Budo no Nayami

Violence et Budo

6 Janvier 2015 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Suite à l'entretien numéro 15 avec Hino senseï, un de mes contacts Facebook a posté le commentaire suivant :

 

"Je pense que celui qui peut dire qu'il a subi un plus grand stress en ayant été attaqué par un maître d'arts martiaux en dojo qu'en ayant combattu dans la rue, n'a pas véritablement craint pour sa vie dans ladite rue, ou alors il était dans l'inconscience de ce qui se passait.

Bref, ce que j'ai lu dans l'ouvrage est assez dérageant lorsqu'on parle d'arts martiaux et d'utilité de ceux-ci dans des situations de vie ou de mort. Il est vrai qu'une bonne part des maîtres indiquent que si les techniques ne fonctionnent pas en situation de combat sportif c'est parce qu'elles sont désignées pour les situations de vie ou de mort. Or, d'après ce que dit l'auteur, dans ces situations, le stress devient si intense que l'on perd pour une grande partie ses capacités motrices fines, et cela vaut pour tout le monde, du quidam au personnel du GIGN surentraîné surpris par l'agression.

Or l'Aîkido au vu de sa complexité et de sa finesse ne repose quasiment que sur les capacités motrices fines (travail des hanches, saisies, mobilisation des articulations etc...) de plus, ce même déluge hormono chimique qui advient dans une situation de vie ou de mort, permet de ne pas sentir les techniques de blocages articulaires même extrêmement douloureuses. Exit donc le beau nikkyo ou le beau sankyo...

Bref je ne comprends pas vraiment l'assertion selon laquelle il faudrait avoir connu le stress du combat réel, pour pouvoir enseigner le budo puisqu'en ce qui concerne l'aikido notamment, cela n'a rien à voir… Ou alors peut-être s'agit-il d'avoir connu le combat véritable pour pouvoir éviter d'égarer ses élèves dans l'illusion que la violence réelle a un quelconque rapport avec le budo..."

 

 

Bonjour Chrys,

 

Les livres de Rory Miller sont sans aucun doute intéressants. J'ai son nom sur la longue liste des auteurs que j'aimerai lire. Toutefois si son expérience est très riche, il ne peut comme chacun de nous que rapporter ce qu'il a expérimenté de son passé sur le terrain, ou ce qu'on lui a rapporté. Cela suffit à en faire un point de vue intéressant. En aucun cas à en faire une vérité absolue.

 

"Je pense que celui qui peut dire qu'il a subi un plus grand stress en ayant été attaqué par un maître d'arts martiaux en dojo qu'en ayant combattu dans la rue, n'a pas véritablement craint pour sa vie dans ladite rue, ou alors il était dans l'inconscience de ce qui se passait."

 

Je pense que tu devrais te garder d'assertions sur la vie des gens, surtout s'il s'agit d'opinions basées sur des lectures. Ce n'est pas un sujet que j'aime aborder, mais il m'est arrivé plusieurs fois de faire face à des individus armés de couteaux, et à l'occasion en surnombre. Et il est probable que seule la chance m'a permis de finir à l'hôpital et non au cimetière et de pouvoir en parler aujourd'hui.

Je parle donc d'expérience lorsque je te dis que je n'ai jamais autant perdu mes moyens que face à certains maîtres lorsqu'ils me mettaient vraiment la pression. Un cadeau rare que chacun ne m'a fait qu'avec la plus grande parcimonie, malgré les centaines d'heures passées à étudier sous leur férule.

 

 

Tamura Nobuyoshi 051

Avec Tamura senseï.

Cette photo n'est pas l'un des moments où l'un de mes maîtres m'a effrayé.

J'avoue humblement que dans ces moments j'étais totalement décomposé et en état de panique.

 

 

"Bref, ce que j'ai lu dans l'ouvrage est assez dérageant lorsqu'on parle d'arts martiaux et d'utilité de ceux-ci dans des situations de vie ou de mort. Il est vrai qu'une bonne part des maîtres indiquent que si les techniques ne fonctionnent pas en situation de combat sportif c'est parce qu'elles sont désignées pour les situations de vie ou de mort. Or, d'après ce que dit l'auteur, dans ces situations, le stress devient si intense que l'on perd pour une grande partie ses capacités motrices fines, et cela vaut pour tout le monde, du quidam au personnel du GIGN surentraîné surpris par l'agression."

