Budo no nayami

J'ai évoqué il y a quelque temps la soirée que j'avais passée avec Sheen et Morishita-san. Ce jour-là je lui ai demandé quand la pratique de senseï avait réellement changée car lui-même m'avait dit qu'il ne "comprit" réellement que vers l'âge de quarante ans.


Kuroda Tetsuzan et son fils Yasumasa à la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels 2007

Kono Yoshinori, une rencontre déterminante
Morishita-san me répondit que le véritable changement avait eu lieu quand Kuroda senseï et Kono Yoshinori se sont rencontrés. Maître Kuroda lui-même me l'avait dit et quand je l'ai interviewé (pas encore publié) Kono senseï m'avait dit que la personne a qui il devait le plus était Kuroda senseï.


Kono Yoshinori, kenjutsu


C'est incroyable de voir que l'émulation entre deux pratiquants d'exception puisse les amener à se sublimer. Aujourd'hui Kono senseï et Kuroda senseï sont à juste titre les deux pratiquants de Kobujutsu les plus reconnus. Je me demande ce qu'aurait été leur progression s'ils ne s'étaient pas rencontrés…
Cela montre à quel point il est important d'avoir, au moins pendant une période, un alter-ego ou un modèle qui vous motive afin de pouvoir se surpasser.


Ven 4 avr 2008 12 commentaires
Bonsoir... ou plutôt bonjour c'est 3h50 du matin...
Belles photos qui font rêver... Et toi? Quel est ton alter-ego qui te fait progresser?
Furansuzen
Furansuzen - le 05/04/2008 à 03h48
Hmm, ça dépend des époques et des domaines. Brahim Si Guesmi, Mikaël Martin et Isseï sont ceux avec qui je partage le plus en ce moment en Aïkido. Il y a ue émulation très positive entre nous. Mais l'éloignement ne me permet pas d'avoir avec eux les échanges que je souhaiterai. Et ça manque. Léo
Léo Tamaki
Bonjour Léo,
je suis toujours émue et apaisée quand une fois de plus, je constate que la pleine compréhension de l'Aikido nécessite du temps et de la persévérance et que prendre de l'âge y contribue, comme si une fois que le corps s'était bien exprimé , a bien montré qu'il existait, l'Esprit, enfin, pouvait  prendre le devant de la scène...:-)

Le mimétisme est une phase inhérente à tout apprentissage et je crois indispensable et déterminante. Et je pense qu'il est très difficile pour un enseignant de parvenir à trouver ce juste milieu qui consiste à accepté d'être "imité" sans qu'il se sente "flatté" pour autant, car le but vrai est et reste de donner à l'éléve la liberté de trouver son propre "Aikido".

Quant à l'alter égo...ça...Ce doit être magnifique effectivement de trouver la pleine harmonie avec un autre pratiquant...Et si..stimulant;..Mais enfin, les tatamis sont le reflet de la vie..."Beaucoup en parlent, peu le trouvent, la plupart se trompent...:-(
Bien à toi et bonne journée
Emma
http://derrierelemiroirdemma.skynetblogs.be



Emmanuelle - le 05/04/2008 à 09h19
Hmm la question de son "propre" Aïkido... Très compliqué. J'essayerai de prendre le temps de m'exprimer à ce sujet un jour. Très très brièvement je dirai oui mais après un certain niveau qui n'est quasiment jamais atteint aujourd'hui. A présent chacun essaie d'avoir "son" Aïkido avant d'avoir intégré celui de son maître... ;-) Merci pour le lien :D Léo
Léo Tamaki
Merci Dame Emma je ne pourrais dire mieux.

J'ai vogué entre les lignes de vos écrits. Sans contexte vos sensibilité et âme sont aussi douces que les traits de votre visage, telles un pétale blanc emporté par le vent, au gré du coeur.

Bonne journée à tous

Isa
Isa - le 05/04/2008 à 11h21
Bonne journée à toi aussi ;-) Léo
Léo Tamaki
Merci beaucoup Isa pour ces très gentils propos, cela me touche beaucoup.

Puissé-je alors mettre dans le coeur de chaque tibétain que je croiserais Lundi à Paris pour dire combien ce qui se passe est inadmissible, un peu de cette douceur...
Je ne peux m'empêcher de penser que c'est aussi parce que je porte un amour absolu   à cette discipline si mystérieuse et lumineuse d'harmonie qu'est l'Aikido que je me sens si impliquée dans la destinée tibétaine et avec elle, par elle aussi, dans toutes les destinées qui encore de nos jours souffrent et meurent à la barbe de tous, bafouées par des régimes dictatoriaux et mercantiles...Puissent beaucoup d'Aikidokas soutenir cette cause...

Encore merci pour votre gentillesse.

