Budo no Nayami

Entretien avec Hino senseï (2): Reïgi saho, importance de l'étiquette

11 Octobre 2009 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Entretiens

Le reïgi saho est-il important?
Oui, c'est très important. Le reïgi permet de mesurer la valeur et l'esprit d'un homme en un instant. C'est important au quotidien mais vital dans le cadre d'un combat ou d'un duel.




De nombreux préceptes martiaux insistent sur le respect de l'étiquette. Cela est évidemment important du point de vue humain aussi je ne m'attarderai pas sur ce point. Mais comme l'explique Hino senseï, l'étiquette avait aussi des implications au niveau martial.
Dans le passé l'étiquette fut principalement développée par l'Ogasawara ryu, une école fondée par le clan guerrier Ogasawara. Dans un monde de samouraïs où la violence pouvait jaillir à chaque instant, l'étiquette permettait de développer la sérénité tout en assurant sa sécurité. Le reïgi permettait de montrer à son interlocuteur que l'on n'avait aucune intention agressive tout en se prémunissant d'une attaque en ne laissant aucune ouverture.

Comme le dit maître Kuroda, "…la personne la plus dangereuse est celle dont les manières sont les plus raffinées car elle ne laisse aucune ouverture…"

Aujourd'hui l'étiquette ne peut généralement vous fournir d'information sur la dangerosité d'un individu. Son respect permet toutefois de ne pas laisser d'ouvertures et d'éviter les situations offensantes. Dans le monde des Budo Bujutsu son application par un adepte vous donnera des informations, non pas sur son niveau, mais sur le degré de profondeur de l'enseignement qu'il a reçu.




L'étiquette en Aïkido
De même que sa pratique, l'étiquette préconisée par les différents maîtres d'Aïkido, comment saluer, se relever, prendre les armes, les transmettre, etc… est très variable.
Cela ne présente pas de soucis particuliers tant que les choix sont cohérents et dictés par une intention claire. Jusqu'à présent ce fut le cas chez tous les maîtres que j'ai rencontrés, quand bien même leurs conceptions fussent-elles opposées.




Hino senseï donnera un stage du 8 au 16 novembre à Paris et fera une démonstration exceptionnelle à la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels 09 (NAMT09).


Note: Je n'ai pas enregistré ces entretiens et les écrits de mémoire. Il est donc possible que des erreurs se soient glissées dans ces retranscriptions mais j'ai pensé que l'intérêt des réponses dépassait le risque de mes erreurs. Je prie toutefois les lecteurs de ne prendre cela que comme une conversation rapportée qui pourrait nourrir des réflexions et non comme paroles d'évangiles.

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Jean-Claude 21/10/2009 18:45


Cher Leo,
Ta reprise des éléments du post de Dave Lowry (que je qualifie volontiers de "papier de verre" dans sa manière de répondre sur les koryu) est plus que pertinente. De mon humble point de vue, les
koryu ne sont ni meilleurs, ni supérieurs,ni élitistes. Elles sont différentes, c'est tout. C'est une évidence, mais il faut le redire sous peine de se faire taxer, inutilement je pense, de snobs !
Leur logique propre de "monopole" d'un certain nombre de "techniques combatives" fait que les "partager" au grand public n'a pas plus de sens que de rendre public toutes les merveilleuses recettes
des grands chefs cuisiniers (qu'ils soient japonais ou européens, d'ailleurs).
Il y a certains trésors qui méritent quelques efforts et un certain engagement pour se les "approprier". Mais c'est comme le fast food et la cuisine gastronomique: chacun doit y trouver son compte
et ne pas mélanger ce qui ne le peut pas. Ni meilleur, ni supérieur, juste différent.

Oupps, j'ai un peu débordé mais ton commentaire m'a fait bondir (de bonne grâce !)

Amicalement


Léo Tamaki 22/10/2009 10:32



Cher Jean-Claude,

Dave Lowry est en effet quelqu'un de très intéressant même si beaucoup ne veulent pas entendre ce qu'il écrit.

Les koryus sont différents. Pas meilleurs que les budos, simplement autre chose. Les pratiquer REELLEMENT revient à modifier plus que son corps et sa façon de combattre, mais sa vision du monde.
Voler ou enseigner une ou quelques techniques n'a ainsi aucn sens.
D'autant plus que le cursus suit toujours une logique et que l'absence d'une étape dans l'étude rend le travail du reste inutile.

Amicalement,

Léo



Maxime 17/10/2009 08:25


Je me suis trompé dans le lien du précédent commentaire en fait c'est celui-ci: http://www.e-budo.com/forum/showpost.php?p=293815&postcount=34 .