 

La perte de ses moyens en situations de stress est effectivement quelque chose de factuel. Comme la capacité de certains à dominer cela par la pratique. Qu'il suffise de penser aux pilotes de chasse lors de combats aériens. Qu'utilisent-ils si ce n'est leurs capacités motrices fines ? Et les grimpeurs qui n'utilisent pas de harnais de sécurité ?

A quoi pouvait donc servir la pratique martiale aux générations de guerriers qui l'ont utilisée de par le monde et à travers le temps si ce n'est à survivre ? Pourquoi donc pratiquer des mouvements d'une sophistication extrême s'ils n'étaient plus capable que de baver en hurlant et faisant des moulinets avec leurs bras ?

Quant à des membres du GIGN j'ai eu l'occasion d'en rencontrer aux stages de Tamura senseï et aux miens, merci.

 

La pratique martiale sans mise en situation de stress ne sera d'aucune utilité en situation réelle. Toute personne ayant un minimum d'expérience en est consciente. Mais c'est un élément qui est présent dans toute formation martiale sérieuse. Je conviens toutefois, aujourd'hui c'est une étape à laquelle peu arrivent, et la très large majorité des enseignants eux-mêmes n'ont pas vécu cela, quels que soient leurs titres et grades.

 

"Or l'Aîkido au vu de sa complexité et de sa finesse ne repose quasiment que sur les capacités motrices fines (travail des hanches, saisies, mobilisation des articulations etc...) de plus, ce même déluge hormono chimique qui advient dans une situation de vie ou de mort, permet de ne pas sentir les techniques de blocages articulaires même extrêmement douloureuses. Exit donc le beau nikkyo ou le beau sankyo..."

 

Techniquement l'Aïkido est dans son essence, pas dans la plupart des manifestations que l'on voit aujourd'hui, très similaire aux Koryus, les pratiques martiales anciennes. Cela explique d'ailleurs qu'un nombre conséquent d'adeptes pratique les deux, sachant voir ce qui a disparu ou est caché en Aïkido. Là aussi, il s'agit d'un travail qui a traversé les époques, et dont on retrouve des équivalents à travers le monde. N'avons-nous donc été précédés que par d'ineptes abrutis ? Ou y a-t-il autre chose derrière nikyo et sankyo qu'une clé articulaire ? Clés articulaires qui sont je te le concède, à mon sens très peu utile en situation de survie.

 

"Bref je ne comprends pas vraiment l'assertion selon laquelle il faudrait avoir connu le stress du combat réel, pour pouvoir enseigner le budo puisqu'en ce qui concerne l'aikido notamment, cela n'a rien à voir… Ou alors peut-être s'agit-il d'avoir connu le combat véritable pour pouvoir éviter d'égarer ses élèves dans l'illusion que la violence réelle a un quelconque rapport avec le budo..."

 

Que tu ne le comprennes pas se conçoit aisément, et se lit à travers ton commentaire. Je t'invite toutefois lorsque quelque chose t'échappe à poser une question, au lieu d'asséner des connaissances dont les sources ne semblent être que livresques. Je t'invite à supposer que nos anciens ne sont sans doute pas stupides, et qu'ils ont beaucoup à nous apprendre. Je connais le plaisir puéril que l'on éprouve lorsque l'on a l'impression de découvrir une vérité méconnue. Dans ces cas-là je lutte contre moi-même et j'essaie d'expérimenter, de questionner avant de céder aux restes de mes pulsions adolescentes qui me poussent à éduquer le reste du monde.

Sans doute agir ainsi aurait-pu te permettre de ne pas être désobligeant envers moi comme tous ceux qui ont une conception de l'Aïkido et des Budos qui ne correspondent pas au livre que tu as lu.

 

Enfin, je t'invite lorsque tu as une opinion divergente, à l'exposer avec humilité et de façon agréable et mesurée. Cela n'affaiblira en rien ton point de vue, et ne pourra qu'encourager une attitude bienveillante à ton égard, source d'un échange enrichissant.

