Budo no Nayami

Aïkikaï Hombu Dojo

11 Avril 2007 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Avril 2007

Cela fait plusieurs années que je ne pratique plus très régulièrement à l'Aïkikaï.

Les premières années que j'ai passées à Tokyo sont celles où j'y ai passé le plus de temps et j'en garde de très bons souvenirs. A l'époque, il y a presque dix ans de cela, mon frère Isseï, mon ami Asobu Matsushita et moi-même travaillions ensemble aux "Bacchanales", un café restaurant. Nous allions le matin au cours du Doshu de 6h30 à 7h30 puis nous nous entraînions ensemble pendant une demi-heure avant d'aller travailler. Le soir nous retournions souvent au Dojo.
Je dois dire que nous nous attaquions aussi régulièrement pendant le service et cela a donné lieu à quelques accidents car il n'est pas toujours évident de faire face à une attaque avec un plateau chargé de boissons à la main...


Fin de cours à l'Aïkikaï


Les récentes fois où je suis allé à l'Aïkikaï j'ai été assez surpris du changement d'ambiance. Cela n'est pas vraiment dû aux enseignants. Du moins pas directement. Ils ne sont responsables que de laisser-faire...
A l'époque les élèves étrangers représentaient entre 0 à 15% des effectifs selon les cours. Aujourd'hui leur nombre varie ente 10 et 60%. Leur origine est aussi beaucoup plus variée que dans le passé. Auparavant les français et les anglo-saxons représentaient la majorité des élèves. C'est encore le cas aujourd'hui mais il y a de plus en plus de pratiquants des pays de l'est, du reste de l'Europe ainsi que d'Amérique du sud. Seuls l'Asie et l'Afrique sont très peu représentés.

Depuis mes premiers pas à l'Aïkikaï de nombreux "géants" tel Arikawa senseï ont disparu ou n'enseignent plus à l'Aïkikaï tel Tada senseï. Mais il reste évidemment quelques enseignants intéressants.
Ce qui a changé c'est la pratique des élèves. Venant d'origines très diverses ils ont eu des enseignements très "variés". Et malheureusement cela se sent "trop".
Il est évident que chacun étant différent et ayant un passé, nous avons tous une manière de pratiquer qui nous est propre dans une certaine mesure. Mais lorsque l'on suit un cours il est nécessaire d'essayer de travailler à la "manière" de l'enseignant. Le contraire est un grave manque de respect.

Le problème est déja récurrent en stages en France mais il atteint aujourd'hui des proportions vraiment pénibles à l'Aïkikaï...
Et les instructeurs oscillant entre le dédain et le complexe de ne pouvoir s'exprimer correctement laissent malheureusement faire.

J'ai très vite vu lorsque je suis arrivé à l'Aïkikaï que le pratique de tel maître me convenait tandis que celle de tel autre ne m'intéressait pas vraiment. Ainsi j'ai sélectionné les cours auquels je participais en fonction de mes goûts et lorsque je me trouvais dans un cours où l'on travaillait différemment j'ai toujours fait mon possible pour m'adapter.
Le problème des élèves étrangers aujourd'hui est que beaucoup ne cherchent pas à travailler dans le sens qu'indique l'enseignant. De plus le niveau est très très hétéroclyte. Certains ont une pratique excellente tandis que d'autres pratiquent avec des formes... qui ne ressemblent à rien!

Pour finir il y a un côté petit samouraï bagarreur très pénible. Je ne suis absolument pas contre le contact. Mais les pratiquants qui veulent s'affronter devraient plutôt chercher une discipline de contact.
Lorsque nous en avons ressenti le besoin avec Isseï nous sommes allés pratiquer le Karaté Kyokushinkaï en parrallèle au Hombu Dojo d'Ikebukuro. Cela nous permettait de nous défouler et de pratiquer paisiblement à l'Aïkikaï.


