Budo no Nayami

Une formule scientifique impitoyable

12 Novembre 2007 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Novembre 2007

Les lois scientifiques sont à la fois rassurantes et effrayantes.

Le fait qu'elle soient invariables et permanentes (jusqu'à ce qu'on nous prouve le contraire après quelques siècles…) est rassurant dans la mesure où cela nous donne l'impression d'avoir quelque chose à quoi nous raccrocher.
Mais par la même elles sont effrayantes car elles sont inéluctables… jusqu'à preuve du contraire.

"La quantité de pratiquants d'une discipline croît en proportion inverse de la qualité de son enseignement."

Soit: "Plus le nombre de pratiquants est élevé, plus le niveau de la pratique est bas."
Ou: "Le niveau de pratique d'une discipline est inversement proportionnel au nombre de ses pratiquants."

J'ai écrit cette "formule" il y a quelques jours sur mon blog et j'ai reçu de nombreux messages à ce sujet, la plupart des pratiquants et enseignants qui m'ont écrit souscrivant à cette idée.
Je voudrais toutefois préciser un peu mon opinion sur ce point.

Je crois que cette "formule" est factuelle. Mais cela ne signifie pas que je m'en réjouisse ou que je souhaite que la pratique martiale reste l'apanage d'une minorité élitiste recluse. Les disciplines que Kano Jigoro ou Ueshiba Moriheï nous ont légués sont de véritables trésors qui ont été conçus pour être partagés par l'humanité.


Kano Jigoro


Disciplines "grand public"?
Pour autant certaines disciplines ne me semblent pas d'emblée destinées à un large public car leur enseignement est plus "difficile".

J'adore le Karaté. Son apprentissage technique comme celui des autres Budo va de pair avec une éducation spirituelle. Mais ses techniques sont destructrices (authentique Karaté martial et non succédané sportif) et le message moral y est difficilement mis en évidence. Seuls des enseignants d'exception sont donc capables de transmettre simultanément la technique et l'esprit du véritable Karaté.




A l'inverse le Judo ou l'Aïkido sont plus naturellement adaptés au grand public, le message spirituel qu'ils contiennent transparaissant plus naturellement dans leur enseignement technique.

Développement durable :D
Mais cela ne revient pas à dire qu'il faut chercher un développement rapide à tout prix. Utiliser le terme "développement durable" peut sembler démagogique mais je pense fondamentalement que c'est ce qui doit être recherché.

Une voie doit se développer en s'appuyant sur la formation d'enseignants qualifiés. Et cela signifie bien plus qu'un 2ème dan et un brevet fédéral ou d'état…
Au Japon il est impensable d'ouvrir un dojo avant d'avoir obtenu le 4ème dan. Mais le grade seul n'est pas suffisant et les dojos sont remplis de hauts gradés 5, 6 ou 7ème dan qui n'enseignent pas car leur responsabilités familliales et/ou professionnelles ne le leur permettent pas et qu'ils prennent la chose trop au sérieux pour n'y faire qu'un investissement limité.

Il est encore trop tôt pour dire si le frémissement d'intérêt que l'on sent aujourd'hui pour le développement durable dans le monde est un mouvement de fond  ou une vague brise qui s'essouflera aussi rapidement qu'elle est apparue.
J'ai bien peur que dans le monde des voies martiales pas la moindre petite brise ne se soit levée…


Partager cet article

Commenter cet article

inedit 18/11/2007 14:48

les disciplines encadrees par le ministere des sports changent le petit dojo ou se transmettait l'art en usine a medaille avec selection / tri / poubelle et anciens pratiquants abimes...
 

Léo Tamaki 23/11/2007 18:50

C'est malheureusement souvent un constat réaliste...L'Aïkido est "un peu" préservé car non-compétitif.Léo