Budo no Nayami

Etiquette et martialité selon Kuroda senseï

23 Janvier 2008 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Janvier 2008

J'ai raconté il y a peu une rencontre entre Kuroda senseï et un magicien. Ce soir là senseï nous parla d'étiquette comme il le fait régulièrement car il s'agit d'un sujet qui lui tient à cœur.


undefinedKuroda Tetsuzan et son fils Kuroda Yasumasa à la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels 2007
(photo Pierre Sivisay)



Maître Kuroda se désole régulièrement du fait que ses contemporains ne connaissent plus aucunes règles d'étiquettes, ne sachant pas même tenir un bol correctement. Il parla aussi ce jour là de femmes qui peuvent être ravissantes mais qui, marchant mal, lourdement et en faisant du bruit, perdaient tout charme à ses yeux.

Nous avions au repas des baguettes ainsi que des couverts occidentaux. Il montra alors la façon correcte de tenir un couteau. Cette manière, aussi légère qu'élégante a quasi disparue et il nous raconta qu'il l'avait uniquement observée chez un vieux châtelain qui ne fut pas peu surpris de voir senseï connaître cet us. En réalité maître Kuroda m'expliqua qu'il l'avait fait spontanément, trouvant la manière habituelle agressive.

En l'utilisant de cette façon le couteau n'est pas tenu, il est tout simplement posé. Il devient alors possible de couper en gardant les coudes bas, en ne laissant aucune opportunité à ses voisins. Il démontra que cela permettait par contre de frapper très facilement au cœur des personnes qui sont à votre droite ou votre gauche. J'avais déjà vu senseï "frapper" ainsi ses voisins dans un geste aussi rapide que discret au point que la plupart du temps les intéressés n'en prennent même pas conscience.

Senseï nous expliqua ainsi que la personne la plus dangereuse est celle dont les manières sont les plus rafinées car elle ne laisse aucune ouverture…


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Paul 05/02/2008 02:13

Merci Léo pour cette nouvelle anecdote. Je vais réfléchir à ma manière de tenir un couteau. ;-)Je trouve cette vision de Kuroda sensei très intéressante dans une perspective historique : l'étiquette japonaise a été pour l'essentiel codifiée par l'école Ogasawara, école aristocratique fondée à la période Muromachi (début du 14e siècle) et qui a préservé jusqu'à nos jours 3 disciplines martiales, considérées comme indissociables et tout aussi importantes les unes que les autres :- l'art de monter à cheval- le tir à l'arc- l'étiquette

Léo Tamaki 08/02/2008 10:14

Merci Paul.L'étiquette est effectivement indissociable pour moi de la véritable pratique martiale. Et comme la pratique elle ne devrait pas se limiter au dojo...;-)Amicalement,LéoP.S. Je n'ai pas renoncé à partager une tasse de thé mais je suis si débordé pendant mes cours séjours...

Laurent 30/01/2008 10:06

Bonjour Leo,
Amusant l'anecdote du couteau. Je tiens moi-même souvent mon couteau tel que tu le décris lorsque je mange. Malheureusement cette pratique est de plus en plus difficile car les couteaux ne sont plus ce qu'ils étaient et je t'assure que couper une viande un peu ferme de cette manière n\\\'est pas toujours chose aisée ;-)
Maître Kuroda a aussi, et malheureusement ,raison concernant les femmes qui détruisent totalement leurs charmes naturelles en adoptant une attitude inversement proportionnelle. C'est de plus en plus le cas chez les jeunes femmes. C'est peut-être pour ça que j'apprécie plus l'allure d'une femme, sa sillouhette dans le mouvement que la froide beauté plastique ;-)
Tout ça, et bien d'autres choses, sont des raisons qui rendent les arts martiaux précieux car l'attitude et l'étiquette demandées relèvent de la bienséance il me semble. Et pour qui a perdu quelques notions relevant de la simple éducation, il apprendra ce que notre civilisation occidentale réduit de plus en plus à sa simple expression.
A bientôt,
Laurent

