Budo no Nayami

初心 Shoshin, l'esprit du débutant

12 Août 2015 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Les arts martiaux japonais sont intimement liés au Bouddhisme, au Shintoïsme, et dans une moindre mesure au Taoïsme et au Confucianisme. Un des concepts hérités du Bouddhisme est celui de shoshin, l'esprit du débutant.

Shoshin consiste à avoir l'attitude et l'état d'esprit de quelqu'un qui s'engage dans une pratique pour la première fois. Une attitude faite d'enthousiasme, de modestie, d'humilité et d'absence de préconceptions.

 

初心 Shoshin, l'esprit du débutant

Shoshin est très souvent illustré par une histoire de sagesse mettant aux prises un maître de zen et un étudiant. Il en existe plusieurs versions mais l'essence est celle-ci:

Un célèbre maître de zen reçoit un jour la visite d'un homme qui déclare vouloir étudier avec lui. Le maître l'invite à boire le thé pendant que le visiteur lui expose son passé, lui décrit son cheminement spirituel, ses découvertes, ses réflexions et nomme les maîtres qu'il a côtoyés.

Le maître écoute patiemment et recommence à lui verser du thé dans sa tasse déjà pleine. Celle-ci se remplit à ras bord et finit par déborder, le thé coulant tout autour. L'élève s'écrit alors "Que faites-vous?! Ma tasse est déjà pleine!".

Et le maître lui répond "Comment voulez-vous qu'un enseignement pénètre votre esprit alors qu'il est déjà plein comme cette tasse?"

 

初心 Shoshin, l'esprit du débutant

Dans cette époque de rentrée il y aura comme chaque année dans tous les dojos d'anciens élèves qui reviendront et de nouveaux élèves qui arriveront. Il n'est pas facile même pour un débutant d'avoir le shoshin. Mais c'est encore plus difficile pour un ancien.

 

Un débutant arrive souvent avec des préconceptions liées à ce qu'on lui a raconté, ce qu'il a pu lire ou voir sur la voie dans laquelle il s'engage. A une époque où nous croulons sous les informations superficielles il aura des attentes et une vision de ce qu'il va étudier et de la façon dont se déroulera son apprentissage. La situation sera d'ailleurs exacerbée s'il possède une précédente expérience martiale, ou pire encore un vécu dans la même discipline.

Mais généralement un débutant se rend rapidement compte de l'écart qui sépare ce qu'il croyait deviner et ce qu'il découvre. Face à la réalité il décidera alors si il désire s'engager plus avant ou chercher un autre chemin.

 

Pour un ancien retrouver le shoshin est extrêmement difficile mais encore plus indispensable à sa progression. Les années passant on se familiarise naturellement avec la discipline que l'on étudie. L'environnement du dojo, les techniques, les rituels de la pratique tels que les saluts deviennent une habitude. Et de l'habitude naissent des automatismes. Des automatismes qui nous permettent de pratiquer avec plus d'aisance et de facilité.

Mais c'est aussi là que la progression cesse souvent brutalement. Et l'on met parfois des mois, des années à s'en rendre compte. Certains se complaisant à ce stade n'en prendront parfois même jamais conscience. Il y en a parmi les anciens que l'on retrouve dans tout dojo. Habiles et impressionnants au premier abord, ils sont souvent des modèles auxquels on s'identifie. Mais les suivre peut-être dangereux car ils sont bloqués à une étape et que leur compréhension reste limitée. L'ancien qui se remet en question et cherche est un meilleur modèle, même s'il peut être moins flamboyant au premier abord…

 

初心 Shoshin, l'esprit du débutant

L'aisance amène généralement l'orgueil. Et l'habitude nous amène en permanence à lier ce que l'on voit à ce que l'on connaît déjà. C'est la raison pour laquelle les élèves d'un maître sont souvent incapables de le suivre dans son évolution. Bloqués à une étape de sa pratique qu'ils maîtrisent ils ne saisissent pas les changements, le regardant aujourd'hui mais voyant ce qu'il faisait hier… Certains ne dépasseront jamais le stade de pratique qu'ils ont maîtrisé et continueront indéfiniment à peaufiner des techniques dans un travail intermédiaire sans passer à l'étape suivante.

 

Beaucoup ont ralenti ou cessé leur pratique durant les vacances estivales. De retour au dojo le premier réflexe est généralement d'essayer de retrouver ses marques, ses sensations. Je crois au contraire que c'est l'occasion de rechercher en soi le shoshin, l'esprit du débutant.

Il est difficile de se mettre en danger et l'homme cherche toujours la facilité et le confort. Imaginez que vous voyez pour la première fois le professeur ou l'expert qui est devant vous. Retrouvez l'attention que vous aviez lorsque vous avez commencé à pratiquer. Chassez toute pensée qui vous dira au premier geste que vous reconnaîtrez qu'il s'agit de telle ou telle technique. Luttez contre la croyance que vous savez faire. Oubliez ce que vous savez ou croyez savoir, et commencez cette nouvelle saison avec un esprit neuf et ouvert.

