Budo no Nayami

Kokyu et Kokyu-Ryoku dans les Budos et l’Aïkido, par Malcolm Tiki Shewan

20 Janvier 2015 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Kokyu et kokyu ryoku sont des notions souvent évoquées, rarement expliquées, quasiment jamais approfondies. Dans le texte suivant, Malcolm Tiki Shewan propose quelques pistes d'explorations techniques et philosophiques de ces notions au cœur de la pratique martiale. Traduction réalisée par Damien Gauthier.

 

 

On parle souvent dans les Arts Martiaux de l’importance de la respiration correcte et de son rôle clé comme source de la puissance dans les mouvements. Pourtant, j’ai plutôt constaté que très peu de connaissances concrètes sont transmises sur ce thème primordial.

 

Généralement, l’élève apprend quelques exercices respiratoires fondamentaux à partir desquels il est supposé découvrir et percevoir "sur le tas" tout ce dont il a besoin pour comprendre le kokyu. Cela ne fonctionne pas toujours. Par ailleurs, il entend souvent dire que le problème majeur dans toutes ses techniques se ramène à la question de la respiration.

La respiration est en fait un sujet si vaste et si propice aux interprétations qu’il est quasi-impossible de proclamer des "vérités universelles". Cependant, quand elle est faite correctement on peut "sentir" qu’on est sur la bonne voie.

 

Je voudrais ici partager avec le lecteur quelques idées qui m’ont été instructives et utiles. Parallèlement, je ne souhaite pas affirmer que "c’est comme ça" ou que c’est LA bonne méthode.

 

 

Malcolm Tiki Shewan 01

 


Il y a un certain nombre de mots que nous avons l’habitude d’inclure dans le vocabulaire de toute étude du Budo. Examinons quelques-uns d’entre eux et leur signification, puis je les assemblerai d’une manière qui, à mon sens, aidera à saisir une partie du sens à donner à "respirer".

 

Kokyu se compose de deux signes:

 

: Ko ou Yobu qui a pour significations appeler, inviter, ou plus généralement expirer/souffler.

 

: Kyû ou Suu qui a pour significations siroter, absorber, aspirer ou inspirer/inhaler.

 

Le mot pris dans son ensemble peut prendre plusieurs sens en japonais, dont, bien sûr, le simple acte de respirer. Il peut aussi être étendu pour évoquer "timing", "mouvement", "usage adéquat de la force", "harmonie en mouvement", etc.

Voyons-le ici comme la définition du processus universel de "remplissage et vidage", "accumulation et dispersion" ou encore "croissance et dépérissement". De cette manière, le concept prend une dimension supérieure.

Par exemple, le "kokyu" de la mer peut être vu comme étant les marées, celui de la Terre pourrait être sa rotation annuelle autour du soleil ainsi que  les saisons, le "kokyu" du jour et de la nuit, le "kokyu" d’une vie humaine. Toutes ces évolutions cycliques que l’on peut observer en nous-même, dans la Nature ou dans l’Univers peuvent tous représenter un processus de "kokyu".  L’image qui a été la plus forte et la plus nette pour ma compréhension du kokyu est celle de la mer et des marées. Cependant j’ai grandi près de l’océan Pacifique, passant quasiment chaque jour sur l’eau ou dans l’eau. Quelqu’un qui n’a jamais approché la mer trouvera dans la Nature un autre exemple le concernant sans doute plus – les saisons, les cycles biologiques ou planétaires, les cycles géologiques, etc. Néanmoins, je pense que voir l’Univers comme notre professeur est ici une bonne méthode.

 

 

Malcolm Tiki Shewan 04

 


Dans la pratique d’un Budo, toutefois, nous sont données un certain nombre de pistes et d’indications que nous devons suivre pour que nos mouvements physiques se transforment en une technique efficace et naturelle.

 

- Les mouvements expansifs, centrifuges, vers l’extérieur ou vers le haut sont des moments où l’énergie s’accumule et est mise en réserve. C’est ici que le plus souvent on inspire.

