Budo no Nayami

Interview Sunadomari Kanshu, le maître du "laisser agir"

28 Août 2011 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Interviews

Sunadomari Kanshu (1923 – 2010) fut l'un des géants de l'Aïkido. Il débute la pratique à l'âge de 18 ans en devenant uchi-deshi du fondateur Ueshiba Moriheï en 1941. L'accompagnant durant les années de guerre il l'assistera notamment dans les cours donnés à la police militaire, la terrible Kempeïtaï. Enrôlé à son tour Sunadomari senseï survivra et reprendra la pratique aux côtés d'Osenseï après la guerre. Il deviendra à 38 ans le plus jeune 9ème dan de l'Aïkido. Voici en exclusivité sa dernière interview.

 

 

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Sunadomari Kanshu et Ueshiba Moriheï devant le Manseïkan à Kumamoto

 

 

Bonjour senseï. Comment avez-vous découvert la pratique de l'Aïkido?

Ma famille faisait partie de l'Omoto kyo et mon frère aîné pratiquait de longue date. J'avais donc eu connaissance de l'Aïkido depuis mon enfance mais sans jamais le pratiquer. La 16ème année de l'ère Showa je suis allé à Tokyo et j'ai rencontré Ueshiba Moriheï pour la première fois. Il m'a dit "Que penserais-tu de devenir uchi-deshi?" et c'est ainsi que tout a commencé. Le lendemain je commençai la pratique à ses côtés.

 

(Note du traducteur : - Omoto kyo: "Eglise de la Grande Origine", est un courant religieux fondé à la fin du 19ème siècle. Il eut un impact très fort sur Ueshiba Moriheï à travers le charismatique Deguchi Onisaburo, beau-fils de la fondatrice et figure centrale du mouvement.

- Ere Showa: Le Japon emploie aujourd'hui encore un calendrier lié aux évènements impériaux. La 16ème année de l'ère Showa correspond à l'année 1941.

- Uchi deshi: disciple interne qui habite généralement avec le maître et l'assiste dans chaque instant de sa vie en échange de son apprentissage.)

 

Comment était la vie aux côtés de maître Ueshiba à cette époque?

C'était un moment très difficile pour le Japon. La plupart des élèves étaient partis au front et j'étais le seul uchi-deshi. Je n'avais pas vingt ans et j'étais encore un adolescent mais je devais par exemple accompagner Osenseï lorsqu'il allait enseigner à la Kempeïtaï.

 

(N.d.t. : - Kempeïtaï: Police militaire japonaise équivalente à la gendarmerie. Parfois comparée à la Gestapo la Kempeïtaï a été démantelée en 1945.)

 

 

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Sunadomari senseï fut l'assistant d'Osenseï lorsqu'il enseignait à la Kempeïtaï

 

 

Comment se passait l'enseignement au Kempeïtaï?

Nous allions enseigner aux militaires mais à cette époque je ne connaissais rien! C'est Osenseï qui se chargeait habituellement de l'enseignement. J'étais son disciple et c'était mon devoir de l'accompagner malgré ma jeunesse. Le Kempeïtaï était un groupe d'élite qui attirait des gens très durs et très forts mais nous leur apprenions des techniques qu'ils ne connaissaient pas. Même des techniques simples sont efficaces si l'adversaire ne les connaît pas.

Aujourd'hui je pense que ça a été très formateur mais je me revois, ce n'était qu'un gamin qui leur enseignait… Quand je devais y aller seul c'était vraiment difficile mais par chance j'y allais généralement simplement comme assistant d'Osenseï. Je leur servais de partenaire, les corrigeait. J'étais encore un enfant mais c'était ce genre d'époque… Dans ces situations où les personnes qui vous font face sont nettement plus puissantes vous vous retrouvez face aux limites de votre cœur.

 

C'était une très grande responsabilité pour un jeune homme.

Oui. Malheureusement c'était la guerre et les gens avaient d'autres responsabilités. Il s'est passé tellement de choses… Les femmes aussi devaient assumer beaucoup de charges. L'Aïkido m'a appris beaucoup et permis de traverser ces épreuves et ces expériences ont permis à mon cœur de grandir.

 

 

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L'Aïkido m'a appris beaucoup et permis de traverser ces épreuves, et ces expériences ont permis à mon cœur de grandir.

 

 

Beaucoup d'uchi-deshis racontent qu'il n'était pas toujours évident d'accompagner maître Ueshiba.

C'est vrai! J'étais son otomo et je me devais de veiller à tout pour Osenseï. C'était difficile mais drôle à la fois. Pour un adulte cela aurait sans doute été facile mais pour un adolescent comme moi c'était un véritable shûgyo. Il m'a laissé faire cela parce qu'il n'y avait personne d'autre. (rires)

Par exemple lorsqu'Osenseï marchait dans la rue il était plus rapide que les gens normaux. Il ne marchait jamais lentement et il était très dur de le suivre! Il ne se déplaçai pas comme la plupart des gens en avançant les jambes mais marchait par les hanches.

 

(N.d.t. : - Otomo: Accompagnateur, escorte. Les uchi-deshis devaient précéder Osenseï pour acheter les billets, porter les bagages éventuels et veiller à son bien-être.

- Shûgyo: apprentissage, ascèse. Dans le cadre de la pratique martiale il s'agit en général d'un entrainement intense et austère.)

 

 

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J'étais son otomo et je me devais de veiller à tout pour Osenseï.

 

 

L'entraînement à cette époque était-il dur, sévère?

Non. Nous nous entrainions matin et soir et il y avait quelques personnes de l'extérieur qui venaient aussi. C'était un moment très difficile mais en tant qu'uchi-deshi je vivais aux côtés de Ueshiba Moriheï senseï et j'ai pu beaucoup apprendre en l'observant au quotidien. Un point important est la façon dont on reçoit, on absorbe les choses. Au dojo on reçoit la technique mais il est aussi important d'absorber l'esprit dans chaque instant de la vie.