Aïkido par Osenseï


Lors du dernier cours où j'ai pratiqué j'ai eu droit à un florilège extrardinaire! Quatre partenaires, chacun emblématique d'une catégorie de pratiquants.
Le premier est un pratiquant asiatique du nom de Tan. Souple et très sympathique je pris plaisir à pratiquer avec lui.
Le second était un immense anglo-saxon chauve avec... des lunettes de ski. Une attitude étrange mais une pratique correcte et étrangement sans utilisation excessive de force.
Le troisième était un latin très trapu à la pratique extrèmement violente et brutale. Pratiquer avec lui fut très pénible. Non parce qu'il me faisait mal car sa pratique était si lente qu'annuler toutes ses techniques était un jeu d'enfant, mais parce que son attitude agressive était insupportable et me ramenait des années en arrière. Je dois dire que la tentation fut forte de le planter comme je prenais plaisir à le faire autrefois lorsque je tombais sur ce genre de pratiquants.
Mon quatrième partenaire était une femme venant d'Europe de l'est. Russe je crois. Nous travaillions sur ryote dori. Lorsque son tour vint de m'attaquer elle saisit mes poignets de toutes ses forces en essayant de me faire reculer. C'est peu dire que je fus surpris par son attitude... Ensuite elle tenta plusieurs fois de bloquer ma technique. Finalement elle se jeta sur moi en grognant littéralement! Et je jurerai presque avoir vu de la bave au coin de ses lèvres!

Inutile de dire que je fus soulagé lorsque le cours se termina.

Durant toute l'heure l'enseigant ne corrigea pas une seule fois l'attitude des élèves au comportement incorrect bien qu'il l'ai remarquée. Cela est compréhensible dans la mesure ou au Japon c'est souvent le rôle des sempaïs de remettre les "originaux" à leur place.
Malheureusement il y a peu de sempaïs aujourd'hui car les japonais dans leur majorité, notamment les jeunes, ne sont plus attirés par les arts martiaux traditionnels.


Aïkikaï, riches japonais et étranges étrangers...


J'ai quitté le Dojo très triste ce jour-là et plus qu'inquiet pour l'avenir de son enseignement. C'est d'autant plus inquiétant que ce sont ces pratiquants qui repartiront dans leurs pays pour devenir instructeurs. Je comprends mieux aujourd'hui d'où viennent les disciplines telles que le Real Aïkido.

Et ce fut d'autant plus pénible que j'étais en train de mettre la dernière main à un article sur l'Aïkikaï pour le magazine Dragon.

C'est évidemment dans ce genre de situation que l'enseignement fermé de Kuroda senseï prend tout son sens...


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Romu 25/01/2014 22:34


Bonsoir Léo!


 


Etant toujours parvenu à rester simple lecteur de tes billets, je ne peux ici m'empêcher d'intervenir en constatant à quel point je suis en phase avec le contenu de cet article. C'est édifiant,
je croirais y lire mes propres mots.


Effectivement cela fait sourire lorsque l'on y repense, mais sur les tatamis c'est à chaque fois le même sentiment qui m'envahis: déception, et les mêmes mots de compassion: dommage, inutile...


Au plaisir de te voir demain à Lisses!

Léo Tamaki 27/01/2014 09:57



Bonjour Romu,


 


Merci pour ton commentaire. Ca m'a fait plaisir de faire ta connaissance hier ;-)


 


Bonne pratique!


 


Léo



Yanick 25/04/2011 00:16



Bonsoir Leo, et bonne Pâques à toi!


Je me suis toujours demandé d'où venait ce "real" aikido.... maintenant je sais.


(et oui, ça m'arrive de lire de vieux articles....)


A la prochaine.


Yanick



Léo Tamaki 25/04/2011 00:38



Quatre ans déjà... en relisant le post j'ai souri et je me suis rappelé l'incident comme si c'était hier... J'en souris maintenant mais sur le moment j'avais vraiment été triste de voir ça.
J'espère, sans trop y croire, que la situation s'est améliorée.


 


A la prochaine ;-)


 


Léo