Budo no Nayami

Passages de grades en Aïkido (à nouveau)

10 Juin 2007 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Juin 2007

Revenu en France trois semaines en mai j’ai malheureusement dû partir avant les passages de grades de juin.
Isseï, mon frère, quatre pratiquants d’Herblay et une ancienne élève qui est aujourd’hui chez mon ami Brahim Si Guesmi se présentaient. Je viens juste de voir les vidéos de leurs passages et je suis vraiment satisfait de leur travail.

Je me suis déjà exprimé sur l’importance (non-importance) des passages de grades mais je voudrais revenir brièvement sur le sujet.

Se présenter à un examen n’est jamais évident. Lorsqu’il y a des spectateurs cela rend l’épreuve encore plus ardue. Mais ce sont bien sûr ces difficultés qui donnent tout son intérêt à ce rituel.
J’ajouterai que la pratique que je demande aux élèves de présenter est éloignée de notre travail habituel sur de nombreux points. C’est une difficulté supplémentaire mais comme dit le proverbe : « Qui peut le plus peut le moins ! »


Isseï Tamaki


Les élèves disent souvent qu’ils doivent tout à leur professeur. Et les enseignants répondent en disant qu’ils n’y sont pour rien et que ce sont les élèves qui ont tout fait. La réalité est généralement à mi-chemin de ces déclarations pleines d’humilité.

Un mauvais professeur avec de bons élèves ne donnera naissance qu’à de mauvais pratiquants. Des élèves inconstants et inattentifs avec un bon professeur donneront au mieux des pratiquants passables. Pour que le pratiquant soit bon il faut que le professeur et les élèves le soient tous deux. Et cela n’est pas aussi fréquent qu’on pourrait l’espérer…

Quel est le rôle du professeur ?
L’enseignant sera bien sûr la référence technique. Peut-être pas la référence ultime si les élèves vont régulièrement suivre des experts tels que Tamura Nobuyoshi ou Christian Tissier, mais la référence de leur quotidien.
Il devra aussi donner envie à l’élève. Envie de pratiquer, de travailler, faire les efforts et sacrifices nécessaires pour arriver à la même aisance et au même plaisir de pratique que ceux dont il fait preuve.
Pour finir il devra prêter attention à l’élève en le corrigeant et l’ encourageant lorsque cela s’avère nécessaire.

Le pratiquant quand à lui doit faire preuve d’assiduité, d’attention, de confiance, et surtout pratiquer, encore et encore.
La pratique régulière d’une Voie martiale ne va pas sans difficultés. Le travail, la famille apportent bien sûr du plaisir mais aussi leur part de tracas et obligations quotidiennes. Dans ces conditions faire preuve d’assiduité est rarement évident.
De même être attentif après une journée de travail est loin d’être chose aisée. Que la journée ait apporté son lot de mauvaises nouvelles et le pratiquant aura du mal à se défaire de ses soucis. Quand bien même elle eut été bonne, la fatigue sera inévitablement présente.
La confiance enfin doit être totale pour accepter les conseils de son professeur. Chose difficile à une époque où le web est le porte-voix de tous les Samouraïs de l’internet. Et il y a beaucoup de voix discordantes dans le monde de l’Aïkido, chacune s’employant à dénigrer les autres pratiques et à justifier la sienne… Ces maîtres du clavier sont experts dans l’art d’instaurer la confusion chez les élèves naïfs qui voient en eux autre chose que des prosélytes brillant plus sur les écrans que sur les tatamis.

J’ai plus que de la chance à Herblay car les pratiquants possèdent ou ont développé dans leur très grande majorité les qualités que tout enseignant espère trouver chez ses élèves. Et comme chaque année les résultats sont au rendez-vous lors des passages de grades. Quatre sur quatre en février, six sur six en juin. De beaux passages que j’ai vus avec plaisir. Merci pour vos efforts !

Je dois ajouter que la préparation finale qui a eu lieu ces derniers mois s’est effectuée sous la direction d’Isseï et que lui-meme s'est préparé seul. Une marque de plus de son excellent travail d’enseignant :D

Sandan:
Isseï

Nidan:
Yannick

Shodan:
Thierry
Hervé
Frédéric
Catherine


Et un grand merci à Gilbert Nguyen Cao Khuong pour les vidéos.