 

Le fait de faire partie de l'Omoto kyo vous a-t-il permis de mieux comprendre l'Aïkido?

Je ne sais pas si on peut dire cela mais je partageais la même religion qu'Osenseï et ainsi certaines choses qui pouvaient en déconcerter ou laisser d'autres de marbre me paraissaient évidentes et naturelles.

Il est important de comprendre l'esprit et de ne pas se limiter à l'apprentissage de formes techniques. Mais il ne faut pas non plus que ce soit seulement une pratique spirituelle. Les deux sont un.

 

 

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Je partageais la même religion qu'Osenseï et ainsi certaines choses qui pouvaient en déconcerter ou laisser d'autres de marbre me paraissaient évidentes et naturelles.

 

 

Quel était votre état d'esprit à l'époque?

Je m'appliquais à être le meilleur uke possible et à sentir son cœur et son intention, à rentrer dans le monde des dieux dans lequel il vivait.

 

(N.d.t. : - Uke: Celui qui reçoit. Sunadomari emploie selon le contexte les termes uke et aïte, l'autre. Uke n'est pas ici à prendre dans un sens négatif, passif. Recevoir est ici une action dans laquelle Sunadomari senseï s'impliquait totalement.)

 

Osenseï corrigeait-il des détails techniques lorsqu'il enseignait?

Non, jamais mis à part à de très rares occasions avec des débutants. Ce n'était pas sa façon de transmettre. Il est plus efficace de transmettre par le corps, tant la technique que l'esprit. C'est une des particularités et des richesses de l'Aïkido.

Mais ne pensez pas non plus qu'il s'agisse d'un travail de formes extérieures. Il faut rentrer dans le monde de l'esprit. Ueshiba Moriheï était doté d'une force stupéfiante mais il avait dépassé cela en entrant dans le monde de l'esprit par la religion. Ne restez pas à la surface des choses et pénétrez dans le monde du cœur. Vous possédez tous ce monde en vous.

L'Aïkido n'est pas une méthode de renforcement du corps pour battre un adversaire. Lorsque l'on rentre dans le monde de l'esprit un adversaire peut être vaincu par un simple petit doigt. Mais si vous restez dans le monde de l'opposition votre petit doigt sera brisé.

 

 

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Ne restez pas à la surface des choses et pénétrez dans le monde du cœur. Vous possédez tous ce monde en vous.

 

 

Quelles sont les limites techniques de l'Aïkido?

Il n'y en a pas. On peut créer ses propres techniques. Si on comprend les fondements on peut créer les techniques à l'infini, on n'a pas besoin qu'on vienne nous les enseigner. On aperçoit alors la merveilleuse beauté de l'Aïkido.

Si on ne comprend ne serait-ce qu'une seule technique d'Aïkido toutes les variations naîtront spontanément.

 

Le travail du sabre est-il important?

On peut utiliser le sabre en démonstration pour mettre en évidence un point particulier mais fondamentalement c'est la même chose qu'à mains nues et il n'est pas nécessaire de faire un entrainement spécifique.

 

 

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Sunadomari Kanshu senseï, 9° dan

 

 

Osenseï enseignait-il le travail des armes?

Non il ne l'enseignait pas. Il n'enseignait que le Taïjutsu. En privé toutefois nous travaillions le sabre, la lance, la baïonnette… Il utilisait les armes pour son entrainement personnel.

 

(N.d.t. : - Taïjutsu: Techniques du corps, désigne le travail à mains nues en Aïkido.)

 

Pensez-vous que le travail des armes doit être intégré dans la pratique de l'Aïkido?

On peut utiliser les armes lorsqu'on a atteint un certain niveau. Mais les débutants ne doivent pratiquer que le Taïjutsu. Il ne faut pas travailler les armes avant d'être familiarisé avec les techniques de l'Aïkido.

 

Lorsque vous appliquez des techniques ce n'est absolument pas douloureux. Comment était-ce avec Osenseï?

Osenseï ne faisait jamais mal lorsqu'il montrait une technique. C'est entre nous que nous forcions pour voir si cela marchait ou pas. (rires)

Mais l'Aïkido ne doit pas être utilisé. L'Aïkido est si efficace que même une femme ayant peu de force musculaire pourra maîtriser aisément un homme fort. Pourtant la pratique ne doit pas être utilisée pour combattre et il ne faut jamais blesser aïte. La capacité est là mais ne doit pas être mise en action. 

 

 

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Osenseï ne faisait jamais mal lorsqu'il montrait une technique.

 

 

Quel était le type d'élèves qui venaient étudier avec Osenseï?

Osenseï enseignait aux gens qui voulaient apprendre. C'était la guerre et il y avait beaucoup de militaires mais aussi des chefs d'entreprise, leurs épouses, leurs enfants. En fait l'Aïkido s'est surtout développé après la guerre et c'est là que le nombre de gens désirant pratiquer a énormément augmenté. Les cours étaient ouverts à tous et les gens pouvaient plus facilement se libérer.

 

La technique d'Osenseï a-t-elle changée après la guerre?

Ce n'est pas tant la forme technique qui a changée. Bien sûr la technique évolue naturellement. Souvent ce n'est pas quelque chose que l'on construit volontairement mais qui se fait spontanément. Un jour je me suis aussi rendu compte que ma technique avait évoluée. Je crois qu'il en a été de même pour Osenseï. C'est un processus naturel et vous aussi votre technique se modifiera et deviendra vôtre. A partir de ce que vous avez étudié vous développerez votre propre pratique dans le temps.

