Budo no Nayami

Shiken (examen)

28 Août 2015 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

"Ressentir de la vanité par rapport à son grade est, à mon avis, aussi ridicule que de ressentir un sentiment de supériorité envers une personne qui nous suit dans l'ascension d'un escalier, tout simplement parce qu'on est devant et qu’on jouit d’un meilleur point de vue."

 

Shiken (examen)

Titres et grades font partie des traditions martiales. A l'heure où leur obtention est un sujet constant de polémiques, j'avais demandé à Pascal Krieger l'autorisation de partager un texte qu'il écrivit sur le sujet il y a une quinzaine d'années. Après avoir été publié dans la seconde édition des Hors série Aïkido, je tenais à le mettre à la disposition du plus grand nombre.

 

Pascal Krieger est un adepte dont j'apprécie particulièrement le parcours, la pratique et les réflexions. Né en 1945 en Suisse, il débute le Judo à l'âge de 18 ans, et part au Japon. Il y fera la connaissance de Donn Draeger, qui l'introduira auprès de maîtres qui lui enseigneront en parallèle du Judo le Jodo, le Iaïdo et le Shodo. Pascal Krieger passera six ans au Japon en deux séjours de longue durée. Il est Menkyo Kaïden de l'école Shinto Muso ryu de Jodo. Auteur de "Jodo, la voie du bâton", il enseigne au Shung Do Kwan de Genève.

 

Shiken (examen)

Introduction

Ce dossier est préparé sur la base d'observations faites durant mes années d'apprentissage au Japon. Ce séjour m'a confronté à des aspects très positifs de la notion d'examen mais aussi à des aspects très négatifs. Ces derniers m'ont persuadé de mettre l'accent sur certains points qui m'ont été transmis, entre autres, par l'exemple déterminant et l'enseignement de maître Donn F. Draeger que j'ai longuement côtoyé. Ont aussi leur influence 17 années d'enseignement dans les disciplines martiales classiques (Kobudo) depuis mon retour du Japon. Ce dossier ne se veut pas un descriptif des règles établies par Shindo Muso ryu (la Tradition martiale dans laquelle j'ai reçu ma formation) mais plutôt une interprétation de ce que le ryu préconisait au temps de Me Takaji Shimizu, 25e Grand-maître (Daï) de Shindo Muso ryu.

 

Je parle abondamment d'attitudes et de responsabilités dans les pages qui suivent. Il est clair qu'une attitude ou le sens de responsabilité ne peuvent pas être dictés à quelqu'un. Ce sont des choses que l'on ressent ou que l'on ne ressent pas. Je pense qui si tous les pratiquants à qui ce texte est adressé s'entraînaient très régulièrement avec un Maître, tout ce qui suit irait sans dire, et surtout sans être écrit. Ce serait au travers de l'exemple et des remarques de ce Maître que leur état d'esprit serait modelé. Toutefois, il faut admettre que la majorité des pratiquants s'entraînent seuls ou avec un instructeur qui n'a pas encore une expérience suffisante. Les conseils qui suivent sont donc une sorte de description d'un état d'esprit idéal qui peut servir de point de repère à celui qui désire s'y référer.

Il est bien connu qu'en Budo il nous est souvent demandé d'imiter des attitudes que l'on ne ressent pas (comme lorsqu'on demande à un débutant d'attaquer avec plus de conviction alors que celle-ci ne peut être basée que sur une longue expérience). En ce qui concerne les pages qui suivent, si elles pouvaient amener ne serait-ce qu'un seul pratiquant à se poser des questions sur son attitude, j'aurais le sentiment que mon travail n'a pas été inutile.

 

Qu'impliquent les caractères shi et ken?

Shi (prononciation sino-japonaise), kokoro(miru), tame(su)* (prononciation  japonaise), signifie tester, essayer, expérimenter. Le caractère est formé du radical "gonben" qui implique que le caractère a trait à la parole, à la science, à la connaissance. La partie de droite, "zukuri", lorsqu'elle est utilisée seule, forme le caractère "shiki", cérémonie, rituel. La combinaison de ces deux caractères semble nous indiquer que le fait de tester quelque chose est une affaire scientifique qui doit se faire selon un rituel bien précis. Cela est d'ailleurs toujours le cas dans les méthodes de certification de produits.

Ken (prononciation sino-japonaise), tame(su)* (prononciation japonaise), signifie test, effet, pratiquement le même sens que shi. Beaucoup de noms chinois ou japonais sont formés de deux caractères ayant approximativement le même sens. La première partie du kanji "ken", "umahen", signifie cheval, la partie de droite, "zukuri", représentait autrefois deux êtres humains sous un toit. Je n'ai rien trouvé de précis là-dessus, mais on peut supposer qu'il pouvait s'agir de duel à l'issue duquel un seul être humain restait, et le radical peut signifier que ces duels se faisaient à cheval. Je répète que ceci est une libre interprétation de ma part.

