Publié par Léo Tamaki

La plupart des pratiquants d'Aïkido savent aujourd'hui que leur discipline est en grande partie issue du Daïto ryu. Certains connaissent aussi le nom de Takeda Sokaku, maître du fondateur Ueshiba Moriheï. Bien plus rares sont ceux qui ont entendu parler de son premier successeur, Sagawa Yukiyoshi. Portrait de l'un des plus grands maîtres d'arts martiaux du vingtième siècle.

 

 

Sagawa Yukiyoshi 04

  Sagawa Yukiyoshi

 

 

Intéressé par l'histoire et les origines de l'Aïkido j'ai rapidement découvert l'influence majeure du Daïto ryu sur la discipline que je pratiquais. Les années passant et grâce au travail de chercheurs tels que Stanley Pranin je me suis familiarisé avec les grandes figures de cette discipline. De Takeda Sokaku qui fut le fondateur de l'école (ou celui qui la fit renaître, les avis divergent), à Katsuyuki Kondo, son représentant actuel le plus médiatisé, en passant par les géants du ryu, Sagawa Yukiyoshi, Takeda Tokimune, Hisa Takuma ou Horikawa Kodo.
Parmi eux Sagawa Yukiyoshi fut au premier abord l'un de ceux qui m'intéressa le moins. Ses paroles étaient dures, très critiques, et les photos le montrant en action me semblaient irréalistes. J'étais simplement trop jeune et naïf. J'avais encore à l'esprit l'image du maître sage et posé que véhiculent les films et bandes dessinées et ne pouvait imaginer que l'on puisse maîtriser ou projeter quelqu'un avec un infime contact ou même sans le toucher. Le jugeant je ne faisais que démontrer l'étendue de mon ignorance…
Par chance j'ai continué à pratiquer et m'intéresser aux origines de l'Aïkido. C'est ainsi que je suis tombé lors de sa sortie sur le second livre de Kimura Tatsuo, le principal disciple de maître Sagawa. Ayant accumulé un peu d'expérience et déchiré quelques voiles d'illusions j'ai plongé avec passion dans cet ouvrage, enchainant immédiatement la lecture de celui qui l'avait précédé pour découvrir un adepte exceptionnel.

Rencontre précoce avec Takeda Sokaku
Sagawa Yukiyoshi était le fils aîné d'un riche commerçant de Hokkaïdo, l'île la plus septentrionale du Japon. C'est vers l'âge de dix ans qu'il rencontra pour la première fois celui qui allait être son seul et unique maître, Takeda Sokaku.
Takeda senseï est un protagoniste clé de l'histoire des arts martiaux. Il est à l'origine ou influença directement ou indirectement des écoles telles que le Daïto ryu, l'Aïkido, le Hakko ryu, le Shorinji Kempo, l'Aïkibudo, le Yanagi ryu, le Yoseïkan Budo ou le Hapkido. Combattant redoutable issu du fief d'Aïzu il vécut pourtant dans une relative obscurité, ne connaissant réellement la célébrité que longtemps après sa mort grâce à la popularité de l'art créé par un de ses élèves, l'Aïkido. Il passa une grande partie de sa vie à Hokkaïdo où il rencontra ses plus fameux élèves à l'exception notable de Hisa Takuma.
Personnage iconoclaste, Takeda Sokaku ne se départira jamais d'une suspicion maladive. Adepte du plus haut niveau il se révèlera un enseignant méfiant, cachant le secret de son efficacité et ne répétant jamais deux fois la même technique.
Maître Takeda allait de ville en ville, démontrant ses incroyables aptitudes afin de trouver élèves et sponsors. Il donnait alors des séminaires d'une dizaine de jours durant lesquels il logeait généralement chez ses disciples. Sagawa Nenokichi fut l'un de ses élèves et mécènes et c'est ainsi que son fils Yukiyoshi fit sa connaissance. Il semble que très vite Takeda se prit d'affection pour le jeune garçon de cette maison où il était reçu avec les honneurs. Sagawa senseï raconte notamment comment vers dix ans, rassuré par son âge, maître Takeda pratiquait le sabre avec lui et se laissa à lui enseigner le secret de l'école de sabre Jiki Shinkage ryu. Un savoir qu'il n'oublierait en réalité jamais…
Sagawa senseï explique qu'il comprit l'Aïki, le cœur du Daïto ryu à l'âge de dix-sept ans. Il passera dès lors le reste de sa vie à approfondir ce savoir mystérieux.

