Budo no nayami

Arrivé à Saint Maximin lundi soir, c'est hier matin que j'ai retrouvé Mickaël. Le soleil brillait déjà haut dans le ciel et nous avons pris le temps de prendre un petit déjeuner en terrasse. Comme de coutume notre conversation aborda rapidement le sujet de l'Aïkido puis plus précisément celui de Tamura senseï et de ses derniers instants qu'il vécut comme il l'avait voulu, debout.



Tamura Nobuyoshi 20 (Bruno Germain)

Tamura Nobuyoshi

(photo Bruno Germain)



Nous sommes ensuite partis faire les courses du pot qui aurait lieu après l'enterrement en compagnie de Jean-Pierre qui réside et travaille au dojo. Arrivés à Bras, le temps de nous changer et nous étions en route pour aller voir Tamura senseï.

Au funérarium
Les alentours du funérarium étaient occupés par les nombreux véhicules des pratiquants venus se recueillir auprès de senseï. En nous frayant un chemin parmi les visiteurs je reconnus un grand nombre de fidèles de maître Tamura. Par chance Mickaël et moi avons eu l'occasion de nous recueillir seul avec Tamura senseï. Malgré son corps et son visage émaciés par la maladie, senseï reposait le visage paisible. Il était revêtu d'un keïkogi dont les revers étaient croisés à l'envers comme il est de coutume de le faire pour les décédés au Japon.
Aussi étrange que cela puisse paraître je m'attendais à le voir ouvrir les yeux, se tourner vers moi avec son sourire qui était si souvent bienveillant et narquois à la fois et me tendre la main pour que je le saisisse une fois de plus. Je me voyais à nouveau projeté avec douceur de façon inexorable…
Mais Tamura senseï resta immobile. Il avait déjà tant donné et se reposait à présent. Genou à terre je posai pour la dernière fois ma main sur la sienne, le remerciant pour sa constante générosité.



Tamura Nobuyoshi 03 avec Léo Tamaki (Marc Le Tissier)

(photo Marc Le Tissier)



Au crématorium
C'est un long cortège de voiture qui partit du funérarium, mais c'est une foule encore plus immense qui attendait senseï au crématorium. Son cercueil posé au centre d'une salle de cérémonie ce sont des centaines de proches, amis, élèves qui prirent place autour de lui. L'affluence était telle que nombre d'entre eux ne purent assister à la cérémonie que de l'extérieur.

 

 

TAMURA-NOBUYOSHI 0263

 

 

C'est Pierre Grimaldi, président de la Fédération Française d'Aïkido et de Budo qui prit le premier la parole pour remercier chacun et honorer maître Tamura. Ses mots furent brefs et engagés. Il évoqua senseï:

"C'était quelqu'un sur qui je savais pouvoir compter et que j'ai été honoré de servir."

Et l'avenir de son enseignement et de la Fédération:

"Rien n'est fini, tout recommence."

Visiblement ému il avait été à l'essentiel et se retira pour laisser la place à la famille de Tamura senseï. C'est son fils aîné, Nobumichi qui commença par prendre la parole:

"Parmi ses dernières paroles il nous a dit surtout de ne pas nous en faire. Que ce qui doit arriver arrivera."

"Il nous a dit que chaque épreuve de la vie contient une leçon précieuse qu'il faut savoir en retirer."

"Mon père nous a quitté physiquement mais il continue à vivre en chacun de nous. (…) Vous êtes chacun à votre manière les héritiers directs de son enseignement."



Tamura-sense--stage-enseignants-Paris-01.jpg

Stage enseignants



C'est ensuite madame Rumiko Tamura qui vint lire certains des poèmes que son mari avait écrits ces derniers mois. Chaque poème lu en japonais fut suivi par sa traduction en français par l'un de ses fils.


Mois d'avril

Je quitte ce monde
En laissant ma famille
Au printemps sous un ciel clair



Tamura Nobuyoshi 12 (Christoph Stoebich)

(photo Christoph Stoebich)



Mois de mai

Shinpai suru na
Nantoka naru


Ne vous faites pas de soucis,
Tout ira bien



Tamura Nobuyoshi 10 (Christoph Stoebich)

(photo Christoph Stoebich)



Mois de juin

A la souffrance au petit matin,
J'entends le cri des corbeaux.
J'ai le privilège de pouvoir enfin comprendre le sens de ce poème du grand maître Yamaoka Tesshu.



Tamura-Nobuyoshi-001.jpg

(photo Christoph Stoebich)



Vint alors le moment du dernier hommage et chaque membre de l'assistance vint saluer senseï et sa famille. Malgré la période estivale et la rapidité de la mise en place de la cérémonie ce ne sont pas moins de 500 personnes qui avaient fait le déplacement venant des quatres coins de la France mais aussi de Belgique, Italie, Espagne, Portugal, Luxembourg, Slovaquie, Hollande, etc…
Qu'ils soient connus ou inconnus, la plupart des fidèles amis et élèves de senseï se retrouvaient autour de lui. Dans le désordre et sans être exhaustif je vis entre autres, Yamada Yoshimitsu, Gilbert Millat, Stéphane Bénedetti, Michel Bécart, Jacques Bardet, Nébi Vural, Michel Bénard, Pierre Charrié, Jean-Paul Avy, Robert Le Vour'ch, Jacques Bonnemaison, Claude Pellerin, Michel Prouvèze, Henri Avril, Tiki Shewan, Bruno Germain, Daniel Toutain…
Bien que chacun ne passa que quelques secondes le long défilé dura environ une heure et demie. Madame Tamura et sa famille saluèrent avec dignité chacune des personnes venues rendre hommage à leur mari, père, grand-père.

