Budo no Nayami

Haga Jun'ichi, le maître de Iaïdo de Tamura Nobuyoshi senseï

17 Décembre 2010 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Haga Jun'ichi est un personnage méconnu de l'histoire de l'Aïkido. Né dans la préfecture de Hiroshima au sud du Japon, Haga senseï fut l'un des meilleurs élèves du célèbre Nakayama Hakudo. Champion de Kendo et expert de Iaïdo il avait notamment la charge prestigieuse et difficile de tester les lames acquises par les musées.

 

 

Haga Junichi 01

Haga Jun'ichi senseï

 

 

Nakayama senseï était un ami proche de Ueshiba Moriheï et il est probable que c'est par son intermédiaire que maître Haga fut introduit auprès de ce dernier. Voici ce que nous rapporte Tamura senseï à son sujet:

 

"Haga senseï était un jeune shihan de Kendo et de Iaïdo célèbre. C’était un maître exceptionnel. Au Japon lorsqu’un musée achète une lame il s’assure qu’il s’agit d’un sabre de qualité authentique et l’on demande aussi à des experts de le tester en coupe. Si on confie cette tâche à un mauvais pratiquant le sabre peut-être irrémédiablement abîmé. Haga senseï était chargé de ce genre de travail.

C’était aussi quelqu’un d’extrême. Lors de discussions sur les arts martiaux quand une personne s’emballait sous l’emprise de l’alcool il lui proposait souvent d’appuyer ses dires avec un sabre véritable!

Il est venu un jour en ayant entendu parler du dojo. Il n’a pas vu Osenseï à l’entraînement mais on l’a invité poliment à dîner. Il a alors pensé que ce n’était pas un dojo sérieux. Il est venu régulièrement manger dès que l’argent lui manquait pendant près d’un an.

Un jour il a été muté en Corée et est venu nous dire au revoir. Osenseï l’a alors invité au Dojo. Il lui a donné un bokken et lui a dit : "Je marche simplement dans le dojo, frappe quand tu le veux."

Haga senseï me dit plus tard : "Tamura, il n’y avait aucune ouverture et je n’ai pas pu le frapper! J’ai été vaincu. Etre vaincu de telle manière et dire que je n’ai pas profité de cette année pour recevoir un enseignement!""

 

 

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Ueshiba Moriheï, fondateur de l'Aïkido

 

 

Il semble que Haga senseï ne fut ainsi jamais élève de maître Ueshiba. Il fut en revanche considéré avec suffisamment d'égards pour qu'il soit invité à faire une démonstration à l'Aïkikaï et qu'elle soit filmée.

 

 

 

Haga Jun'ichi à l'Aïkikaï Hombu dojo en 1958,

une vidéo AikidoJournal

 

 

Tamura senseï et le Iaïdo

Haga senseï fut par ailleurs le maître de Iaïdo de Tamura senseï. A l'époque consacrant l'essentiel de son temps à l'Aïkido maître Tamura ne put approfondir l'étude du Iaïdo avec Haga senseï. Il continua pourtant à le pratiquer toute sa vie en l'enrichissant de ses recherches et découvertes. Il fit d'ailleurs une brève démonstration d'un kata pour expliquer l'utilisation du corps en 2008 lors du stage annuel que nous donnions à Bras avec Brahim et Mickaël.

Si le Iaïdo de maître Tamura fut nourri par sa pratique de l'Aïkido, son Aïkido fut aussi marqué par le Iaïdo comme on pouvait le voir dans sa façon de se relever après avoir roulé ou fait ushiro ukemi, la chute arrière.

 

 

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Tamura Nobuyoshi senseï

(photo René Bonnardel)

 

 

Voici ce que Tamura senseï disait sur le Iaïdo:

 

"Aujourd’hui la pratique du Iaïdo connaît un essor considérable. Considérez-vous que cela aide à progresser dans la pratique de l’Aïkido ?

