Budo no Nayami

Les compétitions ont-elles leur place dans les arts martiaux?

6 Août 2009 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Les compétitions ont-elles leur place dans les arts martiaux?
A l'heure où les disciplines se multiplient et où chacune crée son championnat, sa coupe, régionale, nationale ou mondiale avec ses innombrables catégories d'âge et de poids donnant naissance à des milliers de "champions", la question de la place de la compétition dans les arts martiaux est plus que jamais d'actualité.


Respect du partenaire...


La compétition a été liée aux arts martiaux dès leur naissance, et cela indépendamment de leur lieu d'origine. Sous forme de joutes, de tournois, elle avait pour but d'honorer les dieux, de divertir les nobles et de distraire le peuple. Contrairement aux duels et aux batailles rangées, et malgré les morts occasionnels, la compétition avait un généralement aspect ludique, c'était l'occasion de fêtes.
L'autre aspect important était le caractère sacré de ces rituels. Des Jeux Olympiques dédiés aux dieux de l'antiquité grecque à l'ancêtre du Sumo, lié à la religion Shintô, leur valeur symbolique était très forte.


Humilité...


Durant des siècles les compétitions furent donc apparentées aux arts guerriers et aux qualités militaires. Le pentathlon, le lancer du javelot, la lutte, la course, le tir, l'équitation, l'escrime... en sont les descendants. Parallèlement les aristocrates créèrent des jeux de balles et ballons qui ont donné naissance à la plupart des sports actuels.

L'histoire faisant son chemin, les armes à feu rendirent les arts martiaux traditionnels obsolètes mais ils survécurent en Asie et plus particulièrement au Japon comme moyen d'éducation. Parallèlement les sports modernes se développaient à mesure que les conditions de vie s'amélioraient, et que le temps de loisirs augmentait.


Contrôle de soi...


C'est à la fin du 19ème siècle, au Japon, que Kano Jigoro, conscient du potentiel des anciennes voies guerrières en matière de formation de l'individu, créa le Judo. Il revisita d'anciennes techniques de Ju-jitsu en y appliquant une vision scientifique, insistant sur les valeurs morales et introduisant une forme de compétition. Le but de ces rencontres était de pouvoir évaluer ses progrès. C'était un test parmi d'autres auquel Kano n'attachait pas de valeur particulière.


Contrôle de soi, valeur partagée des sports de combats...


Mais l'esprit de Kano fut perverti. Petit à petit les compétitions de Judo et de la majorité des autres disciplines issues des arts martiaux rejoignirent les rangs des sports perdant ainsi tout intérêt pour le pratiquant d'art martial traditionnel. L'introduction des catégories de poids, le système de décompte des points, les kimonos de couleurs pour faciliter les retransmissions télévisées sont autant de concessions du Judo qui ont éloignées cette voie martiale de son esprit authentique pour en faire un simple sport de combat.


Izumi Hiroshi, un des nombreux champions de Judo passés au combat libre ou MMA (Mixed Martial Arts)


Pourtant la compétition présente plusieurs intérêts. Elle permet de faire l'apprentissage du stress et de la défaite, de perdre ses illusions face à un adversaire qui ne coopère pas. Elle amène à accepter un jugement extérieur et nous met dans une situation plus ou moins proche d'un combat.
Mais aujourd'hui où seule la victoire compte et où l'adversaire devient un ennemi, la compétition est devenu un spectacle au statut inapproprié et malsain qui engendre frustration, agressivité et parfois même tricherie et dopage.


Respect du partenaire, autre valeur partagée des sports de combats...


