Budo no Nayami

Aïkido Magazine, voyage à travers le temps

14 Janvier 2007 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Je déménage le 31 janvier. Cela implique beaucoup de travail, de démarches administratives mais aussi de rangement. J’ai commencé aujourd’hui à trier et classer les quelques 600 numéros de revues d’arts martiaux que je possède et j’ai découvert plusieurs choses.
Tout d’abord le fait qu'une fois rangées je ne m’étais pas aperçu de leur accumulation, de leur volume total et de leur poids! Certains cartons étaient si remplis qu’ils étaient indéplaçables.

J’ai accumulé la plupart de ces magazines depuis l’âge de douze ou treize ans. De cette époque malheureusement il ne que subsiste très peu d’exemplaires car j’en ai perdu ou jeté énormément lors de mes déménagements successifs. Au final, cette collection dont les premiers numéros datent de 1983 donne un aperçu très intéressant de la pratique martiale en France durant les vingt-cinq dernières années.
Bien sûr les médias ne donnent qu’un instantané très partial d’un ensemble très riche, mais ils gardent le parfum d’une époque. Il y a dans cette collection des magazines encore publiés actuellement tels que Dragon, Karaté Bushido, Budo international ou Ceinture noire, même si ils ont beaucoup évolués, en bien ou en mal, et de nombreux autres qui ont disparus tel que Dojo arts martiaux, Arts martiaux traditionnels d’Asie ou l’excellent Arts et combats. En les survolant je me remémore mes enthousiasmes de débutants et mes rêves d’adolescent. Une époque où la ceinture noire représentait à mes yeux un statut de réalisation absolue et une maîtrise totale de l’art du combat!
Il est aussi intéressant de voir les personnalités qui marquent le paysage martial depuis plusieurs décennies telles que les maîtres Tamura, Mochizuki, Tissier ou Nakahashi entre autres, côtoyer des champions aux célébrités éphémères…

J’ai la chance de posséder dans cet ensemble une petite collection de magazines qu’une amie de mon frère Isseï lui avait donnée lorsque j’habitais au Japon. Il me les avait gentiment offerts (prêtés? il faut que j’éclaircisse ce point) et je les avais lus avec grand intérêt. Il s’agit en fait des plus anciennes revues que je possède puisqu’elles datent de 1983 et que je n’ai commencé à en acheter moi-même que deux ou trois ans plus tard.
Il y a parmi elles Bushido et quelques numéros d’un périodique appelé Aïkido magazine, édité à l’époque par la FFAAA. En le feuilletant je suis tombé sur une interview très intéressante de maître Nocquet où il est intérrogé sur sa pratique au Japon, maître Ueshiba, etc… En le relisant je suis tombé sur des passages qui pourront éclairer des questions actuelles sur la vie de maître Tamura et la pratique des armes dans l’Aïkido. En voici deux très courts extraits :

Aïkido Magazine : A l'époque d’Osenseï, pour la petite histoire, sa photo n’était, bien sûr, pas affichée au kamiza. Comment se faisait le salut et comment débutaient les cours ?

André Nocquet : On saluait l’autel. Maître Ueshiba rentrait dans la salle et se dirigeait directement vers l’autel. Il se recueillait un moment, puis il saluait. Il disait des sortes de mantras. Enfin, il se retournait vers les élèves et d’un seul coup, il prenait Tamura senseï. Il le poussait sur le tapis et ça commençait très fort. Quand il faisait irimi nage, ça y allait. Qu’est ce que Tamura senseï a pu chuter au dojo d’Osenseï ! Je n’ai jamais vu un homme chuter autant que Tamura senseï. Il chutait tout le temps, tout le temps.

A.M. : On dit que Osenseï n’enseignait jamais le sabre ni le bâton à son dojo ?
A.N. : Il m’a toujours dit que le tanto, le bâton, le sabre, c’était le prolongement du bras. Il faisait des démonstrations au bokken mais ne l‘enseignait pas. Je n’ai jamais vu des élèves, bokken en mains, exécuter avec lui des suburis, par exemple. Il préconisait souvent : "Vous devez être forts manuellement et passer par les techniques de "bois". Faites ikkyo, nikyo, sankyo,… travaillez dur.".
Durant mon séjour au Japon, j’ai eu l’occasion d’être invité cinq jours à Iwama, à 200 kilomètres de Tokyo, avec le maître Ueshiba. Cette fois-là, Osenseï m’a montré le bâton. Je lui ai demandé pourquoi on n’enseignait pas le bâton à Tokyo. Il m’a répondu : "Oh, là-bas, il n’y a pas assez de place. On n’a pas le temps…".

Il est temps que je reprenne mon rangement mais il va falloir que j’essaye de ne pas ouvrir la moindre revue !



Aïkido Magazine n°2



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