 

*Aujourd'hui, dans la langue japonaise, shiken signifie test, examen.

 

Philosophie, buts et nécessités de shiken

Philosophie

"Le champagne est déjà dans le frigo!". Cette expression, souvent entendue, signifie pour moi qu'un examen est si bien préparé, la période et l'intensité d’entraînement si adéquates, que la valeur du candidat est déjà à la hauteur du grade pour lequel il se présente, que l'examen n'est qu'une formalité, donc, que le champagne est déjà au frais pour fêter l'événement.

 

Je pense que c'est dans cet état d'esprit qu'on se présente à un examen. Mais cet état d'esprit suppose un travail préliminaire de longue haleine et d'une intensité toute particulière.

Les bulles du champagne ne devraient pas faire oublier que shiken, plus qu'une formalité, est une expérience, une épreuve, parfois longue, pénible et fatigante. La tension psychologique d'un examen fournit au pratiquant l'occasion unique de travailler dans une atmosphère différente de celle qu'il connaît à l'entraînement. Comme son nom l'indique, un examen est un moment où l'on examine un pratiquant, son attitude, ses réactions, ses connaissances, ses possibilités, pour finalement décider si le niveau global de ce pratiquant est bien conforme aux critères établis par le groupement responsable. Ce qui est demandé au candidat est somme toute assez simple:

 

1) L'exécution précise et sans hésitation des techniques requises, dans l'ordre donné et sans omissions.

2) Une attitude en accord avec les divers principes inhérents à l'étude de sa discipline.

 

Tout manquement à ces deux points devrait suffire à justifier que l'on requière du pratiquant une nouvelle période de préparation.

 

 

Shiken (examen)

Pour certains pratiquants, ces deux critères paraissent encore trop sévères. C'est alors le moment de se poser la question: "Jusqu'où faut-il aller?". Dans le passé assez lointain, au Japon, cette sorte de test se soldait souvent par la mort d'un des deux protagonistes. Plus tard, des protections furent ajoutées, mais les tests résultaient encore en des blessures graves. Plus tard encore, on a décidé de ne tester que des formes préarrangées (kata) que l'on indiquait au candidat quelques instants avant l'épreuve. Aujourd'hui, on en est arrivé à préparer bien à l'avance un curriculum défini, sans surprises, composé de techniques préarrangées qui font de toute façon partie du curriculum d'entraînement, donc des techniques déjà longuement pratiquées.

Il est facile d'ironiser sur la prochaine concession: le pratiquant aurait droit à trois essais et l'on choisirait le meilleur... à moins qu'on décide d'attribuer tout simplement les grades en rapport avec le nombre d'entraînements sans autre forme de test... Et le jour où les dojos regorgeront de 10ème dan, faudra-t-il alors inventer des 10ème dan de couleur ?

Redevenons sérieux, si l'on veut qu'un grade inspire tant soit peu de respect, de la part de l'intéressé comme de celle d'autrui, il faut lui préserver une certaine valeur. C'est cette dernière qui est jugée lors d'une séance de shiken.

 

Shiken (examen)

Buts et nécessités

Un examen a pour but les éléments suivants:

 

1) L'assurance qu'un pratiquant possède, relativement à son niveau, le curriculum exigé par le règlement technique après une période déterminée d'entraînement.

 

Dans tout ryu, il existe un curriculum à apprendre. Si l'on désire que le système soit efficace, une des bases essentielles est de s'assurer périodiquement que le pratiquant a bien enregistré, à un degré relatif à son expérience, les connaissances requises.

 

2) L'expérience d'un travail dans un contexte totalement différent de l'entraînement habituel, engendrant une pression psychologique certaine lors de laquelle les réactions du pratiquant seront examinées.

 

Dans les disciplines martiales classiques, il n'y a pas de compétition (mis à part le système récent de compétitions comparatives - plusieurs pratiquants effectuent le même kata et les juges déterminent la meilleure prestation). Le combat réel s'avérant trop dangereux vu le manque de protection, les seuls moyens de tester la capacité de réaction d'un pratiquant dans un contexte plus intense, ainsi que le résultat de son entraînement, résident dans la démonstration (embu) et l'examen. Tout pratiquant devrait expérimenter ces deux méthodes d'entraînement car c'est une épreuve nécessaire pour sa progression. Cela permet à l’enseignant d'observer les réactions du pratiquant et de déterminer par la suite, d'une façon plus personnalisée, de nouvelles directions de travail pour améliorer telle ou telle lacune. Il est très courant d'observer, lors d'un examen, des attitudes que l'on avait pas soupçonnées auparavant.

 

3) La motivation de l'effort personnel que représente la préparation à un passage de grade lorsque ce dernier est pris sérieusement.