Y a t-il alors un moyen de redonner un sens et une utilité à la compétition?
Il n'y a pas de remèdes miracles mais peut-être faut-il chercher l'inspiration dans le Kendo ou éventuellement le Sumo. Ces traditions possèdent des systèmes de compétition où le respect de l'individu n'a pas disparu. Elles développent parallèlement les qualités physiques, techniques et spirituelles de leurs pratiquants. La victoire ou la défaite ne sont pas l'occasion de démonstrations excessives de joie du vainqueur et de tristesse du perdant, mais de respect envers l'autre, le maître et la discipline. Nul doute que quel que soit le résultat chacun part ayant appris un peu plus.
C'est dans cette direction qu'il semble souhaitable d'orienter les compétitions d'arts martiaux. Afin qu'elles redeviennent ce qu'elles n'auraient jamais dû cesser d'être, un outil dans les voies de perfectionnement de l'homme.


Sumo, une discipline qui vit elle aussi des moments difficiles



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rock 'n roll 31/08/2009 23:18

Bonsoir,fin de mon commentaire précédent : je ne souhaite plus participer à la moindre compétition et je regrette bien que l'on parle de ça en aïkido, même si vous, comme Dany Leclerc, posez la question.

Léo Tamaki 02/09/2009 00:30



Bonsoir,

Je regrette de ne aps avoir été assez clair mais je ne parlais de compétitions que dans un cadre général de disciplines où elles existent déjà.
L'Aïkido ne me semble absolument pas adapté à l'exercice à titre personnel.

Léo



Rock 'n roll 31/08/2009 23:15

Bonjour,J'ai pratiqué la natation dans ma jeunnesse et j'ai arrêté quand le moniteur m'a demandé l'année du bac de venir trois fois par semaine pour pouvoir faire les competitions adultes.J'ai effectivement arrêté tous sport réel pendant quinze ans (carrière, enfants...)J'ai repris pour apprendre le hockey sur glace et j'ai même fait une année de championnat : gérer son adrénaline est une véritable gageure en soi. Je ne regrette pas l'expérience (six ans) mais je suis très contente d'avoir trouvé l'aïkido, par hasard; respect de soi, respect de l'autre, recherche de l'harmonie et de la justesse de la technique... ça me convient tout à fait à bientôt cinquante ans.

Léo Tamaki 02/09/2009 00:28



Je suis heureux que l'Aïkido vous apporte ce que vous recherchez. Très bonne pratique à vous.

Léo



negoroshu 18/08/2009 11:19

Aprés 25 ans de pratique des arts martiaux je ne crois absolument plus aux sports, dernièrement j'ai accompagnés un ancien élèves à reconverti en prof de MMA au championnat de France de sambo FFST .... j'y ai vu une bagarre générale et notemment un prof violenter un jeune élève de 45 kilo tout mouillé alors qu'il devait accusé un bon 100 kilos. pitoyable ........

Léo Tamaki 19/08/2009 21:35



On est en effet loin de valeurs humanistes...

Léo




Mounir (2e année Aikido) 17/08/2009 13:00

Bjr, je trouve frappante la différence entre les 2 dernières photos. d'un coté le "sport" spectacle et de l'autre le sumo (traditionnel, bien rangé et respectueux de la dignité humaine -du moins ce que j'en sais-) j'ai pratiqué plusieurs sports de combat et arts martiaux et tout dépend du professeur qui enseigne si on veux trouver un équilibre, même en dehors de la compétition. Il est frappant de voir que la plupart des jeunes qui croient trouver un but dans les sports de compétition (même le MMA) se retrouvent frustrés de voir leur but non atteints arriver à un age mûr (cf au dessus de 40 ans) la "force" n'est plus la même et les motivations non plus...Car quel autre objectif recherche un compétiteur lors d'une compétition si ce n'est la force?...ou prouver qu'on est le plus fort.Alors que la vrai Force réside dans la maitrise de soi, même si cela à l'air bien abstrait pour un grand nombres de personnes ...j'ai rarement vu de mes yeux un grand maitre dominé par un combattant agressif.bien à vous, Mounir

Léo Tamaki 18/08/2009 02:46



Bonjour Mounir,

Malheureusement le Sumo vit aujourd'hui des heures assez sombres et la discipline est entachée par une suite de scandales... Elle reste toutefois bien plus porteuse de notions de respect que
beaucoup de sports de combat.

