Budo no Nayami

Tamura senseï à Paris (2) ou l'Esprit du sabre

23 Avril 2008 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Avril 2008

L'importance de la pratique des armes en Aïkido est un sujet régulièrement débattu entre pratiquants. Les maîtres ont généralement un avis tranché sur ce point, les considérant indispensables comme Nisho, Saïto ou Tamura, ou totalement optionnelles comme Shimizu, Asaï ou Tissier.
Personnellement je n'ai pas d'avis aussi tranché, sans doute en raison de ma jeunesse, sans doute parce que j'ai vu que les deux façon de faire permettent d'atteindre un niveau exceptionnel. Par goût personnel je pratique et apprécie les armes, bien que je n'ai jamais été très doué contrairement à Isseï.

Le travail de
maître Tamura est particulier, mais comme l'est finalement celui de tous les maîtres dont pas deux ne partagent la même pratique, quand bien même eussent-ils étudié exactement au même moment avec le même maître. Une des spécificités de la pratique de Tamura senseï est l'importance qu'il accorde au travail du sabre. Une importance qui transparraît dans le moindre de ses gestes, transformant chacun de ses mouvements en coupe.
Cette emphase sur le sabre me semble unique, même chez les maîtres qui accordent beaucoup d'importance aux armes. C'est au point que sa pratique à mains nues semble finalement être une extension ou une préparation à sa pratique du ken qui serait la véritable essence de sa recherche.




Une expérience aussi éprouvante qu'enrichissante
Si je trouve la pratique à mains nues de maître Tamura fantastique, je crois qu'il ne donne sa véritable mesure qu'avec un sabre entre les mains.

Le dimanche il me demanda: "Tu as bokken?". Paniqué je regardais à droite et à gauche car comme souvent dans les stages de masse j'avais négligé de les emmener, sachant qu'il était peu probable que nous les pratiquions. Heureusement Jacques était à mes côtés et me prêta son ken.

Faire face à Tamura senseï au sabre est une expérience redoutable. C'est à la fois un concentré d'enseignement mais aussi un moment extrèmement éprouvant. J'apprécie énormément ce qu'il transmet lorsque je pratique avec lui à mains nues. Mais j'ai le sentiment de toucher au cœur de son art lorsque je lui fais face, bokken en main…
Lorsqu'il prend un sabre Tamura senseï rentre dans un autre univers et le changement qui s'opère en lui est radical. Sa pratique prend une dimension infiniment plus martiale et son regard vous transperce. La pression que je ressens dans ces moments est tout bonnement insoutenable. Qu'il m'écrase sur place ou me fasse traverser le tatami en avançant simplement sur moi comme il le fit à Lesneven.




Inondé de sueur
Juste après lui avoir fait face quelques minutes sabre en mains Brahim et Isseï m'ont fait remarquer que j'étais inondé de sueur. Ils me dirent à quel point ça avait été impressionnant de me voir commencer à suer instantanément. J'avais noté le même effet dans un post précédent au sujet de Kuroda senseï.
Ce qui est assez étrange est que j'ai l'impression de ressentir ce phénomène de façon de plus en plus aigue… bien que je n'en comprenne pas encore réellement la signification.

Quoi qu'il en soit vivre la pratique épurée et à la spontanéité fantastique de Tamura senseï fut une fois de plus riche d'enseignements et ces quelques minutes valurent à elles seules mon retour du Japon.




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Bruno 27/05/2008 17:17

C'est marrant cet article me fait penser à une discussion que j'ai eu avec une amie dernièrement.Elle viens de passer 1 mois à Iwama dans au Tarenkan de Hitohiro Saito. Elle m'expliquait que labas Il y a 1 heure d'armes le matin et 1 heure de Tai jutsu le soir. en soit ce n'est pas grand chose et au niveau purement physique loin d'être insurmontable. Mais que H Saito arrive à imprimer tellement d'intensité par sa présence au cours que l'on ne peux se relacher un instant  et on doit être vigilant à chaque instant à ce que l'on fait, ce qu'il montre et à tout ce qui se passe dans le Dojo. Bref au bout d'1 heure vous étes sur les rotules sans jamais avoir été à bout souffle.En 1 mois à ce regime, on sent en pratiquant avec elle, une vraie progression. L'equivalent de plus de 6 mois de pratique en france.Je pense que cette capacité des certains Maitres à forcer votre vigilence, permet une meilleure assimilation de ce qu'ils vous transmettent!A+Bruno

Léo Tamaki 27/05/2008 21:15



Salut Bruno,
 


Effectivement ce qui manque beaucoup, en France particulièrement mais dans beaucoup de dojos au Japon aussi, c'est cette concentration continue. Sans zanshin on tombe rapidement dans… le sport.
Même si c'est un sport de combat.
 


Et c'est vrai que certains maîtres font naître ça naturellement.
 