 

Un examen se prépare (à l'exception de certains cas cités plus loin). C'est une autre façon de mettre, progressivement, le pratiquant sous pression. Le temps de préparation devrait durer plusieurs mois. C'est l'occasion de mettre le point sur certains défauts récurrents (kuse). C'est également la période idéale pour que le pratiquant expérimente un sur-effort (temps et intensité d'entraînement accrus) qui peut résulter en un «déclic», une sorte de satori dont le chemin du Do est jonché.

 

4) La détermination de la position du pratiquant par rapport au groupe avec lequel il s'entraîne.

 

Même si le pratiquant n'attache que peu d'importance aux grades, il se peut que cette épreuve soit nécessaire pour clarifier la situation de ce dernier vis à vis du groupe avec lequel il évolue. Dans les disciplines modernes, il n'est pas rare de voir un pratiquant de longue expérience, mais n'ayant passé aucun grade, se complaire dans l'étonnement qu'il provoque chez ceux qui ne l'avaient jugé que par son grade. Cette attitude est ambigüe et malsaine, et ce pratiquant devrait faire face à ses responsabilités.

Il y a également une interdépendance avec le curriculum: dans la plupart des ryu, certaines séries ne sont enseignées qu'à partir d'un certain grade faisant du shiken un passage obligé pour la progression technique.

 

5) La confrontation du pratiquant avec les nouvelles responsabilités inhérentes à son récent grade.

 

Bien que dans les ryu classiques (Koryu), l'ancienneté est ce qui détermine la place du pratiquant dans la ligne avant le salut, pendant l'entraînement proprement dit, le grade fait foi. Le pratiquant possédant un grade plus élevé est responsable du pratiquant d'un grade moins élevé. Cela signifie qu'il va devoir doser l'intensité de son travail par rapport aux possibilités de son adversaire. Il est en grande partie responsable des blessures que ce dernier pourrait s'infliger par son manque d'expérience. Le pratiquant plus avancé en grade est également en devoir d'aider le pratiquant moins avancé en l'encourageant et en lui donnant des occasions de travail le plus souvent possible. Ce rôle d'aîné n'est pas toujours compris. Certains l'utilisent pour étaler leur supériorité en rendant le travail difficile pour le débutant, d'autres en profitent pour supplanter le rôle de l'enseignant et se mettent à faire de petits cours privés. Le pratiquant ne doit jamais oublier qu'il a été lui aussi "tiré", jadis, par un ancien. Ce qu'il a compris lui-même à travers les suggestions de son enseignant, il ne devrait pas l'offrir au pratiquant moins avancé, mais laisser à ce dernier une chance de le découvrir par lui-même. Il est bien entendu que le pratiquant qui vient de passer un grade est en droit d'attendre la même attitude de ses aînés.

 

Responsabilités et attitude du candidat

En principe, le candidat est proposé à un examen par son enseignant et non le contraire. S'il s'entraîne seul, il attendra que la Direction technique de son groupement lui propose de se présenter lors d'un stage où il sera présent.

 

Ses responsabilités se limitent à faire l'impossible pour présenter le meilleur travail dont il est capable. Il est tenu de s'informer à l'avance du curriculum requis et de se préparer sérieusement à son examen par un surcroît d'entraînement.

Son attitude, qu'il soit promu ou non, devrait rester discrète et humble. En cas d'échec, il attendra les explications des examinateurs ou de son enseignant avec calme et cherchera l'erreur chez lui avant de s'en prendre aux examinateurs. Un échec peut avoir des conséquences plus positives qu'une promotion car il donne au pratiquant l'occasion de faire un travail important sur lui-même. C'est souvent sur son attitude lors d'un échec que le pratiquant sera jugé. Cette attitude donnera, aux examinateurs comme à l'enseignant, des indications précieuses pour la suite.

Lors de la séance de shiken, le pratiquant prendra garde à tous les détails. Il vérifiera sa tenue vestimentaire, s'assurera d'avoir avec lui toutes les armes dont il a besoin et aura grand soin de trouver à tous moments sa place: du côté du joseki s'il est uke ou uchidachi, du côté du shimoseki s'il est tori ou shidachi.

 

Responsabilités et attitude de l'enseignant

L'enseignant, par respect pour ses élèves, ne présentera que des candidats dûment préparés, évitant ainsi à ces derniers une humiliation inutile lors d'un échec par trop prévisible. Il ne doit pas oublier que la prestation de son élève est en même temps sa carte de visite.

En cas d'échec, toujours possible, son attitude sera soumise et attentive. Il écoutera les explications des examinateurs, prendra note et rectifiera le tir ultérieurement dans son enseignement. Il restera conscient qu'une partie de l'échec est son propre échec.

Durant la séance d'examens, s'il n'est pas à la table des examinateurs, il se tiendra du côté du joseki, en seïza, et restera attentif à la prestation de son élève, à ses réactions et à son attitude, afin de pouvoir modifier son enseignement en conséquence.