- Les mouvements comprimants, centripètes, vers l’intérieur ou vers le bas sont des moments où l’énergie "jaillit" et est utilisée pour agir. C’est ici qu’on expire.

- Il y a deux phases où la marée arrive au summum de son processus perpétuel (marée étale) et où il y a une absence (apparente) de mouvement (mais pas un arrêt du processus). Cela se produit bien sûr à la fin de la marée descendante (étale de basse mer) et à la fin de la marée montante (étale de pleine mer). Ce sont des moments "magiques" qui constituent un aspect très important du processus global – sont-ils la fin d’une phase ou le début de la suivante?

 

Toute cette approche "cyclique" des choses amène immédiatement, et assez justement, le lecteur à penser au Taoïsme, au yin et yang, etc. C’est dans cette ancienne école de pensée chinoise que nous trouvons les bases de la respiration du Budo – la respiration de l’être humain. Tout comme la myriade d’autres sujets qui cherchent à équilibrer leur processus autour de l’idée de "in-yo"(équivalent japonais de yin/yang). En fait, le concept de in/yo est probablement le concept le plus fort et le plus répandu qui soit dans la pensée japonaise, bien que largement sous-entendu et peu exprimé.

A titre d’exemple bon nombre des idées qui nous attirent souvent le plus dans le "zen", ou bouddhisme zen, ont été le résultat d'une influence taoïste. On ne peut approcher l’Art et la Culture du Japon sous quelque angle que ce soit sans le sentir profondément. Mais il semblerait que le taoïsme soit passé sous silence et les choses sont en général présentées comme "allant de soi". C’est seulement à force de rencontrer encore et encore ces mêmes concepts dans les disciplines que l’on étudie que l’on est de plus en plus convaincu de la présence d'un facteur commun dans ces principes sous-jacents. Regardons donc comment ils s’expriment dans la respiration.

 

 

Malcolm Tiki Shewan 02

 

 

L’inhalation est appelée  "yo no ugoki". On peut le traduire par "transformation vers l’état de yo (yang)" ou "accumulation d’énergie yang".

 

"Yo kyoku" signifie "état de yang" ou plénitude.

 

Cependant, comme à l’étale de pleine mer, le mouvement s’arrête – avant de s’inverser en "transformation vers l’état de yin" ou "in no ugoki".

 

Quand ce processus atteint "l’étale de basse mer" on l’intitule  "in kyoku".

 

Ainsi, si nous appliquons ceci au mouvement de shomen uchi :

 

"Yo no ugoki" désigne la montée du sabre (ou de la main) jusqu’à "furi kaburi" où l’on atteint "yo kyoku" puis le processus énergétique s’inverse et la marée commence à refluer. Tout comme la marée, cela démarre doucement et acquiert force et vitesse. L’impact de votre frappe devrait se synchroniser avec la plus forte des "in no ugoki" (expiration). Si cela est fait correctement (avec ki-ken-taï), la coupe sera la plus puissante qu’un être humain puisse réaliser.

Au début on apprend (assez artificiellement) cet enchaînement jusqu’à ce qu’il devienne normal et naturel. Cela demande beaucoup de répétitions, ce qui fait partie du travail que l’on nomme suburi. D’abord, on le limite à des mouvements relativement simples et éventuellement lents afin de pouvoir les réaliser correctement.  Ensuite on peut introduire la vitesse dans l’équation. Plus tard, on peut être incité à accomplir deux coupes (devant et derrière) zengo giri (avec pivot du corps) en une seule expiration (in no ugoki). On peut enchaîner avec des exercices dans trois ou quatre directions (shiho giri) en portant toujours l’attention sur le respect d’un schéma respiratoire spécifique.