Bonne journée

Emma
Emmanuelle - le 05/04/2008 à 12h41
Bonjour Léo
tout dépend de ce que l'on entend par son propre aikido bien entendu. Il va de soi que nous passons nécessairement par l'apprentissage de celui dont nous suivons les pas, puisque notre "étude" veut que nous marchions d'abord dans les traces de notre "maitre". Techniquement, oui, bien sûr que nous tentons de prendre la relève de notre "référent", mais à un certain niveau, ce n'est plus tant la technique que ce nous mettons, "spirituellement" si j'ose dire:-D, dans son accomplissement qui va faire la différence....Pour ma part, je sais que toujours, techniquement, je prendrais des attitudes de Toshiro Suga, sans y parvenir, d'accord!!!:-D mais bon,  mais l'état d'esprit dans laquelle je serais ne sera jamais celui de Toshiro...Parce que je ne suis pas Toshiro. et mon aikido à moi se trouvera à cette frontière ténue ente une technique imprégnée de celle de celui qui m'a "éduquée" mais qui exrimera ce que moi je suis au moment de l'accomplissement..Bon, ok, c'est pas ultra clair mon histoire, mais bon, je tente de faire passer une sensation, alors bon:-((( Ceci étant, vu le temps que je n'ia pas pratiqué...je ferais peut être mieux de faire voeu de silence....:-(((
Bonne journée à toi
Emma
Emmanuelle - le 09/04/2008 à 14h30
Bonjour Emma, Tout à fait d'accord avec toi par contre sur le fait que ce que nous mettons dans la pratique est personnel ;-) Léo
Léo Tamaki
Recoucou,
peut être n'était ce pas le lieu de mettre un lien vers mon blog. Je suis désolée. En fait, je voyais "site" au bas de certains messages, alors bon, j'ai cru..Mais c'est un peu idiot de ma part, dans la mesure où mon blog n'est pas "en soi"un blog lié aux arts martiaux...
Navrée pouur ce péché de vanité et de nombrilisme...
Bonne journée
emma
Emmanuelle - le 09/04/2008 à 15h01
Oh non au contraire c'était très bienvenu. Je ne connaîs pas la plupart des lecteurs et c'est un plaisir de les lire ;-) Léo
Léo Tamaki

Quelle subtilité dans ta réponse!!!!:-D Quelle pirouette!!!!Aussi souple et félin que sur les tatamis!!!:-D Enfin...dans mon souvenir:-D
Bonne journée Léo!
Emma

Emmanuelle - le 09/04/2008 à 16h01
:D Léo
Léo Tamaki
Jâ!

Me sens un peu fautive dans tout cela! gomen nasaï

Bonne journée

Isa
Isa - le 10/04/2008 à 11h55
Hmm de quoi? Varaiment pas de quoi :D Léo
Léo Tamaki
Bonjour Isa,
pourquoi vous sentiriez vous fautive?? Et de quoi?? Il n'y a aucune raison. Pas du tout. J'ai été et reste touchée par vos propos. Je les touve spontanés et très gentils et pleins de bienveillance. C'est moi qui ai décidé et ai eu la prodigieuse arrogance de mettre mon adresse de blog sur le site de Léo, je ne le regrette nullement. Si je ne l'avais pas fait, je ne vous aurais pas lu:-D Ceci étant , vous êtes la bienvenue sur mon blog, au cas où vous aimeriez dire quelque chose.
Surtout ne vous sentez pas coupable de votre gentillesse. Si responsable il y a de quoi que ce soit, c'est moi et mon EGO:-D
Bonne Journée et pleins de jolies choses à vous
Emma
Emmanuelle - le 10/04/2008 à 12h36
Non vraiment ça me fait plaisir que les gens mettent l'adresse de leurs sites. Ca permet de les connaître un peu mieux, ce qui est agréable lorsqu'on communique ;-) Léo
Léo Tamaki
Bonjour Léo, bonjour tou(te)s,

Puisque vous en êtes venus à parler de notre "propre" aikido, j'ai une question pour Léo : Léo, étant donné que ta pratique t'amène à parcourir d'autres sentiers que ceux se réclamant de Morihei Ueshiba sensei, où places tu la limite dans ta propre pratique entre ce qui est aikido et ce qui ne l'est pas ?

Bien à vous !

Mat. :-)
Mat. - le 15/05/2008 à 14h22

Aaahhh Mat,

 

Un petit message simple genre bonjour j'espère que tu vas bien et à bientôt m'aurait étonné de toi ;-) Toujours des questions intelligentes…

 

En fait personnellement il y a longtemps que je parle de "pratique". Je ne dis donc pas mon Aïkido mais plus modestement ma pratique.

