Budo no Nayami

Entretien avec Tamura senseï (2): le suwari-waza en Aïkido

7 Juillet 2008 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Entretiens

La pratique en suwari-waza est-elle nécessaire?
A mon avis oui. Les contraintes de la position à genoux permettent de mieux comprendre et apprendre à utiliser notre corps. Cela permet ensuite de mieux pratiquer en tachi-waza. Un bon travail à genoux est toujours la source d'un excellent travail debout. Mais une personne qui travaille correctement debout ne peut pas bien pratiquer à genoux sans l'avoir travaillé.


Tamura Nobuyoshi, suwari waza


Le travail en suwari-waza qui faisait partie intégrante de la pratique de l'Aïkido est aujourd'hui de moins en moins pratiqué et de plus en plus décrié. En occident bien entendu mais aussi au Hombu dojo de l'Aïkikaï où, même s'ils évitent d'en parler ouvertement, plusieurs enseignants ne le pratiquent jamais. Bien entendu dans les écoles traditionnelles la question de l'abandon de formes ne se pose pas.

J'ai abordé la question avec plusieurs maîtres. Shimizu senseï et Tissier senseï ne pensent pas qu'il sagisse d'une forme de travail indispensable.
Christian Tissier me dit qu'il pensait que d'autres formes de travail pouvaient développer les mêmes qualités. C'est probable. Maintenant ces autres formes sont-elles déjà présentes en Aïkido? Si oui qu'elles sont-elles? Si elles n'existent pas encore comment imaginer les intégrer à une pratique déjà si mal définie sans faire hurler les gardiens du temple…
Shimizu Kenji dit: Quelle que soit la manière de l'envisager ce ne sont pas des mouvements naturels et cela abîme énormément les articulations du genou.
Marcher seul à genoux est bon pour renforcer les jambes et les hanches. Mais lorsqu'on pratique à deux on commence généralement à forcer. Ce type de travail ajoute une charge considérable au genou et on finit souvent par se blesser.
Dans le passé ce genre de techniques était indispensable parce que l'on vivait à genoux. De nos jours ce n'est plus le cas et le risque de blessure est trop élevé à mon avis pour que ce type de pratique soit indispensable.
Dans la plupart des activités physiques on se blesse énormément aux genoux. Une fois blessé il est difficile de récupérer c'est pourquoi il est important de pratiquer en les préservant.


Christian Tissier, suwari waza


La première chose est que la définition d'un mouvement naturel me semble compliqué. Si évidemment on peut exclure d'office un mouvement provoquant un traumatisme ou une blessure immédiate, qu'en est-il pour le reste. Le corps ne s'use-t-il pas avec n'importe quel geste? N'est-ce pas l'exagération d'un type de mouvement qui est nocive?
En revanche je pense qu'un des fonds du problème comme le souligne maître Shimizu est le fait que dès lors que l'on travaille à deux les pratiquants ont tendance à mettre de la force et donc appuyer dans le sol et abîment ainsi leurs genoux.
Concernant le fait que l'on ne vive plus à genoux, c'est indéniable. Mais nous ne vivons plus en kimono et hakama non plus, doit-on pour autant pratiquer en jogging ou treillis? La pratique martiale est dans l'immense majorité des cas anachronique. Toutefois il est vrai que le fait de vivre à genoux préparait sans doute le corps à cette pratique. Une pratique graduelle et modérée devrait toutefois permettre de nous réadapter.
Enfin, quand aux risques de blessures, ils ne sont pas négligeables c'est certain. Et une blessure aux genoux est nettement plus handicapante qu'un soucis aux membres supérieurs.