 

Ces exercices (et bien d’autres encore), tout comme le waza faisant partie du curriculum de l’école, vont apprendre à l’élève comment respirer. Sous l’œil attentif du professeur il va être guidé vers l’acquisition fidèle de la coordination respiration/mouvement. Il va sans dire qu’il s’agit d’une étude longue et assidue et qu’il n’y a pas de "chemin unique" gravé dans le marbre.

 

Ces éléments devraient vous fournir peut-être un point de départ pour comprendre où porter votre attention quand vous vous attaquez à la question de la respiration... Mais ne retenez pas votre souffle!

 

 

Malcolm Tiki Shewan 03

 

 

Bio-express

 

Malcolm Tiki Shewan a commencé à étudier l’escrime à 6 ans. Il pratique ensuite le Judo puis le Iaïdo dans le style Muso Jikiden Eïshin ryu, avant de découvrir l'Aïkido aux côtés de Tamura Nobuyoshi à 18 ans. Si l'Aïkido devient sa pratique principale, il étudiera aussi entre autres le Tenshinsho Jigen ryu, la science de l'appréciation du sabre, et le Shinto Muso ryu Jodo. Vivant plusieurs années au Japon, il y étudiera la forge des sabres. Il est l'auteur de plusieurs livres.

 


Partager cet article

Commenter cet article

Laméti 16/05/2015 17:29

Léo, salutation
Laméti

Je cherchais tantôt avec l'aide Arnaud Lejeune un terme de Budo exprimant l'attitude du "sans force".
Avec un peu de triche sur un lexique de Kanji j'arrivais à cette particule : 力 Ryoku (force puissance). Malheureusement le "sans force" du lexique ne propose que 無力 muryoku (sans force>>> faiblesse).

Quand, comme par hasard, je me retrouve ici sur l'article kokyu-ryoku.

La première question alors est, "Est ce que le terme kokyu-ryoku définie bien cette attitude de "sans force"...?
Et, 2nde, si non, quel est le sens ou l’étymologie (si on peut appliquer l’étymologie aux kanjis) de cet assemble?

J'aime beaucoup la "magie-energie" des mots dans leur origine. Je la pratique pour chaque style de musique abordées et transmises, du fait pourquoi pas en faire de même en Aikido. ^^
Salutation à Arnaud que j'ai furtivement alpagué par mp ;)

A bientôt

Léo Tamaki 26/08/2015 16:41

Bonjour Laméti,

Désolé pour ma réponse tardive.

Il n'y a pas de terme qui me vienne à l'esprit. Mais il en est de même en français. Kuroda senseï parle du travail comme de "chikara nuki kurabe", que l'on peut en gros traduire par "la compétition du retrait de la force".

Kokyu ryoku ne me semble pas recouvrir cette notion. C'est d'ailleurs un terme qui est interprété très différemment par les enseignants en terme de pratique. Même si souvent les mêmes mots sont utilisés, la réalité est très diverse.

Léo

Pascal Bernard 29/01/2015 17:23


Rebonjour Monsieur Tamuki.
Je vous adresse la partie manquante.


Cordialement. P. Bernard
 


Pour reprendre une phrase de Saito Sensei : « pensez-vous qu’OS projetait avec du vent ? ».

Je mets en lien Hitohira Saito, d’abord parce que c’est la seule vidéo que j’ai trouvée avec une démonstration uniquement de kokyu et parce que sa démonstration de kokyu a le mérite d’être assez
« caricaturale » ce qui permet à tout œil exercé de visualiser pas mal de détails qui ne sont pas forcément aussi visibles mais tout aussi présents chez d’autres techniciens tout aussi
compétents que ce sensei.
http://store.aikidojournal.com/hitohiro-saito-demonstrating-kokyunage/

Je me suis mis en lien parce que je n’ai pas trouvé ce type de démonstration des axes de déséquilibre de l’aïkido sur une autre vidéo car comme la
partie axes de déséquilibre est comprise dans un cours que j’ai donné en 2013, cette vidéo est un peu longue.
https://www.youtube.com/watch?v=f2-5CBFc1YU

Pascal Bernard 29/01/2015 15:40


Bonjour Monsieur Tamiki
Je vous remercie d'avoir mis ma réponse en ligne.
Veuillez trouver ce nouvel exemplaire de ma réponse que j'espère complet cette fois.
Cordialement.


