Budo no Nayami

Guerriers de la Grèce antique, samouraïs et chevaliers: les recherches d'Allen Pittman

13 Novembre 2013 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Allen Pittman est un adepte et un ami que j'apprécie beaucoup. Une des choses qui me frappe toujours chez lui, est l'étendue de ses recherches, et des moyens qu'il utilise. A partir de la pratique martiale, Allen s'intéresse aussi bien à l'histoire, qu'à la technique, la philosophie, la médecine, etc… Et il utilise toutes les ressources qui peuvent enrichir ses connaissances. Rencontres bien sûr, mais aussi livres, films et musées. Lors de sa dernière visite à Paris nous avons passé une journée ensemble et il me dit:

 

"J'ai passé la journée au Louvre. Cette fois-ci je n'ai visité que la partie sur la Grèce antique. J'y étais déjà allé une fois précédente et je m'étais cantonné à l'Egypte. Comme j'ai la chance de venir régulièrement en France et à Paris, je peux me permettre le luxe de me concentrer sur un domaine particulier à chaque fois.

 

C'était passionnant. Les grecs révèlent tout. L'étude des sculptures nous donne des informations précieuses sur leur façon de vivre et de combattre. On y voit bien sûr des techniques à travers leurs postures, mais on peut surtout avoir des indications sur la façon dont ils utilisaient leur corps et les mouvements qu'ils favorisaient en observant le développement de leur musculature.

 

Les égyptiens sont très différents. Mis à part leur magnifique rectitude, ils ne révèlent rien. (rires) Mon sentiment est pourtant qu'ils étaient d'admirables guerriers, au moins aussi forts que les grecs."

 

Je lui ai alors proposé d'aller visiter le musée de l'Armée qu'il ne connaissait pas, aux Invalides.

 

Allen fut enchanté. Nous nous sommes cantonnés au département des "Armes et Armures anciennes" qui est l'un des trois plus importants au monde. Il observa avec attention et eut la gentillesse de partager ses connaissances et réflexions sur le combat, la fabrication des armes et la philosophie des guerriers dont nous observions les reliques.

 

 

Allen Pittman nov 2013 02

 

Allen Pittman nov 2013 03

 

 

Voici un extrait de l'interview d'Allen où il parle de ses recherches sur les guerriers grecs:

 

 

"Vous avez ensuite fait des recherches sur l'art de combat des hoplites grecs, pouvez-vous nous dire comment cela s'est passé?

Lorsque j'enseignais l'éducation physique dans une école Waldorff à New York, les élèves de dix ans devaient faire les jeux Olympiques grecs. J'ai fait des recherches sur la façon dont ils se déroulaient précisément et ça a été mon premier contact avec la Grèce. C'est alors qu'un enseignant de grec m'a demandé si je pourrai chorégraphier une danse qui serait historiquement, culturellement et techniquement "plausible" pour la communauté grecque. Tout d'abord j'ai réuni toutes les informations que je pouvais trouver, tant sur le matériel, que la façon de combattre. Pour ça j'ai beaucoup utilisé les objets d'art, dont certains sont extrêmement détaillés, et de nombreuses descriptions issues de leurs poèmes. Ensuite j'ai fait fabriquer l'équipement pour deux personnes. Pendant plus d'un an j'ai alors expérimenté avec mes élèves avancés, combattu avec les armes et armures jusqu'à ce que la lance et le bouclier me deviennent familiers. J'ai alors mis au point une chorégraphie qui me semblait satisfaisante et plausible.

 

Quel était l'équipement des hoplites?

Lorsqu'ils allaient combattre les guerriers avaient une lourde et longe lance d'environ deux mètres, et une plus petite que leur taille, attachée au dos de leur bouclier. La lance grecque originale était proche de celle des Massaï. Légère et fine, il était possible de la tenir avec le bout des doigts. Il y avait deux bracelets sur le bouclier, et la main pouvait tenir une épée courte. Au total la main gauche portait près de 10 kilos, et la droite avec la lance, portait moins d'un kilo et demi.

 

Comment se passaient les combats selon vos recherches?

