Budo no Nayami

Entretien avec Akuzawa senseï (9): Reïshiki, importance de l'étiquette

30 Novembre 2009 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Entretiens

Le Reïshiki est-il important?
C'est fondamental. Malheureusement c'est une chose à laquelle je n'avais pas porté beaucoup d'attention dans le passé.
Il y a une vingtaine d'années mon maître m'avait enseigné un point essentiel, toujours préserver l'étiquette, quelles que soient les circonstances. Cette importance est sans doute un trait particulier de la culture japonaise liée aux traditions des samouraïs.

Sans doute est-ce ma faute mais par le passé j'ai accepté des attitudes trop familières de certains élèves. Le respect et même l'amitié se manifestent par une certaine étiquette qui n'est pas forcément rigide ou compassée. Le respect de cette étiquette est l'expression d'un état d'esprit. Tout comme son absence.

Actuellement il y a beaucoup d'étrangers parmi mes élèves au Japon et j'enseigne régulièrement aux Etats-Unis et en Europe. Beaucoup se méprennent sur la nature du Reïshiki et c'est probablement de la faute de personnes comme moi! (rires)
Un élève avancé me disait que la culture d'untel était différente et que l'on n'y pouvait rien. Mais que l'on soit de culture anglo-saxonne, latine ou japonaise, il y a des gens corrects et incorrects partout. Si l'état d'esprit et le désir sont là, la compréhension des particularités culturelles est possible.

Aujourd'hui le Reïshiki est souvent considéré comme un rituel figé et anachronique. Certains élèves se plient en quatre et répètent "senseï, senseï" tout en parlant dans l'ombre. C'est l'opposé du Reïshiki où la forme ne vient qu'ordonner le sentiment.
Lorsqu'on pratique le Bujutsu le corps devient sensible au mouvement mais aussi à l'esprit. Il me suffit de toucher quelqu'un pour sentir son état d'esprit. On doit être capable de ressentir la façon de penser de quelqu'un au premier contact, puis simplement en le voyant bouger. Cela aussi est le Bujutsu.

Récemment j'ai eu quarante-trois ans et j'ai ressenti de façon aigue le fait qu'il fallait préserver l'étiquette. "Toujours préserver l'étiquette, quelles que soient les circonstances."
Beaucoup de mes sempaïs ont remarqué l'importance que j'ai accordé à ce point récemment et m'ont fait part de leur joie.




"Malheureusement c'est une chose à laquelle je n'avais pas porté beaucoup d'attention dans le passé."

Akuzawa senseï a commencé à enseigner jeune, dans un pays où il est rare qu'une personne de moins de quarante ans se le permette. Cela explique sans doute que, vivant de façon naturelle une étiquette qui lui semblait aller de soi, il a probablement estimé qu'il s'agissait aussi d'un acquis pour ses élèves. Il existe malheureusement un fossé culturel et générationnel qui fait que ce n'était probablement pas le cas de ses élèves étrangers mais aussi de ses plus jeunes élèves japonais, sauf exception.

"Si l'état d'esprit et le désir sont là, la compréhension des particularités culturelles est possible."

L'étiquette japonaise est sans aucun doute l'une des plus subtiles qui persiste dans le monde actuel. Armé de bonne volonté il me semble toutefois qu'il est assez simple d'en apprendre les fondamentaux. Loin des rituels sophistiqués qui sont préservés dans les koryus, la pratique des Budos ne demande de respecter que certains éléments essentiels. Quelques éléments dont l'absence fait en revanche une différence phénoménale…




"Aujourd'hui le Reïshiki est souvent considéré comme un rituel figé et anachronique. Certains élèves se plient en quatre et répètent "senseï, senseï" tout en parlant dans l'ombre. C'est l'opposé du Reïshiki où la forme ne vient qu'ordonner le sentiment."

Il est évident que les conceptions martiales sont le reflet d'un état d'esprit. Mais il s'agit d'un lien à double sens et les conceptions martiales marquent aussi l'état d'esprit. Cela m'a frappé de constater qu'en changeant quelques mots Akuzawa senseï aurait pu s'exprimer sur la pratique en regrettant qu'elle ne soit devenue un rituel figé et anachronique où la forme prenait le pas sur le fond… A l'opposé de sa recherche.