Lorsque je suis arrivé en France je faisais travailler avec le bokken, le jo et le tanto. Mais en n’utilisant que le bokken il est difficile de comprendre que cela vient de l’utilisation du sabre. A une époque j’ai alors demandé aux élèves qui présentaient le shodan de connaître quatre katas de Iaïdo.

A l’époque je ne connaissais pas grand-chose et je me suis abîmé les coudes en pratiquant incorrectement. Les écoles que l’on dit traditionnelles telles que Omori ryu, Eïshin ryu etc… pratiquaient-elles comme aujourd’hui dans le passé, c’est difficile à dire.

J’aurai voulu pratiquer l’école de Kuroda senseï et apprendre à dégainer souplement d’un geste fluide et continu. Ne pas juste dégainer le sabre mais apprendre à utiliser le corps dans sa globalité."

 

 

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Le sabre, au coeur de la pratique de Tamura senseï

 

 

Osenseï et le Iaïdo

Bien qu'il existe des images d'Osenseï avec un véritable sabre il semble qu'il n'étudia pas et ne pratiqua jamais réellement la coupe ou le dégainage. Deux théories sont principalement avancées pour expliquer ce manque surprenant si l'on considère sa curiosité sur le plan martial.

La première voudrait que maître Ueshiba pensât ne jamais pouvoir égaler son maître, Takeda Sokaku, et se soit ainsi reporté sur la lance. Lance dont il devint un maître éminent et qui semble-t-il le rendit célèbre avant son travail à mains nues.

La seconde considère tout simplement que ce domaine ne l'intéressait pas particulièrement.

 

Les deux théories me semblent plausibles et on peut même envisager qu'elles soient toutes les deux justes, maître Ueshiba peu attiré par la pratique du sabre dans sa jeunesse se trouvant conforté dans ses choix en voyant qu'il ne pourrait rivaliser sur ce plan avec son maître. Une décision sur laquelle il revint d'ailleurs à l'hiver de sa vie puisqu'il utilisa régulièrement le sabre dans ses dernières années.

 

 

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Ueshiba Kisshomaru et Moriheï

 

 

Nouvelle vidéo de Haga Jun'ichi

J'ai eu récemment l'excellente surprise de découvrir une seconde vidéo de Haga Jun'ichi senseï en action. Probablement âgé d'une soixantaine d'années il y exécute plusieurs katas de Iaïdo.

J'ai beaucoup aimé ce film et je trouve la technique de Haga senseï glaçante. On ressent une grande tension guerrière lorsqu'on la regarde. Sans doute n'a-t-il pas atteint, tout du moins sur cette vidéo, le niveau de son maître, Nakayama Hakudo, dont le sabre exhale une quiétude apaisante. Mais l'intensité que dégage sa démonstration même arrivé à l'âge mur coïncide parfaitement à l'image que j'avais de lui suite aux anecdotes que j'avais entendues à son sujet.

 

 

 

 

Kendo ancien

Le film se termine sur des images d'un entrainement de Kendo particulièrement intense. Il semble que Haga Jun'ichi préservait dans son enseignement la forme ancienne du Kendo où le corps à corps, les projections et le travail au sol étaient toujours présents. Ce qui encore une fois colle parfaitement au personnage.

 

 

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Dureisseix Jean Luc 17/12/2010 18:45



Enfin un documentaire qui montre cette vielle forme de Kendo que j' ai eu l' occasion d' approcher dans ma recherche. J' ai même utilisé les Atemi. Comme cela ne correspondait pas à la vision du
Kendo en France, certains ont crus que j' avais inventé cette manière de combattre en mélangeant Kendo, Karate et Judo ce qui n' était pas du tout le cas mais une recherche qui était intégrée
dans le Yoseikan Budo à ses débuts sous une forme "plus moderne". Maintenant la pratique est différente tant en Kendo qu' en Yoseikan Budo d' ailleurs. Si bien qu' il y en a qui croient que cela
n' a jamais existé!