P. Bernard


Après quarante années de pratique dont 10 années passées à m’entrainer très intensivement chez Noro sensei à raison de 15 à 20 heures
semaines, dix années passées chez Christian Tissier et depuis en pratique exclusivement « Iwama Ryu » sous l’égide de Daniel Toutain, je crois que je commence tout juste à avoir un
début de compréhension sur ce que pourrait être la notion de kokyu.
Il faut d’abord préciser que d’après le témoignage direct de Noro et le témoignage indirect de Saito sensei (transmis par Daniel Toutain sensei), avec irimi nage (et ses déclinaisons), les kokyu
nage étaient les techniques d’application de l’aïkido d’OS.
Il me semble que pour comprendre la notion de kokyu, il faut faire la distinction entre le kokyu et les kokyu nage.
En effet, le kokyu est une attitude générale qui sert de moteur à toutes les techniques et les kokyu nage, sont un groupe de techniques spécifiques directes et épurées, utilisant bien évidement
le kokyu.

1- LE KOKYU, LE MOTEUR DE TOUT L’AIKIDO.1.a- Kokyu est une attitude
posturale issue de la pratique de l’aïkiken.La posture du corps est issue de la posture adoptée dans la pratique de l’aïkiken : ken kamaï en hanmi et la « main du
kokyu » est une adaptation de la saisie du ken tels que cela se pratique en aïkiken. Les bras qui transmettent la force crée par le corps et
qui éventuellement rajoutent leur propre composante cinématique pendant la réalisation de la technique le font suivant la manière de couper en aïkiken. Ce dernier point rend la coupe des autres
écoles d’armes, comme le iaido ou le kendo inadaptées à la pratique de l’aïkido, puisque ni les postures adoptées ni les coupes ne peuvent être utilisées en aïkido. Ce qui ne retire rien au
mérite ni à l’intérêt que l’on peut trouver dans l’étude de ces écoles.
Nous voyons donc que dans le kokyu pris comme moteur de la réalisation de l’ensemble des techniques d’aïkido (irimi nage, kote gaechi etc) comme dans les kokyu nage, il y a omniprésence de la
pratique des armes. Pour simplifier à l’extrême, au niveau des déplacements, tori passe alternativement de ken kamai, à jo kamai, voir hitoemi
(http://aikidoblog.net/fr/articles/aikido-kamae-hanmi/) et dans la gestuelle générale, nous retrouvons une gestuelle proche des suburi.
Par exemple, le mouvement de recul effectué dans le premier kokyu nage démontré par Saito Hitohira est similaire au mouvement de recul du 3eme suburi du ken et, après changement de hanmi, le
mouvement de projection est proche du piquer d’asso gaechi tsuki au jo (https://www.youtube.com/watch?v=3-fSqWd-uuU). Il existe donc une forte transversalité entre le tai jutsu, l’aïkiken et
l’aïkijo, et il devient évident de comprendre pourquoi ces deux derniers ne peuvent pas être remplacés par l’étude d’autres écoles d’armes.



1.b- De la respiration : La respiration est omniprésente dans le kokyu
comme elle est omniprésente dans tout l’aïkido puisque kokyu est le moteur de toutes les techniques.
 La respiration est conditionnée par le kiai qui est poussé lors des moments forts c’est à dire soit au moment des frappes et des piqués destinés à
toucher uke aux armes, soit au moment de la projection en tai jutsu. Le kiai s’effectuant en fin de technique, la phase inspiratoire se place naturellement lors du début de la technique, lorsque
tori se met en mouvement. Dans l’exemple du premier kokyu de la vidéo de Hitohira, l’inspiration se fait au moment où il se déplace et recule en levant le bras.