 

En luttant contre notre orgueil et nos préconceptions au dojo, nous pouvons développer une attitude positive qui nous aidera dans chaque domaine de notre vie. C'est ainsi qu'un travail concret sur la technique amènera des changements dans notre cœur et notre esprit. Le shoshin développe un esprit vierge de préjugés et une attention aiguisée qui nous permettent de voir les leçons qui s'offrent à nous à chaque instant…

 

初心 Shoshin, l'esprit du débutant

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emmanuel liotier 29/09/2015 22:05

Je reprend l'aiki apres une pause cette année justement.Dans mon club on enseigne uniquement la technique c'est pour cela que j aime tes articles sur l esprit martiale et que j irai à ton stage á Valence. Merci pour tes enseignements !

jdo 06/09/2015 21:16

très beau texte
merci pour ces lignes pleines de richesses
jdo

Léo Tamaki 16/09/2015 00:26

Merci :-)

Léo

jjhon 31/08/2015 22:50

Merci c'est un texte qui appelle à une disposition d'esprit qui amène à accepter ce que nous sommes pour poursuivre un chemin de pratique ou personnel sans cesse fait d'instant unique.

Léo Tamaki 16/09/2015 00:26

Merci pour la lecture,

Léo

MarcR 31/08/2015 20:40

Une petite piqûre de rappel parfois un peu douloureuse pour les yudansha car elle nous met dans une situation inconfortable. Pas toujours facile de monter sur le tatami en se disant «je ne connais rien, ils (les autres pratiquants) sont meilleurs que moi» .

Yann B 31/08/2015 20:24

Merci pour cet article. Pour sortir de ma zone de confort et progresser, j'ai souhaité changer de dojo cette année.
Qu'il est excitant de découvrir de nouvelles choses!

Banthat 29/08/2015 09:27

C'est toujours un plaisir de lire vos articles qui sont d'une grande qualité.
Des réflexions profondes et utiles pour chaque pratiquant d'arts martiaux. A lire et à relire...
Un grand merci.

Léo Tamaki 16/09/2015 00:32

Merci pour vos encouragements :-)

Léo

Nemo 28/08/2015 11:38

Dans la version de ce conte que j'ai entendue, l'élève attendait longtemps à remarquer sans rien dire que la tasse était pleine et débordait. Est-ce de la fausse humilité ? Ou une tentative de sens critique ?
On peut regarder les maîtres en se disant qu'il y a un enseignement que nous ne comprenons pas derrière des gestes qu'ils nous montrent et que nous n'aurions pas fait, des enchaînements de techniques qui ne nous paraissent pas efficaces, ou réalistes... Et parfois le maître n'a rien à répondre, quand on lui demande la raison d'être de telle forme, de telle tradition. Je me demande ce qu'est le fondement de l'enseignement silencieux : la nécessité incontournable de comprendre sans la médiation des mots, parce qu'ils sont par essence inadéquats ? Ou l'absence de contenu de savoir ? Et alors, comment reconnaître le véritable maître : celui qui est en vérité plus loin sur une voie et qui peut nous montrer, par ce qui nous sépare de lui, la distance qu'il a parcourue et la direction qu'il a prise ?
Le Shoshin est l'essence même de l'attitude zen : ne pas regarder le monde comme si on devait le faire pour la dernière fois, (attitude romantique et nostalgique du trop plein de vie), mais comme si c'était la première fois... c'est l'attitude de l'attention, du récipient qui met en avant le vide qui lui permet d'agir, et non ses ornements et sa matière, qui sont réalité ses impédiments. C'est notre attention qui détermine notre réalité - tout est à réapprendre, à revoir, à refaire. Tout est à recommencer. Et je vais commencer par relire ton texte. Merci.

Léo Tamaki 16/09/2015 00:33

Merci pour ton intéressante contribution à la réflexion :-)

Léo

Antoine (tenshi) 28/08/2015 09:19

Merci pour ces mot qui, je l’espère, feront réfléchir plus d'un; moi le premier.
Joli coup de plume pour ce début de saison, merci a toi pour le temps passé a rechercher de quoi nourrir nos esprits. ;)

Antoine

Léo Tamaki 16/09/2015 00:32

Merci pour ton très sympathique message :-)

Léo

Arnaud 28/08/2015 08:33

Merci pour ce texte que je ne suis permis de partager sur ma page Facebook.
J'espère qu'il aidera tous les pratiquants à retrouver leur "shoshin" (autre Kanji), "la motivation initiale" qui leur a fait pousser la porte du dōjō. merci.

Léo Tamaki 16/09/2015 00:31

Merci pour le partage senseï.

Léo

Hakim 28/08/2015 00:58

Excellent , je vais essayer de mettre vos conseils en pratique , cette année , merci Léo .

Léo Tamaki 16/09/2015 00:31

Merci et bonne pratique !

Léo