Budo no Nayami

Faiblesse des pratiquants d'Aïkido au sabre?

23 Septembre 2012 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Suite à la publication de la vidéo de Tamura senseï au sabre, j'ai reçu un commentaire qui soulève quelques points intéressants.

 

 

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Ueshiba Moriheï et Tamura Nobuyoshi

 

 

"Loin de moi l'idée de troller, mais même si le parallèle entre travail au sabre et travail à mains nues est intéressant, il faut noter la faiblesse de certains pratiquants d'aikido au sabre. Notamment dans la vidéo ci-dessus il arme en avançant, cela est particulièrement net lors du travail au ralenti.

A ce point élémentaire, on pourrait noter l'absence de menace réelle (seme), le fait d'être dominé psychologiquement par le sensei, etc.

Ma question serait de savoir enfin si l'attaque shomen est l'évocation/le symbole d'une attaque au sabre, ou si elle est une frappe à la manière d'un tsuki car il me semble que dans des formes plus anciennes de pratique le shomen n'était qu'un élément de l'attaque combiné avec une menace (aux cotes par ex.)

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--"

 

 

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Ueshiba Moriheï et Tamura Nobuyoshi

 

 

"Loin de moi l'idée de troller, mais même si le parallèle entre travail au sabre et travail à mains nues est intéressant, il faut noter la faiblesse de certains pratiquants d'aikido au sabre."

 

Le niveau de nombreux pratiquants d'Aïkido aux armes est en effet souvent assez faible comparé aux pratiquants de disciplines telles que l'escrime, le Kendo, le Jodo mais aussi l'Eskrima, etc…

 

La première raison est que le travail aux armes est très peu abordé dans de nombreuses écoles.

 

La seconde raison est que, même lorsqu'il est abordé, c'est souvent pour illustrer un point, un principe, et que l'applicabilité n'est pas un point primordial.

 

 

Shimizu Kenji 01

Shimizu Kenji

 

 

La troisième raison… est que le travail aux armes ne s'improvise pas, et que malheureusement beaucoup de maîtres n'ont souvent que démontré sans expliquer. Si on ajoute le fait qu'il n'y a en général ni compétition ni combat, les pratiquants d'Aïkido se retrouvent à mimer une chorégraphie qu'ils n'ont jamais l'occasion de "tester". De petits décalages s'introduisent alors dans le travail, jusqu'à faire perdre tout sens à l'ensemble.

 

Ce sont là les principales raisons que j'entrevoie, à la faiblesse de la pratique des armes en Aïkido. Ces raisons ne sont évidemment pas des "excuses", mais des tentatives d'explications. Pour ma part le faible niveau aux armes ne me gène pas tant que l'enseignant et les pratiquants ne s'illusionnent pas et ne font pas de discours sur l'efficacité et la martialité.

 

 

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Saïto Morihiro

 

 

"Notamment dans la vidéo ci-dessus il arme en avançant, cela est particulièrement net lors du travail au ralenti.

A ce point élémentaire, on pourrait noter l'absence de menace réelle (seme), le fait d'être dominé psychologiquement par le sensei, etc."

 

Concernant le fait d'armer en avançant, c'est une grosse erreur. Je travaille depuis des années à la corriger chez moi comme chez mes élèves, mais force est de constater que c'est bien plus facile à dire qu'à faire :D

Cela a en effet pour conséquence une absence de menace. Comme vous le notez il y a aussi effectivement souvent en Aïkido une admiration pour le maître, l'enseignant, qui font que l'on part perdant. Ce week-end encore je n'ai cessé de demander aux élèves lors d'un stage d'attaquer sur moi, dans le temps, de me donner de la difficulté. C'est la seule façon pour chacun, et en particulier l'enseignant, de progresser.

 

 

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Tamura Nobuyoshi

 

 

"Ma question serait de savoir enfin si l'attaque shomen est l'évocation/le symbole d'une attaque au sabre, ou si elle est une frappe à la manière d'un tsuki car il me semble que dans des formes plus anciennes de pratique le shomen n'était qu'un élément de l'attaque combiné avec une menace (aux cotes par ex.)"

