Budo no Nayami

Entretien avec Hino senseï (8): les limites de la transmission

13 Novembre 2009 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Entretiens

Y-a-t-il des choses que l'on ne peut transmettre?
La transmission est une communication dont le maître et l'élève doivent être acteurs. On peut enseigner mais si il n'y a pas d'attention en face, rien ne sera perçu.
Quoi que l'on montre ou enseigne, l'étude et son résultat, la compréhension, sont des processus actifs de l'élève.


 


De la nécessité de vider sa tasse

Bien souvent des concepts ou des préceptes sont appropriés par des pratiquants et utilisés de façon erronée. Celui de la tasse en est un des plus communs. Il ne convient pas de vider sa tasse simplement lorsqu'on aborde une nouvelle voie, mais à chaque fois que l'on pratique et même, à chaque instant. Vider sa tasse c'est avoir l'esprit libre de toute préconception.

Les Master Class, et notamment celles de Hino senseï, ont ceci de passionnant qu'elles drainent un public venant d'horizons très divers. Chacun y vient l'esprit ouvert. Pourtant cela me fait toujours sourire de voir que quasiment personne n'est capable de reproduire les formes extrêmement épurées qu'il montre. Que chacun n'arrive pas à effectuer le travail intérieur est bien entendu normal. Mais il est drôle de voir un simple geste se transformer en Aïkido, Karaté ou Taï Chi…


Le problème est d'ailleurs le même lorsque l'on se cantonne à sa discipline. Aller pratiquer avec un autre maître d'Aïkido avec en tête l'image de sa pratique ne peut qu'être contre-productif. Il convient d'y aller l'esprit aussi vierge que possible de toute préconception. J'irai jusqu'à dire que dans son propre dojo il est nécessaire de pratiquer à chaque fois comme s'il s'agissait de la première.


Nous vivons une époque où chacun a à cœur d'amasser. On veut remplir, remplir, remplir…



Quoi que l'on montre ou enseigne, l'étude et son résultat, la compréhension, sont des processus actifs de l'élève.


Hino senseï donnera un stage du 8 au 16 novembre à Paris et fera une démonstration exceptionnelle à la Nuit des Arts martiaux Traditionnels 09 (NAMT09).



Note:
Je n'ai pas enregistré ces entretiens et les écrits de mémoire. Il est donc possible que des erreurs se soient glissées dans ces retranscriptions mais j'ai pensé que l'intérêt des réponses dépassait le risque de mes erreurs. Je prie toutefois les lecteurs de ne prendre cela que comme une conversation rapportée qui pourrait nourrir des réflexions et non comme paroles d'évangiles.


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ALBANO claude 20/11/2009 15:44



SERIEZ VOUS L 'ELEVE DU SENSEÏ HIROMU HIROKAWA A OSAKA EN 1981 ET CHEZ LEQUEL NOUS AVONS PASSE AVEC MON AMI HENRI PLUS D UN MOIS. SON FILS S APPELAIT KENJI ET IL Y AVAIT IRIE HIROKASU SAN.VOUS
ETIEZ VENU CHEZ MOI A SETE ET DANS MON DOJO. MON N.  TEL 0622191144 OU 0434265201.MERCI ET TOUTES MES EXCUSES SI CE N EST PAS VOUS.AMITIES SPORTIVES



Léo Tamaki 21/11/2009 00:30



Cher Mr Albano,

Malheureusement je ne suis pas du tout la personne à laquele vous pensez. Je vous souhaite de retrouver sa trace.

Cordialement,

Tamaki Léo



caroline 16/11/2009 12:07



Un petit mot pour dire que ca fait du bien de lire ce genre de choses...
Je suis prof en secondaire et on nous répete sans cesse que si le prof fait un bon travail, alors l'éleve -meme le plus réticent- apprendra...
Bizarrement, le gouvernement, les inspecteurs, REFUSENT catégoriquement de dire que l'éleve a sa part a jouer et je trouve ca tellement triste...