 

Responsabilités et attitude des examinateurs

Les responsabilités qui incombent à l'examinateur sont très importantes.

Il doit être extrêmement attentif et capable d'une grande concentration. Bien que son vœu le plus cher soit la réussite du candidat, il saura faire preuve d'une totale impartialité. Par respect pour les autres candidats, il respectera les mêmes critères pour tous. Dans des cas particuliers, un candidat particulièrement âgé ou physiquement handicapé, il prendra seul la responsabilité d'alléger le curriculum. Il doit garder à l'esprit qu'un examen n'est pas un éliminatoire mais une épreuve que l'on demande au candidat de traverser. Il prendra grand soin de profiter de cet événement pour donner des corrections d'ordre général portant plus sur l'attitude et la direction de travail que sur des petits détails techniques qu'il laissera soin à l'enseignant d'expliquer ultérieurement.

Ses observations globales seront condensées et lisiblement inscrites sur le formulaire d'examen dont il fera plus tard une copie pour l'enseignant.

 

Dans le cas où plusieurs examinateurs sont réunis, le plus gradés prendra toutes les décisions en concertation avec ses subordonnés. Il aura toutefois le pouvoir de décision en cas de litige.

 

L'attitude de l'examinateur devrait être empreinte de respect pour le candidat. Sa position de juge n'est pas une position supérieure, humainement parlant. Le fait qu'un pratiquant ait librement choisi de s'entraîner intensément et se soit déplacé pour venir présenter son travail devrait lui inspirer un profond respect, sans que cela n'entame son impartialité. Extérieurement, ce respect se traduira par une attention de tous les instants, une position (assise ou en seïza) correcte. Pendant une séance de shiken particulièrement longue, à l'extérieur, en plein soleil, il aura à cœur, par solidarité envers les efforts du candidat, d'éviter de se faire apporter des rafraîchissements ou, si c'est une période froide, des boissons chaudes. Ses explications ou corrections seront empreintes de chaleur humaine (jin ou nin) et à aucun moment il ne montrera de la condescendance envers qui que ce soit. Il se sentira honoré et plein de gratitude d'avoir été le principal témoin d'un travail intense, longuement préparé et librement présenté. Rien n'est plus scandaleux que de voir des examinateurs se tenir mal, être à moitié endormis ou totalement inattentifs, ayant l'air de s'ennuyer comme des petits souverains désabusés.

 

Shiken (examen)

Organisation d'une séance de shiken

Le meilleur moment pour organiser une séance de shiken est à la suite d'un stage au cours duquel le candidat aura pu se "charger", s'imprégner d'un état d'esprit particulier au travail dans le Budo.

L'organisation proprement dite du shiken incombe au responsable du dojo ou, si le stage s'est déroulé dans un endroit spécial, à l'organisateur du stage.

 

L'organisation

Le responsable de l'organisation d'une séance de shiken restera attentif aux points suivants:

 

1) Pour une séance prolongée (plus d'une heure), il installera du côté joseki du kamiza (voir schéma) une table et un nombre de chaises correspondant au nombre d'examinateurs*.

*Dans le cas d'une séance plus courte, les examinateurs se tiendront en seïza. Toutefois l'organisateur restera attentif à l'âge et aux problèmes de santé éventuels des examinateurs.

 

2) Les formulaires d'examen de chaque candidat, dûment remplis, seront placés sur la table. Du papier vierge et de quoi écrire sera à disposition de chaque examinateur pour leurs notes personnelles.

 

3) Après avoir déterminé avec les examinateurs l'heure du début des examens, le responsable rassemblera tous les candidats et les placera du côté du shimoza, les plus gradés côté joseki. Les enseignants concernés (ayant des élèves candidats) se placeront, eux, sur le joseki.

 

4) Dans le cas d'un nombre important de candidats, (plus de 10), il aura préparé des pièces de tissu comportant des numéros bien visibles, qui seront épinglées sur le côté cœur de la veste (uwagi). Ces numéros seront reportés à côté du nom des candidats sur les formulaires d'examen.

 

5) Il placera ensuite les spectateurs éventuels du côté du shimoza, bien en retrait, et les exhortera à garder un silence complet pendant toute la durée de l'examen.

 

6) Il se renseignera auprès des examinateurs pour savoir s'il y a un examen théorique écrit et s'il existe des feuilles préparées à l'avance. Dans ce cas, il se tiendra prêt à distribuer ces feuilles de questions le moment venu.

 

7) Lorsque tout est prêt, l'organisateur de la séance de shiken prévient les examinateurs pour qu'ils prennent place à la table.

 

Déroulement

1) Examinateurs et candidats se tournent vers le kamiza pour un salut commun. Puis les examinateurs et les candidats se saluent. Tout le monde reprend ensuite sa place.