En effet beaucoup est dû au professeur. C'est celui-ci qui donne la direction et peut faire la différence entre une activité épanouissante et une voie sans issue.

Léo



benoit 14/08/2009 14:27

Bonjour Léo, je crois que tu as bien résumé le problème de la compétition.Une remarque qui revient souvent en ce qui concernerait la mise en place de compétitions dans certaines écoles martiales : "on peut pas parceque ça finirait directement aux urgences ou au cimetierre"   qu'en penser réellement? La question posée techniquement  par le probleme de la compétition est elle en fait la même que la fameuse question du "réalisme"? les défis répondent ils mieux que la compétition à ces besoins de savoir ? Pour les jeux olympiques et le sumo, je trouve ca bien vu, mais le règne du business et de l'égo exacerbé étaient ils absents dans l'antiquité des gladiateurs? (maintenant les "gladiateurs " actuels me semblent faire du sport de compétition très médiatisé) je serais curieux de savoir si c'est la gladiature ou les jeux olympiques qui a été le plus populaire à l'époque. amicalementBenoit 

Léo Tamaki 14/08/2009 17:49



Effectivement les techniques travaillées dans les traditions martiales sont faites pour tuer ou blesser sérieusement. Un travail d'opposition rend leur application très dangereuse. Toutefois ceux
qui invoquent ce prétexte ne sont sans doute pas toujours capables de le faire et certains se servent robablement de cela pour éviter une confrontation à l'issue défavorable.

"Réalisme" ne veut pas dire grand chose. Tout entraînement est une "métaphore". Après on peut chercher à se rapprocher de la "réalité". Reste encore à la définir...

Un défi ou même un duel peut encore comporter des règles. A chacun de réfléchir à ce qu'il cherche et de trouver le moyen de mesurer sa progression sur son chemin. C'est une question très
difficile car ce que chacun cherche est très variable.

Attention, pour moi les jeux du cirque et les jeux olympiques originels n'ont rien à voir. Si les derniers peuvent être source d'inspiration, ce n'est pas le cas des premiers.

Amicalement,

Léo



SeB 08/08/2009 22:54

Bonjour Leo,cet article est interessant, il m'interpelle a propos de mes propres choix de vie, de mes opinions peut-etre faconnes par la societe dans laquelle je vis. J'ai pratique plusieurs sports en competition et j'en garde de bons souvenirs, j'y ai appris a me depasser pour elever mon niveau et honnetement dans la victoire ou la defaite, j'en ai tire des lecons qui me semblent positives. J'ai appris a accepter la defaite par exemple. Ca peut paraitre idiot de dire ca mais ca aide dans beaucoup d'autres aspects de la vie. Je pense qu'a ce point de vue cela peut etre utile dans les arts martiaux si l'on n'a pas eu l'occasion de pratiquer de facon traditionelle.Meme cet adjectif, traditionnel (gage d'efficacite, de purete... de commerce) reste bien flou pour moi. Quand je lis ici ou la que certains pionniers de l'aikido disent que ce n'est plus l'aikido qu'on pratique, je ne sais plus quoi penser :) (en fait si je sais :) ).Je note par exemple que le Systema n'a pas de competitions, ou le Krav Maga aussi. Maitre Plee souligne que les sports de combats sont des rituels, rien a voir avec "l'Art martial" authentique, celui qui tue. Il semble dire que les Budo sont en general une grosse mystification que seuls les perseverants arrivent a dejouer et que ceux-ci sont rares et que en gros les autres sont des moutons, beaucoup avec beaucoup d'ego (competitions ou pas).Le probleme ne vient a mon avis pas des competitions, il vient de la place de la mort dans notre societe, en competition on joue avec cette idee. J'aime l'aikido parce qu'il n'inclut pas l'idee de donner la mort, il y a une certaine idee de compassion. J'ai remarque que cette idee est presente chez tous les commandos, la mort est une affaire serieuse, pas de jeu, pas de rituel. L'apparente mise a mort des competitions vainqueur / vaincu est alors une perte de temps. Desole je sais pas si je suis clair dans mon propos. A+!

