais j'ai pensé que l'intérêt des réponses dépassait le risque de mes erreurs. Je prie toutefois les lecteurs de ne prendre cela que comme une conversation rapportée qui pourrait nourrir des réflexions et non comme paroles d'évangiles.


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Anas 08/10/2009 01:58


Bonjour,
lu et relu, je ne trouve rien a direa part excellent article Leo, j'y ai trouve beaucoup de reponses.
Amicalement,
Anas


Léo Tamaki 08/10/2009 19:48



Merci ;-)

Léo



david 06/10/2009 23:01


Bonjour Léo,

vous dites que vous avez dèjà eu a vous battre dans la rue ce qui m'ammène a vous poser la question suivante :

Est-ce que votre pratique martial vous a aidé? Et si oui dans quelle mesure? mentale, physique, technique?
Et plus particulièrement quelle style avez vous ou quel techniques avez vous utilisé spontanément? Aikido? Karaté?

Bien que la voie ne sert pas seulement a savoir se défendre, je voudrais savoir si vous avez eu le temps et la disposition pour l'utiliser dans un tel moment.

Merci d'avance.

Salutations admiratives.


Léo Tamaki 07/10/2009 19:20




Bonjour David,


 


Je me suis en effet battu un certain nombre de fois dans ma vie. Et la pratique martiale m'a été d'un grand
secours. Cela dit il me serait impossible de dire avec justesse dans quelle mesure car cela nécessiterait déjà de pouvoir comparer ces expériences à des situations similaires où je n'aurai pas
pratiqué, hors j'ai débuté étant enfant.


 


L'impact a été différent selon les disciplines que je pratiquais. Au niveau technique d'abord car les
gestes qui me venaient étaient souvent issus (même si exprimés de façon moins orthodoxe), de l'art que j'étudiais. Au niveau physique bien sûr car les réflexes, la puissance et la rapidité
étaient liés au niveau d'entraînement.


Au niveau mental enfin aussi. La pratique de disciplines de contact dures et du combat permet de diminuer
la peur. L'Aïkido ensuite qui m'a, personnellement, permis de diminuer énormément ma tension et mon agressivité. Cela a eu pour conséquence de réduire de façon drastique les combats auxquels
j'ai été mêlé et lorsque la situation se présentait, d'agir différemment. Mais cela ne s'est pas fait du jour au lendemain et je dois avouer que lors de mes premières années de pratique de
l'Aïkido il m'est arrivé plusieurs fois de me battre sans… recul.


 


Quand aux techniques elles ont jaillies toutes seules si j'ose dire, dans le sens où toute réflexion dans
une situation de combat est un temps mort qui souvent ne pardonne pas. J'ai une très grande prédilection pour le mae geri que j'ai très souvent employé, et des formes "appliquées" d'irimi nage.
Encore une fois sans que cela soit réfléchi.


 


Cela dit il faut bien prendre garde à ne pas développer un sentiment de confiance en soi superficiel sur la
base de deux cours hebdomadaires car rien n'est plus dangereux. Un véritable combat comporte un nombre d'inconnues énorme et une grande part de danger. S'y préparer nécessite d'avoir cela à
l'esprit et de faire un travail adapté. Ce n'est généralement pas le cas de la plupart des dojos et c'est très bien ainsi, le travail du combat demandant un investissement que ne sont pas prêts
à faire la plupart des pratiquants, et une expérience que n'on pas la plupart des enseignants.


 


Amicalement,


 


Léo


 











Tangi 06/10/2009 22:46


konbawa,
 erte assidu avec des maitres japonais n'est pas facile car ils vivent et enseignent au japon ! oui , je sais cela fait l'effet d'un truisme;
une initiation par des stages, pardon , les stages que tu arrive a mettre en place permettent-ils de rentrer ds la profondeur de leur enseignement ? cela me semble difficile et ce qui va etre
évident pour l'un ....
mais peu importe, je désire y gouter, je fais dc déja un pas. J'ai relu l'interview d'Akuzawa et cela me motive bcp égalemnt, santé et martial, miam, en plus il ne dénigre pas la recherche
personnelle et la mise a L'épreuve  pour affiner et affiner et:::affiner tout au long de sa vie, ca me plait.

pour les dv nous aurons, je l'espère, l'occasion d'en discuter, qd à mon niveau, je dois bien avouer que je ne sais plus très bien ou me situer, j'ai l'impression de ne faire partie d'aucun style,
mais j'ai l'impression de garder mon esprit indomptable, roaaarrrrrr XD.

Assez envoutant ton post Emmanuelle ;-)

Tangi


Léo Tamaki 07/10/2009 18:48




Bonsoir Tangi,


 


En effet il n'est pas évident de limiter sa pratique aux rencontres que l'on peut avoir avec un maître
lorsqu'il vient en France. Il vaut généralement mieux combiner cela à une pratique qui ne soit pas antinomique, à défaut d'être proche.


 


Peut-on rentrer dans la profondeur de l'enseignement lors des stages? Cela dépend de chacun.
Personnellement cela m'apporte beaucoup mais tout ne convient pas à tout le monde et je peux parfaitement imaginer que des pratiquants repartent même avec la sensation de n'avoir rien appris.
C'est un processus personnel dont nous sommes les premiers responsables.


 


Concernant la recherche personnelle il s'agit pour moi de l'essentiel de la pratique… à partir d'un certain
niveau. A partir du moment où l'on dispose d'un bagage conséquent et de solides fondations.