 

2) Le responsable des examinateurs convoque le(s) premier(s) candidat(s). Généralement, les grades inférieurs sont examinés en premier. Il leur assigne une place en rapport avec l'angle de vue qu'il souhaite puis leur demande de commencer.

 

3) Si aucune autre directive n'est donnée, le candidat commence son travail, selon son rythme, à l'instant de son choix. Il présente la matière demandée jusqu'au bout, sauf ordre contraire, et une fois son examen terminé, il attend, immobile, en seïza.

 

4) Le responsable des examinateurs renvoie ensuite les candidats qui viennent de se présenter. Ces derniers iront se replacer en seïza à l'endroit où ils étaient avant et attendent la fin de l'examen*. Le ou les candidats suivants sont appelés et ainsi de suite jusqu'au dernier candidat.

*Lors d'un examen de longue durée, les candidats ayant terminé leur présentation peuvent être renvoyés vers le public où ils peuvent attendre, moins formellement, la fin des examens.

 

5) Selon les cas, l'examen théorique écrit ou oral peut avoir lieu à ce moment-là, ou alors une fois que la partie technique est complètement terminée.

 

6) Lorsque tous les candidats ont été examinés, les examinateurs et tous les candidats se tournent vers le kamiza pour saluer. Un dernier salut réciproque et la partie formelle de la séance de shiken peut être considérée comme terminée.

 

7) Les examinateurs délibèrent ensuite, rassemblent leurs notes et en condensent le contenu sur les formulaires d'examen qu'ils datent et signent. C'est également à ce moment-là qu'une lecture en diagonale des examens écrits doit avoir lieu, quitte à apporter des corrections plus précises, ultérieurement, et de les joindre avec la photocopie du formulaire d'examen.

 

8) Les candidats sont ensuite rappelés, individuellement ou par groupe, et sont avisés des résultats et des corrections éventuelles. Il est bon, à, ce moment-là, que l'enseignant soit présent. Cette partie peut se faire d'une façon informelle.

 

9) Les formulaires d'examen sont gardés par le Directeur technique qui fera plus tard des photocopies pour les envoyer aux enseignants respectifs avec peut-être un complément d'information sur le travail à faire effectuer à tel ou tel élève.

 

Shiken (examen)

Suivi d'un shiken

Tout le travail fait lors de la séance de shiken perdrait en grande partie son sens s'il n'y avait pas un "suivi". Les dispositions décrites ci-après permettent de proposer au pratiquant une nouvelle direction de travail, de corriger des erreurs que l'enseignant n'a peut-être pas décelées, enfin, de permettre au pratiquant de mieux progresser.

 

1) Les juges prendront soin d'écrire lisiblement sur le formulaire d'examen les corrections importantes ainsi que leurs commentaires.

 

2) La Direction technique du groupement prendra soin de faire des photocopies de ces formulaires et de les envoyer aux enseignants respectifs ou, si le pratiquant travaille seul, à ce dernier.

 

3) L'enseignant (ou le pratiquant isolé) se basera sur ces corrections/commentaires pour améliorer la qualité de son travail jusqu'au prochain examen.

 

4) Lors de l'examen suivant, la Direction technique devrait avoir en main les formulaires d'examen précédents de façon à rester attentive aux points relevés précédemment, et de vérifier par la même occasion si un travail de correction a été effectué.

 

5) Pour ne pas encombrer les dossiers de part et d'autres, les formulaires précédents, remplacés par les nouveaux, peuvent être détruits. L'enseignant direct peut toutefois trouver pratique de garder tous les formulaires pour avoir une vision globale de la progression de son élève.

 

Formulaire d'examen

Celui-ci doit être rempli lisiblement par les examinateurs, signé et daté. Ce formulaire peut comporter diverses rubriques spécifiques à chaque discipline.

 

Exceptions

Il est possible, dans des cas bien particuliers, qu'un examen se fasse d'une manière tout autre que celle décrite dans les pages qui précèdent. Un enseignant de haut niveau peut, à un moment donné, attribuer un grade à un pratiquant qu'il supervise de très près sans passer par le rituel de shiken. En général, l'enseignant jouera lui-même le rôle de uchidachi ou de uke et décidera, au terme d'un entraînement informel, que le pratiquant est promu au grade suivant. Ceci n'est pas une preuve de relâchement de la part de l'enseignant, mais au contraire un signe de grande confiance. Le pratiquant qui bénéficie de ce genre de promotion est en principe un élève de haut niveau et d'une attitude exemplaire.

 

Les systèmes de grade

Bref historique du système moderne et du système classique

 

Le système moderne

Le système kyu/dan n'est pas ancien. li a été introduit par Me Jigoro Kano, fondateur du Kodokan Judo, vers 1883, environ une année après la fondation de son école.