 

 

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 "... la technique évolue naturellement. Souvent ce n'est pas quelque chose que l'on construit volontairement mais qui se fait spontanément."

 

 

Vous dites que "ce n'est pas tant la forme technique qui a changée". Est-ce une évolution spirituelle, philosophique?

Oui, c'est cela. Maître Ueshiba avait une force phénoménale et il l'avait notamment développée lors de son passage dans l'armée. Dans le même temps sa foi lui donnait une incroyable force spirituelle et cela a profondément modifié sa pratique technique. Il faut savoir cela pour comprendre l'Aïkido et ceux qui prennent plaisir à battre leurs adversaires en employant la force dans les techniques font fausse route. Il faut s'harmoniser avec l'autre. C'est ce genre de choses que j'ai étudié aux côtés d'Osenseï.

 

Est-il nécessaire de connaître le Shinto ou l'Omoto kyo pour comprendre l'Aïkido?

J'étais d'abord dans le monde de la religion et c'est ainsi que j'ai rencontré Osenseï. Les gens qui rentrent directement dans l'Aïkido ont parfois du mal à en saisir l'essence et j'ai à cœur de leur transmettre l'état d'esprit qui pouvait être celui de Ueshiba Moriheï dans la pratique.

L'Aïkido est une Voie qu'a créé Osenseï sur la base de ses ascèses martiales et religieuses. Mais l'Aïkido se suffit à lui-même. L'Aïkido est une Voie complète et il n'est pas nécessaire d'étudier la religion ou quoi que ce soit pour le comprendre.

 

 

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L'Aïkido est une Voie complète et il n'est pas nécessaire d'étudier la religion ou quoi que ce soit pour le comprendre.

 

 

Il suffit donc de pratiquer l'Aïkido?

Il suffit de pratiquer l'Aïkido en ayant à l'esprit le cœur d'Osenseï. Tout est là dès la première technique de l'Aïkido.

 

Depuis la mort d'Osenseï de nombreux courants sont apparus et les formes ont peu à peu changées. Pensez-vous que c'est une bonne ou une mauvaise chose?

Il y a beaucoup de formes d'Aïkido et c'est sans importance. Comme je vous l'ai dit la technique évolue et c'est naturel. Ce qui est essentiel c'est le cœur, l'état d'esprit.

Au fil du temps vous en viendrez sans doute à pratiquer différemment. Il ne faut pas simplement transmettre ce que vous avez étudié et vous participerez vous-même à la création. Les techniques jailliront spontanément si vous pensez à vous unir à aïte au lieu de penser à le terrasser. C'est un point important.

Si on ne rentre pas dans l'esprit on continue à travailler des formes qui n'ont pas de sens et on finit par rentrer dans le monde de la compétition de force. Il faut s'entraîner en conservant dans le cœur l'esprit de Ueshiba Moriheï. Les dojos où l'esprit d'Osenseï est préservé et ceux où il est absent sont très différents. On le sent instantanément.

 

 

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Les dojos où l'esprit d'Osenseï est préservé et ceux où il est absent sont très différents.

 

 

Comment est né votre dojo?

A la fin de la guerre je suis revenu à Kyushu et j'ai voulu diffuser l'Aïkido. Au départ personne ne connaissait cette discipline. Il fallait rassembler des gens, faire des démonstrations. Peu à peu les choses se sont développées et ça a été une grande chance de pouvoir créer ce dojo ici à Kumamoto où Osenseï est venu régulièrement. Cela a permis de réunir des gens de tous horizons bien au-delà de la ville mais de toute l'île de Kyushu.

 

(N.d.t. : - Kyushu: Troisième plus grande et plus méridionale des quatre îles principales du Japon.)

 

Vous avez parlé de "monde de compétition de la force". Pouvez-vous nous en parler un peu plus?

Il ne faut jamais mettre de force en Aïkido sinon on rentre dans le monde de la compétition. Il faut s'abandonner, ici et maintenant.

Dans la pratique nous avons trois possibilités distinctes. Mettre la force. Enlever la force. Laisser agir. C'est à partir de là que tout naît. Lorsque vous me saisissez si je mets de la force nous rentrons en compétition, c'est de l'opposition. Si vous me relâchez mon bras restera en l'air, tendu. Si au contraire j'enlève la force je subirais votre geste. Lorsque vous me relâcherez mon bras tombera inerte. Maintenant il existe une troisième voie qui est celle de l'Aïkido, le laisser-agir. Lorsque vous me saisissez je ne fais rien. Si vous me relâchez mon bras descendra mais c'est très différent de ce qui se passe lorsqu'on enlève la force. C'est un principe essentiel de l'Aïkido à partir duquel tout naît. Je voudrais vraiment que vous vous entrainiez en comprenant cela. Même si il n'y a que cela que vous retenez j'aimerai que vous le gardiez à l'esprit dans votre pratique.

C'est évidemment la même chose quelle que soit l'attaque. Si vous comprenez ne serait-ce que cela vous aurez une véritable liberté quelle que soit l'attaque et le nombre d'opposants.

 

 

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Laisser agir.

Sunadomari senseï faisant sentir ce principe à Antoine Chatry lors du Masters tour 2010

 

 

Est-ce la même chose lorsque l'on emploie le sabre?

C'est exactement le même principe.

Si vous mettez de la force vous rentrez dans le monde de la compétition, de la rivalité. Abandonnez-vous. Le "laisser-agir" est une sensation agréable. L'homme est fait d'un corps et d'un esprit. L'Aïkido est une voie vers leur état le plus élevé. C'est en gardant cela à l'esprit que vous devez pratiquer. La différence avec la religion est que l'on utilise le corps pour s'élever. C'est pourquoi il ne faut pas s'opposer à l'autre. Ne rentrez pas dans le monde de l'opposition car vous serez vaincus un jour ou l'autre. Laissez agir.