 

Bref. Tu parles "d'égarer ses élèves dans l'illusion que la violence réelle a un quelconque rapport avec le budo...". Le Budo est évidemment en rapport étroit avec la violence. C'est croire le contraire qui est la porte ouverte aux modifications sans sens, ou aux archaïsmes illogiques. L'illusion est de faire croire à ses élèves que leur pratique leur permettrait de faire face à la violence. Parce que l'investissement de la très large majorité ne le permet évidemment en aucun cas. Il convient d'ailleurs de noter que ce n'est pas ce que viennent rechercher la plupart d'entre eux. Mais la nature profonde de l'art recèle tout ce qui est nécessaire pour survivre…

 

 

 

Note : Chrys m'a très gentiment indiqué qu'il était désolé et que son intention n'était pas de blesser. Je le crois sincèrement, tant il est clair que l'écrit induit bien plus en erreur que la parole, et que cela est amplifié lorsqu'il ne s'agit pas d'un manuscrit. Toutes mes amitiés donc à Chrys. Je laisse le post dans son intégralité car je pense que son contenu peut nourrir quelques réflexions.

 

 

Partager cet article

Commenter cet article

Emmanuelle 09/01/2015 14:47


Bonjour,


oui, c'est en effet très intéressant...peut-on appliquer ce qu'on nous enseigne dans les dojos à la "vraie vie de dehors":-)))?


J'ai pratiqué l'Aikido pas mal d'années. J'ai eu la chance de cotoyer des gens fabuleux, profs, maitres et ...pratiquants comme moi. Enfin, mieux que moi, mais bon...nous avons partagé quelques
centimères de tatamis ensemble du moins:-) J'étais loin d'être une guerrière aguerrie":-) loin s'en faut. J'étais laborieuse et éblouie par la perfection, l'harmonie gestuelle des techniques
d'aikido. Et puis l'histoire des samourais. La culture japonaise. LA philosophie de l'action que certains maitres aimaient nous raconter...POur ceux qui étaient bavards...peux je vous l'accorde,
mais quand même. Bref...l'Aikido, le mien, je ne l'envisageais presque que sous un angle "artisticolittéraire et philosophique":-) C'est dire à quel point l'idée de l'appliquer "dehors" m'était
étranger. Et puis, comme chacune d'entre nous, et chacun, mais là je dirais plutôt chacune, j'ai eu la malchance de prendre un train de banlieue et de me retrouver aux prise avec des...personnes
franchement malveillantes. Que dire? Il existe une mémoire inconsciente du corps. Un rythme qu'on enregistre, sans le savoir, et qui ressurgit, fort à propos. Le stress, c'est avant et après je
dirais, mais dans le moment, quand on est au coeur de l'action pour ne pas mourir, on ne le sent pas. Enfin, peut être agit-il, je ne sais pas. MAis de ma petite expérience, je me suis retrouvée
à pratiquer des techniques "dehors" que jamais je n'avais envisagé pratiquer ailleurs que dans mon imaginaire poétique quand je lisais les récits des combats ds samourais etc, ou/et bien au chaud
dans mon dojo. Et puis voilà. Oserais je dire que ces techniques se sont imposées à moi sans passer par la case "cerveau"? Oui, sans doute...Je ne vois pas d'autres explications, à moins que des
petits kamis, que l'esprit des gens que j'aimais étaient avec moi...peut être aussi après tout. MAis je sais que cela s'est passé à une période où je pratiquais beaucoup, enfin pour moi beaucoup,
environ 6h par semaine, sans les stages, et que j'avais le sentiment que mon corps était particulièrement fluide et souple et dans un était de réceptivité très marqué. C'est pourquoi l'analogie
que fait Chris avec le piano me touche beaucoup.


Je crois que c'est l'entrainement, enfin pour moi, qui a fait que j'ai eu des réactions, absolument spontanées et salutaires. J'avais enregistré de techniques, qui ont jailli au moment où
elles avaient une place et dans l'urgence de "c'est moi ou eux" Ce moment horrible que j'ai vécu, je m'en souviens comme un instant "venu d'ailleurs":-((( pourtant malheruesement, c'était on
ne peut plus réel.


Bonne journée


Emmanuelle

Léo Tamaki 13/01/2015 16:08



Merci pour ton témoignage Emmanuelle.


Je suis heureux que ta mésaventure se soit terminée ainsi.