La question de ce qui peut être appelé Aïkido est difficile car elle revient à en donner une définition. Cela nous expose alors à un grand nombre de questions…

-S'agit-il d'une "forme" technique, des gestes extérieurs, mais dans ce cas leur exécution peut être très variable selon les maîtres. Certains les réalisant en puissance tandis que d'autres insisteraient sur le relâchement par exemple.

-S'agit-il d'une façon d'exécuter des mouvements qui pourrait à la limite être appliquée à n'importe quelle technique, donnant ainsi la possibilité de reprendre des techniques de Daïto ryu, d'autres écoles pratiquées par Osenseï, voire d'en inventer.

-S'agit-il de principes spirituels, laissant là encore la possibilité de s'écarter du répertoire technique du fondateur.

-A quelle période de la pratique du fondateur doit-on lier l'Aïkido? Est-ce que les techniques qui datent d'avant l'emploi du terme Aïkido dans les années 40 peuvent être considérées comme de l'Aïkido? Est-ce la pratique de ses dernières années, touchant à l'essentiel au point d'en être presque "métaphorique" qui doit être recherchée, ou doit-on revenir à un travail plus "technique" datant du début des années 50?

-Et au-delà doit-on même se référer au fondateur? Plusieurs maîtres m'ont confié en privé qu'il n'était pas, ou plus leur référence… Un art évoluant il n'est pas inutile de se poser la question.

 

Voilà quelques unes des questions qui rendent ma réponse très difficile.

 

Personnellement il m'est impossible de prendre Ueshiba pour référence car j'ai appris par l'expérience que ce que l'on voit en photos ou vidéos, et même en réel devant nos yeux, ne représente que la partie émergée de l'iceberg. La sensation est le point essentiel. Que ressent-on face à tel maître, quand on se tient devant lui, quand on l'attaque, quand on le saisit, quand on reçoit sa technique, etc… Ce n'est qu'ainsi que l'on peut vraiment comprendre ce qu'est la pratique d'une personne.

Ensuite j'ai subi les techniques d'une vingtaine d'élèves qui l'ont suivi intensément et ont régulièrement chuté pour lui. Aucun n'a ou n'avait une pratique similaire, que ce soit dans la forme ou la sensation qu'elle donne ou donnait. Qui a tort? N'ont-ils pas tous préservé une partie de ce qu'ils ont reçu, certains privilégiant l'esprit, d'autres la forme et d'autres encore la manière de la période à laquelle ils ont étudié ou de celle qui leur convenait le mieux parmi celles qu'ils ont connues?

 

Mon opinion personnelle quand à la préservation des formes est que Shioda senseï, Saïto senseï et Shimizu senseï sont les trois qui ont le plus fidèlement préservé les techniques d'une époque donnée. Ils ont par contre bien moins insisté sur l'aspect spirituel qui a été plus préservé par des maîtres tels que Abe senseï, Sunadomari senseï ou Hikitsuchi senseï. Quand au contenu, la manière d'éxécuter, il m'est impossible d'en juger.

 

Alors est-ce que je fais de l'Aïkido?! Ma référence en Aïkido est Tamura senseï. S'il m'apparaît évident que sa pratique actuelle n'est pas celle d'Osenseï, au moins dans sa forme extérieure, il me semble qu'il est indéniable qu'il est un de ses successeurs. Si l'on considère qu'il fait de l'Aïkido (ce n'est pas l'opinion de tout le monde), alors je crois pouvoir dire que je fais encore de l'Aïkido car aujourd'hui ma pratique reste assez proche de la sienne même si je suis loin de connaître ses formes aussi bien que Mikaël Martin par exemple.

Par contre je comprends parfaitement qu'aux yeux de certains pratiquants je ne pratique pas de l'Aïkido. Pour être sincère… cela m'indiffère :D

 

Lorsque je pratiquais le Kyokushinkaï j'avais l'impression de faire de l'Aïkido bien qu'évidemment les techniques aient été très différentes. Et mon frère avait le même sentiment. Chaque geste de celui qui vit son Aïkido ne doit-il pas être de l'Aïkido? Sans me comparer avec Osenseï en aucune façon, ne faisait-il pas de l'Aïkido en levant sa tasse pour boire son thé? En tout cas pour moi Kuroda senseï respecte ses principes dans chacun de ses gestes.

 

Il arrivera sans doute un moment où ma pratique s'éloignera de celle de maître Tamura soit techniquement soit dans l'esprit, voire les deux. Il me faudra alors me poser la question de l'appellation de ma pratique.

 

Bon la réponse est très longue, probablement obscure et dépasse un peu le cadre de la question. Allez je réutilise mon excuse favorite, il est 5h du matin :D

 

Très amicalement,

 

Léo

Léo Tamaki