Budo no Nayami

Aïkido, le fleuve de Paix (archives)

11 Juin 2009 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

L'Aïkido est un art martial japonais aux racines millénaires. Créé par Ueshiba Moriheï au 20ème siècle, ses origines proviennent de plusieurs écoles traditionnelles ou ryu. L'originalité de cette Voie guerrière (transcription littérale du mot Budo, plus proche de son essence que le terme "art martial") réside dans ses techniques qui intègrent en elles la philosophie pacifique de leur créateur. Ueshiba Moriheï réussit en effet à dépasser le paradoxe qui veut faire d'un ensemble de "techniques meurtrières" une Voie d'Harmonie et de développement personnel.


Ueshiba Moriheï


Ecoutons maître Tamura qui fut un de ses plus proches disciples:

"L'Aïkido est une voie ascétique qui montre la direction de l'accomplissement de l'humanité au moyen de ki-iku, toku-iku, taï-iku (formation et développement de l'essence: ki, de la sagesse et de la vertu: toku et du corps taï). Par cette éducation qui comprend et unit le corps et l'esprit, on dépasse les notions de race et de frontière pour former un homme vrai.

Développement du corps
Les mouvements de l'Aïkido sont souples comme sont souples ceux de la nature car ils sont emplis de kokyu-ryoku. Ils augmentent la puissance physique, améliorent la santé et la beauté du corps. De même, la souplesse, la résistance à l'effort, les réflexes, la rapidité, etc… sont développés et affûtés.

Les leçons du Bu-jutsu

En s'imprégnant des méthodes de "préservation de la Vie", on acquiert confiance en soi et tranquillité et l'on parvient à la paix de l'esprit en même temps que se développent la volonté d'entreprendre, la persévérance et le sens de l'organisation.

Aspect mental
Il faut surmonter les plus grands ennemis du Budo, la colère, la peur, la crainte, le doute, l'hésitation, le mépris, la vanité et développer une grande fermeté d'âme et un grand courage. Il faut être pénétré de la nécessité de la victoire sur soi-même. C'est par la répétition de la pratique quotidienne que l'on peut vaincre la fatigue, la lassitude et connaître le goût de l'effort, l'importance de la persévérance et la joie de vaincre la difficulté.

Etiquette
Au sein d'une société qui fait facilement grand cas des techniciens, de la force et de la puissance, les règles de l'étiquette permettent de sentir qu'il existe des valeurs supérieures qu'il importe de respecter sans avoir à se forcer. Elles sont la condition sine qua non de la survie d'une société.

Le principe de l'Aïkido et son application à la vie quotidienne

Le principe de l'Aïkido appliqué au travers de irimi-tenkan, ki, kokyu, de la dualité apparente Moi-Adversaire, du travail un contre plusieurs, enseigne le sens de l'unité, de l'harmonie, de l'amour et de la paix.
L'Aïkido exprime au moyen du corps, l'ordre de l'univers. Si l'ordre de l'univers est correctement appliqué au corps, la technique et la santé s'épanouissent naturellement. Si l'ordre de l'univers est correctement appliqué à la vie quotidienne, l'éducation, le travail et la personnalité s'épanouissent naturellement. Si l'ordre de l'univers est correctement appliqué à la société, l'harmonie sociale et la relation entre soi et les autres s'épanouissent naturellement. L'humanité, comme une seule famille, œuvrera alors pour le rétablissement du monde dont l'harmonie est aujourd'hui troublée."



Tamura Nobuyoshi


L'histoire de l'Aïkido est une formidable aventure humaine. De ses origines ancestrales, des techniques guerrières meurtrières transmises dans le plus grand des secrets au sein des seigneuries japonaises, jusqu'à la Voie de développement humaine qu'elles sont devenues, c'est l'histoire d'un enseignement qui à su se transmettre à travers les générations en évoluant sans jamais se perdre…


Historique de l'Aïkido

Racines:
Les documents écrits les plus anciens font remonter les origines de l'Aïkido au 11ème siècle et la tradition orale au 6ème. Mais il est probable qu'il existait déjà auparavant des systèmes de combat à mains nues, probablement presque aussi anciens que l'homme lui-même… Ces techniques de combats furent désignées sous de nombreuses appellations durant les siècles, Yawara, Kempo, Jujutsu, Aïkijujutsu, etc… Elles étaient l'une des dix-huit disciplines que devait maîtriser tout samouraï, les Bugeï Juhappan, avec le maniement du sabre (Kenjutsu), les armes de jet (Shurikenjutsu), la stratégie (Heï-ho), etc…