 


Léo



Pierre 08/01/2015 22:25


Intéressant article qui traite d'un questionnement que nous avons tous un jour durant nos pérégrinations martiales : "Est-ce que cela marche en cas d'agression hors du dojo ?"


Voici mon modeste avis kohaï : Pour ma part, c'est l'inverse. Je suis un grand facétieux et je ne traite quasi jamais de ce sujet sur mon propre blog mais je suis issu et j'ai grandi dans un
milieu très violent. Je peux même dire que j'ai expérimenté les agressions à un point tel ou dans mon enfance ou mon adolescence, c'était devenu la norme et non plus l'exception. Au départ, je me
suis naturellement penché vers des arts martiaux qu'on dit plus "violents" (Tae Kwon do, Ninjutsu, Selfdefense etc...) mais bizarrement, j'ai été surpris de n'y jamais trouver les clefs que je
cherchais moi même pour apprendre à gérer un agression ou un "vrai combat" où les coups donnés sont rendus, où le reflexe et la chance sont rois et où il n'y a pas d'essai et de pardon.


Ces repères, je les ai pourtant trouvé avec l'Aïkido qui, bien sur, ne soyons pas naïfs, n'apprend pas à la base à tuer ou à se battre. Mais je suis totalement d'accord avec Leo dans le fait que
l'Aïki possède des clefs cachées et des enseignements qui permettent de développer des capacités qui, avec le temps, l'investissement et les efforts, permettent de développer des qualités de
combattant partout où vos pas peuvent vous porter.


A l'inverse, je ne crois pas que des combats rituels sur un ring/tatami apprennent à survivre dans la rue ou lors d'une agression si ce n'est les qualités physiques et le conditionnement
physiologiques que l'entrainement dans ces sports peuvent au moins apporter. Mais cela, et c'est mon avis, n'égalera jamais la somme des trésors cachés des Koryus disséminés dans le Budo.

Léo Tamaki 13/01/2015 16:09



Merci pour ton témoignage Piere :-)


 


Léo


 



erwan 07/01/2015 15:38


Bonjour à tous, 


Article très intéressant qui m' a donné envie de réagir.Modeste pratiquant d'aikido et depuis peu de jujitsu, je me pose régulièrement la question de l'efficacité des budo en cas d'agression. Je
ne souhaite nullement connaitre la réponse de manière concrète. 


Les budo me permettent de me forger moi  même, de me donner une ligne de vie de conduite et c'est déjà beaucoup. Pour l'aikido, je dirais que ce n'est pas l'art qui importe mais l'individu.
L'aikido est un outil:une boite de peinture et des pinceaux ne font pas de nous un artiste. Seuls quelques uns sortiront du lot...


Martialement votre, 


erwan.

Léo Tamaki 08/01/2015 19:17



Bonjour Erwan,


 


En effet, nous questionnons souvent un art au regard de ce que laissent entrevoir des pratiquants. C'est un biais qu'il est difficile de dépasser.


 


Léo



chris 07/01/2015 14:24


Bonjour, bonne année


J'ai toujours cru que , justement, c'était le but de l'entrainement, de pouvoir se battre à la vie à la mort sans ressentir de peur, et pour illustrer mon propos j'aimerai vous raconter une
anecdote.


Je suis pianiste amateur. Un jour commençant à jouer un morçeau étudié des centaines de fois, j'ai sentis mes doigts agir seuls, sans intervention de ma part comme s'ils étaient mû par leurs
volonté propre. C'était une situation étrange et magique (surtout la première fois), j'étais le spectateur de mes mains en mouvement. Je sentais que si j'essayer de reprendre un contrôle
conscient le charme se serait brisé et que les fausses notes seraient arrivées, les seules choses qu'il me semblait possible de faire était d'agir sur les muances du jeu, force et/ou vitesse
d'exécution. J'ai donc laissé mes doigts faire leur vie jusqu'à la dernière note. Evidemment le morçeau fût exécuté sans fausses notes, sans erreur.


Alors j'imagine que c'est pareil dans le budo, après des centaines (ou des milliers) d'heures d'entrainement le corps acquiert une certaine autonomie, il n'y a plus de place pour la peur, elle
disparait et est remplacée par une sorte de certitude ou de confiance en soi. Cela explique la grande serénité des grands maitres.


