Budo no Nayami

La mise à l'écart d'Awazu senseï

9 Janvier 2009 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Janvier 2009

Suite au post que j'avais écrit sur Awazu senseï, Jean-Luc Dureisseix m'a raconté une anecdote aussi triste que peu inattendue. Jean-Luc, enseignant et pratiquant de très longue date, est une encyclopédie de la pratique martiale en France. Il a connu les débuts héroïques du Karaté, de l'Aïkido et surtout du Yoseïkan. Proche de Mochizuki senseï il enseigne humblement dans le sud de la France. Les échanges que j'ai avec lui sont toujours riches d'enseignements et d'informations.

Il semble qu'il y a plusieurs années Awazu senseï ait été mis à l'écart par la Fédération de Judo alors qu'il était encore en pleine possession de ses moyens. Une mise à la retraite anticipée qu'il ne comprit pas et vécu douloureusement.


Awazu Shozo


Malheureusement Awazu senseï a dû faire face à une logique qui le condamnait doublement. Celle d'une fédération sportive qui obéit à des règles telles que le changement régulier de ses directeurs techniques et la conformité de l'enseignement aux "modes" pédagogiques, et celle de l'occident moderne où l'ancien, le vieux, est considéré comme dépassé et à qui l'on souhaite simplement une retraite agréable.

Les maîtres asiatiques ayant été éduqués dans le respect des anciens ne comprennent pas cette vision et beaucoup en souffrent. Il suffit de se remémorer la triste fin de Kawaishi senseï, pionnier et père du Judo français, qui finit sa vie à l'écart dans le dénuement le plus total, abandonné de la quasi-totalité des élèves qu'il avait formés…


Kawaishi Mikinosuke


Malheureusement en occident le maître est souvent considéré comme un simple instructeur. Dès lors que l'élève a le sentiment d'avoir appris tout ce qu'il pouvait à ses côtés il continue son chemin sans regarder en arrière. Il est bien sûr naturel que le pratiquant continue sa route et cherche à aller de l'avant. En cela il sera normalement aidé par son maître qui le présentera à quelqu'un capable de lui faire franchir les niveaux suivants. Mais cela ne devrait en aucun cas marquer la fin de la relation.
Le maître est une sorte de père, de la même façon que le dojo est une famille où les anciens font figure d'aînés. Alors même que l'on peut avoir dépassé ses compétences techniques, l'expérience du maître restera irremplaçable. De même que la possibilité qu'il vous a donnée de devenir celui que vous êtes. Cette relation filiale de respect et de gratitude est malheureusement totalement absente dans une fédération telle que celle de Judo. Cela ne l'empêche pas d'avoir, à l'occasion, des résultats satisfaisants en compétitions, mais cela marque clairement ses limites en tant que méthode d'éducation. Peu étonnant alors que ses champions ne sachent faire preuve du plus élémentaire des respects


Tamura Nobuyoshi


Aujourd'hui Tamura senseï joui au sein de la FFAB d'une "relative" liberté (seuls ceux qui n'en connaissent pas les rouages le croient tout-puissant), la fédération fonctionnant encore comme une semi-école. Il est par contre certain qu'aucun de ses successeurs n'aura la possibilité de voir un système stable soutenir son enseignement au-delà d'une courte période. A termes réguliers, telles que les olympiades, un nouveau directeur technique sera élu. Comment, dès lors peut-on imaginer une véritable transmission qui ne peut se faire que dans la durée.
Cela dit, il faut bien admettre un autre problème, aujourd'hui aucun technicien ne sort réellement du lot par rapport aux autres. Si chacun à ses adeptes et ses qualités, il n'y en a pas un dont la technique et le charisme soient suffisamment supérieurs à ceux des autres pour imposer son autorité. Au moins ne souffriront-ils probablement pas de la désillusion d'Awazu senseï.