Ueshiba Moriheï, suwari waza


D'autres maîtres en revanche pensent que la pratique à genoux est indispensable. C'est par exemple le cas de Kono Yoshinori, Okamoto Seïgo ou Kondo Katsuyuki.
Pour Okamoto senseï la pratique à genoux est si importante que même si il ne peut se mettre en seïza il continue à démontrer une large partie de ses techniques en tailleur. Bien évidemment cela ne renforce pas ses jambes ou ses hanches. En revanche cela lui impose des contraintes qui l'obligent à utiliser son corps différemment.
A ce sujet voici ce que dit Kondo senseï: C'est un travail très important. Chaque forme a un sens. La pratique à genoux, à genoux contre un adversaire debout, celle où les deux partenaires sont debout, celle où vous êtes attaqué par derrière. Chaque travail a un but précis et différent mais la plupart des gens n'en connaissent pas le sens. (…)
Lorsqu'on travail idori on est assis. En tachiaï on peut utiliser nos hanches librement de haut en bas, d'avant en arrière et sur les côtés. Elles sont libres et peuvent aller dans n'importe quelle direction. En idori on est assis en seïza donc on ne peut évidemment pas aller plus bas mais uniquement vers le haut. Et on ne peut non plus aller d'avant en arrière. C'est dans ces contraintes que l'on travaille. En hanmi hanwaza on gère une attaque dans les mêmes conditions mais où l'attaquant est plus libre de ses mouvements.
Dire que dans le Japon d'aujourd'hui où à l'étranger la plupart des gens utilisent des chaises et que ce type de pratique n'est plus utile est une erreur. Chaque forme a une raison d'être. Il faut enseigner en comprenant cela. La plupart des gens ne connaissant pas le sens des formes de travail ils n'hésitent évidemment pas à les modifier ou les supprimer.


Okamoto Seïgo, suwari waza


Kono senseï est aussi un fervent pratiquant du suwari-waza, et à soixante ans il se déplace avec une rapidité et une aisance phénoménales. On ne peut écarter la composante génétique mais je suis aussi enclin à penser que c'est la manière de se déplacer qui est très importante.

Lorsque j'ai débuté l'Aïkido je me suis lancé à corps perdu dans la pratique. Je m'entraînais environ vingt-cinq heures par semaine et toute ma pratique reposait sur mes qualités physiques. J'étais jeune et cela a duré quelques mois. Jusqu'à ce que je développe des tendinites à mes deux genoux et deux coudes. Des tendinites qui devinrent rapidement si aîgues que j'avais du mal à me lever ou m'asseoir et à pousser une porte.
Pour autant je n'ai pas pensé comme certains oiseaux de mauvais augure le disaient dans les vestiaires, que c'était une conséquence inévitable de la pratique de l'Aïkido. J'ai remis ma pratique en question et je n'ai jamais plus eu une seule tendinite.

Le suwari-waza mal pratiqué ou pratiqué à l'excès est indéniablement source de blessures. C'est une forme de travail exigeante qui demande énormément de précision dans les points de contacts au sol (notez que je n'utilise pas le terme points d'appuis) et qu'il faut pratiquer avec légèreté et sans force. C'est une chose d'autant plus difficile que les tatamis occidentaux sont généralement beaucoup trop mous car ils sont surtout destinés à la pratique du Judo moderne. Les tatamis japonais comme ceux de l'Aïkikaï permettent au contraire de ne pas voir tout le genoux s'enfoncer et de sentir quelle partie est en contact.


Dojo privé de Kono senseï, Kono Yoshinori en suwari waza, Tamaki Léo, Brahim Si Guesmi


Une chose qui doit être mentionnée est qu'hormis Okamoto senseï les partisans de la limitation ou de l'arrêt de la pratique en suwari-waza ont tous eu d'importants problèmes de genoux. Il est donc compréhensible qu'au regard de leurs expériences ils aient des réticences vis-à-vis de ce type de pratique.

Personnellement j'aime beaucoup le suwari-waza. Les arguments que l'on avance souvent pour défendre ce type de travail comme le renforcement des hanches et des jambes ne me semblent pas très importants. En revanche je trouve que les contraintes de ce travail amènent une plus grande mobilité et développent l'ouverture des hanches qui est une qualité très importante. Pratiqué de façon modérée mais surtout correctement je pense que les risques de blessures sont réellement limités. Bien moindre qu'en jouant au squash par exemple…
Un des points importants me semble être la légèreté. Cela rejoint d'ailleurs le fait qu'Osenseï ne pouvait pousser dans le sol en tabis.