 

 

Takeda Sokaku 01

Takeda Sokaku

 


Successeur de Takeda senseï
L'enseignement de maître Takeda était extrêmement coûteux et Sagawa senseï raconte ainsi qu' "Il faisait payer 10 yens par semaine alors que les premiers salaires étaient de 8 yens par mois. Il était impossible d'étudier avec lui si vous n'aviez pas d'argent. Quand ma famille l'invitait chez nous nous gardions le bain chaud du matin au soir afin qu'il puisse se baigner quand il le désirait. Nous lui servions trois repas par jour et l'emmenions à l'occasion dans de bons restaurants. En plus de tout cela nous le payions 500 yens par mois. C'était plus que le salaire du gouverneur d'Hokkaïdo de l'époque. Il ne vous enseignait pas à moins que vous ne puissiez vous permettre de payer ce genre d'honoraires." Mais Sagawa Yukiyoshi eut la chance d'avoir un père riche et passionné qui lui permit de poursuivre l'étude du Daïto ryu.
Peu à peu il commença à assister maître Takeda en l'accompagnant dans ses tournées avant d'enseigner à son tour. A sa mort il acceptera de prendre sa succession à la demande de ses deux fils. Il remettra toutefois les rênes de l'école à Takeda Tokimune deux ans plus tard.
La régularité et l'intensité de la pratique de Sagawa senseï sont légendaires. Ne se contentant jamais de ce qu'il avait atteint il continuera ses recherches jusqu'à ses derniers instants, affinant et raffinant l'Aïki qu'il avait découvert auprès de Takeda senseï dans sa jeunesse.

L'inspiration d'un maître sans complaisance
Je n'ai pas pour habitude d'écrire sur les maitres dont je n'ai pu sentir ou au moins voir la technique. Ainsi il est très rare que je parle des maîtres du passé. Il est pourtant des géants dont la réalisation laisse une trace qui inspire les pratiquants. Sagawa senseï est de ceux-là. Ses paroles rapportées par Kimura senseï que je trouvais trop dures, critiques et même impertinentes m'apparaissent aujourd'hui dans leur grandeur. Elles sont l'héritage d'un grand adepte de l'Histoire des arts martiaux. Comme toutes paroles essentielles elles se dévoileront sans aucun doute sous un jour nouveau si je continue à progresser. En voici quelques unes classées par thème et accompagnées de quelques réflexions.

 


Aïki

 

L'Aïki est un principe souvent évoqué dans les traditions martiales japonaises. Pourtant il n'est pas deux maîtres qui en donnent la même définition et peu sont capables d'en faire une démonstration convaincante. L'Aïki était au cœur des recherches de Sagawa senseï et il fait indéniablement partie de ceux qui surent le faire vivre.
L'Aïki est un principe supérieur. LE principe majeur Daïto ryu. Il semble impossible à décrire et expliquer par le verbe même par ceux qui l'ont senti ou même maîtrisé mais les paroles de maître Sagawa permettent d'affiner la recherche en précisant ce qu'il n'est pas...

"Ce n'est pas la force physique."
Si ce point semble évident et est souvent utilisé par les pratiquants pour décrire leur pratique, les actions sont malheureusement rarement en accord avec les paroles. Le tanren, la forge du corps par des exercices était au cœur de l'entraînement personnel de Sagawa senseï. Mais il semble clair qu'il ne s'agissait pas simplement de renforcement musculaire et/ou d'assouplissement mais d'exercices permettant de modifier le corps en profondeur.

"Le kuzushi, déséquilibrer l'adversaire, est une partie de l'Aïki, mais ce n'est pas la totalité."
Le déséquilibre est un point recherché par la majorité des arts martiaux. Un être humain perdant l'équilibre cherche à le rétablir de façon réflexe. Ce faisant il est vulnérable et ne peut réaliser d'autres actions efficacement. Il est à noter que Sagawa senseï insiste sur le fait qu'il ne s'agit là que d'une partie de l'Aïki.