C'est à la fois simple et très difficile car c'est un problème de cœur. C'est quelque chose qu'on ne peut comprendre avec l'intellect et qui doit être travaillé, expérimenté, vécu. C'est cela qui doit être étudié, c'est notre shûgyo. Quelle que soit la façon dont nous sommes attaqués nous devons rester libres. Selon la façon dont nous sommes attaqués la technique change mais l'esprit reste le même.

S'harmoniser, devenir un, est le cœur de l'Aïkido. L'Aïkido est une prière. Si on comprend cela la technique prend une profondeur que l'on ne peut imaginer.

 

 

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L'Aïkido est une prière. Si on comprend cela la technique prend une profondeur que l'on ne peut imaginer.

 

 

Que doit-on avoir à l'esprit lorsque l'on veut laisser-agir?

Il ne faut rien avoir de particulier à l'esprit. C'est une question d'abandon. S'il existe une intention ou un désir la force va arriver. Si on laisse-agir les techniques arriveront spontanément. Si on pense à lutter ou à se battre le corps va se durcir et les techniques ne pourront pas jaillir. L'essentiel est le cœur.

J'enseignais à la police à des gens très très forts qui s'entrainaient énormément et qui avaient des corps très puissants. Si j'avais essayé de faire avec la force j'aurai été battu à chaque fois. C'est très mystérieux, lorsqu'on réussi véritablement à s'abandonner on peut terrasser et maîtriser très facilement des personnes très fortes. Je pouvais alors leur enseigner toutes les techniques d'arrestation.

 

Si on met la force on rentre dans le monde de l'opposition. Si on enlève la force on devient faible. Il faut rentrer dans le monde du non-agir mais on se retrouve face à notre propre cœur. Le problème n'est pas d'ordre technique mais spirituel.

 

 

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L'essentiel est le cœur.

 

 

Quelle est la différence entre "enlever la force" et "laisser-agir"?

C'est vrai que lorsque l'on retire dans les deux cas ça tombe. Le problème est dans le cœur, c'est une question d'union entre le corps et l'esprit. C'est lorsque les deux sont unis que l'on peut laisser-agir. L'état d'esprit change tout. Dès lors que l'on a la pensée de terrasser l'adversaire il n'y a pas d'union en nous et on ne peut réaliser cela. Tout devient alors très difficile et demande beaucoup d'efforts.

 

Est-ce le sens du Aï de Aïkido?

L'esprit d'union est dans le Aï de Aïkido mais c'est très difficile à faire vivre. Il y a l'union entre notre cœur et notre esprit, aïte et nous, l'univers et nous… Il est aisé d'en parler mais très difficile de le réaliser. Il faut comprendre que l'Aïkido est comme une prière. C'est un des fondements de l'Aïkido. Il faut porter en soi le cœur du ciel et de la terre. C'est ce qui nous permet de vivre dans cette grande nature. C'est aussi un des enseignements des religions. Cela nous permet de faire partie de ce grand tout. Il faut avoir l'amour pour toute chose. Il faut dépasser ses inclinaisons personnelles, ses petits sentiments. C'est la voie du Budo, de l'Aïkido. C'est quelque chose d'extrêmement difficile d'ouvrir son cœur mais c'est ce que disait et enseignait le Fondateur, Ueshiba Moriheï. Aïki to wa aï nari.

 

(N.d.t. : - Aïki to wa aï nari: L'Aïki est amour. Parole du fondateur de l'Aïkido répétée à chaque cours du Manseïkan Aïkido.)

 

 

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Aïki to wa aï nari: L'Aïki est amour.

 

 

L'esprit de l'Aïkido serait alors une des clés de son application technique?

Oui, pour comprendre la technique de l'Aïkido il faut en comprendre l'esprit. Le problème était pour nous de comprendre et mettre cela en pratique.

Il ne faut pas vouloir terrasser mais chercher l'union et la technique jaillira. L'Aïkido est une technique d'harmonie qui ne détruira pas l'adversaire et sera bonne pour notre corps et notre santé. Lorsque l'on détruit ou terrasse quelqu'un il y a un sentiment négatif de revanche qui naît. Chaque religion a ce type d'enseignement. Peut-être que vous ne comprenez pas encore ce que je vous dis et ce n'est pas grave. Mais gardez cela dans votre esprit car c'est au cœur de l'Aïkido.

 

Pouvez-vous développer la notion d'union?

Il y a en Aïkido ce qu'on appelle musubi. Cette union peut être comprise à de nombreux niveaux tant spirituels que techniques. Pratiquement quelle que soit la façon dont on est attaqué il est possible de faire le musubi.

Il y a les techniques qui naissent du corps, celles qui naissent de l'esprit, et celles qui ont pour origine l'union du corps et de l'esprit. Les techniques d'Aïkido naissent lorsque le corps et l'esprit son liés et qu'on a abandonné l'idée de détruire l'adversaire. C'est cela qui était l'état d'esprit d'Osenseï.

 

(N.d.t. : - Musubi: Le verbe musubu signifier relier, lier, nouer, joindre. En Aïkido musubi est un concept extrêmement riche qui évoque l'harmonie, l'unification, mais aussi la naissance, la création.)

 

 

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Les techniques d'Aïkido naissent lorsque le corps et l'esprit son liés et qu'on a abandonné l'idée de détruire l'adversaire. C'est cela qui était l'état d'esprit d'Osenseï.

 

 

Vous dites que les techniques d'Aïkido "naissent lorsque le corps et l'esprit sont liés". Une technique sans cette union ne sera donc pas de l'Aïkido mais peut elle fonctionner?