Okamoto Seïgo


Note: Je n'ai pas enregistré ces entretiens et les écris de mémoire. Il est donc possible que des erreurs se soient glissées dans ces retranscriptions mais j'ai pensé que l'intérêt des réponses dépassait le risque de mes erreurs. Je prie toutefois les lecteurs de ne prendre cela que comme une conversation rapportée qui pourrait nourrir des réflexions et non comme paroles d'évangiles.


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JM 25/12/2015 21:56

Merci pour cet article illustré vraiment instructif ! J'ai vraiment du mal à adhérer aux arguments en faveur de cette pratique d'autant plus que j'ai mal aux genoux. Mais ça me rassure que des personnes emblématiques comme Christian Tissier ait une telle opinion et que l'aïkido évolue. Concernant ta prise de recul suite aux critiques de certains senseïs elle m'a ouvert l'esprit mais une marche à genoux n'étant pas naturelle elle me semble forcément plus usante qu'une debout. J'ai donc compris ton analogie avec le port de vêtements mais ménager son corps me semble plus important puis l'aïkinudo ça doit certainement se trouver dans le sud. Sérieusement la pratique idéale que tu décris me fait rêver mais dans mon cas ça manque d'échauffement et de modération. C'est limite du suwari waza à chaque repas ? Vous en reprendrez bien encore un peu ?! Non merci !!! Et pourtant mon senseï fait quasiment un sans faute au niveau de tes conseils. Après c'est sans doute une question de philosophie et j'en suis donc un peu au point où tu en étais à l'époque où ton vestiaire était infesté de vautours. Seulement je ne sais pas si je vais aussi parvenir à remettre en question ma pratique car elle dépend aussi de l'enseignement prodigué dans mon dojo. En changer ? Je ne me vois pas refuser le travail au sol. Enfin je vais creuser ces histoires de contraintes bénéfiques et travailler ma légèreté même si je pense qu'un corps équilibré, aussi bien souple que musclé, aide vraiment à ne pas se blesser. Arigato !

Léo Tamaki 29/03/2016 20:39

Bonjour JM,

Merci pour la lecture.

A mon sens les choses ne sont pas tranchées, et c'est un élément qui doit être considéré avec du recul. L'absence ou la présence de mal de genoux nous fait aussi souvent pencher pour l'un ou l'autre des choix possibles :-)

En tout cas bien que je n'ai aucun soucis de genoux, c'est une pratique qui prend aujourd'hui très peu de place dans mon enseignement. Notamment parce que mes recherches m'ont amenées à la conclusion que c'est un travail dont la forme actuelle est très récente, et souvent peu pertinente. Suwari waza oui donc, mais de façon réfléchie, tant en ce qui concerne le contexte martial que la santé :-)

Léo

Karil 15/03/2011 11:26



Bonjour, ya quelque mois, alors que je commence un peu à "marcher à quatres pattes" (tout nouveau né que je suis) en suwari waza, je me suis un peu rendu compte que le fait d'être à deux
modifiait mon déplacemet que je trouvait plus forcé que d'habitude^^. J'aime bien le suwri waza, par exemple parce qu'on ne peut( à mon niveau) aller aussi vite que debout, ou pietiner, et donc
je doit tout le temps essayer de simplifier mes techniques^^. OUI, j'ai mal aux genous, mais ils ne saignent plus, et ça s'atténue :D


En tout cas,juste pour dire, j'ai inventé un exercice pour essayer de travailler le chico avec une poussée: passer les balais à lingette anti-poussières sur le tatami, en tenant le manche comme
un sabre,avant le cour, bien sûr. XD



Léo Tamaki 18/03/2011 04:55



Bonjour Karil,


 


Le suwari waza est une forme de travail très intéressante. Elle nécessite en effet beaucoup de précision. Je crois toutefois, surtout au début, qu'il doit être pratiqué de façon modérée et qu'il
faut éviter les blessures.