Chaque bouclier avait une corde. Grâce à elle le guerrier tenait celui de son voisin de droite et était tenu par celui de gauche. Si l'un bougeait cela mouvait l'autre. C'était donc un mur de boucliers connectés qui ressemblait à un serpent. Le but était de conserver ce mur et d'attaquer par dessus ou dessous. C'est pour cela qu'ils avaient les protections de tibia.

Au départ les lignes se faisaient face. Puis elles chargeaient. A l'instant du contact entre les boucliers les lances volaient vers les lignes arrières. Et ce sont les hommes qui étaient sept ou huit rangs derrières qui mourraient les premiers. On prenait alors la lance de combat accrochée au bouclier et le combat au corps à corps commençait. Il ne fallait surtout pas que le mur se brise.

Il est probable que les batailles duraient une vingtaine de minutes. Après, épuisés, les guerriers quittaient le champ de bataille transformé en marre de sang.

Techniquement avec un bouclier et une lance, les angles de combat deviennent très "simples". Il n'y a plus de place pour la fantaisie. En Inde il y  a encore des danses de la lance. J'ai rencontré un maître du nord du pays et étudié ses formes. Même si l'essence est différente, cela a aussi nourri mes recherches sur les formes de combat anciennes.

 

Avez-vous basé vos recherches sur une cité-état grecque en particulier?

Je me suis basé sur les spartiates. Les spartiates étaient des guerriers et leur état d'esprit était très différent de celui des Athéniens par exemple, qui étaient des intellectuels. Mais tout était très différent du film "300" qui, du point de vue historique, est une très mauvaise reconstitution. Tout d'abord les spartiates étaient des guerriers très disciplinés, et il est plus qu'improbable qu'ils aient gâché la moindre énergie à vociférer et grimacer. (rires) Lorsque les perses sont venus en Grèce, ils ont vu des serpents d'or géants dévaler vers eux de la montagne. Il s'agissait des chaînes de boucliers de bronze qui avaient été polis. Ils ont dû être stupéfaits.

 

Que gardez-vous de cette expérience?

Cela m'a passionné et je suis devenu très curieux sur l'origine des choses et la façon dont elles se sont développées. Etudier les arts grecs est ce qui m'a donné envie de rechercher comment les arts martiaux chinois ont évolués."

 

 

Allen Pittman nov 2013 04

 

Allen Pittman nov 2013 01

 


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scaevola 02/12/2013 11:06


Article intéressant. Malheureusement les Invalides n'ont que peu de choses à voir avec la Grèce. Il eut été intéressant de savoir ce qu'il pensait des rapières, des épées et des harnois blancs.


Pour nourrir cette réflexion, voici en vidéo un travail similaire réalisé par la compagnie ACTA sur les arts des jeux olympiques à savoir pugilat, lutte et pancrace.
http://youtu.be/jx7Zb3z8RQs

Léo Tamaki 05/12/2013 14:19



Merci pour le lien. C'est clair qu'il n'y avait quasiment rien sur l'antiquité aux Invalides :D


Nous avons en fait peu parlé des épés, mais il m'a notamment parlé de l'entraînement des enfants au combat dans diverses cultures, et de l'évolution des armes à feu.


 


Léo


 



Nicolas H 01/12/2013 14:35


Bonjour Léo,


Cela me rappelle 2 choses :


1) Le combat entre Brendan Fraser et Arnold Vosloo dans "La Momie 2" : l'un se bat à "la John Wayne" (avec coups de poing de boxe anglaise) et la mmie se bat avec un stylde "kung-fu égyptien à
mains ouvertes".


2) J'avais lu un livre de poche jeunesse historique dans lequel les guerriers grecs s'entraînaient au combat en tuant leurs esclaves (les îlotes je crois).


Cordialement,


 


Nicolas 

Léo Tamaki 05/12/2013 14:16



Bonjour Nicolas,


 


Ah les confrontations de style et les surprises que cela réservait :D Malheureusement à l'époque d'internet ces surprises sont de moins en moins fréquentes. Il reste toujours le travail pour
faire la différence ;-)


 


Cordialement,


 


Léo