Evolution:
Les techniques martiales évoluèrent toutes en même temps que le Japon. Des techniques brutales et simples destinées à être rapidement assimilables et utilisables sur les champs de batailles par les paysans qui furent les premiers soldats que compta le pays émergèrent des styles plus évolués à mesure qu'une classe guerrière se développait. Lorsque le shogun Tokugawa Ieyasu établit enfin une paix durable, l'absence de port d'armure dû à la disparition des batailles de masse amena les écoles à affiner encore plus leur enseignement. Les techniques devinrent plus subtiles, travaillant moins sur la puissance que sur l'anticipation, la variété des coups et leur fluidité. Simultanément une éthique s'imposa. De techniques utilitaires les arts martiaux devinrent des voies d'éducation. Le but n'étant plus de tuer mais de développer son potentiel physique et mental à travers un savoir meurtrier mais de moins en moins utilisé.
Lors de l'ouverture du Japon à l'Occident les savoirs traditionnels furent dénigrés par les japonais emportés par leur soif de découvertes afin de "rattraper" l'Occident. C'est dans ce contexte que naquirent le Judo, le Kendo puis le Kyudo, le Karaté-do et l'Aïkido…

Ueshiba Moriheï:
L'Aïkido, littéralement "Voie de l'union des energies" ou "Voie des énergies unifiées" fut créé par Ueshiba Moriheï. Homme légendaire, mystique et adepte incomparable du Budo, son existence est un roman aux multiples rebondissements. De sa vie en tant qu'appelé durant la guerre russo-japonaise où son courage et sa force lui valurent le surnom de "Dieu du soldat" à celle de fondateur et leader d'un village de colons dans le grand nord japonais où l'on le surnomma alors, du nom de sa création, "le roi de Shirataki", en passant par son voyage en Mongolie où il partit pour essayer de fonder le "paradis sur terre" en compagnie du leader religieux Deguchi Onisaburo...


Osenseï Ueshiba Moriheï


Né le 14 décembre 1883, Ueshiba Moriheï s'intéressa très jeune aux religions et aux techniques martiales. Durant sa vie il étudia le Sumo, d’anciennes écoles traditionnelles telles que Aioi-ryu Jujutsu, Kito-ryu Jujutsu, les techniques de sabre du  Shinkage-ryu, Tenshin Shinyo-ryu Jujutsu, Goto-ha Yagyu Shingan-ryu, Hozo-In-ryu, et surtout le Daïto-ryu Jujutsu, ainsi que le récent Judo.

Le contenu spirituel très riche de l’Aïkido a été principalement influencé par le shinto de la branche Omoto-kyo de Deguchi Onisaburo et par l’humanisme de Minataka Kumakusu.

L’enseignement de Ueshiba a commencé à prendre forme sous différents noms à partir de la fin des années 20, Aikijujutsu, Ueshiba-ryu Jujutsu, Ko Bu-jutsu, Kobu Budo, Aïkibujutsu, Kobukaï Aïki Budo et Aïki Budo, pour finalement adopter l’appellation Aïkido en 1942.

Ueshiba meurt le 26 avril 1969.

Aujourd'hui:
Ueshiba Moriheï eu de nombreux disciples tout au long de sa vie qui ont parfois fondé leurs propres styles. Il existe des différences techniques parfois importantes dans leur enseignement. Les principaux courants actuels sont: l’Aïkikaï, le Yoshinkan Aïkido, le Yoseikan Aïkido, le Tomiki Aïkido, l'Iwama-ryu et le Shinshin Toitsu Aïkido.
De nombreux autres styles font référence à Ueshiba en tant qu’inspirateur mineur ou majeur, on peut citer le Shin’eï Taïdo, le Shin Taïdo, le Shotokaï ou le Kinomichi. Il faut aussi noter le Hapkido, art martial coréen dont le nom s'écrit avec les mêmes caractères que Aïkido et qui sans en être une émanation a les mêmes racines. La pratique ayant pour but l'épanouissement des individus, il n'existe pas de compétitions, sauf dans le style Tomiki.
La France est après le Japon le pays comptant le plus de pratiquants au monde avec environ 60 000 licenciés.


Stage enseignants, Tamura senseï, Paris


Technique:
Les techniques de l'Aïkido incluent des projections, des clés et des atémi (frappes). L'étude des armes, ken (sabre), jo et tanto, bien que parfois occultée, fait aussi partie de l'enseignement, souvent appelés Aïki-ken et Aïki-jo. L'ensemble est pratiqué dans un esprit pacifique où le but n'est pas de détruire l'attaquant mais de rétablir l'harmonie en lui faisant ressentir l'inutilité de son geste.