 

 

Sagawa Yukiyoshi 02

L'Aïki de Sagawa senseï

 

 

"Vous pouvez instantanément effacer la puissance de votre adversaire."
Si le kuzushi est un principe connu dans le monde des arts martiaux, la capacité à effacer la puissance de l'adversaire est extrêmement rare. Il semble d'après les témoignages qu'elle soit sinon l'essence du moins une partie essentielle de l'Aïki. Une personne subissant simultanément le kuzushi et l'effacement de sa puissance sera alors à la merci de son adversaire, la synergie de ces deux principes en multipliant les effets.

"Si vous n'apprenez pas à neutraliser la force adverse, alors toute différence en puissance physique signifie que le faible sera toujours vaincu."

"L'Aïki est une technique. Etant une technique, vous pouvez vous améliorer à mesure que vous prenez de l'âge."
C'est un point très important à comprendre car l'imagination aidant on peut aisément penser qu'il s'agit d'une capacité physique inconnue qui pourrait être développée telle la force musculaire.

"Comme personne ne peut réaliser une telle chose cela deviendra probablement une légende et personne ne croira que ce soit possible."
Il n'existe à ma connaissance aucun film de Sagawa senseï. Et s'il en existe je comprends que leurs propriétaires ne veuillent les partager. J'ai appris par l'expérience que le plus haut niveau de pratique est tout simplement littéralement incroyable. J'ai subi des techniques dont le récit est inutile car seule l'expérience permet d'en saisir la réalité. A l'inverse j'ai malheureusement rencontré des personnes se targuant de maîtriser l'Aïki dont le travail me laissa au mieux dubitatif…

"Je déséquilibre avec un principe totalement différent de ce qui est généralement connu, comme tirer, pousser et tourner. Il n'y a rien que vous puissiez voir dans la forme extérieure."
Aujourd'hui chacun veut analyser, savoir avant de sentir, travailler. Mais comment comprendre quelque chose que l'on n'a pas expérimenté et que l'on ne peut voir?

"L'Aïki a probablement l'air mystique parce qu'il transcende complètement le sens commun."
J'ai l'intime conviction que la réaction de la très large majorité des pratiquants qui verraient Sagawa senseï en vidéo croiraient à une mise en scène. Je crois qu'il est indispensable d'aller expérimenter par soi-même lorsqu'on est incrédules. Les déceptions seront généralement au rendez-vous mais une seule découverte est un trésor sans prix.

"Le véritable Aïki projette une personne lentement et tranquillement. Ainsi il est possible d'immobiliser son partenaire. Les projections bruyantes et spectaculaires sont uniquement pour impressionner les gens de l'extérieur."
Sans aucun doute un point supplémentaire qui va à l'encontre des conceptions et croyances de la plupart des pratiquants.

"L'Aïki est essentiellement offensif. Une défense pourra invariablement être passée."
Le Daïto ryu forme la base principale de l'Aïkido. S'il est difficile de savoir à quel point les formes ont été modifiées, l'affirmation de Sagawa senseï contredit le discours consistant à présenter l'Aïkido comme une technique de défense autrement que dans l'intention. Je crois que c'est une phrase qui devrait amener les Aïkidokas à envisager leur pratique sous un autre angle.

"Généralement les gens pensent que les niveaux des pratiquants d'arts martiaux sont très variables. Mais à mes yeux leur bujutsu est quasiment le même. Il n'y a pas de réelle différence entre le maître et les élèves. Dans mon cas la cause du fossé entre les étudiants et moi est que j'ai l'Aïki. Il y a une différence monumentale entre avoir et ne pas avoir l'Aïki."
La pensée de maître Sagawa rejoint ici celle de Kono senseï lorsqu'il dit:
"Dans le passé une différence d'un niveau d'enseignement dans les mokurokus marquait un changement majeur. L'enseignement amenait l'adepte à modifier en profondeur l'utilisation de son corps."

 

 

Kono mai 09 132

Kono Yoshinori senseï

 

 

Etude et pratique

 

Alors que beaucoup de "maîtres" tendent à vouloir formater leurs élèves et leur pratique, Sagawa senseï affirme clairement que:
"Faire seulement ce que ce qu'un maître vous a dit ne vous mènera pas loin."
L'exemple des adeptes du passé ne fait qu'appuyer ses paroles. Aujourd'hui plus que jamais il est nécessaire d'aller à la rencontre de ces maîtres qui cherchent… et qui trouvent afin de nourrir sa propre recherche.