Voilà, mon idée mais ça n'est qu'une hypothèse et je peux être à côté de la plaque si j'ose dire


Cordialement chris

Léo Tamaki 08/01/2015 19:15



Bonjour et bonne année,


 


La répétition constante est en effet l'un des secrets de la pratique martiale. Une répétition qui va au-delà d'une maîtrise superficielle, mais qui fait des gestes une seconde nature.


 


Merci pour ton partage,


 


Léo



Chrys 07/01/2015 12:54


J'interviens moi aussi dans cet article puisque je suis l'auteur (un peu involontaire) des débats qui s'ensuivent.


 


En préalable, je ne reconnais dans le débat suivant qu'une vraie erreur : celle d'avoir manqué de finesse et de retenue dans l'exposé de mon propos. Postuler de là que je n'aurais aucune
expérience sur la question de la violence est par contre une extrapolation sans fondement.


 


Non je n'ai pas une histoire de film à raconter, ou je me serais sorti par la grace de techniques martiales hors du commun d'une agression au couteau ou d'autre. Toutefois, on peut avoir une
expérience de la violence réelle, même quand il ne s'agit pas de s'en être sorti comme dans les films. Elle n'en est pas moins significative et pleine d'enseignements.


 


Puisqu'on en parle donc j'ai connu la violence et la soudaineté d'une attaque de rue et contrairement à Léo et à quelques heureux, j'ai « freezé » comme c'est excellemment décrit dans
le livre de Miller.


Je n'ai du mon salut qu'au fait que l'attaque en question était une attaque de grand singe cherchant la domination et le statut social, comme le décrit encore très bien Miller. Les agresseurs
ayant vu qu'ils avaient le dessus m'ont donc laissé s avec cette expérience traumatisante à gérer.


 


Ce livre m'a enthousiasmé parce qu'il a mis des mots sur cette expérience pour moi fondatrice puisqu'elle m'a conduit à la pratique des arts martiaux et en particulier de l'Aïkido.


L'Aïkido m'a beaucoup enseigné du point de vue de l'attitude, du zanshin, etc. et je n'ai jamais connu d'autres agression par la suite.


 


Toutefois cette expérience me conduit à toujours faire preuve d'esprit critique dans la pratique des arts martiaux et je trouve personnellement que l'Aïkido en manque trop souvent (mais je ne
vise en rien Léo à ce titre dont j'estime vivement la pratique et surtout l'ouverture d'esprit).


 


La force de Miller est que ce qu'il décrit est fort documenté et surtout fait sens.


Il différencie plusieurs formes de violence et à mon sens il est important de les identifier si on veut y confronter la pratique de l'Aïkido.


Pour schématiser on a :


- la violence sportive ou les sports de combats : l'Aïkido n'a rien à voir avec cette dimension du combat,


- la violence « grand singe » fort similaire à celle dont font preuve les espèces entre elles pour la domination du territoire ou de la femelle et dont le but n'est pas l'anéantissement
de l'autre mais plutôt une plus grande domination : dans cette sphère l'Aïkido peut donner des clés notamment en termes d'évitement du conflit.


- La violence prédatrice similaire à celle qu'exerce une espèce envers une autres qui constitue une proie. La caractéristique principale de cette forme de violence est la négation de l'autre en
tant que semblable pour obtenir certains buts. On le retrouve dans les guerres, dans certaines agressions en milieu civil, à la fois du coté des méchants comme de celui des flics. Là il faut
distinguer entre :


attaque perçue par la victime : C'est généralement du à un échec de la préparation de l'agresseur : dans ce cas, il est possible de se défendre de manière construite et d'utiliser les
capacités motrices fines.


Le cas ou l'attaque est surprise, ce qui est le but premier de l'agresseur.


Là se produit le « freeze » dont j'ai parlé, et c'est là que les choses se compliquent. Si dans cette situation on parvient seulement à agir, faire quelque chose crier, gesticuler, etc.
c'est déjà énorme.


il y a beaucoup à dire et d'après l'auteur et mon expérience, l'Aîkido tel que je l'ai appris n'est d'aucune utilité. Ce qui est utile est la mise en situation de stress et l'apprentissage de la
capacité à surmonter la réaction physiologique et psychologique de stress traumatique.