Le geste sans l'intention n'est rien

Le salut a toujours été pour moi un instant privilégié. Quelle que soit sa virtuosité technique je n'ai jamais eu la moindre envie de côtoyer un maître qui l'effectuait de façon mécanique, sans cœur. Dans la pratique martiale comme dans la vie de tous les jours je considère que le geste sans l'intention n'est rien, un réflexe animal, presque un accident.
Lorsque l'on salue une personne ou un symbole, kamiza, portrait du fondateur, katana, etc… il est essentiel de le faire avec le cœur. Mieux vaut à la limite ne pas le faire que l'exécuter de façon vide et mécanique, presque hypocrite.




"Lorsqu'on pratique le Bujutsu le corps devient sensible au mouvement mais aussi à l'esprit. Il me suffit de toucher quelqu'un pour sentir son état d'esprit. On doit être capable de ressentir la façon de penser de quelqu'un au premier contact, puis simplement en le voyant bouger. Cela aussi est le Bujutsu."
Akuzawa senseï aborde ici un point essentiel de la pratique martiale. L'élément qui fait que l'on dit souvent qu'il suffit à un maître de nous voir saluer pour nous évaluer. Un point fondamental dans une pratique qui à l'origine devait permettre à ses adeptes de ne pas franchir la mince frontière séparant la vie de la mort dans des combats où l'évaluation de son adversaire devait être instantanée…


"Toujours préserver l'étiquette, quelles que soient les circonstances."




Akuzawa senseï donnera un stage du 10 au 13 décembre à Paris et débutera pour la première fois la formation d'instructeurs de l'Aunkaï.


Photos Pierre Sivisay et Jean-Baptiste Rosello.



Note: Ces entretiens font partie d'une nouvelle série enregistrée. Il est possible que des erreurs se soient glissées dans mes retranscriptions mais j'ai pensé que l'intérêt des réponses dépassait le risque de mes fautes. Je prie les lecteurs de considérer ces entretiens comme des conversations rapportées qui pourront nourrir des réflexions et non comme paroles d'évangiles.


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Oliv 03/12/2009 13:57



Pour ma part je suis très sensible à Reïshiki au dojo


 


En France beaucoup de gens ont du mal avec ce principe, le cote Rebel de notre pays peut être….


 


Au Japon cette question ne se pose pas, mais c’est aussi un point de vue Culturel


 


On traduit souvent le mot Sensei en maître, cela gène souvent les gens qui voient dans ce mot une filiation à une soi disant servitude


 


Déjà la sémantique n’est pas correcte, après je ne vois pas le mal à essayer de respecter les principes de notre Art.


 


Souvent, les gens trouvent ces notions superficielles dans une pratique….


 


Mais ne pas oublier le fait que nous sommes étudiants, n’est il pas la meilleure façon de toujours ce remettre en question et d’oublier son Ego


 


Dans le but d’évoluer sans se complaire dans un sentiment de supériorité souvent fantasmé de savoir ce qui est bon ou mauvais dans sa pratique ?


 


L’étudiant vient pour apprendre, cela ne retire en rien a son libre arbitre mais pendant le temps de son apprentissage, le Sensei, ainsi que les Sempai sont la pour nous guider dans notre
évolution et notre compréhension de l’Aïkido.


 


Apres certain me diront, je ne suis pas d’accord avec l’enseignement du Sensei, à ça je reponderai à ce moment va trouver un autre professeur


 


Venir au Dojo, pour moi c’est recevoir et donc aussi donner en retour




Léo Tamaki 03/12/2009 23:47



Bonsoir Oliv,

Je suis heureux que tu sois sensible au Reïshiki. Cela dit si la France n'est pas parfaite sur ce point il me semble tout de même qu'elle est un des pays où l'étiquette est la plus respectée.
En revanche tu as raison, les choses faisant partie de la culture au Japon elles sont vécues plus naturellement.

Effectivement le mot maître traduit imparfaitement le sens de senseï. Cela dit je n'en ai pas trouvé de meilleur que mes prédecesseurs.

Léo