Bien entendu. Avec un certain entrainement il est bien sûr possible de réaliser des mouvements et de se battre même sans l'union du corps et de l'esprit. Mais on n'est plus dans le monde de l'Aïkido.

Il y a beaucoup de Budos, Karaté, Judo, Kendo, etc… mais l'important pour les pratiquants d'Aïkido est de rentrer dans le monde de la liberté. Nous sommes confrontés à ce problème de cœur, d'état d'esprit, qui est au-delà de l'application de la technique. C'est là que nous a guidé Osenseï, au cœur du ciel et de la terre. Grâce à l'Aïkido nous pouvons entrer dans le monde de l'unité de tous les êtres et faire un avec l'esprit universel.

 

 

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Grâce à l'Aïkido nous pouvons entrer dans le monde de l'unité de tous les êtres et faire un avec l'esprit universel.

En face de Sunadomari senseï, Tanguy Le Vourch.

 

 

Considérez-vous qu'il y a une technique qui caractérise l'Aïkido plus particulièrement que les autres?

Non, je n'ai jamais eu de préférence. D'ikkajo aux nage waza toutes les techniques sont importantes. Je les ai étudiées et enseignées sans leur accorder de préférence. Sur la base des formes fondamentales naîtront ensuite une infinité de variations. Il faut laisser le corps apprendre. Il n'y a pas de bonne, mauvaise ou meilleure technique et il est important de toutes les travailler. L'essentiel est de pratiquer.

 

Quelle différence y a-t-il entre l'Aïkido et les autres Budos?

En Judo, Kendo, on se contente souvent de terrasser son adversaire, d'être plus fort que lui. Ce n'est en aucun cas le chemin de l'Aïkido. L'Aïkido est musubu waza, une technique d'unification. Si nous luttons ne serait-ce qu'un peu nous rentrons dans un  autre monde.

Nous n'avons pas besoin de faire de technique. L'attaque crée la technique et aïte se défait lui-même. Si on s'entraîne ainsi nous n'avons plus d'ennemis. Certains se demandent si en pratiquant ainsi on est dans un Budo ou dans une religion. Ca n'a aucune importance, il suffit de faire ainsi. Il ne faut pas penser à détruire et vaincre l'ennemi.

 

 

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L'attaque crée la technique et aïte se défait lui-même.

 

 

L'Aïkido est-il un Budo, un Bujutsu?

C'est un Budo. Un Budo.

 

(N.d.t. : - Budo: Voie martiale.

- Bujutsu: technique martiale. Il arrive très souvent que les maîtres japonais  emploient ces termes de façon indifférenciée. Certains comme Sunadomari senseï font en revanche une distinction marquée.)

 

Quelle est la différence entre le Budo et le Bujutsu?

Le Bujutsu existe depuis les temps anciens. C'est un ensemble de techniques qui vise à détruire l'adversaire. Le Budo est une Voie dont les objectifs vont bien au-delà de devenir habile au combat.

 

 

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Le Budo est une Voie dont les objectifs vont bien au-delà de devenir habile au combat.

 

 

Y a-t-il une différence technique?

Je connais mal les détails techniques du Bujutsu mais je ne crois pas qu'il y ait de différences techniques majeures.

 

Vous parlez d'aïte, l'autre, mais vous employez aussi parfois le terme de teki, ennemi.

Oui. Mais il faut comprendre que c'est nous qui créons nos ennemis, que c'est nous qui devons les faire disparaître en nous. Nous devons faire disparaître notre esprit de lutte. Si nous ne pouvons nous pacifier nous-mêmes nous ne pouvons pacifier aucune situation. C'est en nous-mêmes que nous devons faire disparaître les sentiments d'antagonisme. Le véritable chemin commence par faire disparaître l'ennemi qui est en nous. Le chemin que nous devons suivre est en nous. C'est ainsi qu'après le shûgyo apparaît l'état ultime où la technique naît du cœur du ciel intégré dans notre corps.

 

 

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Le chemin que nous devons suivre est en nous.

 

 

Qu'est-ce que le kokyu ryoku?

Le kokyu ryoku consiste harmoniser son ki à celui d'aïte. Que se passe-t-il lorsqu'aïte met de la force, lorsqu'il l'enlève. Mais aussi et surtout que se passe-t-il lorsque nous mettons de la force? Lorsque nous enlevons la force? Nous devons étudier ces choses avec attention. Peu à peu vous découvrirez que la force est dans le laisser-agir. Ainsi votre Aïkido fonctionnera même si aïte ne le pratique pas et quelle que soit sa force.

Dans le passé ce n'est pas quelque chose que l'on enseignait à n'importe qui. C'est un enseignement direct que j'ai reçu de Ueshiba senseï.

 

(N.d.t. : - Kokyu ryoku: "Puissance de la respiration".

- Ki: Conscience, intention, énergie, nature… Le ki qui est le second caractère de Aïkido a de multiples significations. En Aïkido son sens varie selon le contexte et les conceptions des enseignants.)

 

Vous êtes célèbre pour vos démonstrations où vous êtes attaqués par plusieurs adversaires. Pouvez-vous nous parler de l'état d'esprit à avoir?

Il ne faut pas être décontenancé par le nombre de personnes qui vous attaquent et les gérer une à une tranquillement. Il faut ramener la situation à un contre un sinon vous serez vaincus.

Techniquement un point important réside dans le déplacement. Il ne faut pas se déplacer pas à partir des pieds mais des hanches. Il ne faut pas rentrer avec les pieds. Si vous arrivez à mobiliser vos hanches vous pourrez rentrer dans l'attaque et la maîtriser sans force. Les pieds suivront. Grâce au pivot des hanches nait une multitude de techniques.

 

 

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Kumamoto, Hombu dojo du Manseïkan Aïkido

 

 

L'Aïkido peut-il être enseigné aux enfants?