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gomez daniel 04/05/2009 23:51

Le même commentaire que Maître Haku Michigami, Mai^tre Awazu est toujours présent et a fait un hommâge à Bordeaux à son ami en novembre 2006, très touchant pour les pratiquants de Judo Traditionnels et les éléves de Maître MIchigami.Cordialement, Daniel Gomez

Isa 28/01/2009 22:29

peut-être commentaire inadapté!! Juste une pensée pour Jean-Michel Merit, pour ses proches, ceux qui ont su l'apprécier, après les tourments paix à ton âme!!! Bonne guérison à Saotome senseï

Jean-Claude 09/01/2009 12:05

Cher Leo,Je partage la tristesse et le dépit de tous ceux qui on réagi à ce post.Néanmoins, je voudrais aussi te remercier ainsi que tous ceux qui t'ont formé et guidé et dont tu nous révèle (une partie infime peut être) des merveilles du Budo. Finalement, pourquoi ne pas se réjouir que des guides existent sur la Voie et qu'en plus nous pouvons les rencontrer avec plus ou moins d'efforts.Je voulais aussi partager ces quelques réflexions d'Hayato Togukawa qui propose quelques lignes sur la démarche adéquate pour choisir son école et son dojo. Il insiste dès le début sur la nécessité de clarifier ses propores motivations.http://www.takayamabudokai.com/ChoosingADojo.htmlJ'aimerais aussi partager un lien précieux (que tu dois certainement connaître) pour tous ceux qui songent à rejoindre une koryu. (http://www.koryu.com/).Tu a déjà retranscrit dans différents posts tous les conseils donnés dans ces deux liens sur l'implication et les transformations du choix de vivre un véritable budo.

Léo Tamaki 10/01/2009 09:53



Cher Jean-Claude,

Nous pouvons en effet nous réjouir du fait qu'il existe encore quelques véritables maîtres. Mais ne serait-ce pas la même chose que se réjouir du fait qu'il existe encore quelques spécimens
d'animaux en voie de disparition.
Je ne suis pas, je crois, du type à voir le verre à moitié-vide, mais là il ne reste qu'un fond de verre...

Intéressant lien que tu as posté, sauf sur la fin où cela tombe un peu dans le commercial avec l'école qui propose tout, notamment du "kendrobic" :-(
Koryu.com en revanche n'a plus à faire sa réputation.

Léo



Michael 09/01/2009 11:33

Cher Léo, C'est bien la première fois qu'un de tes textes m'attriste....... Connaissant bien le business du sport, j'ai constaté avec dépit que beaucoup d'athlètes d e haut niveau ne sont souvent  que des "machines", soucieuses d'efficacité à court terme.... Quand on sait qu'ils finissent à 35 ans avec un métabolisme épuisé.....Tu m'avais parlé une fois de "nivellement par le bas généralisé".. C'est une triste réalité..... Comment peut-on ne serait-ce qu'imaginer qu'un Maître qui nous a formé plusieurs années n'a plus rien à nous apprendre?? C'est bien ce qui m'effraie le plus dans le monde actuel, pas la guerre, ni la pollution, ni la crise économique, mais l'incapacité de 3-4 "milliards" d 'individus à se remettre en cause et à dire simplement "je ne sais pas".......... Je ne pensais pas que ça réclamait autant de maturité......Finalement, soit on rentre dans la logique des acquis à court terme et du mépris , et on gagne bien sa vie, mais on se déteste, ... Soit on s 'attache à se connaître, à s e remettre en cause,  à progresser , et on se heurte à des logiques absurdesBien triste dilemme que je connais trop bien!!!!!

Léo Tamaki 10/01/2009 09:48



her Michael,

Merci pour ton message.

La durée de vie limitée des athlètes est un sujet particulièrement tragique. Je me souviens d'un sondage fait aux Etats-Unis ou quelque chose comme 70% des athlètes universitaires disaient qu'ils
accepteraient de ne vivre que jusqu'à 30 ans pour être médaillés olympiques.
Au-delà de l'effet de frime, de la volonté de choquer et de l'inconscience de la jeunesse, il faut noter leur propre volonté de se consûmer pour un but si vain...
Cela explique d'ailleurs les si nombreux cas de dopages. Quand on imagine que les cas répertoriés ne sont que la partie visible de l'iceberg cela est vertigineux.
Tristes effets de la médiatisation malsane de la société je suppose.