 1.b- De la direction du
déséquilibre en aïkido:Le déséquilibre est obtenu sans force lorsque uke immobile et stable est dirigé antérieurement ou postérieurement à 90° de sa ligne de pieds.
Lorsque uke est en mouvement, le déséquilibre s’opère dès qu’il est dirigé vers un angle de 30 à 45° de la ligne de ses pieds ou de sa direction de déplacement (voir vidéo en lien ci-dessous)
En kihon, lorsque uke est stable, les sorties se font directement vers l’axe postérieur de 90° (pour esquiver coups de poing et de pied d’uke).
Toutes les phases terminales du déséquilibre des techniques de base se font soit sur l’axe antérieur, soit sur l’axe postérieur.
Ainsi toutes les techniques d’immobilisation comme Ikkyo et ses déclinaisons (nikkyo, sankyo etc) se font sur l’axe antérieur d’uke situé à 90° de sa ligne des pieds. Dans cette direction uke ne
peut utiliser son pied avant pour donner un coup de pieds comme c’est le cas si l’on repousse uke vers l’arrière ce qui créer une situation d’aiuchi. C’est également l’axe de déséquilibre et de
projection des kochi nage.
Les techniques de projections (irimi nage, kote gaechi, shiho nage etc.) se font sur l’axe postérieur situé à 90° de l’axe des pieds d’uke. Le respect de cet axe postérieur est
essentiel  afin d’éviter les contre prises ou les coups d’uke. Se placer face à face devant uke (souvent sur kote gaechi) ou placer uke dans son dos
(souvent sur shiho nage), créé là encore des situations d’aiuchi (voir vidéo en lien) .
Tous les débuts des techniques se font par des déplacements entrainant uke dans l’angle compris entre 30 et 45° afin de l’amener en déséquilibre et d’effectuer ensuite la technique vers ses 90°
antérieur ou postérieur.

2- LES KOKYU NAGE, LE CONCENTRE DES TECHNIQUES D’APPLICATION DE L’AIKIDO
Les kokyu nage sont des techniques d’application directes amenant uke en déséquilibre dans l’angle de 30 à 45° de sa direction pour, dans une seule technique, le déséquilibrer et le projeter dans
la continuité.



3- CONCLUSION
Kokyu est le moteur de toutes les techniques de l’aïkido : c’est le cœur de l’aïkido. Loin d’être un concept ésotérique, c’est au contraire un concept physique, postural, respiratoire,
servant à créer la puissance du corps dans la pratique de l’aïkido. Il est intimement lié à la pratique des armes de l’aïkido et principalement de l’aïkiken dont la pratique permet son
développement. Le kokyu, notamment dans la phase de projection ou lors de la pratique des armes au moment des impacts,  intègre également la notion de
kimé que l’on retrouve en karaté, même si le mot kimé n’est pas prononcé.
Quant aux kokyu nage, techniques d’application de l’aïkido d’OS (avec irimi nage), ils ne sont donc pas des « projections respiratoires » au cours desquelles uke chute tout seul et de
son plein grès sous n’importe quelle gestuelle de tori comme c’est devenu trop souvent le cas, techniques dans lesquelles tori chercherait une sorte d’énergie, qui n’est jamais trouvée, mais qui
pourrait expliquer à elle seule l’efficacité de la technique.
Pour reprendre une phrase de Saito Sen

Léo Tamaki 29/01/2015 15:42



Désolé elle est encore incomplète.