Léo Tamaki 13/08/2009 06:57



Bonjour Seb,

Bien entendu la société nous influence énormément. Les valeurs transmises par les médias et les œuvres artistiques nous marquent, consciemment ou pas.

Il n'y a rien qui soit tout blanc ou tout noir. Et c'en est de même pour la compétition. Tout est une question de balance. Les avantages sont-ils supérieurs aux inconvénients? A chacun, selon ses
valeurs et ses objectifs d'en juger. Personnellement ma conception de la pratique martiale fait que je considère que la compétition est globalement plus néfaste que positive dans ce domaine. Sans
chercher à rentrer dans un débat philosophique plus large.

"Traditionnel" est en effet un mot vague car il dénote des choses très différentes selon ses utilisateurs. Quel que soit le domaine il y aura toujours des précurseurs, des intégristes, des
marchands du temple, etc…

Il est normal que le Systema ou le Krav Maga n'aient pas de systèmes de compétitions car la limitation technique va à l'encontre directe de la spontanéité, de la liberté, et par là même de
l'efficacité. Cela dit attend quelques années et tu verras des compétitions de ces disciplines…

Concernant les assertions de maître Plée, il convient de les utiliser comme des pistes de recherche. Ce qu'il appelle "Art martial authentique" me semble parfois flou et ses écrits, malgré leur
intérêt, sont souvent émaillés d'erreurs historiques, entre autres.
Quand à son avis sur les Budo… ne mystifie-t-il pas lui aussi? :D Ne s'amuse-t-il pas lui-même? ;-)

Effectivement la place de la mort dans notre société est un point fondamental du problème. Elle est devenue irréelle et superficielle. On a toujours une deuxième chance…

L'Aïkido est effectivement pour moi la Voie de la compassion.

Léo



Régis GALLAND 07/08/2009 19:24

A mon humble avis c'est la société moderne qui a créé ce type de compétition et cet exécrable état d'esprit.Je reviens juste de Sète (34) ou j'y ai passé quelques jours de congés avec ma petite famille. J'ai assisté durant ces vacances à un tournoi très ancien et traditionnel de joutes nautiques, à  bord d'embarcations du genre gondole, où deux equipes d'une dizaine de pratiquants  (blanc et rouge pour l'une et blanc et bleu pour l'autre) s'affrontaient à tour de rôle.A chaque début de  confrontation les embarcations se croisaient et un salut respectueux, mains tendues face à l'adversaire, était effectué. Puis le combat commençait, le but étant de faire chuter dans l'eau , l'adversaire que l'on croisait arrivant en face avec sa lance, un peu comme au moyen age  à cheval. Le but étant de faire chuter l'adversaire dans l'eau. A l'issue, le vainqueur était applaudi par le public, mais chose très surprenante, ce dernier ne sautait pas en l'air, ne criait pas de joie, il regagnait humblement ses partenaires et laissait sa place au copain suivant..........Attitude que l'on rencontre dans les arts martiaux traditionnels mais malheureusement pas dans les compétitions modernes !

Léo Tamaki 08/08/2009 07:00



Bonjour Régis,

Une des théories de l'histoire du sport veut en effet qu'il y ait une rupture entre sa conception par les anciens et les modernes. Et je suis de cet avis.

J'avais vu cette joute nautique il y a bien longtemps lorsque j'étais adolescent. Je dois t'avouer que je ne me souvenais plus du tout de ce salut et du respect. Comme quoi le temps nous fait
apprécier les choses sous des angles bien différents ;-)

Léo



boris 07/08/2009 11:34

Je crois que la compétition est un « mal nécessaire » et que l’art martial commence peut être plus tard…. Ou pas, dans ce cas le pratiquant arrête ou à une pratique disons d’entretien physique.
 