 


Bonne pratique avec ton balai :D


 


Léo


 



Bruno 25/07/2008 21:17

Salut Leo!!Je pense également que l'aikido perdrait beaucoup à l'abandon du suwari waza et pour l'instant je n'ai rien vu qui pourrait le remplacer.Pour moi l'apport du sawari waza ne se trouve pas dans le renforcement des hanches et des jambes, mais plutot sur l'unité du corp dans la pratique. En effet impossible de faire ikkyo si le corp et les bra ne sont pas synchrone. cela permet de comprendre que c'est du corp que vient le mouvement et que les bras ne sont qu'un vecteur de transmission.Pour ce qui est de s'abimer les genoux, j'ai pratiqué il y a peu dans le club de tae kwon do, aprés 2 heures de pratique j'ai eu mal aux genoux pendant 1 semaine. Le coup de pied circulaire si ils sont mal réalisés sont très mauvais pour les ligaments croisés, doit on les suprimer du tae kwon do et du karaté!!!;-))Pour revenir sur l'aikido, je pense que le problème c'est que la pratique que l'on vois souvent reproduit les techniques debouts ce qui ne parait pas approprié. Saito sensei montrait un suwari waza partant de situation de face à face en seiza pied à plat. Dans ces formes, les déplacements sont très reduit et impactent peu les genoux.On retrouve aussi cela dans une video de Tomiki très interessante (vers 6 min 20):http://www.youtube.com/watch?v=uPhG6XA2fL8A+BrunoPS: je suis interessé si il y a des infos dans le texte qui permettent de mieux comprendre cette video, je suis preneur!!! :-))

Léo Tamaki 16/08/2008 03:46


Salut Bruno,


Je pense aussi que le suwari waza est un élément important de la pratique. Pas indispensable si l'on est blessé, mais riche d'enseignements c'est certain. Et effectivement sa pratique permet
d'unifier le corps dans la technique.

Concernant le Taekwondo un de mes amis qui donnait les cours à Herblay avant que je revienne en France s'est justement déchiré un ligament croisé lors d'un inter-discipline. Il était pourtant
très souple.Il est indéniable que le suwari-waza pratiqué à outrance ou sans enseignement correct est nocif. Mais n'est-ce pas le cas de toutes les disciplines. Et je crois que le ski par exemple
est responsable de bien plus de blessures à ce niveau...

Enfin au niveau technique je pense aussi que le travail à genoux ne doit pas être une simple transcription des formes debout. Quand à la position de départ, je pense que comme dans les koryu la
situation juste est effectivement le seïza mais que lors de l'entraînement on ne se remet pas dans la position à chaque répétition mais par exemple au début de chaque série de quatre techniques
(si on en fait 4).
Le fait de limiter les déplacements est aussi logique. Le pire étant les grands mouvements qui sont malheureusement favorisés et demandés lors des passages de grades fédéraux...

Merci pour le lien! Le texte présente brièvement ce qui est démontré par la suite sans donner d'explications "éclairantes"! :D

Amicalement,

Léo




Emmanuelle 19/07/2008 21:30

Bonsoir,mon humble avis sur la question est que le travail en suwari-wasa  doit rester essentielle dans la pratique car elle est fondamentale à plus d'un titrre et que sans elle, l'Aikido perdrait une partie et de son sens et de son identité. Ces erait sans doute aussi interessant, mais ce ne serait pas de l'Aikido. Et ce n'est aps qu'une question de traditions et de fidélité. Indépendemment de l'ouverture des hanches et aussi de notre centre, que nous percevons, physiquement bien mieux lorsque l'on est en suwari-wasa, le travail au sol nous rend plus proches, symboliquement, de la terre et de notre ancrage. Symboliquement, mais disons là plus philosophiquement, être au plus près du sol nous rend bien plus humbles, bien plus "petits " en hauteur, nous sommes à hauteur d'enfants, et je trouve cela très bien et très très formateur et enrichissant. D'un point de vue très physique, nous découvrons d'ailleurs que les pratiquants les plus rigides, dans leur tête, sont bien souvent des vrais bâtons sans défense dés qu'ils sont en suwari-wasa...Cette position révèle bien plus qu'aucune autre, nos tensions...nos rigidités..musculaires, de coeur et d'esprit....Notre corps et ses trucs qui vont ou pas est le reflet de notre esprit...enfin voilà quoi...Bonne soiréeAmitiésEmma

Léo Tamaki 16/08/2008 03:25



Il est vrai que voir le monde sous un angle différent est aussi un apport du suwari-waza.
Si je doute que cela fut une des raisons de son développement il n'en reste pas moins que c'est sans doute un de ses bienfaits!