Léo Tamaki 30/01/2008 11:13

Attention, maître Kuroda m'a dit qu'il ne fallait pas changer en raison de la mauvaise qualité des couteaux :DRemarque son grand-père coupant des bambous avec des sabres non aiguisés il doit être facile pour lui de couper avec des couteaux contemporains... :DLéo

Yaël 24/01/2008 00:22

Allez j'ai découvert ce blog récemment (en fait en cherchant des infos sur Senseï Hino Akira dont tu as rédigé un article pour Dragon) et après avoir tout lu et mainte fois envis de laisser un com (mais lis tu les anciens post?) pour oser en laisser un maintenant. Je ne vais pas réagir sur la partie martial car je n'y connais rien mais là ou j'ai rigoler c'est que j'ai la même vision que Maître Kuroda sur les miss. J'en discutais pas plus tard que hier avec un amis...de jeune fille qui pourrais avoir beaucoup de charme mais qui ne savent pas se déplacer sans paraître gauche et je rajoute même un maintient postural ou une attitude qui gache tout à mes yeux. Bon si je peux apprendre un peu sur les arts martiaux via les miss c'est tout bénéf. En tout cas avoir la même vision qu'un Maître est marrant (j'utilise se terme juste pour ne pas paraître trop prétentieux hein...ce n'est pas un quelconque manque de respect ^^)Allez bonne continuation et merci pour le temps que tu prends a partager.

Léo Tamaki 28/01/2008 16:35

Bonjour Yaël et merci pour le message.Je reçois un message dès qu'un commentaire est posté donc ce n'est pas un soucis même si c'est sur un ancien article ;-)Léo

benoit bertin 23/01/2008 14:47

Merci Léo de ce nouveau post,
souvent on entend "ne pas laisser d'ouverture", les gens prenant cela au pied de la lettre en arrivent à se blinder dans une carapace, à se mettre sur la défensive et a imposer un mur énorme aux gens en face d'eux...
Induisant alors sans s'en rendre compte une possible agressivité de la part des autres (et c'est pas uniquement visible dans le cas classique du gars qui se met physiquement en position de garde lors d'un dialogue tendu et qui fait alors tout dégenerer bêtement... Mais valable pour tout type de  relation demandant de gérer "l'équilibrage des forces")..... Mais tu précises que telle autre posture habituelle est jugée en fait agressive par les gens habitués à certaiens subtilités:  tout s'éclaire alors pour ceux qui étaient tombés dans le piège du  "risque de carapace défensive".... (c'est aussi pour ça que je suis pas trop pour l'usage du mot "self défense" au sujet de l'aikido)
Autre point: souvent dans le milieu des arts martiaux on entend des gens se fier à ce que "degage quelqu'un"' , un peu comme pour juger de son "niveau" ou de son état mental, ou pour un prédateur/agresseur pour évaluer une proie potentielle vulnérable......
Mais ton dernier paragraphe montre bien les limites de ce possible leurre : il y en a qui savent justement "cacher"....  Par exemple  zorro qui se faisait passer pour un don diego maladroit est il un donc un cas de martialité vieux comme le monde.... de ceux qui sont allés au dela des apparences??? ceux quis e fient uniquement "à ce que dégage quelqu'un en apparence" ne sont ils donc pas en fait à un des tous premiers niveaux les moins avancés? (ou meme pour certains se croyant savants à dire juger quelqun uniquement a ce qu'il degage, ne sont ils pas alors plus ou moins  des "sergent garcia" qui se laissent duper par une sorte de feinte?)
voila mon avis

Léo Tamaki 28/01/2008 16:33

Merci pour ton message Benoît,Les gens conçoivent en effet une ouverture comme une position physique. Ce n'est que l'aspect le plus superficiel... Il peut parfois être impossible d'avancer et d'attaquer quelqu'un qui a une attitude naturelle et paraît présenter des ouvertures.........Amicalement,Léo

Yann 23/01/2008 14:17

Merci léo pour cette nouvelle anecdote. Une question me taraude: aurais-tu une photo de comment tenir un couteau de manière rafinée et martiale?

Léo Tamaki 28/01/2008 16:31

Non pas encore fait de photos de ça désolé :-(Mais ton maître connaît le truc ;-)A+Léo