 

Le shomen est-il une attaque? Pour moi oui. Et très efficace lorsqu'il est bien effectué, tant aux armes qu'à mains nues. Toutefois il est vrai que lorsqu'on étudie les écoles anciennes, on découvre que souvent le shomen est un attaque qui vient à partir d'une garde haute. Le départ ne se fait donc pas de seïgan (garde de "base"). Le sabre est en haut dès la prise de garde, ou suite à d'autres mouvements qui l'y ont amené. Cela rend le travail d'autant plus difficile et intéressant pour celui qui reçoit l'attaque. Pour ma part je fais travailler mes élèves face à une attaque dont le départ est seïgan puis, lorsque le mouvement commence à être intégré, jodan.

 

 

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Ueshiba Moriheï et Tamura Nobuyoshi

 

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Marc Lejeune 10/10/2012 19:38


Bonjour Léo,


Merci d’avoir pris le temps de me répondre.


Concernant la vidéo de Maître Hino, ton interprétation semble tout à fait plausible, d’autant que tu suis (je crois) son enseignement depuis plusieurs années….ce qui n’est pas mon cas
:)


Merci également pour les précisions sur le Travail des Maître Kuroda et Kono.


Bonne continuation pour tes recherches martiales.

Léo Tamaki 11/10/2012 10:16



Bonjour Marc,


 


Je t'en prie c'est bien naturel.


 


Bonne pratique!


 


Léo


 



Marc Lejeune 08/10/2012 23:22


Bonjour Léo,


Merci pour ta réponse et tes commentaires, comme toujours, très intéressants.


Concernant le fait de « pousser » la main gauche, peut être que j’aurais dû dire « transmettre le mouvement -la force- à partir de la main gauche ».


En effet quand on tient le sabre à deux mains, en général, la main gauche est celle qui est près du corps. 


A l’inverse d’une garde de bâton ou c’est la main droite qui est près du corps et c’est elle (la main droite) dans ce cas qui transmet la force.


Un peu dans l’idée de ce que démontre Maître Hino dans cette vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=E9KGRCjYqZU&feature=related


Il me semble que ça facilite la connexion entre les différentes parties du corps.


Bien sûr, je peux me tromper :)

Léo Tamaki 10/10/2012 00:25



Bonjour Marc,


 


Concernant la transmission de force je pense que les possibilités sont multiples. Même si souvent les enseignants conseillent d'utiliser la main gauche pour la puissance. Ce n'est pas, à ma
connaissance, un enseignement des maîtres Kuroda et Kono.


Concernant la vidéo de Hino senseï ne peut-on imaginer que le principe qu'il mette en exergue soit celui de générer le mouvement par un point éloigné de la contrainte? Cela correspondrai à un
principe qu'il utilise souvent.


 


Bonne pratique,


 


Léo


 



Marc Lejeune 05/10/2012 17:51


Bonjour Léo,


Concernant le fait de pousser la main gauche pendant la frappe, il me semble que ça aide à mettre moins de force musculaire « parasite » et à utiliser le corps d’une autre manière.


Quand quelqu'un débute les suburis (et même après…), naturellement il met de la « force » dans son bras droit en fin  de mouvement en oubliant quasiment son bras
gauche.


Est-ce à cause de la latéralisation du cerveau (bras droit/hémisphère gauche (ego) ; bras gauche/hémisphère droit (intuition)) ? Je ne saurais l’affirmer mais il me semble que
« pousser » avec la main gauche aide à équilibrer les 02 hémisphères.


De plus, en attaquant en avançant la jambe droite, pour prendre le cas le plus simple, si on pousse avec la main gauche sans vriller son corps, il me semble qu’on peut mieux utiliser l’énergie de
l’ensemble du corps.


Le mieux, de toutes les façons c’est d’essayer bokken en main.


Je crois que Maître Kono quant à lui tient le sabre les 02 mains collées l’une contre l’autre. Pour utiliser le sabre avec ce type de saisie est-ce que lui utilise l’ondulation de la colonne
vertébrale ?