Avec l’expérience de la vie et le temps la pratique évolue.
 
Personnellement je me voie mal dire à un jeune de 18 ans bouillant de testostérone de ne pas aller « tirer » en compétition de judo ou autre. Qu’il y aille, cela demande beaucoup de sacrifice, il apprendra à perdre, à gagner, il sera en situation de stress, il y a du bon a prendre.
 
De ce que j’ai vu, certain gagnent quelques titres dans leur adolescence/vie de jeune adultes, puis arrête, vie familiale, professionnelle ou autre motif aidant, mettent les trophées sur la cheminé.
 
D’autre deviennent champion de ceci ou cela et en veulent plus, ce qui dévie vite en trop d’entrainement physique voir de dopage et arrête aussi disons vers 35 ans avec un corps bien usé.
 
Finalement je crois que les plus aptes à continuer toute leur vie, ceux à qui la compét apprend à chercher à s’améliorer, c’est les seconds (un peu comme Poulidor) jamais les vainqueurs.
 
Merci pour votre blog, je le consulte tout les jours.
 
 

Léo Tamaki 08/08/2009 06:55



Bonjour Boris,

La compétition est-elle un mal? Est-elle nécessaire?

De caractère très compétitif moi-même je ne crois pas que, toutes choses considérées, la compétition soit une chose positive. L'idée, dans l'absolu, est attractive. Malheureusement comme d'autres
idées ou idéologies qui ont pu séduire, leur mise en œuvre se heurte aux défauts de l'homme.

Est-elle nécessaire? Je ne le crois pas mais je ne crois pas non plus que l'on puisse la faire disparaître ou même la changer de façon rapide et radicale. Elle est trop liée à l'évolution de nos
sociétés.

Une chose avec laquelle je suis d'accord est le fait que la pratique martiale "commence peut-être plus tard". Peut-être car comme vous le dites beaucoup arrêtent ou passent à une pratique
d'entretien physique (quoi qu'elle soit souvent –surtout?- source de blessures si elle n'a pas changé de forme).

Evidemment la jeunesse bout de testostérone. Mais n'y a-t-il pas moyen de canaliser cette énergie? C'est ce que faisait la pratique martiale traditionnelle. Kuroda Tetsuzan, Ueshiba Moriheï ou
Tamura Nobuyoshi, pour n'en citer que quelques uns, ne sont pas passé par le biais de la compétition pour que jeunesse se passe et qu'ils développent leur art.
La compétition apprend à perdre en effet, quoique. Mais elle donne aussi le sentiment qu'une défaite n'est jamais définitive, qu'il y aura un match retour, etc… Ce qui est à l'opposé de la
pratique martiale où, dans l'absolu, une défaite signifie la mort. Après, il y a en effet du bon à prendre. Mais il faut savoir s'il est possible de ne conserver la compétition que comme outil
dans la progression. Kano ne réussit pas.

Comme vous le dites, beaucoup d'anciens champions exposent simplement leurs trophées et arrêtent leur pratique. Combien de champions ont donné naissance à des maîtres? Une proportion plus
qu'infime…

Merci pour votre lecture!