Le système kyu/dan est basé sur 10 kyu dans l'ordre dégressif et 10 dan dans l'ordre progressif. Kyu signifie "classe" et dan signifie "degré" ou "marche". Les couleurs attribuées aux kyu peuvent varier selon la discipline et le système utilisé. En ce qui concerne les dans, une ceinture noire est utilisée jusqu'au 5ème dan y compris. Après le 5ème dan, cela varie également selon les disciplines. En Judo, par exemple, les 6ème et 7ème dans sont représentés par une ceinture rouge et blanche, les 8ème et 9ème dan par une ceinture rouge, et le 10ème dan par une ceinture blanche mais de double épaisseur. Deux autres termes sont souvent utilisés pour différencier les kyu et les dan: mudansha (personne ne possédant pas de dan) et yudansha (personne possédant un dan). On peut encore mentionner le terme kodansha (personne possédant un dan élevé).

 

Le système de ceinture noire est un produit de la classe paysanne japonaise. Kano senseï était issu d'une famille du peuple, propriétaire d'une fabrique de saké, fortunée, mais appartenant à la classe la plus basse de l'échelle sociale de la fin de la période Tokugawa: la classe des marchands. Le système de ceinture noire fut créé dans un but de prestige et d'accréditation, c'est vrai, mais, si l'on se replace dans le contexte de la fin du 19ème siècle et que l'on étudie l'histoire du Kodokan Judo, on s'aperçoit vite que c'est également dans un but commercial que ce système fut créé: tout simplement pour que le Kodokan puisse économiquement survivre. Malheureusement, au Japon tout comme en Occident, ce système a souvent dégénéré et les abus sont légions.

 

Les arts classiques ne suivent pas le système kyu/dan. Certains, comme Shindo Muso ryu l'utilise parallèlement au système classique décrit plus loin. Il est donc possible de reconnaître une discipline moderne d'une discipline classique à ce qu'elle possède ou non un système classique (le système menkyo) de grade.

 

Le système classique

Le système classique se nomme le "système menkyo". Comparé au système moderne de kyu/dan, il est de suite évident que les étapes sont beaucoup moins nombreuses et sont séparées par une période de temps (et d'entraînement) beaucoup plus longue. Le nombre de ces étapes peut varier de deux à neuf, donc deux fois moins que dans le système moderne, au pire des cas. Généralement, le rang le plus bas est le oku-iri. Oku signifie "secret" et iri "entrer". Plus qu'un grade, oku-iri est un certificat qui permet au pratiquant d'entrer dans le chemin qui le conduira à "l'éveil". C'est le premier certificat que reçoit le pratiquant. Le temps d'apprentissage sous l'œil attentif d'un maître se situe entre quatre et huit ans.

 

Le grade suivant se nomme mokuroku, littéralement "registre" et signifie que le nom du pratiquant est désormais enregistré dans le "catalogue" du ryu. Avant cela le nom du pratiquant n'y figure pas. Il y a généralement deux niveaux de mokuroku, le niveau inférieur, shomokuroku, sho signifiant "début", et le niveau supérieur, gomokuroku, go signifiant "après". Le premier certificat suppose de huit à 15 ans d'entraînement, le second 12 à 18 ans. Et ces certificats ne peuvent s'obtenir par cours de correspondance... les années dont il est question ici sont des années de contact étroits avec le Maître, d'entraînement régulier avec des périodes plus intensives, la participation active à tous les événements du ryu, séminaires, fêtes, etc…

 

Vient ensuite le grade menkyo, littéralement "licence". Cela veut dire que le pratiquant est un enseignant licencié d'un niveau suffisant pour tenir sur ses deux jambes avec le ryu l'appuyant de toute son autorité. Avant cela, le pratiquant n'était qu'assistant, en quelque sorte. D'une manière générale, l'obtention de ce grade prend entre 15 et 25 ans selon les ryus.

 

D'autres grades peuvent être obtenus après menkyo, kaïden, par exemple, après une trentaine d'année de pratique régulière.

L'intégrité du système menkyo est très réelle. Il est impensable de trouver un pratiquant détenant un mokuroku meilleur qu'un détenteur de menkyo. S'il n'est pas capable d'arriver au niveau standard, il ne peut obtenir le grade, qu'il soit le fils de celui qui possède le dojo ou non. Les exceptions à cette règle sont extrêmement rares.