Au dojo
Tandis qu'une grande partie des personnes venues se recueillir repartait immédiatement vers leur lieu, qui de travail, qui de pratique, près de deux cent personnes se rendirent au Shumeïkan afin de partager quelques instants ensembles. L'ambiance était douce et détendue comme je crois que l'aurait voulu senseï.



Tamura Nobuyoshi 19 (Bruno Germain)

(photo Bruno Germain)



Le jour se lève à l'heure où je termine le récit de ce dernier au revoir à Tamura senseï. La journée fut longue et intense comme sa vie et je fus vraiment heureux de voir à quel point il s'était réalisé. Maître Tamura était un mari heureux, un père comblé, un enseignant reconnu et admiré. Il ne vécu pas la triste fin de certains grands maîtres qui meurent seuls et oubliés.


Relisant ce texte je suis triste de constater à quel point il est plat et sans saveur. Sans doute est-il est encore trop tôt pour que j'arrive à écrire sur ce sujet, sans doute n'en suis-je simplement pas capable. Je poste toutefois ces quelques lignes car je sais que certains qui n'ont pu se déplacer malgré leur désir préfèreront partager cela que rien.


"Vous êtes chacun à votre manière les héritiers directs de son enseignement."



Tamura-Nobuyoshi-164.jpg

(photo Christoph Stoebich)



Un merci tout particulier à Mickaël dont la présence chaleureuse et la force de caractère m'aidèrent à faire de cette journée une célébration à notre maître.



Note:

Je poste une liste des présents que j'actualiserai en fonction des messages que je reçois:

Micheline Tissier, Jean-François Riondet, Luc Bouchareu, Roberto Arnulfo, Jean Llaveria, Martin Jerez, Mohamed Belayachi.



Mer 14 jui 2010 48 commentaires

Un grand merci a toi Leo, meme si tes ecrits te semble sans saveur, ils nous ont permit d'avoir un peu le sentiment d'avoir ete la bas avec vous.

un grand merci a toi donc de la part de tout ceux qui se sont recueilli a des milliers de km.

A nous de perpetuer l'heritage de sensei comme une grande famille de pratiquant que nous sommes.

Sylvain

Sylvain - le 14/07/2010 à 07h24

Un grand merci, Léo, de nous en avoir fait vivre quelques instants.
Stéphane

Steph - le 14/07/2010 à 07h40

Encore merci Leo..

rose - le 14/07/2010 à 07h51

Merci Léo...

Eric - le 14/07/2010 à 08h17

Bonjour,

Merci de nous les partager...ces instants.

Pascale (Nouvelle-Calédonie).

Pascale - le 14/07/2010 à 08h20

Merci.

 

Merci aussi pour avoir partagé avec tout le monde les poèmes de Maître Tamura.

 

Dominique

Dominique C. - le 14/07/2010 à 08h58

Bonjour Léo,

 

Une journée se termine et une autre commence, ainsi va la vie ....

Rassure-toi, ton texte n'est pas plat et sans saveur mais humble et simple, accessible à tous, sans floriture comme d'habitude, égale à toi-même. Tu essayes de rester objectif et de faire partager ce moment avec tous. Des personnes comme moi qui ne sommes pas allées, heureusement d'ailleurs car l'endroit aurait été inabordable !! Le tout élève laisse les proches et amis se recueillir sereinement mais nous pensons à vous dans ces moments difficiles. Heureusement que tu es là pour témoigner de ces moments et nous les faire partager. Une pensée particulière pour son épouse, son fils et sa famille.

 

Bon courage et continué bien. Virginie

 

 

 

Virginie - le 14/07/2010 à 09h02

Merci pour ce bref récit dont certains pratiquants éloignés ont besoin.....

Nous t'en sommes reconnaissants. Cela nous permet tout en étant éloignés d'être présent par l'esprit/

Merci à toi!

Laurent - le 14/07/2010 à 09h17

Merci Léo pour ce témoignage émouvant et la citation des poèmes de Tamura Sensei.

Jean Luc

Dureisseix Jean Luc - le 14/07/2010 à 09h22

Bonjour Leo,

Je n'ai malheureusement jamais rencontrè Tamura Sensei, je ne suis jamais allé à un de ses stages. Les raisons sont multiples et toutes plus mauvaises les unes que les autres, et j'eprouve aujourd'hui un vrai regret.
J'ai pratiqué avec quelques uns de ses eleves et certains des enseignants qui le suivaient, l'echange à toujours été riche et constructif.

Je suis venu m'incliner devant le cercueil de ce grand Sensei avec un profond respect et une grande humilite.J'accompagnais ma Sensei Micheline Tissier,et j'etais accompagné de Martin Jerez representant G.Blaize et de Mohamed Belayachi pour le GHAAN.

Le poeme lu par madame Tamura m'a particulierement emu, Tamura Sensei sera resté grand jusqu'au bout.

Michel

 

 

 

Michel - le 14/07/2010 à 11h13