Budo no Nayami

Entretien avec Hino Akira senseï (14): le temps nécessaire pour trouver la façon de transmettre

5 Septembre 2014 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Entretiens

Nous avons déjeuné ce midi avec Hino senseï, Shizuka, et un ami pratiquant de longue date, Cédric Levet. Cédric a posé diverses questions à Hino senseï, dont celle-ci:

 

Comment avez-vous découvert les principes que vous enseignez? Est-ce que vous les avez appris au côté d'un maître?

Je les ai découverts seul. Cela prend du temps, mais ce qui en nécessite encore plus, est de trouver la façon de les transmettre pour que les élèves les comprennent et puissent les intégrer.

 

Prends par exemple ton travail. Bien sûr il t'a fallu du temps pour arriver à faire ce que tu fais. Mais imagine le temps qu'il te faudrait pour former une personne de façon à ce qu'elle arrive à faire les mêmes choses aussi bien que toi.

 

 

Hino Bruxelles 2011 DSC 0175

Prendre le temps de trouver la façon de transmettre

 

 

"Comment avez-vous découvert les principes que vous enseignez? Est-ce que vous les avez appris au côté d'un maître?"

Cette question est posée très fréquemment par les élèves aux maîtres que j'invite. Et elle est très pertinente. Parce qu'il est intéressant de connaître l'origine d'un travail. Pour satisfaire une simple curiosité, mais aussi pour découvrir d'autres façons de travailler les principes enseignés, et éventuellement en découvrir des connexes.

 

"Je les ai découverts seul."

Aujourd'hui Hino senseï n'est pas entré dans les détails de sa recherche, et a abordé la question de l'enseignement. Pour ceux que son parcours intéresse, je vous invite à lire ses interviews. Le cas de maître Hino est assez unique dans la mesure où, s'il s'est inspiré d'adeptes qu'il a rencontrés pour développer son travail comme Shioda Gozo, Hatsumi Masaaki ou Okamoto Seïgo, c'est principalement son étude des maîtres du passé tels que Itto Itosaï, Miyamoto Musashi ou Mifune Kyuzo qui l'a nourri.

 

"Cela prend du temps, mais ce qui en nécessite encore plus, est de trouver la façon de les transmettre pour que les élèves les comprennent et puissent les intégrer."

 

Le niveau de pratique d'un adepte est une chose, et son niveau d'enseignant en est une autre. Il existe d'ailleurs parfois un écart important entre les deux, qui fait qu'il peut être compliqué pour un débutant de suivre les cours d'un pratiquant de haut niveau ne sachant transmettre. En revanche un pratiquant expérimenté pourra normalement passer outre ce problème.

 

Certains adeptes sont des chercheurs. S'ils présentent régulièrement leur travail à une audience, ils ne se préoccupent pas réellement de savoir si cela a été compris, et encore moins intégré. C'est le cas de Kono Yoshinori.

D'autres sont des enseignants. Ils ont à cœur d'amener l'élève à évoluer, et ont une réflexion continue à ce sujet. C'est le cas de personnes comme Hino Akira ou Kuroda Tetsuzan. Leurs choix et le résultat de leurs réflexions peuvent être très différents, évoluer dans le temps, parfois être difficilement compréhensible, voire même inefficace. Mais la volonté est là.

 

 

Hino Valencia 2011 DSC 0166

La volonté de transmettre

 

 

Comme le souligne Hino senseï, transmettre est très difficile. En dire suffisamment mais pas trop, guider tout en laissant l'élève découvrir, s'adapter aux personnes qui nous font face, sont des difficultés auxquelles chaque enseignant va devoir face. C'est du moins mon cas.

 

Récemment j'ai eu deux retours qui me laissent penser que je suis sans doute sur la bonne voie. Par une pratiquante qui a suivi les cours de Thomas cet été et qui m'a dit qu'elle avait retrouvé mon enseignement à travers lui, et par une conversation que l'on m'a rapportée ou une participante du stage d'Alexandre avait dit qu'elle retrouvait aussi ma pratique chez lui et Marie qui était présente.

Il n'y a chez moi nulle volonté de faire des clones, et je crois être clair sur la nécessité de s'approprier la technique, et de l'adapter en fonction de sa morphologie. Alex et Marie qui ont plus de 30cm d'écart ne réalisant par exemple évidemment pas les mouvements de la même façon, même s'ils respectent les principes qui les sous-tendent. Et c'est sans aucun doute cela qui a été reconnu chez deux pratiquants aux physiques dissemblables, le partage d'une même essence. Savoir que quelque chose de profond est passé est une source de joie et de motivation.

 

 

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D'autres entretiens abordant la question de l'enseignement et de l'étude:

 

Entretien avec Tamura senseï (7): questions et observations dans la pratique des Budos

Entretien avec Shimizu senseï (6): l'enseignement de l'Aïkido

Entretien avec Shimizu senseï (8): les limites de la transmission

Entretien avec Hino senseï (8): les limites de la transmission

Entretien avec Hino senseï (9): enseigner et progresser

Entretien avec Hino senseï (13): subir pour comprendre

 

 

Notes: Au fil de mes rencontres avec les maîtres mes notes s'accumulent. La plupart sont issues d'entretiens privés, mais certaines viennent aussi de cours. Je n'ai pas toujours enregistré ces entretiens, et les écris parfois de mémoire ou sur la base de brèves notes. Il est donc possible que des erreurs se soient glissées dans ces retranscriptions, mais j'ai pensé que l'intérêt des réponses dépassait le risque de mes erreurs. Je prie les lecteurs de ne prendre ces entretiens que comme des conversations rapportées qui pourront nourrir des réflexions et non comme paroles d'évangiles.

 

 

 

hino septembre 2014 Paris

 

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Pierre 08/09/2014 13:53


Il est vrai que lorsqu'on observe Marie et Alex, il y a bien quelque chose de Tamaki là dessous !

Léo Tamaki 11/09/2014 09:18



;-)


 


Léo