Léo Tamaki 17/10/2009 18:38




Très intéressant article qui déplaira aussi à beaucoup de pratiquants. Un koryu n'est pas un budo moderne.
Il ne s'agit pas ici de comparer les capacités martiales mais le type de transmission que l'on peut attendre. Quelques passages parmi d'autres:


 


"It is rather a method to organise perception and reaction on a neurological and psychological
level sufficient to accomplish the acquisition and perfection of skills monopolized by the ryu."


 


"There are a lot of arrogant jackasses out there who think that a ryu is just a collection of
techniques. That’s why they make ridiculous arguments for ryu “sharing” their stuff to the uninitiated."


 


"It is extremely intense and very much isshin-denshin—direct transmission from teacher to
student."


 


Léo












Maxime 17/10/2009 08:21


Je viens de lire ce post de Dave Lowry sur E Budo. En filigrane apparait l'utilité d'éléments tels que l'étiquette à l'intérieur d'une tradition, martiale ou pas. Encore une fois la langue
d'outre-manche est un pré-requis: http://www.e-budo.com/forum/showpost.php?p=376018&postcount=24


Léo Tamaki 17/10/2009 18:24




Merci pour cet intéressant article, bien que son sujet ne corresponde pas à votre description comme vous
l'aves d'ailleurs noté dans votre second post :D


Celui-ci est toutefois intéressant et j'en partage les conclusions, même s'il peut apparaître déplaisant
aux personnes ne pratiquant pas un koryu.


 


Léo


 











benoit 16/10/2009 20:29


Bonjour Léo,
à part le coté "éthique/bienséance" , c'est vrai qu'on en entend pas souvent explicitement parler de l'intérêt stratégique  et diplomatique de l'étiquette,

sans doute parceque beaucoup de gens ont l'air d'avoir une approche "de roliste" avec les arts martiaux? non?

amicalement
Benoit


Léo Tamaki 16/10/2009 23:29



Je suppose que tu entends par roliste quelque chose d'assez négatif comme poseur, ou quelqu'un qui jou à être... Pourtant certains rolistes savent faire la part des choses et ne vont pas au dojo
pour jouer au petits samouraïs :D Moi le premier ;-)

Cela dit même cette approche amène certains à faire des recherches poussées afin d'assumer leur rôle. L'ntérêt martial de l'étiquette les intéresserait donc aussi à priori ;-)

Je crains surtout que l'étiquette ne soit souvent pas comprise, vécue, et ne puisse donc être enseignée.

Amicalement,

Léo



Phyllobius 16/10/2009 14:21


Les Anglophones trouverons à cette adresse un texte sur Ogasawara Ryu et l'étiquette: http://www.koryu.com/library/dlowry16.html


Léo Tamaki 16/10/2009 23:22



Excellent article de Dave Lowry, merci.

Léo



Tangi 13/10/2009 14:10


"aucune prise à une éventuelle hostilité", il me semble que c'est le DO de la pratique que l'on s'est choisi. C'est pourquoi on pouvait etre une Maître de calligraphie, que de thé... corps, esprit,
uni ds chaque instants de la vie.

Ce n'est pas tjs facile pour les personnes qui sont en dehors de cette recherche, (qui pour moi esseye d'etre quotidienne), de comprendre que l'on ne pratique pas avec des attitudes de "loisirs".
Parfois, Je me fais taxer de "penn trist", en breton cela veut dire  rabas-joie. Je devrais etre moins préocupé par ce travail intérieur ?, mais j'ai  l'appréhension du relachement et
qu'alors je perds du temps"puisque je ne pratique pas.
C'est un peu confus, cette deuxième partie ;-)

Tangi


Léo Tamaki 14/10/2009 00:49




L'unité du corps et de l'esprit est en effet une des pierres angulaires de tous les Dos.


 


Il est difficile de partager ce que l'on vit avec des personnes extérieures. Si la personne est réellement
intéressée, on peut commencer à essayer d'expliquer, étant bien entendu que rien ne remplacera l'expérience directe.


 


Pour le reste, quelle que soit l'envie de partager les trésors que nous découvrons, ce sera souvent
dépenser de l'énergie en vain que d'essayer de les partager avec des personnes qui ne s' sont pas intéressées elles-mêmes. Il faut laisser les gens venir à soi.


Il ne s'agit pas de changer sa propre attitude mais de faire et laisser-faire.