Léo




Shotokan 19/07/2008 16:16

Bonjour LeoJe me replonge très régulièrement dans le livre d'Osensei "Budo". Au fur et à mesure que ma pratique évolue j'ai besoin de re-potasser ce livre et en même temps j'y vois à chaque fois des choses nouvelles.Si l'on s'attarde sur les photos du Noma Dojo, on y voit clairement l'extrême importance que portait O'sensei au suwariwaza.Il est remarquable de noter l'impression d'aisance, de présence et d'énergie que dégage Morihei Ueshiba rien que sur des clichés.On s'aperçoit de l'utilité du suwariwaza dans ces conditions. Il permet à mon sens de renforcer ses hanches et de pratiquer intensément la recherche de son centrage et équilibre.Lors de ma pratique je m'aperçois de la difficulté d'appliquer un Ikkyo sans s'appuyer sur le partenaire. C'est dans ce genre de situation que l'on se dit que le chemin reste très très long à parcourir.Parce qu'il m'est agréable et parce qu'il correspond à mes convictions jamais je n'omettrais ou refuserais la pratique du suwariwaza lors de mes entrainements. Je l'estime essentiel à l'apprentissage de notre bel art martial.P.S: J'ai lu il y a 2 jours ton article dans "Dragon" sur Kondo senseï. Très bel article! Tu as vraiment du passer iun incroyable moment. Ca me laisse rêveur. Des maitres comme on aimerait en voir et  en avoir plus souvent. Merci de nous faire partager tes expériences.Bien amicalement

Léo Tamaki 24/07/2008 13:55


Bonjour Shotokan,

Merci pour ton message.

Je crois effectivement qu'Osenseï donnait beaucoup d'importance au suwari waza.
Comme je l'expliquais je ne suis pas par contre certain que le renforcement des hanches soit le point le plus important de ce type de travail. En revanche je pense aussi que le travail sur notre
posture est abordé sous un angle très intéresant de cette manière. Et je crois que c'est aussi ce que Kondo senseï voulait dire lorsqu'il a évoqué ce sujet dans son interview.

Merci de me lire.

Amicalement,

Léo



nicolas 12/07/2008 12:02

Pour alimenter le débat : http://www.nippon-kan.org/senseis_articles/07/no_suwariwaza/no_suwariwaza.html

Léo Tamaki 18/07/2008 09:00



Merci pour le lien Nicolas.

J'avais lu ce texte il y a un certain temps mais je ne l'avais pas mentionné car Honma senseï est assez peu connu en France.

Je reprendrais brièvement quelques points du texte.

Tout d'abord Honma senseï me semble parfois tomber dans l'exagération lorsqu'il dit que la pratique du suwari waza s'apparente pour lui à du "physical abuse", même s'il mentionne qu'il s'agit de
"over-practice".

Ensuite, et bien que mon niveau soit incomparable à celui de Hinma senseï, je ne crois pas que le travail du suwari-waza, comme celui de l'Aïkido en général, nécessite "very strong hip, back and
leg muscles". Je crois que souplesse et relâchement sont bien plus importants et c'est ce que j'ai vu utilisé chez les maîtres Tamura, Tada ou Sasaki en Aïkido, et chez les maîtres Kono, Hino ou
Kuroda dans d'autres domaines martiaux.
Je crois même que l'utilisation de force musculaire inutile lors des déplacements est après un mauvais positionnement du genou un des principaux effets des problèmes de l'articulation.

