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Pratiqué dans le monde entier, l'Aïkido fait aujourd'hui partie du patrimoine culturel de l'Humanité. Evoluant comme toute pratique vivante, il voit son mode de transmission s'adapter aux mœurs de l'époque et des pays où il se développe. Mais ne perd-il pas dans ce processus une partie essentielle de sa richesse?


Bien que né au vingtième siècle, l'Aïkido est une discipline à l'esprit traditionnel puisant ses racines dans l'époque féodale japonaise. Son fondateur, Ueshiba Moriheï, vécut et enseigna selon les valeurs et coutumes ancestrales du Japon.


Ueshiba Moriheï


Aujourd'hui l'Aïkido fait face à la modernisation de sa transmission. Il est évident qu'il doit être enseigné le plus efficacement possible et il devrait être naturel de se réjouir de voir les pédagogies les plus récentes employées dans ce sens. Grâce aux méthodes issues de l'éducation nationale et du monde sportif on serait en droit d'espérer qu'il soit enseigné de manière plus efficace, permettant d'arriver à un haut niveau en quelques années comme dans les sports. Mais c'est là omettre plusieurs points fondamentaux qui me semblent rendre l'équation impossible.


Les spécificités de la transmission traditionnelle au niveau technique…
L'Aïkido est une voie martiale. Si son but est la réalisation de l'homme, il s'appuie sur une pratique issue des techniques guerrières des bushi. Des techniques qui permettaient d'affronter avec succès des adversaires en toutes circonstances, dans lesquelles l'adaptation et une utilisation spécifique du corps revêtaient une importance fondamentale.

L'adaptation d'abord, demande un travail totalement opposé à la spécialisation dans laquelle s'enferment les sportifs perfectionnant un nombre limité de mouvements, protégés par les règles de leur discipline.
La modification de l'utilisation du corps ensuite, qui permettait de réaliser des prouesses qui paraissaient surhumaines au commun des mortels, était née de la nécessité de faire face régulièrement à des situations de vie ou de mort.

L'apparente simplicité et la spontanéité des gestes des budokas cachait une exécution extrêmement complexe impossible à réaliser consciemment car nécessitant l'utilisation simultanée de manière différente de toutes les parties du corps. L'apprentissage de tels mouvements ne pouvant se faire sur le mode analytique, la transmission traditionnelle développa un enseignement direct basé sur la sensation et court-circuitant l'intellect.
Pour cela le contact direct et régulier avec le maître était non seulement utile mais indispensable. Si l'enseignement pouvait avoir comme intermédiaire un ancien, seul le maître était la référence de la forme qui contenait la richesse de l'école. Il "était" l'art enseigné. Le voir, pratiquer avec lui, recevoir les enseignements cachés, permettait d'effectuer un geste d'aspect anodin semblable à celui de quiconque, mais de nature fondamentalement différente par l'action subtile des multiples parties du corps.


Ueshiba Moriheï et Shimizu Kenji sous le regard de Ueshiba Kisshomaru


… et humain
Par ailleurs le facteur humain reste au cœur de la transmission. Si l'Aïkido est aujourd'hui une pratique ouverte, ses plus grands maîtres sont les élèves directs du fondateur. Ils étudièrent à ses côtés et reçurent une transmission dans la tradition japonaise la plus classique, d'âme à âme, i shin den shin.
Il est aussi important de comprendre le ressort des interactions humaines. Au Japon un individu n'est JAMAIS l'égal d'un autre. L'âge, la compétence, la position sociale, l'ancienneté, chaque détail permet de se positionner par rapport aux autres. En ce sens c'est un monde à l'opposé de la conception occidentale, et en particulier française de la société qui repose sur des valeurs telles que l'égalité. Les maîtres d'aujourd'hui, disciples d'hier, vécurent une relation où ils durent s'oublier totalement afin de recevoir la transmission. Une attitude incompréhensible selon les critères contemporains occidentaux.
L'attention dont devait faire preuve un uchi-deshi impliquait le fait qu'il soit capable de répondre et même devancer les besoins et les attentes de son maître. Tâches extrêmement difficiles mais formatrices car pour les réaliser le disciple devait "devenir" le maître. En le comprenant il l'intégrait à lui-même, recevant sans s'en rendre compte un enseignement moral, physique et spirituel.
L'Aïkido nécessite la maîtrise de son ego. Sa dissolution (temporaire?) pendant les années de formation induit des changements concrets dans la pratique qui sont partie intégrante de son efficacité en tant que technique martiale, mais surtout en tant que voie de développement humain.

Sans préjuger de la valeur de tel ou tel fonctionnement de société, c'est un fait établi que ceux qui reçurent un enseignement profond ne purent le faire qu'en acceptant le système traditionnel japonais. Il s'agit d'un élément fondamental dont la disparition modifierait la nature même de la discipline car l'esprit de ses adeptes en serait profondément changé.


Ueshiba Moriheï entouré d'élèves et uchi-deshi. 2nd en partant de la gauche, Shimizu Kenji, 3ème, Saotome Mitsugi, 4ème Kanai Mitsunari, 5ème Toheï Akira


Le Dojo, véhicule de la transmission traditionnelle
L'Occident, et la France en particulier, ont accueilli avec succès quelques authentiques dojos d'arts martiaux ou de Bouddhisme zen. Ils sont le véhicule indispensable de la transmission traditionnelle qui permet de dépasser l'aspect superficiel d'une simple activité physique dont l'appauvrissement spirituel va de pair avec la perte de la richesse technique, pour ouvrir les portes à la poursuite d'une véritable Voie martiale.
Le dojo Shumeïkan concrétise ainsi la volonté de maître Tamura de diffuser un enseignement authentique préservant une tradition vivante.


Ueshiba Moriheï et Tamura Nobuyoshi


Article publié dans le numéro 1 de la revue Shumeïkan.



Par Léo Tamaki - Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Dimanche 16 août 2009 7 16 /08 /Août /2009 15:47
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