Budo no Nayami

Sheen, Haru et moi, une vie entre la France et le Japon

12 Juin 2007 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Juin 2007

J’ai passé la soirée d’hier avec deux de mes amis, Saïto Sheen et Kishi Haru.

J’ai connu Sheen et Haru il y a huit ans maintenant. Nous travaillions « Aux Bacchanales » de Harajuku, le célèbre café français de Tokyo.
Sheen est depuis un de mes amis les plus proches mais j’avais un peu perdu de vue Haru.

J’ai passé avec eux une excellente soirée dans un izakaya (les izakayas sont des restaurants japonais servant de nombreux plats variés et beaucoup d’alcools à des prix raisonnables). Nous avons commencé avec de la bière et avons fini en buvant trois bouteilles de vin…
Je dois avouer que le retour fut difficile et que sitôt arrivé chez moi je me suis écroulé sur mon futon.


Haru et Sheen (fin de soirée...)


Je n’ai jamais été un grand buveur et je bois encore de moins en moins depuis quelques années. Mais la soirée était si agréable et j’étais en si bonne compagnie que les verres s’enchaînaient sans que je m’en rende compte.

Mon père est japonais et ma mère française. Sheen et Haru eux sont tous deux nés de parents japonais mais ont grandis en France. Nous avons donc en commun le fait d’avoir grandi entre deux cultures différentes et très riches.
Cela a indéniablement été un atout pour nous et je crois que nous avons su en jouer à notre avantage. Mais comme presque toutes les personnes que je connaîs qui sont dans notre cas cette double-culture qui nous permet de nous fondre aisément dans ces deux pays nous donne parfois un regard distancié qui nous éloigne un peu de ceux qui n’ont pas le même vécu. Et cette expérience commune crée un lien qui renforce l’amitié que l’on peut se porter.

Haru a six ans de moins que Sheen et moi. Ses parents possèdent l’excellent restaurant japonais Takagawa à Paris. Ne se complaisant pas dans la voie de la facilité il est parti au Japon et a fait ses classes seul à Tokyo.
Aujourd’hui il est sous-chef dans l’un des restaurants les plus réputés du Japon. Je ne l’avais pas vu depuis six ans et j’ai vraiment apprécié de le revoir et d’apprendre tout le chemin qu’il avait fait depuis le jour où je l’avais vu débarquer à Tokyo. Dans un pays où le nombre des années compte souvent plus que le talent il a su prouver sa valeur et gravir rapidement les échelons.

Sheen lui est un frère pour moi et je ne l’ai jamais perdu de vue. Il a grandi dans la rue dans le 93. Lorsqu’il est arrivé à Tokyo il y a huit ans c’était un bloc de granit. Rugueux, brut, râpeux et dur. Il avait grandi dans un environnement sans pitié pour les faibles et il avait fait son chemin en évitant les nombreux écueils que la vie lui avait réservés.
Mais je dois dire qu’en le voyant arriver je me demandais comment il allait survivre dans une jungle urbaine policée où les dangers sont si différents mais non moins redoutables… Il s’en est sorti plus qu’admirablement. Sheen a occupé plusieurs emplois dans des secteurs aussi divers que la finance ou le tourisme. Après avoir appris ce qui l’intéressait il a à chaque fois pris le risque de recommencer à zéro dans un nouveau domaine.
Aujourd’hui Sheen a toujours la force du granit mais il a su la cacher en se polissant. Il est à présent le représentant national au Japon d’une marque de Champagne majeure et je suis heureux de le voir relever ce nouveau défi.



Sheen, une nuit à Kabukicho...


Quelques photos de Haru et de ses plats...


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