Amicalement.


Jean Luc



Léo Tamaki 18/12/2010 16:13



Je ne connais pas le monde du Kendo en France ni ailleurs. Il semble en effet que la pratique soit aujourd'hui assez uniformisée et c'est sans aucun doute un des effets pervers de la compétition.


 


J'espère qu'il existe certaines écoles où se savoir se perpétue mais cela est de moins en moins probable à mesure que le temps passe...


 


Amicalement,


 


Léo


 



diablo 17/12/2010 09:57



Il est des expériences que l'on a vécu avec des personnes qui doivent rester de l'intime.


Votre blog est trés interessant pour certaines choses mais pour d'autres.....


 



Léo Tamaki 18/12/2010 16:11



Cher Diablo,


 


Je ne comprends pas ce qui dans cet article a pu faire naître vos réserves. Pour le reste il s'agit d'un blog personnel dans lequel je parle de choses qui me sont personnelles en mettant une
limite que j'ai choisie arbitrairement car elle me convient. Je regrette si cela n'est pas le cas pour vous. Je n'ai malheureusement pas d'autres solutions à vous proposer que de passer sur les
passages qui vous gênent ou de cesser de me lire.


 


Cordialement,


 


Léo Tamaki


 



Spiral 17/12/2010 09:19



O !


ce qui est le plus déconcertant , c'est de trouver une certiane "légèreté dans le corps pour avoir de tels mouvements.  Cela semble facile tant qu'on a pas eu un sabre à dégainer, je pense !


Salutations sabrées !



Léo Tamaki 18/12/2010 16:08



En effet la marque des maitres est de donner une impression de facilité alors que ce qu'ils font est extrêmement difficile...


 


Amicalement,


 


Léo


 



davy 17/12/2010 03:49



Bonjour Leo,


 


Je me suis toujours demandé pourquoi l'aikido et le style Muso Shinden du Iai se sont retrouvés "mariés" de la sorte ; peut être l'importance donnée à la pratique assise .. ? Pourrait tu
m'éclairer à ce sujet ? Ca semble en tout cas typique de cette école de sabre ; ça me rebutait au début


"quelle idée ?! du sabre assis ...


maintenant je me dis "mais pourquoi pas ?"


et peut être qu'un jour je me dirai "mais c'est bien sur "


 


J'ai ma foi bien peu de culture martiale mais je trouve qu'on a cette chance ; ce travail de l'assise, ce travail de la mobilité basse ; cette autre forme de travail au sol, on part d'une posture
la plus intègre qui soit et l'on se doit de la garder coûte que coûte au péril de sa vie.


J'ai demandé maintes fois à plusieurs personnes très qualifiées "mais pourquoi suwari waza ?" les réponses m'ont souvent semblées bizarres "on travaille de la sorte parce que c'est éducatif. - on
travaille de la sorte pour apprendre à se mouvoir - parce que c'est bon pour le bassin " un peu comme si suwari waza était une sorte de préambule, une introduction à quelque chose.


Ca me semble plutôt être pour ma part un aboutissement ; ce vers quoi il faudrait tendre ; il est difficile d'être agressif quand on est assis, il est si simple d'être fier et arrogant quand on
est debout.


 


Bien à toi mon cher Leo ; cela m'a fait vraiment plaisir de vous revoir avec Julien à Argenteuil c'était un beau moment. Merci


 


Davy



Léo Tamaki 18/12/2010 16:07



Bonjour Davy,


 


Il y a plusieurs pistes de réponse. La première est que le Muso Shinden ryu est l'école de Iaïdo la plus répandue. Tout pratiquant d'Aïkido intéressé par le Iaï aura ainsi statistiquement plus de
chance de trouver un enseignant de Muso Shinden.


 


La seconde vient probablement de l'amitié qui liait Nakayama senseï à Ueshiba senseï et, plus proche de nous, du lien entre les maîtres Haga et Tamura.


