Budo no Nayami

Ryoan-ji, l'essence du jardin Zen

30 Août 2012 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Japon

Karesansui

Karesansui est un mot japonais composé de trois kanjis (idéogrammes) signifiant sec, montagne et eau. Il désigne les jardins de pierres et de sables présents dans de nombreux temples japonais. Ces jardins secs célèbres à travers le monde sont des monuments de l’esprit zen. Parmi ces chefs d’œuvres d’esthétique épurée, le Ryoan-ji, temple du dragon paisible, est sans conteste le plus célèbre…

 

 

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Ryoan-ji karesansui

 

 

Bref historique

Le Ryoan-ji est aujourd’hui un temple de l’école Myoshinji de la branche Rinzaï du Zen. Il se trouve au nord-ouest de Kyoto près du Ninna-ji et du Kinkaku-ji, le pavillon d’or.

 

C’est en 983 que fut construit le premier bâtiment à l’endroit où se trouve l’actuel Ryoan-ji par la famille Fujiwara et où vécut un empereur retiré. De cette première période seul subsiste le large étang du jardin inférieur, Kyoyochi « l’étang en forme de miroir » qui fut créé au douzième siècle.

 

Daiunzan Ryoan-ji fut construit en 1450 par Hosokawa Katsumoto, l’un des plus puissants seigneurs de l’époque, vassal du shogun Ashikaga. Il y vécut au milieu des moines jusqu’à sa mort en 1473. Détruit pendant la guerre d’Onin (1467-77) qui dévasta la majeure partie de Kyoto, et un incendie en 1488, le temple fut reconstruit par son fils Masamoto. Le karesansui aurait été construit à cette époque vers 1499.

 

 

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Rocher entouré de mousse du jardin zen du Ryoan-ji

 

 

Le Ryoan-ji se situe dans un quartier tranquille au nord ouest de Kyoto. Il compte de nombreux bâtiments au milieu d’un immense jardin. Dès que l’on passe la porte principale, le Sanmon, on arrive près de l’étang Kyoyochi. Après avoir traversé le paisible jardin, on découvre le bâtiment principal qui abrite le karesansui qui fait la renommée du Ryoan-ji à travers le monde.

 

Une fois ses chaussures enlevées, on pénètre un lieu emprunt d’une sérénité encore plus palpable que dans le reste de l’ensemble. Envahi par une douce quiétude qui invite à la méditation, il ne reste qu’à s’asseoir et jouir tranquillement du jardin du temple du dragon paisible…

 

 

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Le jardin zen du temple du dragon paisible

 

 

Le mystère de la création

L’histoire du karesansui du Ryoan-ji reste mystérieuse. On ne connaît ni son architecte, ni sa date exacte de réalisation, ni son apparence originelle.

On attribue généralement la conception du jardin à Soami (1480-1525), artiste célèbre pour ses peintures qui contribua aussi au Daisen-in et au Ginkaku-ji. Il se peut aussi que les concepteurs fussent des moines, des professionnels anonymes ou encore qu’il s’agisse d’une œuvre de groupe. Les archives du temple ne permettent pas d’éclaircir l’origine du jardin et la seule trace indiscutable est celle des noms Kotaro et Hikojiro qui sont ciselés au dos d’une des pierres. Probablement le nom de professionnels qui participèrent à la construction. Quand à leur participation dans l’élaboration cela reste un mystère…

 

 

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Un chef d'œuvre de l'art zen

 

 

Une apparence fluctuante

L’apparence originale du karesansui du Ryoan-ji est aussi inconnue. S’il est évident que ce que l’on admire aujourd’hui diffère de la création originale, il est impossible de dire avec certitude dans quelle mesure et en quoi.

Il est admis que lors de sa conception le jardin « empruntait » des éléments du paysage lointain dans un processus commun à la composition des jardins japonais. Ces vues disparurent lentement pour donner naissance à d’autres au cours des siècles, à mesure que les cèdres, pins et cerisiers au sud du jardin croissaient.

 

En 1789 un terrible incendie détruisit le modeste bâtiment du temple qui fut remplacé par une structure plus imposante transférée d’un autre site. Un autre incendie en 1797 nécessita la reconstruction de la zone au sud du karesansui. Un sentier ouvert fut remplacé par un mur et une nouvelle porte qui restreignirent la vue du jardin à la seule véranda, à laquelle on ajouta un toit.

 

Le karesansui du Ryoan-ji mesure trente mètres d’est en ouest et dix mètres du nord au sud. Au nord il est bordé par la véranda du hojo, la chambre de l’abbé. Fait de bois et de papiers, le bâtiment est un chef d’œuvre à part entière. Le contact du plancher de la véranda, poli par les ans, offre une sensation extrêmement apaisante. Le jardin fut d’ailleurs créé en concevant la vue à partir de cette véranda, où les moines zen méditaient en l’observant.

 

Les murs entourant le jardin sont faits d’argile et d’huile bouillie. Blancs à l’origine, ils ont aujourd’hui acquis une douce couleur ocre, sur laquelle de fines pellicules d’huile créent des motifs abstraits.

 

Le jardin lui-même est composé de quinze rochers de tailles différentes sans formes particulières, dont certains sont entourés de mousse, regroupés en cinq groupes de 5, 2, 3, 2 et 3. Ils sont entourés de gravier et de sable blancs qui sont ratissés quotidiennement.