 


Léo



Pascal Bernard 29/01/2015 13:44


Après quarante années de pratique dont 10 années passées à m’entrainer très intensivement chez Noro sensei à raison de 15 à 20 heures
semaines, dix années passées chez Christian Tissier et depuis en pratique exclusivement « Iwama Ryu » sous l’égide de Daniel Toutain, je crois que je commence tout juste à avoir un
début de compréhension sur ce que pourrait être la notion de kokyu.
Il faut d’abord préciser que d’après le témoignage direct de Noro et le témoignage indirect de Saito sensei (transmis par Daniel Toutain sensei), avec irimi nage (et ses déclinaisons), les kokyu
nage étaient les techniques d’application de l’aïkido d’OS.
D'emblée, il faut faire la distinction entre le kokyu et les kokyu nage.
En effet, le kokyu est une attitude générale qui sert de moteur à toutes les techniques et les kokyu nage, sont un groupe de techniques spécifiques directes et épurées, utilisant bien évidement
le kokyu.

1- LE KOKYU, LE MOTEUR DE TOUT L’AIKIDO.1.a- Kokyu est une attitude
posturale issue de la pratique de l’aïkiken.La posture du corps est issue de la posture adoptée dans la pratique de l’aïkiken : ken kamaï en hanmi et la « main du
kokyu » est une adaptation de la saisie du ken tels que cela se pratique en aïkiken. Les bras qui transmettent la force crée par le corps et
qui éventuellement rajoutent leur propre composante cinématique pendant la réalisation de la technique le font suivant la manière de couper en aïkiken. Ce dernier point rend la coupe des autres
écoles d’armes, comme le iaido ou le kendo inadaptées à la pratique de l’aïkido, puisque ni les postures adoptées ni les coupes ne peuvent être utilisées en aïkido. Ce qui ne retire rien au
mérite ni à l’intérêt que l’on peut trouver dans l’étude de ces écoles.
Nous voyons donc que dans le kokyu pris comme moteur de la réalisation de l’ensemble des techniques d’aïkido (irimi nage, kote gaechi etc) comme dans les kokyu nage, il y a omniprésence de la
pratique des armes. Pour simplifier à l’extrême, au niveau des déplacements, tori passe alternativement de ken kamai, à jo kamai, voir hitoemi
(http://aikidoblog.net/fr/articles/aikido-kamae-hanmi/) et dans la gestuelle générale, nous retrouvons une gestuelle proche des suburi.
Par exemple, dans la vidéo mise en lien à la fin de ma réponse,le mouvement de recul effectué dans le premier kokyu nage démontré par Saito Hitohira est similaire au mouvement de recul du 3eme
suburi du ken et, après changement de hanmi, le mouvement de projection est proche du piquer d’hasso gaechi tsuki au jo (https://www.youtube.com/watch?v=3-fSqWd-uuU). Il existe donc une forte
transversalité entre le tai jutsu, l’aïkiken et l’aïkijo, et il devient évident de comprendre pourquoi ces deux derniers ne peuvent pas être remplacés par l’étude d’autres écoles d’armes (jodo,
kendo etc.), sans pour autant que ce soit dévalorisant pour ces autres écoles.



1.b- De la respiration : La respiration est omniprésente dans le kokyu
comme elle est omniprésente dans tout l’aïkido puisque kokyu est le moteur de toutes les techniques.
La respiration est conditionnée par le kiai qui est poussé lors des moments forts c’est à dire soit au moment des frappes et des piqués destinés à toucher uke aux armes, soit au moment des
contacts et de la projection en tai jutsu. Le kiai s’effectuant en fin de technique, la phase inspiratoire se place naturellement lors du début de la technique, lorsque tori se met en
mouvement. Dans l’exemple du premier kokyu de la vidéo de Hitohira, l’inspiration se fait au moment où il se déplace et recule en levant le bras.