Et puis un autre petit mot de remerciement pour vos articles

:) caroline 



Léo Tamaki 16/11/2009 18:13



Bonsoir Caroline,

Ah triste constat que vous nous dressez...

Merci pour la lecture et bon courage dans votre tâche! ;-)

Léo



Tangi 13/11/2009 09:55


Ohayo !

C'est vraiment à mes 15 ans que j'arrivais à vider, vider, vider, XD , avec les tristres conséquences de slendemains diffciles  !

C'est  dur, dur d' avoir l'esprit du débutant qd on commence a sentir, "maitriser" (?!) des techniques, et peut être d'autant plus qd on doit changer le travail de son corps en profondeur. il
est vrai que le réflexe  de rattacher le nouveau a discipline perso   est (presque ) inévitable..... et rassurant sans doute.... on peut entendre alors, oui mais nous au karate....
bla bla bla bla....
Il semble pourtant qu' haut niveau les différences s'estompent et que s'attacher à la forme  est "comme regarder le doigt qui montre la lune".
AMIS débutants, je vous dis à demain matin  !!!

Tangi


Léo Tamaki 14/11/2009 00:22



Ha ha, mais plaisanterie mise à part, il est vrai que plus on prend de l'âge plus l'égo tend à rendre difficile le fait de vider sa tasse...

Je ne sais pas si l'on peut dire qu'à haut niveau les différences s'estompent. C'est une question très compliquée. En revanche il est certain que s'attacher à la forme est limité. Mais pas
totalement inutile non plus...

A tout de suite,

Léo



Ch² 13/11/2009 05:15


Bonjour Léo,
Je suis d'accord dans l'absolu avec les différents points de la réponse à ta question initiale, mais en rapport à ta question elle même, le sens était-il que rien n'est impossible à transmettre si
l'élève est assez bon?

Pour me cantonner à ta remarque sur la tasse à vider, c'est d'autant plus difficile que l'esprit a une tendance naturelle à déceler ou créer des liens pour appréhender le monde.
C'est en effet un mécanisme très efficace pour comprendre et pour mémoriser quel que soit le domaine.
Il peut alors être plus efficace de présenter une notion sous un éclairage re-connu bien que peu précis ou adéquat pour ensuite l'affiner (par la différence par exemple), plutôt que de partir de
zéro. J'ai particulièrement retenu cette phrase souvent attibuée à Picasso "Pour apprendre quelque chose aux gens, il faut mélanger ce qu'ils connaissent avec ce qu'ils ignorent."

Pour ne pas tomber dans les travers d'une compréhension superficielle ou faussée, il faut bien sûr que l'élève comprenne qu'il n'a pas tout compris lorsqu'il a reconnu quelque chose (ou cru
reconnaître), mais qu'il est en train de s'approcher, de tatonner dans le noir et qu'il vient de froler quelque chose. Situation plus rassurante que d'être dans l'obscurité sans jamais rien toucher
ne serait ce que du doigt.

À bientôt,
Christophe


Léo Tamaki 14/11/2009 00:14



Bonjour Christophe,

Eh bien c'est ce que je voulais savoir mais Hino senseï n'a pas réellement répondu à cette question. Même si sa réponse était très intéressante.
Mon sentiment, très personnel, est que tout n'est pas transmissible. Mais que faire sentir est un point fondamental et permet de gagner des décennies à celui qui sait recevoir. Après il faut du
travail et du talent...

En effet l'apprentissage est plus rapide au départ lorsqu'il a des points de références. Mais ces points peuvent se révéler faux. Quitte à prendre plus de temps au départ mon sentiment est qu'il
faut faire l'effort d'être vide. Afin de ne pas risquer de perdre beaucoup plus de temps ultérieurement. Et c'est un point sur lequel la totalité des maîtres avec qui je l'ai abordé semble être
en accord... Même si l'obscurité peut être effrayante :D

Léo