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Laurent 13/06/2007 11:57

Passage de grade : un sujet déjà abordé ensemble mais sur lequel je reste très réservé.
Il est vrai que c'est une nécessité pour tout pratiquant qui cherche à se faire valider sa progression ou plutôt à ce que celle-ci soit validée par ses pairs et ses professeurs. C’est aussi un moyen d’obtenir une certaine crédibilité et ainsi de se rassurer. Tout arguments parfaitement louable en soit.
Mais si le pratiquant se satisfait du seul regard de son maître pour le corriger et l'inciter à progresser, si le seul plaisir du pratiquant est de se retrouver sur le tatami et de suivre tant bien que mal les indications du professeur, quel peut être l'intérêt pour lui de passer des grades ? Un seul argument à mes yeux : la situation du passage. Cette situation est unique au regard du travail effectué en "cession de cours" car le regard des autres ne se portent jamais aussi précisément sur le pratiquant. Reste à ce dernier de savoir si cette situation est si importante pour lui, si elle peut réellement lui apporter un plus tant dans sa pratique que dans son quotidien.
Cette notion de passage de grade se rapproche un peu trop à mes yeux à un jugement péremptoire valide qu'au moment où il a lieu. Le professeur connait son élève et si celui-ci lui fait une confiance totale dans le cheminement à suivre, le passage de grade devient inutile pour l’élève.
Alors l'autre question n'est-elle pas à l'égard du professeur. Le passage de grade ne lui permet-il pas aussi de faire valider son travail aux yeux des autres pratiquants et des autres professeurs ? Dans ce cas, la situation est inversée. Ce n’est plus seulement l’élève qui passe le grade mais aussi le professeur.
Dans la tradition des arts martiaux et des écoles traditionnelles, y-avait-il des passages de grades ? La position que le professeur donnait à son élève par rapport aux autres n’était-il pas la validation du travail effectué ? Une sorte de récompense et de reconnaissance du niveau atteint ?
Bref, un sujet dont on reparlera encore probablement ;-)
 
Cela étant, un grand Bravo à  tous, Grégoire, Sabrina, Julien, Gilbert, Thierry, Hervé, Frédéric, Catherine, Yannick et Isseï mais aussi à leur professeur Léo.

 

Amicalement,
Laurent

 

Léo Tamaki 13/06/2007 19:49

Je reviendrai sur la problematique des passages de grades plus profondement dans l'avenir mais je voulais rebondir sur quelques points tres justes que tu as souleves.
Tout d'abord il faut savoir que les grades ne sont qu une ivention recente qui n etait d'aucune utilite lorsque la pratique etait "utile" et utilisee. Aucun grade ne protege sur un champ de bataille...
La pratique doit etre quelque chose de personnel. Aussi il n y a pas vraiment de necessite a la faire "valider".
L'interet est ailleurs. Tout d'abord il s'agit de se mettre en position de stress dans une situation difficile et de voir comment on arrive a gerer cela. Mais l'essentiel est probablement que cela oblige a "ordonner" les techniques. Afin de les memoriser dans l'optique d'un examen on analyse parfois mieux afin de memoriser plus facilement. D'autre part cela permet a l'enseignant de voir un travail global, ce qui est rarement le cas pendant un cours.
Apres  les grades ont effectivement de multiples defauts, notamment celui de donner une assurance factice. C'est un piege illusoire evident mais dans lequel beaucoup tombent.
Un probleme "grave" a mon sens des passages de grades "modernes" (de maniere relative car les grades sont des inventions recentes), est qu'ils sont souvent effectues devant un jury qui ne connait rien a votre pratique et juge plus une "performance" ponctuelle standardisee.
Il est aussi vrai comme tu le remarques que les resultats des passages de grades "valident" en quelque sorte l'enseignant. C'est aussi un piege dont il faut etre conscient. Cela est plus facile lorsque le travail quotidien au dojo est assez eloigne des criteres standardises comme a Herblay mais cela reste un risque.
Il faut aussi admettre qu'un echec est en partie l'echec de l'enseignant qui a accepte de presenter son eleve. Cela peut-aussi bien avoir ete volontaire pour permettre a l'eleve deprendre conscience de ses lacunes s'il s'illusionnait, qu'etre le signe d'une mauvaise evaluation du pratiquant par le professeur...
Traditionnellement les ecoles ne donnaient que des diplomes mentionnant la partie de l'enseignement a laquelle ils avaient eu acces. Cela ne sanctionnait pas un niveau mais une connaissance. C'est encore le cas d'ecole tres traditionelles.
Je detaillerai un peu cela dans les mois a venir.