"Si vous vous conformez uniquement à ce que l'on vous a enseigné cela signifie que vous ne vous approprierez jamais l'art, il ne prendra jamais vie."
Dépassant les limites de l'enseignement de son maître l'adepte ne fera en réalité rien d'autre que suivre le processus d'étude japonais traditionnel, shu, ha, ri que décrit ainsi Tamura senseï:
"Shu est l’étape où l’on suit scrupuleusement l’enseignement de son maître jusqu’à arriver à reproduire exactement les techniques. Une fois arrivé à ce niveau on essaye de voir ce que tel ou tel changement implique. On sort du moule pour continuer son étude. C’est Ha. Finalement on dépasse les contradictions et le technique devient sienne. C’est Ri."

 

"Comment est-il possible de devenir compétent si vous ne faites que répéter ce que vous avez appris et n'évoluez pas vous-mêmes? Aujourd'hui les gens sont sans espoirs car ils veulent devenir bons en étudiant passivement."

"Le fait qu'une chose soit traditionnelle ne signifie pas que vous devez simplement l'exécuter de la façon dont elle a été transmise. Vous devez continuer à la modifier et l'améliorer."

"Si vous ne pratiquez qu'en utilisant votre propre méthode vous serez inévitablement limité. Vos jambes seront faibles ou vous aurez une forme ou une autre de faiblesse. Si vous n'étudiez pas les autres arts martiaux en incorporant leurs points forts dans votre système vous échouerez dans votre développement."
A une époque où les pratiques "traditionnelles" sont de plus en plus cloisonnées il est bon de méditer ces paroles de Sagawa senseï et beaucoup de pratiquants se gaussant des sports de combat seraient bien inspirés de prendre exemple sur leur ouverture d'esprit.

"Aussi occupé que vous soyez vous mangez trois fois par jour. Vous devez considérer l'entraînement de la même façon. Changez simplement votre façon de penser."
La société actuelle des pays industrialisés va de plus en plus vite et il est souvent difficile de consacrer du temps à sa pratique. Le fait de la considérer indispensable, vitale même en modifiant sa façon de penser permettrait sans aucun doute aux plus occupés d'entre nous d'y consacrer ne serait-ce qu'une dizaine de minutes par jour. Pour des bénéfices qui seront considérables au regard de l'effort consenti.

"Nous n'irons pas loin si tout ce que nous avons sont les habitudes du corps que nous avons reçu. L'entraînement est la seule façon de corriger toutes ces habitudes innées."
La mode est à l'utilisation du mot naturel. Je doute pourtant que l'Aïki ou d'autres principes soient des capacités innées inhibées qu'il suffirait de réveiller. Je pense que des générations d'adeptes ont développé d'incroyable façon de modifier l'utilisation du corps et que c'est là la véritable richesse des Budos / Bujutsus.

 

 

Sagawa Yukiyoshi 07

Maître Sagawa Yukiyoshi

 

 

"Seul un amateur croit qu'il est inutile de forger son corps parce que l'on utilise une technique sophistiquée. Une telle personne ne comprend rien. La vérité est qu'à moins que vous forgiez votre corps, vous ne pourrez utiliser aucune technique correctement."

"L'entraînement consiste à faire en sorte que votre corps bouge légèrement lorsque vous combattez mais affecte fortement votre adversaire. La nécessité d'utiliser la puissance est la preuve que vous n'êtes pas encore entrainé."

"Ce bujutsu est si difficile que même en mettant votre vie en jeu il est possible que vous ne le saisissiez jamais. Il n'y a aucune chance que vous le maîtrisiez en n'y consacrant que votre temps libre. Ce n'est pas si simple."