 


Concernant la position assise dans l'enseignement du Iaï elle est fréquente dans les écoles anciennes. Mais je crois qu'il faut y voir une contrainte pour former le corps. C'est en tout cas le
cas dans le Shinbukan où cette forme de travail permet de développer ukimi, le corps flottant. Ce n'est pas dans cette école l'assise qui est donc recherchée par cette position.


 


Pour l'intérêt du suwari waza il est multiple et mériterait des pages de développement. Très brièvement il éduque en effet le corps mais fait aussi intégrer une façon de penser et réagit à des
métaphores de situations réelles. On y apprend dans les écoles anciennes à attaquer par surprise ou se défendre de situations communes du quotidien. C'est aussi un travail qui permet de
développer les capacités de combat au sol. C'est en tout cas pour moi un pan de la discipline à part entière comme cela semble l'être aussi pour toi.


 


Ca m'a aussi fait très plaisir de te revoir Davy.


 


A très vite j'espère.


 


Amicalement,


 


Léo


 



Lahcen/agadir 17/12/2010 01:23


Moi qui aime le kendo et le iaido,je me demande toujours en quoi ça peut m aider dans mon aiki?une simple question :)


Léo Tamaki 29/03/2016 20:04

Bonjour,

Oui, nous ne pouvons que spéculer sur la parenté de ce que nous faisons avec les pratiques du passé. Mais c'est une réflexion riche d'enseignements :-)

Merci pour la lecture,

Léo

Chichounet 25/02/2016 20:22

Tout d'abord, merci Léo pour cet article intéressant.

Ensuite si je peux me permettre, concernant le sabre au sens large, au début il était étudié debout parce que sur les champs de bataille, on ne s'en servait pas en prenant le thé, disons.
Puis (je fais très vite !!) les écoles se sont affinées, on a étudié des techniques pour se servir d'un sable en intérieur (d'ailleurs beaucoup plus court que ce que l'on imagine et utilisons maintenant) et de toutes sortes d'instruments.
Aujourd'hui, on dit que les techniques avec sabre à partir de saeza, c'est pour "former le corps", c'est pas totalement faux, mais c'est surtout pour donner du grain à moudre à l'élève, qu'il ne se pose pas de questions, n'en pose pas (surtout pas !!) mais qu'il fasse. Avec le temps, les réponses à ses questionnements viendront à lui naturellement.

Parmi les kilos de Doc trainant sur le net à propos de l'évolution de l'utilisation du sabre et de ses dérivés, je vous donne un lien instructif piqué sur le blog également très bien fait d'un copain.
A sa lecture, certains y verront un peu plus clair.
https://surlespasdemars.files.wordpress.com/2016/02/muta.pdf
Je ne vous présente pas l'article (toujours pour faire court), reportez vous à l'introduction et lisez la suite.

Il reste qu'il est fort vraisemblable que ce que nous faisons maintenant ne ressemble que de très loin à ce qu'il se faisait avant dans toutes les disciplines avec armes.

Léo Tamaki 18/12/2010 15:56



Il n'y a pas de réponse simple et définitive à une telle question. Il est possible de consacrer sa vie à une seule discipline aussi bien que de ne suivre qu'un seul maître, comme il est possible
d'en étudier plusieurs et/ou de suivre l'enseignement de plusieurs maîtres.


 


Il s'agit de choix que nous devons faire seuls selon nos goûts, nos attentes et nos objectifs.


 


A titre personnel j'ai fait le choix de multiplier les expériences afin de trouver ce qui me convenait. Mais comme pour la compagne d'une vie, certains trouvent leur bonheur dès la première
tentative ;-)


 


Pou te donner quelques indications plus précises je dirai que les "formes" extérieures du Kendo et des Iaïdos les plus répandus ne sont pas transposables telles quelles dans la majorité des
écoles d'Aïkido. En revanche elles développeront des qualités qui se transfèreront naturellement.


 


Amicalement,


 


Léo