 1.b- De la direction du
déséquilibre en aïkido:Le déséquilibre est obtenu sans force lorsque uke immobile et stable est dirigé antérieurement ou postérieurement à 90° de sa ligne de pieds.
Lorsque uke est en mouvement, le déséquilibre s’opère dès qu’il est dirigé vers un angle de 30 à 45° de la ligne de ses pieds ou de sa direction de déplacement (voir vidéo en lien ci-dessous)
En kihon, lorsque uke est stable, les sorties se font directement vers l’axe postérieur de 90° (pour esquiver coups de poing et de pied d’uke).
Toutes les phases terminales du déséquilibre des techniques de base se font soit sur l’axe antérieur, soit sur l’axe postérieur.
Ainsi toutes les techniques d’immobilisation comme Ikkyo et ses déclinaisons (nikkyo, sankyo etc) se font sur l’axe antérieur d’uke situé à 90° de sa ligne des pieds. Dans cette direction uke ne
peut utiliser son pied avant pour donner un coup de pieds comme c’est le cas si l’on repousse uke vers l’arrière ce qui créer une situation d’aiuchi. C’est également l’axe de déséquilibre et de
projection des kochi nage.
Les techniques de projections (irimi nage, kote gaechi, shiho nage etc.) se font sur l’axe postérieur situé à 90° de l’axe des pieds d’uke. Le respect de cet axe postérieur est
essentiel  afin d’éviter les contre prises ou les coups d’uke. Se placer face à face devant uke (souvent sur kote gaechi) ou placer uke dans son dos
(souvent sur shiho nage), créé là encore des situations d’aiuchi (voir vidéo en lien) .
Tous les débuts des techniques se font par des déplacements entrainant uke dans l’angle compris entre 30 et 45° afin de l’amener en déséquilibre et d’effectuer ensuite la technique vers ses 90°
antérieur ou postérieur.

2- LES KOKYU NAGE, LE CONCENTRE DES TECHNIQUES D’APPLICATION DE L’AIKIDO
Les kokyu nage sont des techniques d’application directes amenant uke en déséquilibre dans l’angle de 30 à 45° de sa direction pour, dans une seule technique, le déséquilibrer et le projeter dans
la continuité.



3- CONCLUSION
Kokyu est le moteur de toutes les techniques de l’aïkido : c’est le cœur de l’aïkido. Loin d’être un concept ésotérique, c’est au contraire un concept physique, postural, respiratoire,
servant à créer la puissance du corps dans la pratique de l’aïkido. Il est intimement lié à la pratique des armes de l’aïkido et principalement de l’aïkiken dont la pratique permet son
développement. Le kokyu, notamment dans la phase de projection ou lors de la pratique des armes au moment des impacts,  intègre également la notion de
kimé que l’on retrouve en karaté, même si le mot kimé n’est pas prononcé.
Quant aux kokyu nage, techniques d’application de l’aïkido d’OS (avec irimi nage), ils ne sont donc pas des « projections respiratoires » au cours desquelles uke chute tout seul et de
son plein grès sous n’importe quelle gestuelle de tori comme c’est devenu trop souvent le cas, techniques dans lesquelles tori chercherait une sorte d’énergie, qui n’est jamais trouvée, mais qui
pourrait expliquer à elle seule l’efficacité de la technique.
Ce sont des te Pour reprendre une phrase de Saito Sensei : « pensez-vous qu’OS projetait avec du vent ? ».

Je mets en lien Hitohira Saito, d’

Léo Tamaki 29/01/2015 15:16



Merci pour le partage de votre expérience. Il semble que votre commentaire soit coupé à la fin.


 


Léo



Ko Kumo 27/01/2015 11:31


Ce post m'est très utile . C'est ma 3eme année de pratique est malgrés tout j'ai le tort de focaliser sur le
mouvement, sur la technique, sur la main qui attaque... au final ... oubliais de RESPIRER.


Autant dans ma pratique cela m'handicapait que cela devenait un obstacle majeur dans les exercice de randori..


L'image de la marée , son flux et reflux sont une image précise et simple qui me permet maintenant de mieux visualiser et mettre en pratique les phases de respirations pendant l'execution des
mouvements ( autant dans le rôles d'Uké que de Tori ). 


Maintenant je constate que grace à cela je peux pratiquer nettement plus longtemp. Et ça c 'est vraiment cool