Amicalement,
 


Léo



olry 05/05/2008 17:23

bonjour,en lisant ce poste une seule question me vient: votre perception des choses ne s'amplifierait-elle pas tout simplement à force de pratiquer?je lis vos articles dans dragon et maintenant ici avec le plus grand intérêt n'étant que moi-même un simple pratiquant,et en mots simples de grands moments de reflexion surgissent.perso, je pense que vous savez quelles sont les raisons qui ont provoqué cette sudation, et il est intéressant que vous ne nous en parliez pas plus.je vous remercie pour toutes ces lectures et vous prie de continuer le plus longtemps possible car rares sont les personnes qui connaissent et qui transmettent simplement ce qu'ils ont appris. n'etait ce pas le sujet de votre dernière chronique dans dragon?cordialement.olry

Léo Tamaki 06/05/2008 20:53



Bonjour Olry,

Effectivement il me semble et j'espère que ma perception s'affine. C'est en tout cas un des axes principaux de ma recherche. C'est sans doute cela qui provoque ces intenses sudations qui vont en
s'amplifiant en face de maîtres. Toutefois je n'en suis pas encore tout à fait sûr pour avancer quoi que ce soit de définitif.

J'ai effectivement commencé à aborder le sujet de la transmission dans le dernier Dragon. Je crois que c'est un point fondamental trop souvent mal compris et négligé. Les techniques
traditionnelles ne peuvent se transmettre à mon sens sous la forme de pédagogies modernes. Forcer cela les condamne à perdre une partie majeure de leur richesse. C'est un peu aussi sur ce point
que je voulais attirer l'attention avec la chronique sur I shin den shin.

Merci pour votre lecture et votre très sympathique commentaire.

Tamaki Léo




benoit bertin 24/04/2008 21:27

Bonjour Léo, je me souviens qu'à quelques stages iwama j'ai vu le partenaire de démo suer a grosse goutte aux armes au bout de même pas 2  minutes et j'ai pas mal été surpris. Moi qui croyais qu'aux armes c'est "le moment de se recuperer un peu" (oups oui je sais c'est sans doute naif davoir pensé ça ....).....    A ces stages , on semblait être assez nombreux qui n auraient pas pu suer aussi vite aux armes tout simplement  car notre niveau en armes ne nous permettait pas de s'impliquer autant que lui physiquement et mentalement et pour cause: Ce partenaire de démo était de très loin le stagiaire présent le plus avancé. Je suppose que la fatigue qu'il ressentait ensuite devait etre un peu le meme genre de fatigue que quand on ressort de 4 H d'examen écrit, et non une fatigue strictement physique??? amicalementBenoit

Léo Tamaki 28/04/2008 20:33


Bonjour Benoît,

Ah récupérer aux armes :D Tout dépend du type et du niveau de pratique je suppose...
Si physiquement cela ne me demande quasiment aucun effort, la pression face à des maîtres est épuisante. Encore vécue aujourd'hui avec Kuroda senseï. Une suée après six katas, à peine quelques
minutes...

Et mon frère Isseï et mon ami Julien Petitfour ont eu la même réaction après avoir subi le même traitement ;-)

Léo



PHIL 24/04/2008 09:43

Kon'nichiha Léo San,Pour moi, la pratique des armes reste encore un difficile travail mais le Ken est important et doit être à mes yeux, indispensable à l'étude de l'Aikido. Il est le prolongement de la main, il permet de mieux comprendre notre centre et notre attitude...Comme tu le dis, regarder TAMURA Sensei traivailler avec un Ken est énorme de richesse... L'Aikido prend une autre dimension, son regard est impressionant et ses déplacements sont vifs et précis.Je suis très heureux et fier de posséder une photo agrandie et dédicacée de TAMURA Sensei lors d'un stage à LESNEVEN. Par la suite, je l'ai apportée lors d'un autre stage à HERBLAY. Tu as eu la gentillesse de la signer aussi. C'est une magnifique photo où tu encaisse une attaque de Maitre TAMURA.Elle représente beaucoup à mes yeux. Elle n'a pas de prix, surtout pas 25 euros (rires)... Il me tarde de progresser dans l'étude du Ken pour peut-être un jour, avoir la chance de rencontrer Maitre KURODA...Bon "Masters Tour" et à bientôt,Phil  

Léo Tamaki 28/04/2008 20:22


Bonjour Phil,

Ah la question des armes ;-)

En tout cas indispensable ou pas tout le monde semble au moins d'accord sur le fait que ce n'est pas nocif :D

Effectivement Tamura senseï rentre dans une autre dimension de pratique lorsqu'il est sabre en main...

La photo dont tu parles est celle que je possède que je préfère. La posture de Tamura senseï est magnifique et le photographe a réussi à la saisir dans un cadre et avec une lumière
exceptionnels.

Amicalement,

Léo