On peut l'enseigner même aux enfants et ils deviendront très forts. Ne pensons pas que les enfants ne peuvent pas comprendre. On peut tout leur enseigner et ils sont de très bons partenaires.

Toute personne même faible peut nous enseigner quelque chose. Mon corps, mes genoux sont plus faibles mais mon cœur et mon esprit sont bien plus forts que lorsque j'avais trente ans.

 

Ainsi l'Aïkido peut être pratiqué par tous.

Tout à fait. L'Aïkido est une Voie pour l'Humanité. Regardez-moi, j'ai 87 ans et je suis là grâce à l'Aïkido.

J'ai grandi pendant la guerre et j'ai dû aller me battre. Ca a été le destin du Japon. Beaucoup de ceux qui sont partis avec moi ont trouvé la mort. J'ai pu survivre et j'ai pensé avec gratitude que c'était la volonté des kamis. Qu'ils m'avaient laissé là parce qu'ils pensaient que j'avais quelque chose à faire. Je suis resté là parce que même quelqu'un d'aussi commun que moi avait une mission à remplir. J'enseigne la technique de l'Aïkido mais pour moi ce n'est pas cela qui est essentiel. L'essentiel est la façon dont chacun se comporte dans la vie quotidienne à chaque instant.

 

 

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L'essentiel est la façon dont chacun se comporte dans la vie quotidienne à chaque instant.

 

 

On sent chez vous une profonde gratitude…

Je prie pour remercier chaque jour. Je remercie pour des choses aussi simples que de voir le soleil se lever et se coucher. Nous vivons parce qu'il y a de l'air, la nature, le soleil. Tout a été fait pour vivre en interdépendance. Les kamis nous ont créés pour vivre en harmonie avec tout cela. Je crois que nous avons aussi notre rôle dans cet univers. Est-ce que nous pouvons aider les autres même un tout petit peu? Est-ce que nous pouvons aider à rendre le monde meilleur et petit à petit en faire quelque chose de magnifique?

Osenseï a suivi un chemin très austère dans le monde religieux et n'a absolument pas créé une technique pour détruire l'adversaire. Si nous pensons ainsi nous allons à notre propre perte. Il faut bien comprendre cela. L'Aïkido est un moyen de rentrer en harmonie. Quoi qu'il arrive nous devons trouver le moyen de nous unifier. Si on comprends cela c'est l'essentiel.

 

Avez-vous un conseil à donner aux pratiquants?

Il se passe beaucoup de choses dans une vie et ce qui importe est la façon dont nous faisons vivre ce qui nous arrive. Vous avez choisi l'Aïkido et un lien s'est créé entre vous et cette Voie. Est-ce que cela sera une chose positive? C'est à vous d'en faire cela. C'est important que vous soyez capable de positiver toutes les choses qui vous arrivent. Mais il est aussi important que vous fassiez rayonner cela autour de vous, à votre famille, votre entourage.

Il y a des gens autour de vous qui vous aideront et des gens que vous pourrez aider. Votre cœur centré, l'énergie circulant autour de vous et guidé par votre esprit partagez l'Aïkido. Allez là où on n'en a jamais entendu parlé et soyez capable de le transmettre. Voyagez, enseignez. Il faut participer à la croissance de l'Aïkido, je crois que cela est important.

Faites de chaque instant une occasion de progresser et de partager, et Osenseï se réjouira.

 

 

SUNADOMARI-KANSHU 0310

Faites de chaque instant une occasion de progresser et de partager, et Osenseï se réjouira.

 

 

Senseï, merci pour votre temps et votre enseignement.

Je vous prie de m'excuser de ne pouvoir faire plus. Lorsqu'on prend de l'âge il devient impossible d'utiliser la force. Les erreurs ne pardonnent plus et chaque faute est sanctionnée par des douleurs. Prenez garde à cela. Je serai heureux si vous vous en souveniez.

Malgré tout si l'on s'entraîne sérieusement toute sa vie même lorsque l'on arrive à un âge avancé on peut continuer à pratiquer dans la joie. Cela signifie aussi que l'on peut pratiquer même dans mon état. Avec la force c'est impossible. C'est pourquoi il est important de "laisser-agir", de n'opposer que relâchement et liberté à l'attaque. Tout est une question de cœur, d'état d'esprit. Ainsi l'état d'esprit est essentiel. Cela va bien au-delà de la forme. Il ne faut pas vous tromper et chercher à terrasser l'autre. Il faut penser "Je vous en prie, faites" lorsque vous êtes attaqué. Quelle que soit la force de votre adversaire cela fonctionnera. C'est ainsi que pratiquait maître Ueshiba. S'il n'en était ainsi comment une femme pourrait-elle vaincre un homme fort?

Si votre cœur est fort vous pourrez lâcher prise. Tout sera alors aisé. Mais il ne s'agit pas d'une adaptation aux contraintes extérieures. C'est un travail intérieur, une question de cœur. C'est cela le véritable awase. L'origine, la direction et le nombre des attaques n'est rien.

 

 

SUNADOMARI-KANSHU 0379

Si votre cœur est fort vous pourrez lâcher prise.

 

 

Je n'ai jamais été aussi fort qu'aujourd'hui. J'ai 87 ans et je n'ai jamais été aussi fort. Comment est-ce possible? C'est une question de cœur. Mais si votre corps est fort mais que vous négligez votre cœur et votre esprit vous ne pourrez rien. Il est essentiel que votre cœur et votre esprit se développent en parallèle à votre corps.