"Enseigner que "vous devez faire beaucoup d'ukemis" est contre-productif. L'ukemi et la projection sont dans des directions opposées. Afin de s'approcher d'un but on doit aller dans sa direction. Quel que soit l'intensité de l'étude de quelqu'un qui est projeté en permanence et l'amélioration de ses chutes, il n'y a aucune raison d'assumer qu'il deviendra un jour celui qui projette les autres."
J'ai longtemps cru qu'un bon uke était un bon tori. Je crois aujourd'hui qu'il n'en est rien. Tous les témoignages rapportent d'ailleurs que les maîtres Takeda, Ueshiba ou Sagawa ne chutaient jamais. Etre bon uke est important et apporte des qualités qui peuvent aider à devenir bon tori. Ce n'est simplement pas une obligation.

"La théorie vient après."
Ici encore la parenté de pensée entre les maîtres Sagawa et Kono est évidente car celui-ci dit:
"Paradoxalement une fois que l'on comprend certaines choses les mots peuvent être utiles. Le problème est qu'ils ne servent qu'à ceux qui savent déjà. Ceux qui ne connaissent pas ne peuvent pas se faire une idée juste, simplement par une construction intellectuelle."

 

 

Esprit

"Vous pouvez penser que vous pouvez développer le hara (centre) en pratiquant le zazen (méditation assise), mais ce n'est pas le cas. Vous devez crée le hara dans le mouvement."
Au-delà du Zen la question du transfert des qualités développées dans un domaine éloigné de la pratique martiale se pose, les similarités que l'on voit au premier abord se révélant souvent superficielles.

"L'esprit est la base de tout progrès. A la fin cela se résume à la bataille d'une âme contre une autre."

 

 

Sagawa Yukiyoshi 06

Sagawa Yukiyoshi

 

 

"Ken zen ichi, la Voie du sabre et celle du Zen ne font qu'un. C'est acceptable pour les gens du commun mais pour un adepte se reposer sur le Zen signifie qu'il est déjà vaincu dans son cœur. Il n'est pas possible de guérir les faiblesses de son esprit par le Zen. Le Bujutsu aussi entraine l'esprit. L'idée que l'on renforce son esprit par l'étude du Zen me frappe par son étrangeté. Vous devez vous renforcez par la pratique continue du Bujutsu."
De grands adeptes semblent avoir trouvé un complément à leur pratique dans le Zen. Pourtant certains comme Yamaoka Tesshu arrivèrent à la conclusion que le Bujutsu contenait la même chose et qu'il n'était pas nécessaire d'aller la chercher ailleurs. Cela semble indubitablement être le cas de maître Sagawa.

 

 

Les réflexions de Sagawa senseï sont souvent abruptes et il semble évident que dans ses paroles comme dans ses actes il privilégiait l'efficacité en allant à l'essentiel. Personnellement elles ont trouvé un écho dans ma recherche et l'enseignement des maîtres que je suis. Je suis certain que leur étude sera source d'enseignements et d'inspiration pour tous les pratiquants sincères indépendamment de la voie qu'ils ont choisie.

 

 

Sagawa Yukiyoshi 05

Aïki par Sagawa Yukiyoshi senseï

 


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enama enama lucien 23/09/2010 07:19



Merci, Maitre pour cet article que j'ai lu dans le magazine samourai 4.il est tres edifiant quant a l'origine de l'aikido que j'aime et ke je souhaite pratiquer comme vous, mais compte tenu des
indications de sensei Sagawa, comment faire l'experience du ki?kel forme d'exercice adopter pour y parvenir?Merci sensei!



Léo Tamaki 23/09/2010 12:06



Bonjour Lucien,


 


Merci pour la lecture.


 


A vrai dire les indications de Sagawa senseï sont plus que partielles et cela se comprend au vu de l'époque à laquelle il a vécu, la personnalité de son maître et, partant de ces éléments, la
sienne.


Pour ceux qui n'ont jamais rencontré Sagawa senseï et même ne font pas partie de son école je dirai qu'il faut surtout que ses paroles nous amènent à une prise de recul sur notre pratique et nous
donne de l'inspiration.


 


Certains des exercices qu'il pratiquait nous sont parvenus mais il nous est impossible de savoir avec certitude la façon dont il les travaillait sans l'avoir vu et plus encore senti travailler.


 


Il faut aussi noter que Sagawa senseï parle d'Aïki et ne développe pas d'analyse sur le ki. Ces deux termes sont d'ailleurs fréquemment employés en Aïkido et Daïto ryu mais ils ont des sens
différents selon le maître qui les emploie.