 


Quand à la perte de temps c'est une peur que j'ai aussi eu longtemps. Compter ses heures de pratique, se
faire des plannings, etc… Cela disparait lorsque ta vie devient pratique. Ce sont des grands mots mais c'est une chose finalement assez simple ;-)


Vivre sa pratique…


 


Léo


 











Maurice 13/10/2009 09:26


le respect.....!! j'ai la chance de pratiquer dans un club où on attache une importance au reïgi, et à tout ses "details" qui se pratiquent avant et après un cours (nettoyage...)
mais je pense que cela devient un problème beaucoup plus général, pas seulement dans les arts martiaux....je suis artisant et je forme des apprentis depuis plus de 20 ans et je m'aperçois de la
perte de ses valeurs: respect,  etiquette....
 il y a beaucoup de similitudes entre la transmission des arts martiaux et la transmission des metiers artisanaux, de maitres à élèves, dans le respect des traditions . il existe aussi une
"etiquette" dans nos metiers, qui permet de gagner en rapidité , fatigue (combat), une connaissance de notre environement,  des produits (tactique) et outils
(armes) que l'on utilise.....
aujourd'hui on ne prend plus le temps de s'attacher à ses détails et l'on veut directement passé "à l'essentiel".......
@+Maurice
 



Léo Tamaki 14/10/2009 00:09




Bonsoir Maurice,


 


C'est en effet une chance de pratiquer dans un environnement où le respect garde toute sa place.


Je suis d'accord, le problème dépasse de loin le cadre de la pratique martiale. Et l'étiquette, comme tu le
soulignes, a aussi un aspect utilitaire. Ce ne sont pas de simples formalités vides de sens.


 


Amicalement,


 


Léo


 











Jean-Claude 12/10/2009 10:48


Cher Léo,

Voici un sujet sur lequel tu pointes du doigt vers l'essentiel : le rei est d'abord le reflet d'une bonne qualité de relation ! A mon humble avis, ne pas laisser d'ouverture c'est non seulement
rester vigilant mais aussi manifester plus profondément (oserai je dire plus spirituellement) une parfaite sérénité qui permet de ne donner aucune "prise" à une éventuelle hostilité. En tout cas,
une parfaite maîtrise de l'étiquette signale une qualité d'être profonde. Je me rappelle de mon "frisson" quand j'ai revu le salut de Kuroda senseï lors de la NAMT 2007, pourtant c'était sur une
vidéo Dailymotion ou Youtube.
Bon, peut être que je redis avec mes mots maladroits ce que tu as dit de manière plus concise.


Amicalement

Jean-Claude


Léo Tamaki 13/10/2009 02:22















Anas 12/10/2009 03:35


ahhhh l'etiquette, voila quelque chose qui se perd dans ce monde, tant du point de vue Budo Bujutsu que du point de vue de la vie quotidienne. c'est dommage.
bien qu'elle ne permette plus maintenant, comme tu l'as dit, de se faire une idee sur le niveau du pratiquant, elle permet neanmoins de connaitre la profondeur de l'enseignement qu'il a recu.
c'est dommage qu'ici au maroc, nous avons des gens qui ne respectent plus rien, salut lances a la va vite entre partenaires, plus (jamais meme) de salut au shomen et bien d'autres et ce serait trop
long pour tout ecrire sur commentaire.
des fois j'ai l'impression que l'essence meme de l'art martail se perd, les deux seuls maitres que j'ai eu et ai toujours l'honneur et le plaisir de cotoyer (des maitres selon mon point
de vue et celui des eleves avec moi bien evidemment), qui respectent toujours la tradition sont mon maitre de kendo Maitre David Chan et Maitre Daniel Vaillant en aikido que je ne vois
que trop peu malheureusement par faute de temps.
je pense qu'avec la pratique et le temps on atteint un certain niveau ou l'on ne cherche plus que la technique en arts martaiux mais on cherche beaucoup plus loin.
encore merci Leo de partager avec nous tes idees ainsi que celles de grands maitres de par le monde.
Amicalement,
Anas


Léo Tamaki 13/10/2009 02:18




Bonjour Anas,


 


Je n'ai effectivement pas le sentiment que l'étiquette, et au-delà de cela, son fondement le respect, se
développent aujourd'hui. J'ai malheureusement aussi l'impression que c'est une chose qui se perd…


C'est en effet dommage parce que je pense que c'est la base indispensable de la vie en société de même que
le fondement d'un cheminement personnel dans le Budo.


 


Je ne connais pas la situation au Maroc mais si elle est telle que tu l'as décris c'est regrettable.


 


Un salut bâclé est pire qu'une absence de salut car c'est un signe d'impolitesse doublé d'hypocrisie.
Concernant le salut au shomen il semble que cela soit parfois dû à des conceptions culturelles. C'est un autre problème difficille.


 


Je pense que tu as raison de dire que l'essence de l'art se perd tant les géants du passé ont insisté sur
la courtoisie et l'étiquette, toutes disciplines confondues.


 


Merci pour la lecture et bonne pratique.


 


Amicalement,


 


Léo