Léo



olry 09/01/2009 11:01

cher léo,votre article est malheureusement criant de vérité.on m'a enseigné durant toute mon enfance et encore maintenant le respect mutuel et universel "a priori" ne serait-ce que pour la veleur humaine de tout un chacun. imaginez mon état d'esprit quand il s'agit de quelqu'un qui contribue d'une manière ou d'une autre au bien d'une communauté quelle qu'elle soit.par exemple, je pratique le ju jutsu au judo club dunkerquois dont l'enseignant est m. baeckeroot, 8e dan de judo principalement.je voudrais me lancer dans l'aikido dans un club proche de chez moi à grande synthe. pour l'instant je ne peux m'y résoudre, d'une part, à cause du profond respect que j'ai pour celui que je considère comme mon maître, et d'autre part, pour son expérience et son incroyable savoir aux vues de ses propres expériences personnelles.lorsqu'il parle, j'essaie de choper le moindre détail de ce qu'il peut nous apporter (normal vous me direz).mais ce que je crains par dessus tout, c'est que peut d'entre nous (la jeune génération qui n'avons pas encore l'expérience nécessaire) ne soit capable de transmettre son message de simplicité et d'efficacité.combien y penseront seulement une fois qu'ils auront quitté le club?il fait partie de ces gens qui (avec ses qualités et ses défauts) marquent une vie entière et il serait impensable de l'écarter de notre histoire en tant que simple pratiquant.tout cela pour dire qu'au delà du problèmes du respect des anciens, c'est de la perte du respect universel qu'il s'agit et dont il faut s'inquiéter...merci d'avoir supporter mon emportement... :-Dpaix

Léo Tamaki 10/01/2009 09:44



Cher Olry,

Vous avez de la chance de bénéficier de l'expérience d'un ancien de valeur. Et il a de la chance d'avoir parmi un de ses élèves quelqu'un qui prenne la valeur de son expérience.

En effet le dojo n'étant que le reflet du minde, la perte de respect qui y sévit n'est qu'un pâme reflet de celui du monde extérieur...

Concernant l'Aïkido sans doute est-il envisageable pur vous de pratiquer les deux activités en parallèle.

Quel que soit votre choix je vous souhaite une très bonne pratique.

Léo



Ivan 09/01/2009 10:07

Triste article et triste constat, qui montre bien que le principe de consommation touche aussi les arts martiaux, alors que celui-ci ; devrait etre le sanctuaire du respect, de l'engagement et de la fidélité. L'inverse de la consommation, surtout celle des hommes.

Léo Tamaki 10/01/2009 09:38



"L'inverse de la consommation, surtout celle des hommes."
Je ne saurai mieux dire.

Léo



Steph 09/01/2009 08:12

Hello,Oui, triste réalité que l'abandon de toutes ces personnes de qualité...bien basse mentalité mais qui reflète bien le monde d'aujourd'hui.Concernant Maître Kawashi, j'ignorais qu'il eut fini comme celà, abandonné dans un coin. Par contre, certains lui sont restés fidèles tels quelques amis belges très anciens pratiquants qui se rendent chaque année sur sa tombe pour participer à une petite cérémonie à sa mémoire. Evènement auquel participe aussi Maître Floquet et d'autres moins connus...

Léo Tamaki 10/01/2009 09:37



Concernant Kawaishi senseï il finit effectivement dans le dénuement, mais surtout, dans l'oubli. Personne n'est parfait bien entendu mais il aurait dû être respecté pour son énorme travail de
pionnier.
Effectivement une poignée de fidèles ne l'a pas oublié. Aujourd'hui il est plus ou moins "réhabilité" et a trouvé peu à peu sa place dans l'histoire. Cela n'effacera pas la blessure qu'il a du
supporter mais c'est déjà cela.

Amicalement,

Léo



Ludo 09/01/2009 00:28

hé ben... mettre au placard quelqu'un qui c'est investi de la sorte dans un art martial... ca fait quelque chose au cœur. Mais bon, maintenant ce qui compte c'est les résultats rapide et les médailles au final... byebye le respect pour son prof enfin il restera tant que les médailles suivront…:)

Léo Tamaki 09/01/2009 04:56



Malheureux oui...

Amicalement,

Léo