Budo no Nayami

Isseï Tamaki

25 Juillet 2007 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Juillet 2007

Voici le dernier article sur les ukes de notre dernier DVD.

Isseï est un des meilleurs uke que je connaisse. Sa souplesse est telle qu'il peut encaisser virtuellement toutes les techniques quelles que soient la vitesse et la puissance avec laquelle elles sont portées. En pratique cela lui permet tout simplement de rendre toutes les techniques inefficaces...


Rendre les techniques inefficaces


Beaucoup de ukes font des chutes spectaculaires, hautes ou rapides. Mais la plupart s'appuient sur leurs qualités physiques. Pire, ils compensent généralement leurs lacunes avec elles. Ils rattrapent leur retard dans le mouvement dû à un manque de sensibilité par une accélération, leur manque de légèreté par des sauts...


Une légèreté fantastique


Isseï est un excellent uke grâce à sa souplesse exceptionnelle. Elle est bien sûr physique, mais aussi, et c'est beaucoup plus rare et difficile, technique.
Si il réussit à conserver ces souplesses en y ajoutant un centrage il deviendra alors, et de loin, le meilleur uke que je connaisse.


Sankyo


Lors de ce tournage nous avons présenté les techniques contre chudan tsuki, coup de poing niveau moyen. La technique que nous redoutions le plus était Irimi nage omote où le uke reçoit de plein fouet le bras du tori dans la gorge.

Comme toujours Suga senseï exigeait des attaques portées à vitesse et puissance maximales. La contrepartie d'un tel engagement est évidemment que l'on reçoit la technique de plein fouet.


Nikkyo ura, immobilisation


Comme pour la plupart des techniques les plus dangereuses (et come sur les précédents DVD), c'est Isseï qui a été choisi.

Il a attaqué au moins une demi-douzaine de fois avec un engagement total, sans sourciller. Cueilli en plein vol il se retrouvait projeté avec une puissance effrayante. Et il se relevait à chaque fois avec le sourire, disponible et prêt à refaire une nouvelle prise.


Irimi nage omote


Ce n'est pas qu'il ne sentait rien. Il est excellent uke mais cela ne pouvait pas lui permettre plus que de réduire les dégâts au minimum. Brahim et moi étions réellement impressionnés par son attitude.
Bien sûr nous aurions chuté aussi à sa place. Mais nous aurions fait le maximum pour nous arrêter après la première prise! Par sa disponibilité Isseï a fait preuve de son courage et de sa générosité exemplaires.




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Molad 28/08/2010 16:49



Bonjour Léo,


La lecture de cet article sur Isseï m'amène à vous poser la question suivante: à votre avis, quelle est la différence entre un travail en puissance et un travail en force?


Merci de votre réponse, si vous en avez le temps bien sûr.



Léo Tamaki 02/09/2010 17:00



Bonjour Molad,


 


La puissance est le produit de la force et de la vitesse. Dans les arts martiaux lorsque le terme de force est utilisé c'est souvent avec ue connotation péjorative et on sous-entend aussi
généralement l'idée d'immobilité de quelque chose de dur, de statique. Cela varie toutefois selon les personnes qui s'expriment.


 


En ce sens si le travail en puissance donc en mouvement me paraît intéressant, celui en force ma paraît inutile sauf rares exceptions. En revanche de nombreux exercices immobiles ou statiques
sont extrèmement riches...


 


Merci pour la lecture,


 


Léo


 



Cédric 09/08/2009 18:31

Bonjour Léo,
J’y vais de ma petite anecdote. J’ai rencontré Me Toshiro Suga en mars 96. A l’époque c’était mon 1er stage, j’étais un novice avec 6-7 mois de pratique. Mais ce stage m’a profondément marqué. Me Toshiro Suga a fait Tori Fune, il nous a expliqué la symbolique bateau-oiseau et le hisse-ho du rameur. J’ai le souvenir que le dojo tremblait lors qu’il a effectué le mouvement. Ensuite il nous a montré l’importance de bien faire les mouvements pour s’échauffer les poignets et nous a montré comment saisir correctement et comment exercer les torsions à appliquer sur ikkyo, nikkyo, sankyo, kote gaeshi. Il est passé dans les rangs pour nous corriger. Il m’a saisi la main et m’a fait sankyo. Une douleur horrible m’a traversé le bras, et m’a littéralement immobilisé sur place, j’étais sur la pointe des pieds incapable de bouger au bord de l’évanouissement, dans un équilibre précaire où tout mouvement d’oscillation de mon corps rendait sankyo encore plus atroce, au final je me disais que là où j’étais, j’étais bien, 1 mm à droite ou à gauche, c’était bien pire. Lors de son cours, il a montré comment esquiver une attaque, dans le sens où Uke doit croire jusqu’au dernier instant qu’il va atteindre son but avant de subir la technique. Il a également montré un kata à main nu. Son déplacement était ahurissant. Ces pieds glissés sur le tapis puis me donnaient l’impression d’avoir pris racine puis de glisser librement à nouveau. Il s’en dégageait une sensation de puissance et de stabilité impressionnante.
Des techniques de Me Toshiro Suga, se dégagent une puissance et une efficacité que je te trouve effrayante. Bref, tout cela pour en venir au fait, que Uke doit faire preuve d’une très grande concentration, sensibilité et réactivé afin de pouvoir subir la technique et d’autant plus quand c’est Me Toshiro Suga en face. Les « éloges » d’Isseï sont parfaitement justifiés, car un grand maître ne peut pas s’exprimer si son Uke n’est pas à la « hauteur ».
Cordialement Cédric

Léo Tamaki 13/08/2009 06:37



Bonjour Cédric,

Effectivement Suga senseï a un kiaï extrèmement puissant. Lorsqu'il le pousse en face de vous cela fait vibrer la cage thoracique. C'est un des plus puissants que j'ai entendus.

Ah les assouplissements du poignet. J'ai vu des gens verser des larmes mais sans jamais être blessé car Suga senseï vous assouplit progressivement. Mais c'est très intense...

Effectivement afin qu'un maître puisse s'exprimer librement il faut qu'il ait confiance dans la capacité de son uke à subir sa technique sans être blessé. Ce qui est rare.

Cordialement,

Léo



Laurent 30/07/2007 15:22

Très bel hommage. Bien mérité d'autant que Isseï est d'une humilité dans la pratique qui force le respect et ce en plus de sa générosité et de sa patience.
C'est en plus un pédagogue que l'on apprend à apprécier, qui se montre tolérant et attentif.
Amicalement,
Laurent