 


Léo


 











Emmanuelle 06/10/2009 12:28


Bonjour,
paresseuse comme je le suis en ce moment...pourtant ce n'est pas ma tête qui est coicée:-) quoique....je me laisse porter par les images...
Hino sensei est vraiment très beau...Cette beauté profonde et apaisante...
Le voir bouger doit être assez envoûtant...Mais je n'aime pas trop avec la musique, ça me déconcentre:-)
Bon, maintenant, je vais lire ce qu'il dit:-)
Bonne journée
Emmanuelle


Léo Tamaki 06/10/2009 18:27




Bonjour,


 


Beau sujet que Hino senseï en effet qui a une véritable présence…


 


Bon rétablissement ;-)


 


Léo


 











Tangi 05/10/2009 19:15


Hey, Hey !

"possible de pratiquer sans s'illusionner" qu'est ce qui permet ca ou qui ? il faut necessairement s'eprouver d'une manière et avoir un avis qui puisse conforter qu'on soit ds un travail
pertinant.
Morphéus (je suis assez fan de Matrix) disait , voici la porte mais a toi de la franchir ! Certes, mais le chemin est long sans accompagnement; je me vois  mal faire 1000 jours d'acsese au
temple Katori ;-)
tu semble avoi rune experience de rue, Hino sensei de meme, il semble que son travail n'exige pas de passer par la, son enseignement permettant de faire sans ? je ne dis pas que dès qu'on a appris
une technique il faut aller "tacquiner" pour éprouver, je pense que des adeptes l'on fait. Un maitre n'est-il pas la pour nous eviter de s'égarer ?

Apparté concernant les vidéos de Hino sensei, comment faire qd on ne maitrise pas le japonais ? y at-il des sous-titres en anglais, au moins ? Si déjà le travail est subtil, et que tu as toi meme
confirmé le "vague" de la langue nippone... aie aie :-)

Tangi


Léo Tamaki 06/10/2009 05:03




Bonjour Tangi,


 


Il est possible de pratiquer sans s'illusionner…


Si le combat n'est pas la finalité de notre pratique.


Si on a déjà combattu.


Si notre maître a déjà combattu.





 


La pertinence du travail que l'on fait se mesure à son objectif. S'il s'agit de combat cela se divise
encore en combat sportif, self-défense, technique d'assassinat…


 


Effectivement c'est à chacun de faire son chemin. Personne ne peut pratiquer à notre place.


 


Il ne m'appartient pas de déterminer ce que permet l'enseignement de Hino senseï. Par ailleurs il faut bien
comprendre que les pistes qu'il donne en stage ne sont que la partie émergée de son enseignement qui nécessite, comme toute pratique profonde, une pratique assidue et continue.


 


En effet un maître est là pour guider et, le cas échéant, remettre sur les rails. Si tant est qu'on lui
accorde sa confiance.


 


Concernant les vidéos de Hino senseï elles sont en effet en japonais et pour l'instant non sous-titrées.
Mais une vidéo sous-titrée en français d'un stage de l'an dernier sortira à l'occasion de sa venue en novembre.


Pour les vidéos en japonais je connais des pratiquants qui en ont tiré profit. C'est un choix. Ne
connaissant ton niveau je ne peux pas te dire si tu arriveras à en profiter.


 


Léo


 











Travel 05/10/2009 11:35


Hey !
Promptitude, promptitude.
La confrontation avec un partenaire est évidente pour éviter de s'illusionner. Lorsque celui-ci est engagé sur une autre pratique martiale, c'est d'autant plus pertinant car il(ou elle 
d'ailleurs) sera "moins " coopératif. Ce qui arrive parfois ds la pratique, a force de tourner avec les meme personnes.
Comment arrive tu as pallier à ça ?
Tangi


Léo Tamaki 05/10/2009 12:12




On peut s'illusionner même en combattant régulièrement. D'autant qu'un partenaire n'est pas un adversaire.
De même qu'il est possible de pratiquer sans s'illusionner et sans combattre. Tout dépend de ce que l'on attend de sa pratique.


 


Les exercices de combat ne sont pas inutiles mais ils sont au contraire au cœur des illusions de la plupart
des pratiquants.


Rien ne remplace la réalité. Tel ou tel combattant très efficace peut tout à fait se retrouver paralyser le
jour où il se retrouvera face à une attaque imprévue et soudaine.


 


Je combats de temps à autre et j'ai eu d'assez nombreuses expériences dans la rue et dans les dojos pour
mettre tout cela en perspective.


 


Léo


 











Tangi 05/10/2009 09:34


Bonjour, de bon matin  !

C'est toujours très interressant d'avoir le ressenti et l'opinion de Maitres. Les choses sont clairement mis en lumiere, et j'envisage les choses de ce point de vue.  Perdre le souci de soi
même est une Voie ardue, mais je pense que cela vaut  pour mener une vie digne de ce nom.

Une nuance cependant sur ce que tu disiais à la fin, le niveau d'un grand sportif peut ne pas etre pertinant lorsqu'une confrontation sans règles s'amorce. Bcp dépendra de la capacité martiale
moblisable par chacune des partie. Mais il est clair que des confontations tiennet plus du combat de coqs et ritualisé entre mamifères que d'un kakuto bujutsu.

Matinalement
Tangi


Léo Tamaki 05/10/2009 11:01



Bonjour,

En effet l'expérience des maîtres est une richesse.

Concernant ta remarque je ne vois pas ce que tu veux dire car j'écrivais:
Ces limitations sont cohérentes avec l'objectif de ces pratiques et ne présument pas d'un quelconque
niveau d'efficacité éventuel.

Cela dit attention aux notions de combat ritualisé etc... dont Henry Plée a tant parlé. D'une part beaucoup de ses théories sur le cerveau ne sont plus d'actualité, d'autre part un combat est
rarement clairement dans tel ou tel domaine et un accident arrivant très rapidement, mieux vaut ne présumer de rien...

Léo