 


Les pistes sont nombreuses car il existe beaucoup de courants de Daïto ryu et d'Aïkido. Mon conseil est d'essayer, dans la mesure du possible, de rencontrer le maximum d'enseignant et de
travailler avec eux.


 


Très bonne pratique,


 


Léo


 



GRISET Pierre 16/09/2010 09:49



Bonjour Léo,


Cet article est proprement passionnant ! Et m'inspire beaucoup dans la pratique que j'ai du kyokushinkai. Je suis persuadé que les pratiques doivent s'enrichir mutuellement, j'aimerais beaucoup
pratiquer l'aikido mais le temps me manque... La philosophie apporte beaucoup à ma pratique et j'ai notamment été frappé par la similitude de certains concepts décris ici avec certains
philosophes occidentaux.


Un exemple dans cet article, quand Sagawa Sensei dit : "Shu est l’étape où l’on suit scrupuleusement
l’enseignement de son maître jusqu’à arriver à reproduire exactement les techniques. Une fois arrivé à ce niveau on essaye de voir ce que tel ou tel changement implique. On sort du moule pour
continuer son étude. C’est Ha. Finalement on dépasse les contradictions et le technique devient sienne. C’est Ri.". Je suis frappé par la similitude d'un concept de Nietzsche
sur les trois métamorphoses de l'esprit : "comment l'esprit se change en chameau (tu-dois), le chameau en lion (je-veux), et le lion en enfant , pour finir (innocence et oubli, commencement
nouveau, jeu, roue qui se meut d'elle même)" (lire Ainsi parlait, Zarathoustra pour approfondir ;).


Merci pour tout ce que vous nous faites partager, c'est d'une valeur inestimable.


A bientôt je l'espère !


Pierre



Léo Tamaki 16/09/2010 12:01



Bonjour Pierre,


 


Merci pour la lecture. Je crois en effet que les propos de Sagawa senseï peuvent inspirer, au-delà des frontières de nos disciplines.


 


Merci pour ce très intéressant parallèle entre les paroles de Nietzsche et... Tamura senseï et non pas Sagawa senseï.


 


A très bientôt,


 


Léo


 



Fabien 16/09/2010 00:29



La première lecture me laisse songeur. Je pense qu'à la 4ème ou 5ème lecture les choses deviennent plus claires.


En tout cas merci de nous faire profiter de tes recherches, lectures et expériences.


Et puis je suis très jaloux des parisiens qui auront un Kishinkan dojo pour eux, snifff.


Amicalement, un Val-d'Oisien



Léo Tamaki 16/09/2010 02:59



Ce que dit Sagawa senseï va parfois à l'encontre des discours politiquement correct. Cela à le mérite de faire réfléchir si on considère qu'il fut l'un des plus grands maîtres de Daïto ryu.


 


Cela dit ses paroles ne s'éclairent qu'au regard de notre niveau. J'y vois autre chose qu'il y a quelques années et j'espère y voir autre chose dans quelques années :D


 


Le Kishinkan sera ouvert aux visiteurs et j'espère que tu en seras un régulier ;-)


 


Léo


 



Julien 15/09/2010 22:24



Tout simplement mortel! Je l'avais vu en photo seulement, j'ai cherché en vain une vidéo mais je crois que je peux me gratter!!!


Je ne suis pas étonné que tu ais accroché! Tu me dira où on peut trouver ce livre? 


A bientôt,


Julien.



Léo Tamaki 16/09/2010 03:03



Oui aucunes vidéos... Mais à lire la description de son Aïki je pense que c'est très proche de ce que faisait Horikawa et que fait Okamoto. Quelque chose qui nous aurait semblé faux à moins de
l'expérimenter.