Hiérarchie:
L'Aïkido comme la majorité des arts martiaux traditionnels s'enseigne et se transmet selon une structure verticale. Il existe de très nombreux titres plus ou moins partagés selon les disciplines. Nous ne citerons ici que ceux utilisés en Aïkido.

Kaïso: fondateur, titre réservé à Ueshiba Moriheï.
Doshu: guide de la Voie, titre désignant la plus haute autorité d'une école d'arts martiaux ou de toute autre Voie. En Aïkido le premier Doshu fut Ueshiba Moriheï. Le second fut son fils Kisshomaru et le troisième est son petit-fils enseignant actuellement au Hombu dojo, Moriteru.
Osenseï: grand maître. Titre réservé aux fondateurs ou principaux maîtres d'écoles au Japon. Exclusivement réservé à Ueshiba Moriheï en Aïkido.
Senseï: maître, instructeur. Désignant généralement leur professeur lorsqu'il est utilisé par les élèves d'un même courant.
Sempaï: aîné.
Kohaï: junior.
Dohaï: personne étant entré dans la Voie au même moment.
Dojo-cho: chef du dojo.
Uchi-deshi: disciple interne (généralement dans le sens où il vit avec le maître). Cette forme d'apprentissage de plus en plus rare était la norme dans tous les arts traditionnels, martiaux ou autres.
Shihan : maïtre instructeur, le plus haut titre d’enseignant dans les Voies martiales traditionnelles.

Transmission:
Les arts japonais se transmettent généralement peu par la parole ou l'écrit. L'imitation ainsi que les répétitions incessantes y sont d'abord privilégiés. Dans ce carcan l'apprenti doit apprendre à trouver sa propre liberté. Il suivra enfin son propre chemin. L'apprentissage des arts traditionnels demandait un dévouement constant durant plusieurs années, généralement en tant qu'uchi-deshi. La transmission se faisait d'âme à âme, i-shin-den-shin.
Dans les arts martiaux le secret était d'autant plus important qu'il était question de vie ou de mort. Les rares écrits étaient donc codés, de même que les noms de techniques étaient imagés…


Ueshiba Moriheï entouré de plusieurs deshi (second à partir de la gauche, Shimizu Kenji, suivi de Saotome Mitsugi, Kanaï Mitsunari, Toheï Akira)


Aïkido en France:
L'Aïkido a été présenté pour la première fois en France en 1951 par Mochizuki Minoru. Les premiers enseignants  qui développèrent la discipline furent Abe Tadashi, Mochizuki Hiroo, André Nocquet, Noro Masamichi, Nakazono Mitsuru et enfin Tamura Nobuyoshi.
Ils furent pour la plupart envoyés par le fondateur lui-même qui voulait diffuser son art de paix au monde entier, rompant par là même une tradition longuement préservée de secret dans le monde des arts martiaux.




Note: Cet article fait partie d'une série de textes que j'ai retrouvés dans mes archives. Ils ont été écrits il y près de dix ans et peuvent présenter des différences avec mes conceptions actuelles.


Partager cet article

Commenter cet article

Shotokan 12/06/2009 08:56

Bonjour Leo!Comment te portes-tu?Merci pour cette article! Même si nous connaissons déjà tout ça, ça fait du bien de relire et de condenser les connaissances pour se ré-éclaircir les idées et faire un point.Un très bon article..... comme à ton habitude Bon continuation à toiAmitiés

Léo Tamaki 14/06/2009 08:53



Bonjour Shotokan,

Je vais bien merci.

En fait ce texte avait été écrit pour la préparation d'un projet sur la transmission dans l'Aïkido, raison pour laquelle il était intitulé "Aïkido, fleuve de paix". Finalement j'ai préféré me
retirer du projet pour des raisons diverses et j'en suis heureux car mes conceptions ont énormément changées et j'aurai probablement participé à quelque chose qui ne me satisferait pas
aujourd'hui.

Bonne pratique!

Léo



quilliou fabrice 12/06/2009 08:06

bel article effectivement .votre site est vraiment passionnant et je m'y plonge avec delectation .Pour un neophyte, il ouvre la porte vers une multitude de conception riche d'enseignement .Merci

Léo Tamaki 14/06/2009 08:49



Bonjour Fabrice,

Merci pour votre lecture. Je suis heureux que Budo no Nayami intéresse aussi des néophytes car je me demandais s'il n'était abordable que par des gens ayant un minimum de pratique pour les
articles ayant trait aux arts martiaux.

Très bonne pratique,

Léo



virginie 11/06/2009 12:51

bel article, condensé comme d'habitude

Léo Tamaki 11/06/2009 17:17



Merci ;-)

Léo