 

Shiken (examen)

La vraie valeur d'un grade

La valeur d'un grade peut être très relative selon les individus. A mon avis, il existe quelques différences fondamentales entre le Japon et l'occident même si quelques-unes peuvent paraître contradictoires. Tout d'abord, les différences techniques entre deux grades sont beaucoup plus marquées au Japon. De ma propre expérience, en Judo, à la seconde où j'empoignais le judogi d'un adversaire, je savais, hélas quelquefois, à quel dan j'avais à faire. On peut également remarquer que dans les dans inférieurs (jusqu'à 5ème dan), le grade n'a pas une importance sociale comme c'est le cas dans les grades supérieurs. On est conscient de valoir son grade, et cette attitude naturelle se passe de justification ou d'explication. Je n'ai jamais entendu un Japonais au-dessous de 5ème dan se vanter de son grade. La raison en est peut-être que lorsqu'on entre dans une confrérie nationale de premier dan qui regroupe quelque deux millions d'individus, on est moins sensibilisé par cette promotion. Une autre différence est que l'ancienneté joue un rôle prédominant dans la société japonaise et il n'est pas rare qu'un pratiquant plus gradé s'efface devant un ancien moins gradé. Dans les grades supérieurs, par contre, la situation sociale est souvent très liée au grade que l'on possède. J'ai vu et possède quantité de cartes de visite étalant le nombre de dan de l'intéressé. Je n'ai par contre jamais vu une carte de visite stipulant que tel ou tel avait obtenu son troisième dan.

 

En occident, par contre, une importance démesurée est mise sur le grade. Plus que les capacités, plus que l'ancienneté, le niveau du grade semble prépondérant. Cela a donné lieu à de graves malentendus. Les Japonais, conscients de l'importance qu'a le grade pour l'occidental, se sont mis à lui faire des cadeaux. C'est économique et ça fait tellement plaisir. Un occidental qui a vécu au Japon pendant une période assez longue et qui va rentrer au pays a la fâcheuse tendance de faire de l'obtention d'un "grade de départ" une affaire de cœur. Sensibles à cela, beaucoup de Japonais se laissent émouvoir et les critères d'examens deviennent aussi tendres que leur cœur. Fort de l'obtention de ce grade, l'occidental rentre au pays, poitrine bombée, portant son nouveau grade en bandoulière. On l'a vu maintes fois et on le verra encore, nous en sommes les seuls responsables.

 

La vraie valeur d'un grade, on l'a vu, est toute relative On peut tout de même dire qu'un grade a la valeur de l'effort qu'on a fait pour l'obtenir. Ce n'est qu'une marche (dan) d'une volée d'escaliers qui mène à la connaissance de soi, et que beaucoup d'autres gravissent en même temps que nous.

 

Ressentir de la vanité par rapport à son grade est, à mon avis, aussi ridicule que de ressentir un sentiment de supériorité envers une personne qui nous suit dans l'ascension d'un escalier, tout simplement parce qu'on est devant et qu’on jouit d’un meilleur point de vue.

 

Conclusion

Je voulais, en quelque sorte, remettre l'église au milieu du village en ce qui concerne les examens dans les disciplines martiales classiques exemptes de compétition. Il m'a paru, à diverses reprises, que cet événement n'était pas perçu comme il devrait l'être. Cela devient trop souvent soit une affaire d'honneur, soit une simple formalité. Dans un cas comme dans l'autre, aucun enrichissement ne peut en découler. Et si un examen n'enrichit pas le pratiquant (au sens figuré, s'il vous plaît) je me demande bien à quoi il peut servir si ce n'est à enfler encore un peu plus cet égo que nous essayons précisément de rendre à des proportions plus discrètes à travers notre travail en Budo.

 

Etant géographiquement très éloigné de notre source, il nous arrive souvent d'être dans le doute quant à la procédure à suivre pour tel ou tel rituel. Je pense que ce texte vous donne un système cohérent pour la conduite à suivre lors d'une séance de shiken. Ce système n'est pas, je le répète, unique. D'autres approches sont tout aussi valables. Je n'ai décrit qu'une de celles qui m'ont été exposées et qui découle des principes qui m'ont été inculqués. En appliquant les règles d'étiquettes et d'éthique décrites dans les pages qui précèdent, vous conférerez à la notion de shiken la dimension qu'elle mérite.

 

Shiken (examen)

Le sens de l’étiquette lors du déroulement des examens

Reïshiki est un mot japonais que nous traduisons généralement par le mot "étiquette" tout simplement. Et, pour une fois, la simplicité de la traduction est de bon aloi. Reïshiki est composé de deux caractères: reï qui signifie salut, salutation, courtoisie, étiquette; et shiki qui signifie cérémonial, formalité, rite, règle de l'art, officiel.

Le caractère reï -lui-même est composé de deux radicaux- shimesu d'une part, et yutaka. Shimesu a le sens de "montrer, ou mettre en évidence" et yutaka celui de "richesse". Ensemble, on peut dire que le caractère reï signifie "mettre en évidence sa richesse intérieure".

 

Comme c'est si souvent le cas avec la langue japonaise, d'autres expressions existent et sont employées pour exprimer l'étiquette - reïgi, reïgi-saho, reï-ho, reï-jo, raï-san, reï-setsu, gi-reï, etc... mais c'est le mot reïshiki qui est le plus couramment utilisé en occident et qui, globalement, exprime le mieux l'étiquette du Budo qui nous concerne ici.