En tant qu'élève je voulais comprendre cela au plus profond de moi et c'est pour cela que je me suis entrainé. Grâce à cela même quelqu'un de faible comme moi a pu développer un petit quelque chose. Aujourd'hui mon corps est considérablement affaibli mais j'essaie quand même de voir jusqu'où je pourrai aller. Si vous vous dites "Ah même à cet âge il peut faire cela." et que cela vous donne de l'inspiration alors j'en serai heureux. (rires)

 

Merci senseï.

 

 

P1020330

 

 

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Marco 06/02/2014 13:37


Re-Bonjour,


Je me suis permis de mettre un lien vers votre article sur le site de notre club. C'est donc à retarement que je vous en demande la permission et j'espère ne pas avoir comis d'impair .


Si ecla pose un quelconque problème n'hésitez pas à me le dire et j'enlèverai le lien.


Cordialement,


Marco.

Léo Tamaki 10/02/2014 18:02



Bonjour,


 


Vous êtes évidemment bienvenu, aucun soucis.


 


Cordialement,


 


Léo


 



Marco 06/02/2014 13:21


Bonjour,


Un grand merci d'avoir partagé cette interview qui m'a parlé à plusieurs niveaux.


Avec humulité, je me permets de pointé une légère irrégularité, Sunadomari Senseï nous a quitté en 2010 et il est indiqué en légende d'une photo le Masters 2011 . Ceci n'étant qu'un point de forme, le fond en reste inchangé et instructif à plusieurs niveaux. Merci encore.


Amicalement,


Marco.

Léo Tamaki 10/02/2014 18:01



Bonjour Marco,


 


Merci pour votre commentaire, et pour avoir relevé l'erreur. Quel oeil! ;-)


 


Amicalement,


 


Léo


 



Karil 08/09/2011 16:38



Pour ne pas répêter les nombreux commentaires lus, cet interview, m'a fortement touché aussi (à tel point que j'en ai fait une traduction anglaise de deux passage pour des amis aikidokas, en
citant ton nom d'interviewer, bien sur :) ). C'est vrai que ça me manquais un peu, l'avis d'un grand sensei sur ce blog très complet mais restant simple^^. Bonne rentrée et au plaisir de te
revoir sur les tatamis. Surtout merci pour ta pratique qui a amélioré "un peu" (on évolue pas instantanément^^) mon rôle d'uke (puisq'on en parle dans cet article) entre autre, et que je continue
à travailler du mieux que je puisse. 

PS: Ai remarqué la présence d'un ami ukémi-eur qui, je l'espère a eu son shodan, et à qui je souhaite aussi bonne continuation.

Tchenbé rèd! (bonne continuation en créole guadeloupéen, litéralement: tiens fort). Karil



Léo Tamaki 08/09/2011 18:43



Bonjour Karil,


 


Merci pour la lecture et ton commentaire et au plaisir de te voir sur les tatamis ;-)


 


Mata-ne,


 


Léo


 



ivan 05/09/2011 10:33



Aaaaah, revoilà du grand Léo. :-)


Quel plaisir cet interview, surtout que je ne connaissais pas du tout ce senseï. Génial, vraiment. Je me permet juste de rappeler que la dernière question où il parle du coeur, il faut toujours
se rappeler que le mot "shin" signifie indistinctement en japonais comme en chinoise, le coeur et l'esprit à la fois. Pour nous autres occidentaux qui séparont ces deux notions, il est bon d'y
faire constamment attention. Le renforcement dont il parle peut alors être compris d'une part comme un renforcement du coeur, de l'amour ( l'aïki en d'autres termes), et de l'autre part un
renforcement de l'esprit, de la force mentale, de la puissance de décision.


Bonne rentrée à toi et dans ton dojo. A un de ces jours sur Bruxelles.



Léo Tamaki 06/09/2011 13:38



Ha ha, surtout du grand senseï qui se livre ;-)


 


Tout à fait concernant shin. Généralement je l'ai traduit par coeur lorsqu'il employait la prononciation kokoro et esprit lorsqu'il employait le terme shin. Ce sont en effet deux notions qui ne
sont pas séparées comme en occident.


 


Bonne rentrée à toi et à très vite, ici ou ailleurs ;-)


 


Léo


 



Marc 02/09/2011 17:03



Bonjour Léo,

Dans l'interview, Sunadomari Kanshu senseï évoque la vitesse de déplacement d'Osensei, qui, dit-il, ne marchait pas en avançant les jambes comme tout un chacun mais en déplaçant les hanches.

Je le rapproche d'un sujet que l'on retrouve en filigrane dans plusieurs de vos posts et qui a chaque fois m'interpelle assez fortement : à savoir la manière de marcher, soit occidentale avec
bras et jambe opposés avançant simultanément, soit "orientale" (japonaise ?) en Nanba aruki.

C'est le cas dans les interviews de Kono Yoshinori senseï, Kuroda senseï et me semble-t-il, également le cas de Kurozawa et Hino Akiro seneï lorsqu'ils montrent des frappes (en fait de tous les
maîtres que vous avez la gentillesse de nous faire découvrir).

A écouter (à défaut de pratiquer) ces senseï on en déduit que le fait de ne pas vriller les hanches est un gage d'efficacité en terme de rapidité et de puissance.

En fait j'ai du mal à percevoir ou s'arrête les possibilités de ce type de déplacement. Si j'ai bien compris, initialement tous les japonais se déplaçaient de cette manière et sous l'influence
des sports de masse tout le monde a fini par adopter le déplacement à "l'occidentale".

Pourtant, si c'est aussi efficace*, est-ce que l'on pourrait imaginer voir un athlète courir le 100m en Nanba aruki, voir que le commun des mortels se déplace de cette manière ou est-ce que cela
n'a aucun sens en dehors d'une pratique purement martiale ?