 


Je pourrais en parler des heures mais le sujet est important et vraiment central dans la pratique des arts martiaux et je trouve que le sujet n'est pas toujours adressé correctement mais ce n'est
que mon point de vue.


 


Encore une fois, je tiens à dire que la démarche de Léo et sa réflexion dépasse de loin le commun en la matière donc je ne voudrais pas donner l'impression que je dévalue sa pratique et sa
réflexion. Bien au contraire, je trouve qu'elle est beaucoup plus claire et réfléchie que bien d'autres.


 


Dont acte

Léo Tamaki 07/01/2015 13:03



Merci Chrys pour cet exposé détaillé de ton point de vue ;-)


 


Je suis tout à fait d'accord avec les différents types de violence exposés. En fait je simplifierai même en disant que la violence sportive et celle des grands singes est assez similaire. Le
combat rituel dontparle Henry Plée, ou le combat de printemps comme l'appalle Allen Pittman.


 


Là où je diverge de l'analyse de Mr Miller, est que le Budo et à fortiori les Koryus, peuvent préparer au combat de survie. Ils sont mal adaptés au combat rituel.


En revanche c'est un aspect qui a aujourd'hui quasiment disparu, et très rares sont les experts capables d'enseigner cela. Si l'on extrapole d'après sa propore expérience, on peut donc en déduire
que les pratiques martiales ne préparent pas au combat de survie. Mais encore une fois, il suffit de considérer les faits du passé pour voir que la pratique martiale permettait, aux quatre coins
du monde, d'augmenter les chances de survie de ceux qui s'y adonnaient.


 


Léo


 



Xavier 07/01/2015 09:59


Bonjour Leo


Entierement d'accord avec tes propos. On ne peut pas retranscrire directement la violence réelle d'un combat dans le cadre d'une étude martiale. On ne peut qu'approcher la chose à travers des
prises de conscience, des étapes de maturation. Les sports de combat aussi dur soient ils sont un moyen de se dépasser et de tester sont courage uniquement. Mais l'étude d'un Budo c'est l'étude
du combat à mort, alors comment faire passer le message?? 


Personnellement je pense que l'étude des armes sert à cela. Elle rappel constament cette limite infime entre la vie et la mort. Mais il faut pratiquer dans ce sens sinon ce n'est que du sport.

Léo Tamaki 07/01/2015 11:27



Bonjour Xavier,


 


En fait la difficulté est que les Budos peuvent être abordés pour diverses raisons. Et ceux qui sont prêt à aller loin et à se confronter aux plus grandes difficultés sont plus que rares.
L'idéal, bien que difficile, est d'ouvrir la porte au plus grand nombre, et de proposer à chacun ce qui lui conviendra. Très difficile ...


 


Léo



ivan 07/01/2015 08:52


Pour faire un petit contre point de vue aux commentaires, si on voit bien l'erreur et l'inexpérience de Chrys, je dois admettre qu'il a choisi l'une des meilleurs sources littéraires en matière
de violence : Facing Violence : preparing the unexpected de Rory Miller. Je l'ai lu, la partie théorique est excellente... mais bon, ce n'est qu'un livre.


Seule l'expérience comparée du combat de rue et de la rencontre avec un maître permet de distinguer les différences. Et je me félicite de n'avoir jamais été dépassé en nombre par des types armés
de lames ;-)


A bientôt Léo.

Léo Tamaki 07/01/2015 11:28



Je n'ai pas lu Rory Miller, mais comme je l'indiquais, je n'ai entendu que du bien sur son travail. Et ton avis vient le confirmer :-)


 


A bientôt,


 


Léo



Niko 07/01/2015 07:50


Bonjour Leo, 


Je suis (au mieux) tes articles de loin, et celui ci est très pertinent. Je me pose la question de la gestion du stress et de la violence au sein de la pratique martiale de plus en plus. Ici je
m'entraine avec un maitre chinois de très haut niveau de White Crane, et absolument toutes les techniques visent à tuer, m'emmenant très loin de la philosophie de l'Aikido. J'aimerai te poser une
question, pense tu que l'Aikido ne puisse être réellement efficace qu'à un très haut niveau de pratique? Car (à mon avis seulement) contre un adversaire déterminé et surtout experimenté, il me
semble très, voire impossible de ne pas soi même attaquer (en situation de défense, mais tout de même "rentrer dedans"). 
Qu'en pense tu?