 

Ce n'est pas le sujet ici de présenter une définition exhaustive du sens de l'étiquette (reïshiki), il suffit de dire qu'il constitue un aspect technique et éducatif aussi important pour l'évolution du pratiquant que n’importe quelle autre base technique qu'il est appelé à étudier en Aïkido (ou en tout autre Budo). Dépourvu du concept de reïshiki, les Budos ne sont que des méthodes violentes de combat. La maîtrise de reïshiki est, donc, une manifestation du plus haut niveau de maîtrise de la discipline. Par ailleurs, reïshiki est peut-être le premier résultat concret que le pratiquant est susceptible de laisser transparaître dans la vie de tous les jours, c’est à dire en dehors du tatami, car en effet, il aura certainement plus l'occasion de faire usage du reïshiki quotidiennement, que de ses techniques de combat.

 

Pour définir une étiquette pour tous les examens de grades, de Brevet d'État ou autres, sans parler d'une base pratique de son utilisation dans les dojos lors des entraînements quotidiens, il faudrait distinguer plusieurs situations. De même, il doit être clair que le reïshiki n'est pas quelque chose de figée, une sorte de rituel immuable, dont il suffit de suivre la formule pour bien le faire. Il est "vivant" et aucune exécution "machinale" ne saurait remplacer la véritable compréhension du sens profond de reï.

Il s'agit plutôt d'un langage sans parole dont l'exécution correcte, dictée par une perception juste des circonstances, permet au pratiquant d'exprimer une attitude, un sens et une compréhension, souple et hautement nuancée, de lui-même et de sa place dans le "maintenant".

On ne peut pas non plus en faire "une tablette de pierre", où est gravé un reïshiki immuable et obligatoire (un danger, toujours présent, qui guette toute idée couchée par écrit!). Il faudrait plutôt définir les "grandes lignes" à respecter et proposer, d'une manière générale, mais néanmoins, correcte et convenable, le déroulement du reïshiki au cours des examens.

 

Le Reïshiki fait partie du premier critère "Connaissance Formelle des Techniques".

Les éléments observables doivent être le reflet d'un état d'esprit harmonisé aux principes de l'Aïkido: modestie, absence d'agressivité, de l'orgueil, être sans ostentation (shinobu), et ainsi de suite. Pendant le passage de grade le respect de uke (aïte) et la concentration font partie du reïshiki.

 

Il est à noter que dans un dojo, le kamiza constitue le point de référence autour duquel tout est orienté. Ceci est une considération primordiale et déterminante pour toutes les questions qui touchent au Reïshiki.

 

Shiken (examen)

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marc senzier 14/10/2015 16:57

Témoin des dérives des passages de grades tant chez les candidats que chez les examinateurs, mais aussi des professeurs, il est regrettable que les fédérations françaises (leurs représentants) n'appliquent que trop peu, et parfois pas du tout, les principes décrits dans ce texte. J'ai cependant eu l'honneur d'être le témoin de la sincérité et de la cohérence de nombre de pratiquants cheminant sur la Voie du Budo. Fasse que leurs exemples servent de modèle.

Yanick 09/10/2015 09:02

Bonjour Leo,
Juste merci pour cet article,
et qui pourrait remettre l'eglide au milieu du village pour certains de ceux qui le liront.

A la prochaine.

Cordialement.

Yanick

Léo Tamaki 09/10/2015 09:10

Merci pour la lecture Yanick. Et cet article aura rempli son objectif s'il amène ne serait-ce qu'une personne à reconsidérer le sens de shiken :-)

Léo

Antoine (tenshi) 07/10/2015 13:44

Bonjour Leo,
C'est toujours un plaisir et une source de connaissances ainsi qu'un complément d'informations de lire les billets que tu écris et partages.
Grand merci a toi.

Bonne journée,

Antoine

Léo Tamaki 09/10/2015 09:17

Merci Antoine :-)

Bonne journée !

Léo

Gonnet 07/10/2015 12:06

Article très intéressant, merci.

Un point me reste obscur, vous dites "...un pratiquant de longues expériences n'ayant passé aucun grade, se complaire dans l'étonnement qu'il provoque chez ceux qui ne l'auraient jugé que par son grade...". Je comprends l'ambigüité d'une telle attitude mais pas la notion malsaine que vous lui attribuez. Serait-ce justement le fait d'entretenir une certaine ambigüité (ne pas passer volontairement de grade) qui serait dés lors malsain ?

Léo Tamaki 09/10/2015 09:16

N'ayant fait que reproduire l'article de Pascal Krieger, je ne m'avancerai pas sur ses intentions en tentant une explication de texte ;-)

Léo

Ivan 06/10/2015 18:16

Excellent article. Bravo !

Léo Tamaki 09/10/2015 09:15

Merci pour la lecture ;-)

Léo