Budo no Nayami

Entretien avec Hino senseï (4): musique et pratique martiale

29 Octobre 2009 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Entretiens

Vous êtes aussi musicien, cela vous a-t-il apporté dans votre pratique martiale?
Tous les mouvements ont un rythme. Une pratique saccadée sera heurtée et ne permettra pas de développer une véritable aisance. Dans les pratiques martiales japonaises le concept de nagare, écoulement, est essentiel. C'est un point très difficile. Sentir la mélodie, plus encore que le rythme, permet de pratiquer plus aisément.




N'ayant pas une grande culture musicale et n'ayant jamais joué d'aucun instrument je dois avouer que les paroles de Hino senseï sur la musique ne m'ont probablement pas révélé toutes leurs richesses. Je comprends bien entendu l'intérêt d'avoir une pratique fluide. De même que le concept d'écoulement qui est pour moi un élément fondamental de la pratique. Mais je ne suis pas sûr de comprendre ce qu'il entend par mélodie.

Le rythme d'un échange, notamment lors d'un combat sportif, est un élément très important à prendre en compte. Le saisir permet de le briser en temps voulu et ainsi de surprendre l'adversaire. C'est en revanche quelque chose qui prends trop de temps dans une bagarre de rue. Je suppose toutefois que cela pouvait être pris en compte lors de duels.
Sans doute Hino senseï entend-il par mélodie quelque chose de plus global, de plus large que le rythme. Peut-être est-ce une des clés qui lui donnent sa capacité la plus surprenante à mes yeux, saisir l'intention de l'adversaire…


Une remarquable capacité à saisir l'intention


Y-a-t-il aussi un lien avec la danse?
Oui il y a un lien. Il y a des danses qui se pratiquent seul mais aussi beaucoup où l'on est deux, trois ou plus. Dans la danse les mouvements sont prédéfinis et l'on bouge de concert. Mais le travail sur la saisie de l'intention peut s'apparenter.


Hino senseï dans un séminaire pour danseurs


Je pense que Hino senseï parle surtout ici d'improvisation comme il y en a beaucoup en danse contemporaine, bien que la coordination d'un ballet demande aussi de saisir l'intention de ses partenaires.
Alors qu'il n'a jamais étudié la danse, Hino senseï est un danseur exceptionnel. Lorsqu'il rencontre William Forsythe celui-ci lui parla de ses recherches, des mouvements qu'il imaginait mais ne parvenait à réaliser ou faire réaliser depuis plusieurs décennies. Hino senseï se mit à bouger et Forsythe s'écria "Mais c'est cela! C'est tout à fait cela."
Le contrôle du corps de Hino senseï, sa sensibilité, sa capacité à sentir l'intention lui avaient permis de donner vie à plusieurs dizaines d'années de recherche. Comme Musashi il appliqua la maîtrise de son art à un autre domaine avec le succès que l'on connaît…


Hino Akira et William Forsyth




Hino senseï donnera un stage du 8 au 16 novembre à Paris et fera une démonstration exceptionnelle à la Nuit des Arts martiaux Traditionnels 09 (NAMT09).


Note: Je n'ai pas enregistré ces entretiens et les écrits de mémoire. Il est donc possible que des erreurs se soient glissées dans ces retranscriptions mais j'ai pensé que l'intérêt des réponses dépassait le risque de mes erreurs. Je prie toutefois les lecteurs de ne prendre cela que comme une conversation rapportée qui pourrait nourrir des réflexions et non comme paroles d'évangiles.


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Jean-Claude 29/10/2009 10:55


Cher Leo,

Vraiment une personne très riche que Hino Senseï.
Je vais me permettre une hypothèse sur la notion de mélodie. Ne serait pas à apparenter à l'état intérieur, qu'on résume souvent par humeur ?
Autre hypothèse aussi sur la saisie de l'intention et la danse. Mon humble expérience me fait dire qu'il faut regarder du côté de l'expression de cette sensibilité chez Hino Senseï dans son passé
de jazzman. En effet, les plus grands (Hino Sensï en fait partie) sont capables d'improviser mais aussi de swinguer. Pour le dire de manière imagée, le partenaire ou l'adversaire t'envoie son
énergie et son intention et comme une pendule, il y aura un retour de balancier. La saisie de ce moment de retour permet de rentrer en accord avec l'autre (perspective non violente) voire de
complètement neutraliser l'intention aggressive première (perspective bujutsu).
Bon pas de bol pour les stages mais j'ai cru comprendre que quelques compagnons "sabreurs" de notre dojo y seront.
Amicalement 


Léo Tamaki 29/10/2009 11:32


Cher Jean-Claude,

Beaucoup à partager en effet chez Hino senseï, et surtout, le désir de le faire. Ce qui n'est pas toujours le cas des maîtres.

Nul doute qu'une des qualités principales de Hino senseï ne soit sa sensibilité. Qui s'exprime dans n'importe quel domaine, martial ou artistique.

Amicalement,

Léo


DG 29/10/2009 09:36


Ce que tu dis sur le rythme me rappelle Maître Nocquet. J'ai souvenir de le voir se mettre concrètement dans le rythme du uke qui approchait. Ce qui d'un point de vue extérieur peut apparaitre
comme des sautillements me semblait être un moyen de rentrer dans le même rythme de déplacement que son uke, voire dans le même rythme respiratoire.

Pour moi, l'être humain a toujours un rythme, dans son déplacement, sa respiration par exemple. Capter ce rythme et s'y accorder serait alors un moyen d'intervenir sur son mouvement sans s'y
opposer. Je crois que c'est une des facettes de la notion d'harmonisation...


Léo Tamaki 29/10/2009 10:27



Bonjour DG,

Je pense en effet que ce dont tu parles est un point important, une facette de l'Aïki. Je crois aussi que l'harmonisation de la respiration en est une des clés...

Amicalement,

Léo



Tangi 29/10/2009 09:30


ohayo !

Je pratiquais un peu la basse, élément fondamental pour la rythmique, c'est l'instrument qui lie les autres ;laprochaine  fois écoute un de tes
morceux favoris et esseye d'enlever la basse ou inversement d'uniquement l'écouter, c'est saisissant ! Ne serait on pas en plein ds les concepts de Hyoshi et Maaï chers à Hino Sensei et Musashi ?
En musique il faut être en mesure mais on peut jouer en étant légèrement décalés, avant le temps ou après, il faut donc être plus précis et plus à l'écoute des autres instruments pour que
l'harmonie soit conservée. Ce n'est pas simple a expliquer l'illustrer en son pour qln est l'une des meilleures manières pour saisir les (parfois) subtiles nuances.

Tangi


Léo Tamaki 29/10/2009 10:17



Effectivement j'avais déjà noté l'importance de la basse ;-)

Léo