 


Pour le livre... chez Masamune par exemple ;-)


 


A très vite,


 


Léo


 



Paco 15/09/2010 17:06


Bonjour Leo et merci pour ce partage de l'histoire des sources de l'Aikido. Il y aurait beaucoup à dire, mais je ne m'attarderai (hélas) que sur un point précis : "J'ai longtemps cru qu'un bon uke
était un bon tori. Je crois aujourd'hui qu'il n'en est rien. Tous les témoignages rapportent d'ailleurs que les maîtres Takeda, Ueshiba ou Sagawa ne chutaient jamais. Etre bon uke est important et
apporte des qualités qui peuvent aider à devenir bon tori. Ce n'est simplement pas une obligation." J'ai peur que l'"efficacité" de certaines techniques enseignées aujourd'hui soit faible justement
du fait que certains maîtres aient oubliés que la chute était la resultante de la technique (dans 90% des cas) et que la complaisance de Uke ne permet plus au professeur de prendre conscience de
l'efficacité de la technique...


Léo Tamaki 16/09/2010 03:07



Bonjour Paco,


 


Concernant la chute je ne pense pas, au contraire, qu'elle soit obligatoirement la résultante de la techniqe. Je m'explique. Dans les écoles traditionnelles il n'y a pas un "méchant qui attaque",
un "gentil qui projette" et le "méchant qui chute à la fin parce qu'il a perdu" ;-) Je simplifie... à peine :D


 


Les katas ont plusieurs niveaux de lecture et très souvent la chute est une action. Effectuée d'une certaine manière elle permet à celui qui chute d'annuler la technique et/ou d'emmener/projeter
aïte et/ou couper aïte.


En revanche je suis d'accord sur le fait qu'aujourd'hui les chutes sont souvent très complaisantes. C'est un point très délicat et qui doit être enseigné avec précision.


 


Léo


 



Fanfan 15/09/2010 14:59



Grrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr......


J'avais préparé un long article sur le livre de Kimura sur Sagawa avec beaucoup de citations que je pensais publier fin de semaine (pour une fois que je suis organisé)


(cela faisait des mois que je devais le faire et j'avais enfin rattrapé mon retard, je voyais cela d'actualité avec la rentrée)


Bon tant pis, on doit être "connecté" quelque part



Léo Tamaki 16/09/2010 03:08



Ah mais ne te censure pas! Normal qu'on partage des centres d'intérêt. Le même sujet traité avec un autre regard intéressera les lecteurs ;-)


 


Amicalement,


 


Léo


 



Jean-Claude 15/09/2010 14:37



Cher Leo,


 


Bien que je sens déjà la légèreté de ce que je vais écrire, je souhaitais te remercier de cet article.


Sagawa senseï fait partie de ces grands maîtres dont on rêverait de "ressentir la technique" juste pour se dire "je l'ai vécu dans mon corps, ce n'est pas du mythe". Je suppose que tu as vécu (et
que tu ressens encore) ça avec Kuroda Sensei, Kono sensei voire Akuzawa sensei.


Pour ta proposition sur le stage d'Akuzawa, je te réponds par PM comme tu le suggérais.


Amicalement,


Jean-Claude



Léo Tamaki 16/09/2010 03:10



Cher Jean-Claude,


 


Merci pour la lecture.


 


En effet Sagawa senseï est une de ces légendes qu'on regrette de ne pas avoir connu. Par chance certains de ses élèves nous font parvenir des réflexions qui peuvent nourrir notre recherche. C'est
peu et beaucoup à la fois...


 


En effet sentir le travail des grands adeptes que je côtoie est une chance que je savoure toujours.


 


Amicalement,


 


Léo


 



Renaud B. 15/09/2010 14:04



Bonjour Léo,


J'ai lu le bouquin de Kimura, "Daito-ryu : à la découverte de l'aïki". A l'époque, j'avais trouvé qu'il était parfois un peu fanfaron... quand il parlait des mathématiques ! Pour le sujet aïki,
j'ai moins eu cette sensation. Peut-être parce que je m'y connais encore moins qu'en maths, ce qui n'est pas peu dire...


As-tu lu "Transparent power" ? J'evisage de le commander.



A bientôt,


Renaud


 


 



Léo Tamaki 16/09/2010 03:13



Bonjour Renaud,


 


Je comprends ton commentaire et il est possible qu'il ne s'applique pas qu'aux mathématiques ;-) Je pense qu'il faut garder un peu de recul par rapport aux récits des élèves de Sagawa senseï.
C'était sans aucun doute un géant. Toutefois j'ai reçu des témoignages de plusieurs personnes l'ayant rencontré et de plusieurs personnes qui ont pratiqué dans son école qui m'en ont donné des
versions plus nuancées (parfois très nuancée :D).