 

 

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Un jardin zen aux significations multiples

 

 

De multiples interprétations

Depuis plusieurs siècles, les érudits débattent de la signification du jardin du Ryoan-ji, et il existe de nombreuses interprétations de cet austère assemblage de pierres. Ces quinze rochers sont d’ailleurs probablement à l’origine de plus de discussions et écrits que tous les autres karesansui réunis…

 

L’une des expressions poétiques les plus célèbres désignant le jardin le décrit comme "une tigresse traversant la mer avec ses petits". Il est aussi souvent interprété comme représentant un groupe d’îles au milieu d’un océan.

 

Si de nombreux karesansui utilisent des pierres aux formes spéciales, celles du Ryoan-ji sont d’une simplicité stupéfiante, et c’est évidemment dans la composition et le travail sur le vide et l’espace que s’est portée l’attention du(des) concepteur(s).

 

 

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Une composition sur le vide et l'espace

 

 

Un des mystères du karesansui du Ryoan-ji est le fait que quel que soit l’endroit où vous vous tenez il est impossible de voir l’ensemble des rochers. On ne peut en voir que quatorze à la fois et il est dit que seul celui qui a atteint l’illumination peut voir le dernier rocher invisible...

 

 

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Ryoan-ji en hiver

 

 

Immobile mais changeant, le jardin du Ryoan-ji offre une vue toujours renouvelée, et chaque saison le révèle sous un autre jour. 

 

 

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Au bout de la véranda...

 

 

Tsukubai du Ryoan-ji

Après la véranda, on poursuit son chemin en faisant le tour de la chambre de l’abbé. A l’arrière se trouve un jardin où quelques arbres poussent au milieu d’un magnifique parterre de mousse. S'y trouve aussi une tsukubai (bassin à eau en pierre, littéralement "endroit où l’on se penche"), où l’on se rinçait les mains et la bouche avant de pénétrer dans le pavillon de thé Zorokuan.

 

 

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Tsukubai du Ryoan-ji

 

 

Cette célèbre tsukubai aurait été offerte par un puissant membre de la famille des Tokugawa, Tokugawa Mitsukuni (1628-1700), célèbre pour avoir compilé le Dai Nippon Shi, la grande histoire du Japon en 397 volumes.

 

La tsukubai est composé d’un centre carré et creux, où coule de l’eau provenant d’un bambou servant à se purifier. Le carré représente un kanji, et il est entouré de quatre autres caractères. La finesse de cette composition est qu’un kanji peut être soit simple, soit composé de plusieurs caractères. Dans le cas de cette tsukubai, le kanji du centre est associé à chacun des quatre caractères qui l’entourent. Lus dans le sens des aiguilles d’une montre ils signifient alors une très célèbre maxime zen possédant de multiples niveaux de compréhension, "je n’apprends qu’à être satisfait".

 

 

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"Je n'apprends qu'à être satisfait"

 

 

Après la tsukubai se trouve un tsubaki (camélia), puis le pavillon de thé Zorokuan qui, comme d’autres bâtiments dans l’enceinte du temple, n’est pas accessible au public afin de le préserver.

 

 

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Entrée du Zorokuan

 

 

Le karesansui du Ryoan-ji est un lieu magique. A mesure que le temps passe, on se retrouve absorbé hors du temps dans un état contemplatif. La quiétude qui naît de l’observation de ces quelques rochers est un mystère aux origines inconnues, mais dont les effets sont palpables. Les sentiments et les émotions que font naître ces pierres sont doux et paisibles, que l’on s’y attache ou que l’on arrive à les laisser passer comme le veut le Zen…

 

 

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Ryoan-ji...

 

 

En décembre 1994 le Ryoan-ji fut inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

 

Site officiel du Ryoan-ji

 

 

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Commenter cet article

Alex 07/09/2012 11:57


Il y a des Koi dans le lac en contrebas, donc 2 minutes de marche :)


Pour mettre un petit bemol au tableau idyllique, le lieu est souvent rempli de touristes de tous horizons (la plupart respectent le calme du lieu mais ... pas tous), collegiens en visites etc ...
qui font qu'il faut un peu de chance pour vraiment profiter du "zen" qui s'en degage.


Merci

Léo Tamaki 09/09/2012 23:14



En effet, pour éviter les touristes il est impératif de venir à l'ouverture ou peu avant la fermeture. Moins d'une heure après l'ouverture les premiers cars de touristes arrivent déjà et la magie
n'opère plus...


 


Léo


 



celine 04/09/2012 21:39


ca manque quand meme un peu de bestioles ... j'adore les koï

Léo Tamaki 04/09/2012 22:58



Ah c'est un autre type de jardin. Une autre ambiance ;-)


 


Léo


 



jean luc Berteloot 04/09/2012 18:49


Bonjour;


Photos somptueuses qui amènent  une question: ou trouver une école Rinzaî à Paris? Un grand merci pour cet instant de calme .


JLB

Léo Tamaki 04/09/2012 22:58



Je n'en connais pas. En revanche il est assez facile de trouver du soto zen.


 


Merci pour la lecture,


 


Léo


 



ivan BEL 03/09/2012 17:55


Superbe ces images, merci. Au passage, si tu as l'occasion sur Toulouse un jour où l'autre, va au jardin japonais du parc Compans Cafarelli, il est très beau aussi etassez grand (jardin sec,
étang, colline, temple, tout y est). J'y vais 3 ou 4 fois par an, pour contempler.


Bonne rentrée Léo.

Léo Tamaki 04/09/2012 13:37



Merci pour l'adresse, j'y ferai un saut dès que j'ai l'occasion ;-)


 


Bonne rentrée!


 


Léo