En revanche je suis parfaitement d'accord avec Honma senseï, le suwari waza peut-être dangereux s'il n'est pas pratiqué sous la direction d'un enseignant confirmé.

Un argument faible de sa démonstration me semble aussi  être le fait que le suwari waza a l'air "cool" en vidéo mais que ces vidéos sont enregistrées sur de longues périodes. Il existe peu
de vidéos de plus d'une heure et que celles-ci sont rarement destinées aux débutants lorsqu'elles ne traitent que de suwari-waza. Je n'en connaîs d'ailleurs qu'une seule dont ce soit le cas? En
outre pour avoir participé aux tournages de quelques unes et assisté à d'autres, elles sont généralement tournées en une journée ou deux.
Ce paragraphe se terminant avec une comparaison aux films de Superman me semble donc nettement exagéré.

"Japanese students and even the Japanese instructors making these videos that DO have the genetic and life style background for this type of practice can suffer long term knee problems by
practicing suwariwaza extensively."
S'il y avait eu une adaptation génétique au suwari-waza, je doute qu'elle ait disparu en une ou deux générations. En revanche j'admets évidemment quele mode de vie a évolué. Mais nous passons
aussi beaucoup plus de temps assis que les anciens. Devons nous moins pratiquer debout et plus sur une chaise pour autant?

"Eight years ago, I doubled the amount of cushion under the mat to cut down on the stress to students’ bodies during ukemi practice. It cost me the same as buying new tatami mats but I chose more
cushion under the mat instead of new tatami. While tatami would have made the dojo a little more “martial” and traditional, I chose the cushion for the safety and comfort of my students during
their practice."
Vouloir protéger les pratiquants me semble indispensable. Mais il ne faut pas en faire trop. L'enseignement correct de la technique me semble plus important que des adaptations intempestives. Les
tatamis mous sont par exemple très mauvais pour la pratique du suwari-waza car l'articulation s'enfonce entièrement, bloquant la rotule au lieu de ne garder comme point de contact à l'avant que
la tubérosité tibiale antérieure. De plus il devient possible de chuter incorrectement sans dégâts alors qu'n apprentissage graduel sur une surface plus dure me semble mieux préparer à une
exécution correcte des ukemis.

"By that time, some of the high-ranking instructors I had known in Japan were having difficulties with their health, especially with their knees. It was then that I decided that even though
suwariwaza was one of my favorite techniques, I would not teach it regularly to my students.
**********************
As I mentioned at the beginning of this article, many young Japanese martial art instructors ventured out into the world to teach Aikido in the late 60’s and 70’s. The lifestyle of these
instructors in Japan at that time naturally developed the flexibility in their legs and knees. On this foundation the flexibility and strength in their legs was further developed with ample
amounts of suwariwaza practice. "
Il y a ici contradiction, la génétique et le mode de vie des senseïs les ont il ou pas préparés au suwari-waza?

Le suwari-waza, à titre personnel, me semble important. Malgré tout le respect que je porte à Honma senseï je ne peux m'empêcher de penser que la disparition du travail en suwari-waza se
traduirait en un appauvrissement de la discipline.
Si je ne suis pas contre les évolutions, j'estime qu'elles doivent être très très mûrement réfléchies. Doit-on abandonner l'agura en zazen? Pratiquer la cérémonie du thé assis sur des chaises? Le
iaïdo uniquement en position debout? Si les questions se posent naturellement je crois qu'il est important de réfléchir aux conséquences. Dans la majeure partie des cas je crois qu'une pratique
progressive et bien menée permettrait de conserver ces points fondamentaux des disciplines.

En ce sens je suis parfaitement en accord avec Hon,a senseï lorsqu'il dit:
“If your knees, ankles and Achilles tendons are sufficiently stretched and your leg, hip and back muscles have been properly developed and conditioned, there is no problem practicing suwariwaza
techniques in moderation.”

Tamaki Léo





Furansuzen 12/07/2008 11:04

Tous les points de vue ont leur part de vérité ;-)BisesFu

Léo Tamaki 18/07/2008 08:15



A chacun de faire son choix en connaissance de cause ;-)

Léo