Que cela ne nous empêche pas d'apprécier à leur juste valeur les leçons de cet immense adpete qui nous parviennent.


 


"Transparent power" est nettement plus intéressant et je te conseille de le commander.


 


Amicalement,


 


Léo


 



ivan 15/09/2010 13:33



Léo, voici un bel article proprement passionnant. Je ne connaissais que de nom Sagawa Senseï, me voilà plus informé.


Beaucoup de choses qu'il dit me laisse penseur, il y a là de quoi méditer. Une phrase en particulier m'interpelle parce que je n'ose voir dans les propos suivants ce qui confirmerait ma vision de
l'aïkido. Aussi pourrais-tu me donner ton interprétation de "l'Aîki est est offensif" (je cite de mémoire après cette longue lecture).


Merci.



Léo Tamaki 16/09/2010 03:24



Salut Ivan,

Merci pour le commentaire et la lecture.

Oui les réflexions de Sagawa senseï invitent clairement à la réflexion…

Le passage que tu mentionnes est celui-ci:
"L'Aïki est essentiellement offensif. Une défense pourra invariablement être passée."
Le Daïto ryu forme la base principale de l'Aïkido. S'il est difficile de savoir à quel point les formes
ont été modifiées, l'affirmation de Sagawa senseï contredit le discours consistant à présenter l'Aïkido comme une technique de défense autrement que dans l'intention. Je crois que c'est une
phrase qui devrait amener les Aïkidokas à envisager leur pratique sous un autre angle.

C'est un sujet très compliqué sur lequel je n'ai pas encore formé d'opinion définitive. Si tant est que j'en ai une un jour sur quelque sujet que ce soit :D

Ce qui est certain c'est que cela cadre parfaitement avec l'image que j'ai du personnage et de sa technique. Cela cadre aussi avec Takeda Sokaku.
Offensif ne voulant pas dire agressif ou brutal, si on regarde Okamoto senseï par exemple, il est clair qu'il a tout le temps l'initiative, même s'il nous amène ou nous laisse attaquer. On dit
d'ailleurs aussi en Iaïjutsu que le premier qui attaque est vaincu. C'est une sensation que j'ai effectivement ressentie face à de grands adeptes.
Actuellement ce qui est sûr est que je penche plus pour le fait que l'Aïki soit offensif que défensif, mais que je pense qu'on peut aussi le voir comme étant au-dessus de cette dualité. C'est me
semble-t-il plus proche de la vision qu'offrait Osenseï. Cela dit concrètement chez ses disciples directs j'ai aussi quasiment toujours senti que même s'ils laissaient mon attaque se développer
ils avaient pris le contrôle de la situation, donc l'initiative, et c'est sans doute simplement cela que voulait dire Sagawa senseï.

Bon, désolé d'avoir pondu un pavé pour ne rien dire :D

Amicalement,

Léo






ByakkoZ 15/09/2010 13:33



Merci pour ces transcriptions Léo.


Elles sont très interressantes et permettent de relativiser pas mal de chose, même dans l'enseignement qu'on suit.


Je suis particulièrement d'accord avec la phrase suivante  (surtout sa dernière partie) : "Comment est-il possible de devenir compétent si vous ne faites que répéter ce que vous avez appris
et n'évoluez pas vous-mêmes? Aujourd'hui les gens sont sans espoirs car ils veulent devenir bons en étudiant passivement."


Si je suis d'accord avec ça, c'est que quelque part je m'y retrouve un peu aussi.


Merci de me faire ouvrir les yeux, du moins en partie :). Reste plus qu'à se foutter un peu et faire changer tout ça !


See you au Master Class o/ !! (le début du changement... ? :) )


David



Léo Tamaki 16/09/2010 03:25



C'est bien naturel. Merci pour la lecture.


 


Oui cela fait relativiser beaucoup...


 


En effet la citation que tu as choisie vise particulièrement tous ceux qui s'enferment dans un style et/ou une discipline en considérant qu'elle inclut tout ce dont ils ont besoin... Puissent-ils
ne jamais avoir  se rendre compte de leur erreur.


 


A octobre ;-)


 


Léo