* il est sans doute utile que je précise qu'il ne s'agit bien évidemment pas d'émettre le moindre doute sur la pratique de ces maîtres. C'est plus l'espoir d'avoir la perception un pratiquant
avancé, qui plus est capable d'exprimer son expérience par des mots (ce qui n'est pas toujours le cas :+p )

Encore merci et bon week-end,
Marc Testé



Léo Tamaki 09/09/2011 15:24



Bonjour Marc,


 


Désolé pour la réponse tardive que tu trouveras ici:


http://www.leotamaki.com/article-marche-namba-et-appuis-reponse-a-un-lecteur-83790858.html


 


Cordialement,


 


Léo


 



Françoise 02/09/2011 01:58



Merci Léo pour cet article et pour cette interview qui nous permet, une fois encore, d'instiller en nous, un peu, de la richesse ces grands maitres. 


Ce que j'y ai lu trouve un écho naturel et profond dans ma réflexion actuelle sur ce qui est important dans la conduite de sa vie pour éviter de se briser sur des échecs, de s'user inlassablement
et inutillement à des combats dans lesquels on met trop de force ou de se désintégrer petit à petit à chaque fois qu'on enlève la force.


J'en étais justement à ce point de ma réflexion sur ce qui m'avait blessée, usée et détruite dans tous les combats que j'ai menés dans ma vie. Ton article vient éclairer cette réflexion d'une
manière évidente.


Par ailleurs, ce que je lis dans ces paroles sur l'importance de la composante spirituelle de l'Aikido qui donne leur sens aux techniques qui, sans elle, ne seraient que des gestes sans âme, est
justement ce qui m'a fait entreprendre ce long chemin sur cette Voie qui est la tienne.


Je n'en suis qu'au début et j'avance bien maladroitement sur le chemin. J'ai encore nombre de poids à laisser sur le bord de la route pour avancer plus librement. 


Merci donc pour des articles comme celui-ci et pour ta manière de nous transmettre cet Aikido là.


Françoise


 



Léo Tamaki 02/09/2011 12:39



Merci pour la lecture Françoise ;-)


 


Je suis heureux que les paroles de Sunadomari senseï nourrissent ta réflexion. C'est sans aucun doute ce qui lui tenait à coeur lorsque nous l'avons rencontré.


 


A très vite,


 


Léo


 



Yaël. 01/09/2011 22:52



Hello Léo.


Ouch... merci pour l'interview !! Je ne connaissais pas du tout le personnage (même de nom) donc découverte complète. Mais il y a longtemps que je n'avais pas lu quelque chose d'aussi intéressant
et enrichissant... Beaucoup de questions du coup... Des relectures s'imposent.


Et sinon  ses propos : "Mais il faut comprendre que c'est nous qui créons nos ennemis, que c'est nous qui devons les faire disparaître en
nous." Sont malheureusement ô combien actuels m'ont frappés... si certains pouvaient s'en inspirer. Rappel salutaire pour ma part.


Je trouve que ses propos sortent grandement du cadre martial et sont applicable pour n'importe quels moments et activitées de la vie
quotidienne.


Merci encore pour la lecture. A une prochaine...
Amitiés.
Yaël.



Léo Tamaki 02/09/2011 12:10



Bonjour Yaël,


 


Je suis content que l'interview t'ai parlé.


 


Les paroles de Sunadomari senseï sont portées par le poids d'une vie d'expériences très fortes. C'est, je crois, cela qui leur donne tant de profondeur et d'épaisseur. Je pense aussi comme toi
que ses enseignements vont bien au-delà du cadre strict de la technique martiale.


 


Amicalement,


 


Léo


 



François 01/09/2011 12:48



merci je fais tout de suite la correction sur le nom du senseï


dans l'attente et le plaisir de se rencontrer un jour sur les tatamis.



Léo Tamaki 01/09/2011 12:49



Au plaisir de faire votre rencontre.


 


Cordialement,


 


Léo


 



Coralie 01/09/2011 12:12



Merci beaucoup d'avoir publié cette interview!



Léo Tamaki 01/09/2011 12:25



Merci pour la lecture ;-)


 


Léo


 



François 01/09/2011 08:31



bonjour,


 Je suis pratiquant de Kinomichi, avec Maître Masamichi Noro qui fut également pensionnaire de Osenseï (de 1955 à 1961 date à laquelle il fut nommé responsable du développement de l'Aïkido
en Europe). En lisant ce magnifique article, en juin dernier, j'ai reconnu dans les propos de Maître Kanshu certaines paroles de notre Maître lorsqu'il nous parle de Osenseï Ueshiba et du
Kinomichi. Ainsi pour la première fois, depuis plus de 30 ans de pratique, j'ai compris où, et surtout comment notre maître avait puisé toute la richesse de son propre enseignement:


Ainsi immédiatement j'ai tenu à le faire partager via notre site aux élèves de notre dojo.( http://kishindojos.free.fr), rubrique "infos pratique", puis
rubrique "presse".


En découvrant votre page et dans le soucis, de pas empièter sur le travail que vous faites sur votre blog, je tenais à vous demander l'autorisation de laisser cet article sur notre site.


En vous félicitant sur la richesse d'infos de votre blog


Cordialement


François



Léo Tamaki 01/09/2011 09:43



Bonjour,


 


Merci pour la lecture et votre message. Je suis heureux que vous ayez apprécié les paroles de Sunadomari senseï.


 


A titre personnel je ne vois aps d'inconvénients à ce que vous laissiez l'article en ligne. Je me permets de vous signaler une faute d'orthographe dans le nom de senseï sur la page presse où il
est indiqué SunadUmari au lieu de SunadOmari. Par ailleurs une des pages de l'article est inversée.


 


Enfin et surtout mon autorisation n'est en aucun cas celle du magazine Samouraï qui en revanche pourrait éventuellement y trouver à redire.


 


Cordialement,


 


Léo Tamaki