Budo no Nayami

Méfiez-vous toujours de ceux qui ne lisent qu'un seul livre

8 Janvier 2015 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Littérature

Le quotidien nous livre inlassablement son lot d'horreurs, et la mort des uns ne vaut évidemment pas plus que celle des autres. J'ai toutefois été profondément choqué et attristé par l'exécution barbare qui a eu lieu hier, car l'attaque de Charlie Hebdo est une attaque envers la liberté d'expression, et envers l'humour qui invite à la réflexion et la prise de recul.

 

Sans m'étendre je voudrais partager ces quelques lignes d'Arturo Perez-Reverte que j'ai lues aujourd'hui par hasard.

 

 

"Plus tard, avec le temps, j'ai appris que si tous les hommes sont capables de faire le bien et le mal, les pires sont toujours ceux qui, quand ils font le mal, s'abritent sous l'autorité des autres et prétextent qu'ils ne font qu'exécuter des ordres. Et si ceux qui disent agir au nom d'une autorité, d'une hiérarchie ou d'une patrie sont terribles, bien pire encore sont ceux qui justifient leurs actes en invoquant un dieu."

 

"… il n'y a rien de plus méprisable et de plus dangereux qu'un méchant qui se couche tous les soirs la conscience tranquille. C'est le pire qu'on puisse imaginer. Surtout quand cette bonne conscience s'allie à l'ignorance, à la superstition, à la stupidité ou au pouvoir, ce qui n'est pas rare. Pire encore quand ils se font les exégètes d'une seule parole, que ce soit le Talmud, la Bible, le Coran ou que sais-je encore. Je n'ai pas coutume de donner des conseils – l'expérience des uns ne sert jamais de leçon aux autres – mais en voici un qui ne vous coûtera guère : méfiez-vous toujours de ceux qui ne lisent qu'un seul livre."

 

Les bûchers de Bocanegra (p174/175)

Arturo Perez-Reverte

 

 

Je vous invite aussi à aller voir ces émouvants dessins.

 

 

 

Je-suis-Charlie.jpg

 

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Laurylyan 21/01/2015 00:51


"Méfiez-vous de ceux qui ne lisent qu'un livre..."


 


Certes... J'adhère totalement à cette simple petite phrase ! Et pourtant...


Pourtant elle me laisse une terrible goût d'inachevé, un goût d'insatisfaction, un goût d'incomplétude.


Car effectivement ne lire qu'un livre c'est n'avoir qu'un mur comme horizon. Mais... Personnellement je me pose la question de savoir si telle ou telle personne a fait le choix de n'avoir qu'un
seul livre, que ce soit celui-ci ou même celui-là.


Et je pense à toutes ces personnes qui ne grandissent qu'avec un seul livre, à qui l'on a dit, répété et martelé depuis le moment où ils buvaient le lait au sein de leur mère que seul ce livre
existait et ne devait exister à leurs yeux.


Et je pense aussi à tous ceux qui vivent dans cet endroits où même l'école telle que nous la connaissons n'existe pas, et que la seule éducation qu'ils reçoivent - en dehors de garder les chèvres
et de jouer dans la cambrousse où pas un seul pilôn électrique ne vient souiller le paysage - vient de ceux qui possède "LE" livre et leur en apprennent les passages par coeur, mais pas à
décrypter par eux-même les signes qui en forment l'écriture.


Et je pense à toutes ces personnes qui n'ont jamais eu d'autre horizon que leur "chez eux", qui n'ont jamais eu la curiosité d'aller voir de l'autre côté de quoi cet ailleurs était fait.


Et tous ceux-là, et bien, ceux-là ils sont légions...


Aussi je me dis qu'entre ceux que l'on maintient dans l'ignorance, ceux qui n'ont jamais eu d'autre horizon que l'ignorance et ceux qui sont l'épitôme de la bêtise humaine, les adhérants au verbe
du livre unique ont encore de biens beaux jours devant eux...


Et à côté de cela, je me dis que j'ai de la chance... La chance de vivre là où je vis. La chance d'avoir à portée de la main une telle source de connaissance. La chance aussi d'avoir quelqu'un
qui m'a appris à réfléchir, qui m'a appris la morale, mais aussi l'éthique et surtout la différence entre les deux.


Sans oublier la chance de ne pas avoir eu faim (enfin pas trop..) au cours de ma vie, de ne pas avoir eu peur - pour moi, pour ma vie, pour les miens - dans mon quotidien. La chance encore de
vivre une vie qui m'autorise la possibilité de réfléchir, réfléchir sur ma vie, sur la vie, sur le sens de la vie...