Merci pour toutes ces informations.
Amicalement
Niko 

Léo Tamaki 07/01/2015 11:46



Bonjour Niko,


 


J'essaie aussi de te suivre à travers ton site et Facebook. Quel beau voyage tu fais :-)


 


"je m'entraine avec un maitre chinois de très haut niveau de White Crane, et absolument toutes les techniques visent à tuer, m'emmenant très loin de la philosophie de l'Aikido."


 


Là tu compares une philosophie avec des techniques. A mon sens, les techniques de l'Aïkido ont un but dévastateur, et nombre d'entre elles permettent de tuer efficacement. La philosophie, pour ce
que j'en comprends, est celle de la compassion. Grossièrement cela correspond à ne pas faire preuve de violence inutile, et à couper avec compassion lorsque l'on doit couper. Mais à couper tout
de même… C'est ainsi que Tamura senseï par exemple expliquait qu'il n'avait pas tant vu Osenseï changer techniquement, mais que son état d'esprit avait évolué. C'est pour cela que jusqu'à ses
derniers jours on peut parfaitement distinguer les notions d'irimi et atémi, même si de plus en plus succinctes. C'est aussi pour cela qu'un expert tel que Kondo senseï indique qu'il voit
simplement du Daïto ryu lorsqu'il voit de l'Aïkido.


 


"J'aimerai te poser une question, pense tu que l'Aikido ne puisse être réellement efficace qu'à un très haut niveau de pratique?"


 


Je pense surtout que cela dépend de la personne à qui tu fais face et du contexte. Si tu combats quelqu'un au niveau inférieur il est probable que tu sortes victorieux. Après il faut bien sûr que
tu aies pratiqué pour te préparer à une confrontation. Beaucoup, et c'est très bien ainsi s'ils n'entretiennent pas d'illusions, ne pratiquent pas l'Aïkido pour se battre.


 


"Car (à mon avis seulement) contre un adversaire déterminé et surtout experimenté, il me semble très, voire impossible de ne pas soi même attaquer (en situation de défense, mais tout de même
"rentrer dedans"). 


Qu'en pense tu?"


 


Tous les élèves d'Osenseï s'accordent à dire qu'il disait que l'Aïkido était irimi et atémi, en simplifiant, entrer et frapper. Après, l'instant où on le fait peur varier. Ce sont les notions de
sen no sen, etc… Sachant que dans la tradition martiale japonaise on dit souvent que le premier qui attaque a perdu ;-)


Bref, je ne suis pas dogmatique sur la question. Je pense que selon la situation on peut être le premier à faire un geste, ou au contraire laisser l'attaque se développer. Ce qui est à mon sens
une erreur, est de subir une attaque. C'est à dire que son développement n'est pas un choix de notre part, mais que l'on a été pris de court.


 


Amicalement,


 


 


Léo



Musashisaga. 07/01/2015 01:00


Bonjour Senseï Tamaki, j'aime beaucoup votre plume et l'esprit de haut niveau qui l'anime. je suis impatient de pouvoir suivre un de vos cours lors d'un stage dans le Nord. portez vous bien et
bonne Année 2015 à vous et votre famille.   Musashisaga.

Léo Tamaki 07/01/2015 01:01



Bonjour,


 


Merci pour votre message, et au plaisir de pratiquer avec vous ;-)


 


Très bonne année 2015 !


 


Léo



NGUYEN Cang 07/01/2015 00:09


Ca commence bien :). Bonne année 2015.


Ce sujet m'interesse car j'estime qu'il est très actuelle du fait de la progression (évolution) de la défense personnelle et du MMA. Dans ce contexte, l'Aikido est souvent malmené d'autant
plus que nous parlons de situations réelles. Il convient je pense de prendre en compte ce dernier point, de réfléchir calmement et de pratiquer d'autres canaux en complément pour apprécier
les apports de l'Aikido.

Léo Tamaki 07/01/2015 01:02



En effet, la pratique d'une autre discipline peut enrichir notre compréhension de l'Aïkido.


 


Bonne année 2015 !


 


Léo