Merci.

Léo Tamaki 08/10/2012 10:48



Bonjour Marc,


 


Personnellement je pense qu'il est plus dur et intéressant de ne tirer ni pousser ;-)


Cela dit comme correction pour les gens qui utilisent trop une main, on peut en effet demander d'accentuer le travail de l'autre.


 


Kono senseï utilise en effet le sabre avec les mains jointes. Je ne pense pas que l'ondulation de la colonne soit un de ses objectifs ou qu'il l'utilise beaucoup. Non pas que ce soit un mauvais
principe, simplement il me semble que ce n'est pas le cas. Des maîtres que je cotoie, seul Hino senseï met l'accent sur ce travail de la colonne. A mon sens c'est un travail qui est plus adapté
au travail à mains nues.


 


Léo


 



Marc Lejeune 05/10/2012 13:25


Merci pour ta réponse.


Quand on parle de Kenjutsu le nom qui me vient immédiatement à l’esprit est celui de Maître Kuroda et ses mouvements « invisibles ».


Est-ce que dans son école (que tu pratiques depuis plusieurs années, je crois) on utilise des ondulations de la colonne vertébrale ?


Si on attaque les bras tendus avec la sensation des pousser la main gauche, il me semble difficile de faire « onduler » la colonne vertébrale. C’est plutôt une sensation à l’intérieur
du dos (grand dorsal et omoplates?).

Léo Tamaki 05/10/2012 17:02



Bonjour Marc,


 


Cela fait en effet maintenant huit ans que je pratique avec maître Kuroda. Toutefois je ne me considère en aucun cas comme apte à parler de sa pratique en son nom. Les réponses qui suivent sont
donc mon interprétation et à prendre avec précaution ;-)


Pour ce que j'en comprends, l'ondulation de la colonne n'est pas un principe sur lequel repose l'école.


Quand aux bras tendus, c'est selon moi un éducatif qui a un but précis. Cela dit je n'ai pas souvenir qu'il m'ait jamais demandé de pousser dans la main gauche. Je crois qu'il est surtout
question de ne pas avoir de mouvements de flexion/extension dans le bras.


Le dos est effectivement un point très important dans la génération des mouvements.


 


Amicalement,


 


Léo


 



Marc Lejeune 03/10/2012 14:27


Bonjour Léo,


Quand tu dis qu'il ne faut pas armer en avançant, tu veux dire qu'il faut attaque en une seule cadence?


Merci

Léo Tamaki 03/10/2012 14:41



Bonjour Marc,


 


Oui on peut dire cela.


 


Léo


 



ivan BEL 02/10/2012 16:28


Tu as bien fait de répondre à ce lecteur Léo, car c'est bien observé de sa part et tout à fait bien répondu de la tienne. Rien à redire. 


Aussi je vais transmettre au lecteur ce que m'on dit un certain nombre de professeurs à ce sujet :


-Senseï Tamura : pratiquer le sabre tous les matins (sans préciser combien ni comment, mais bon, c'est bien de lui ça)


- Daniel Toutain : 1000 suburis tous les matins pendant 3 ans sans faiblir, mais commence doucement par 500.


-Philippe Cocconi : 300 à 500 suburis pour un échauffement, c'est raisonnable !


-Jaff Raji : faut pas hésiter. 800 à 1000 suburis quotidien


-René VDB : quand j'étais jeune je faisais des suburis avec une barre en fer. Cela m'a abîmé. J'ai dû reprendre avec un bokken, de 500 à 1000 par jour pendant des années


-Tiki Shewan : si vous voulez rentrer dans le ma-aï, de-aï et tous les concepts du kenjutsu ou iaïdo, il faut pratiquer plusieurs centaines de suburis par jour, sinon c'est impossible de
comprendre quoi que ce soit. Sans parler de réaliser quoi que ce soit.


 

Léo Tamaki 02/10/2012 16:42



Merci pour cet excellent partage de paroles de maîtres ;-)


 


Amicalement,


 


Léo