Alors oui, pour toutes ces raisons, je suis Charlie. Et je resterai Charlie ! Mais surtout et avant tout, je resterai debout à regarder droit devant moi l'horizon qui est si large et si lointain,
chargé de promesses de nouveaux horizons pour chaque pas que je fais et pour chaque page que je tourne de chacun des livres que je lis et lirai au court de ma vie, sachant la chance que j'ai de
vivre en cette époque et en ce lieu qui me permet d'exister et de m'exprimer, moi, femme, cultivée, dotée d'intelligence, libre, sans avoir à répondre de mes actes, choix ou paroles auprès d'un
homme et sans vivre dans la peur de me faire brûler vive sur un bucher, lapider par un village, mutiler par des traditions séculaires, etc.


 


Bon... Je crois que j'ai fait un peu long là :-P

Reynald 11/01/2015 10:00


Au delà des circonstances tragiques particulières qui ont donné naissance à ce billet, la citation de Perez-Reverte que tu mets en avant peut s'appliquer à bien des contextes... y compris "les
notres" (sportifs, martiaux, budo,"fédéraux"...)


Allez, une autre - pour méditer de la même manière - :


"Penser, c'est dire non. Remarquez que le signe du oui est d'un homme qui s'endort ; au contraire le réveil secoue la tête et dit non. Non à quoi ? Au monde, au tyran, au prêcheur ? Ce n'est
que l'apparence. En tous ces cas-là, c'est à elle-même que la pensée dit non. Elle rompt l'heureux acquiescement. Elle se sépare d'elle-même. Elle combat contre elle-même. Il n'y a pas au monde
d'autre combat. Ce qui fait que le monde me trompe par ses perspectives, ses brouillards, ses chocs détournés, c'est que je consens, c'est que je ne cherche pas
autre chose. Et ce qui fait que le tyran est maître de moi, c'est que je respecte au lieu d'examiner. Même une doctrine vraie, elle tombe au faux par cette somnolence. C'est par croire que les
hommes sont esclaves. Réfléchir, c'est nier ce que l'on croit. Qui croit ne sait même plus ce qu'il croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien. "



ALAIN - Propos sur les pouvoirs

Emmanuelle 09/01/2015 12:06


Bonjour,


plus que jamais, toute la presse est debout. Plus que jamais elle sait que rien ni personne ne la fera renoncer. Ces meurtrier qui se revendiquent de l'Islam alors que sans doute ils ne
connaisssent pas le Coran offensent aussi  la communauté musulmane. Mais ils  ont échoué. La Presse continuera d'être libre, bien plus encore qu'avant.


Je suis Charlie aussi...aux côtés de tous mes collègues et en mémoire de ces petits impertinents au coeur tendre, au sourire ravageur et à l'esprit et la plume  si affûtés qu'on aimait tant
et qu'on admirait tellement :-)


Ils étaient notre référence, dans toutes les rédactions...


Même la mort n'est pas assez costaude pour les faire mourir...Et Charlie Hebdo survivra.


 On a toujours pas peur.... jamais! On aura plus jamais peur....toujours !


Emmanuelle


 

antony 08/01/2015 22:36


Léo,


Oui effectivement, qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son... Ceux qui n'ont qu'une vision des choses, ne se réfèrent qu'à un livre de façon absolue, que ce soit la Bible, le Coran, ou la
Torah (pour les citer dans l'odre alphabétique) sont à fuir. Et sans comparer des livres religieux à l'immonde Mein Kampf, les dégats qui ont été faits par ce dernier en disent long...


On est tous atterrés, littéralement "à terre" en effet après cet attentat. Il faut maintenant se relever et se battre ensemble, côte à côte, et sans faire d'angelisme ne pas faire non plus
d'amalgame. Le combat pour la tolérance et le bon vouloir vivre ensemble commence sans doute maintenant pour nous tous qui nous réclamons des valeurs françaises, et ce de quelque religion que ce
soit.


Et comme avait dit Charb et d'autres en leur temps, "mieux vaut vivre debout que mourir à genoux".


Antony

Laurent 08/01/2015 19:29


Bonsoir Léo,


 


J'adhère totalement à ces lignes. Et la dernière phrase est très juste : je suis d'obédience chrétienne, et cela ne m'empêche pas de lire le Coran, d'étudier la kabbale juive et les écrits
souffis, ou de me plonger dans la philosophie Boudhiste. 


Ce que ne comprendront jamais les intégristes de tous poils.


Laurent