Léo



Fahnun 07/08/2009 10:01

Ca me rappelle un de vos anciens articles dans lequel vous relatiez votre rencontre avec deux maîtres (pas le bon terme) lorsque vous travailliez dans un café: un était un champion de MMA/UFC/the like et avait le comportement d'une star, attirant l'attention et les photographes. Le deuxième était un maître (mais le style m'échappe malheureusement), lui assis dans un coin du café, dos au mur, de façon à avoir une vue d'ensemble du café et n'attirant pas l'attention.En un sens, ça représente les facettes des arts martiaux: le côté sportif, qui fait finalement partie de notre société (occidentale) et qui s'est répendu au reste du monde. Qu'on l'aime ou pas, c'est de cette façon que les "arts" martiaux se sont répandus et c'est aussi l'aspect qui correspond peut être le plus aux valeurs de notre société (sport, compétition, être le meilleur, etc.), sans compter la réputation et la célébrité dans certains cas. L'aspect traidtionnel est lui discret, demande un investissement plus profond que le sport et n'a pas les mêmes ambitions (Funakoshi sensei ne serait pas content du dévelopement du karaté ^^). C'est aussi parce qu'il est plus difficile d'accès que cet aspect est moins présent, ce qui est dommage car en suivant cette voie, on a une toute autre vision de la vie. En clair, il est difficile de dire que la compétition soit mauvaise car elle correspond à ce que recherche beaucoup de pratiquants. Mais du moment que l'on a le choix, si on ne nous force pas à faire de la compétition à tout prix ou à pratiquer le zen pour faire traditionnel (just kiddin', c'est trop restrictif), alors c'est l'essentiel. Chacun y trouvera son compte et de toute façon, la pratique sportive ne dure pas dans le temps ^^Merci encore pour vos excellents articles Léo!

Léo Tamaki 08/08/2009 06:35



Bonjour Fahnun,

Il doit s'agir de cet article où je parlais de Kanazawa Hirokazu et Andy Hug.

Concernant le sport je crois qu'il faut faire la distinction entre sport moderne et antique comme le propose l'historien du sport Philippe Lyotard:
"Il y a une coupure très nette entre le sport moderne et le sport antique : c’est la notion de record (et donc de performance). Le record et la performance expriment une vision du monde qui
est profondément différente entre les Grecs et les modernes. La culture du corps est différente. Pour les Grecs, cette culture est rituelle, culturelle, d’inspiration religieuse, pour les
modernes, le corps est une machine de rendement."

Effectivement la notion de record et de performance est celle qui prévaut dans le monde actuel. Est-ce ainsi que les pratiques martiales se sont développées? Je n'en suis pas si sûr. A leur
arrivée en Occident les compétitions de Judo étaient rares, l'Aïkido et le Karaté étaient surtout considérés comme des méthodes de self-défense, le Iaïdo comme un art traditionnel... Leur
transformation en sport est postérieure à leur arrivée, même si elle a souvent été initiée au Japon avant d'être amplifiée à l'étranger.
Si la transformation en sport ne fut donc pas à l'origine du développement de ces disciplines, c'est en revanche le moteur actuel de la plupart. Parce que, comme vous le dites, cela correspond
aux valeurs actuelles…

Oui l'aspect traditionnel est plus austère et n'apportera jamais les mêmes "récompenses" et satisfactions. Mais, comme tout ce qui a de la valeur, j'aime à croire qu'il se mérite.

La compétition est-elle mauvaise? Je crois qu'elle est un instinct naturel de l'homme. Est-elle une manifestation de l'égo? Je le crois. Peut-on dépasser ce stade? Je l'espère ;-)

Merci pour votre lecture,

Léo



Tamaki Genjiro 06/08/2009 14:16

Il n'y a pas que dans les compétitions d'arts martiaux ou le fait de gagner est devenu une fin en soi... je me rappelle encore les cours de sport du collège, ou certains ne pensait qu'à gagner... chose qui m'énervait... surtout qu'au final l'important est de participer... je pense que la machoire de cerrtains s'en souviennent encore. et puis de toute façon gagner pour gagner n'a aucun intéret, il faut aussi apprendre à perdre, et surtout à prendre du plaisir dans cette rencontre avec l'adversaire, et apprendre de lui autant que l'on peut, chaque personne pratiquant les arts martiaux ou le footbal d'un style qui lui est propre...

Léo Tamaki 06/08/2009 14:25



Ah les valeurs du sport sont bien difficiles à définir et c'est malheureusement un domaine où l'objectif louable de base n'a généralement laissé place qu'à de tristes manifestations d'égo,
agressivité... Et cela, tristement, n'est comme tu le soulignes pas réservé aux élites...

Léo